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Nicétas Periaux

Dictionnaire
Indicateur et historique
des rues et places
de Rouen.

Gérard MONFORT ― Éditeur

Diffuseur :
LE PORTULAN

Dictionnaire
Indicateur et historique
des rues et places
de Rouen.

Dictionnaire
Indicateur et historique
des rues et places
de Rouen
revue de ses monuments
et de ses établissements publics
par

Nicétas Periaux

Gérard MONFORT ― Éditeur

Diffuseur :
LE PORTULAN

Manoir de Saint Pierre de Salerne
Brionne ― Eure ― France

Introduction.

I.

LE Volume que nous dédions à nos concitoyens ne devait être d’abord que la seconde édition du Dictionnaire indicateur des Rues et Places de Rouen, publié en 1819 par P. Periaux.

Les nombreux changements survenus, pendant le demi-siècle qui s’est écoulé, dans la dénomination et dans l’existence même d’un assez grand nombre des rues dont notre ville est sillonnée ; la création récente de quartiers qui en ont changé l’aspect intérieur ; l’extension donnée aux faubourgs par l’ouverture de rues nouvelles et par l’élargissement des limites de l’octroi, ont rendu nécessaire aujourd’hui une révision totale de ce volume, devenu assez rare.

D’un autre côté, les renseignements si divers et si utiles que nous avons puisés dans les ouvrages anciens et modernes qui traitent de l’histoire de notre intéressante cité ; les documents non moins précieux qui nous ont été fournis par notre honorable ami M. Ch. Richard, ancien conservateur des Archives municipales, appelé depuis à administrer le département du Finistère,

par le savant Archiviste de notre département, M. Ch. de Beaurepaire, et par les patientes et consciencieuses recherches que notre parent et ami M. Éd. Gosselin, greffier-archiviste de la Cour impériale, a poursuivies en notre faveur dans les pages si confuses des registres du tabellionage depuis le 14e siècle et dans les registres du Parlement : cette réunion de découvertes inédites nous a permis de donner un certain développement à la partie historique et aux détails étymologiques déjà fournis par le Dictionnaire indicateur1.

Nous nous sommes efforcé de rassembler, au sujet des monuments et des établissements publics que la ville de Rouen renferme, des renseignements chronologiques dont l’ensemble nous paraît être de nature à intéresser nos concitoyens, et à servir de guide aux étrangers qui viennent visiter l’ancienne capitale normande.

C’est ce qui nous a déterminé à présenter cette nouvelle édition sous le titre de Dictionnaire indicateur et historique des Rues et Places de Rouen ; Revue de ses Monuments et de ses Établissements publics.

II.

Nous ne saurions faire mieux que d’exposer ici, sur la situation de la ville de Rouen, et sur les origines de son nom, une partie de l’Introduction placée en tête du Dictionnaire indicateur.

La ville de Rouen, située sur un terrain en pente, entourée de côtes à l’Est, au Nord et à l’Ouest, bornée au Midi par la rive droite de la Seine, est à 9 myriamètres (18 lieues moyennes) de l’embouchure de ce fleuve, 10 myriamètres (20 lieues) S.-O.

d’Amiens, 34 myriamètres (68 lieues) N.-E. de Rennes, 21 myriamètres (42 lieues) N. par O. d’Orléans, 20 myriamètres (40 lieues) N.-E. du Mans, et 14 myriamètres (28 lieues) N.-O. de Paris1.

Sa position géographique est aux 49° 26’ 27” de latitude N., et 1° 14’ 16” de longitude au méridien de Paris, de manière que les astres se lèvent et se couchent plus tard pour Rouen que pour Paris d’environ cinq minutes, en sorte que, quand il est midi à Paris, il n’est que 11 heures 55 minutes à Rouen.

La grandeur de cette Ville est évaluée à environ 2 kilomètres de la porte Grand-Pont à la porte Beauvoisine, et à 3 kilomètres de la porte Saint-Hilaire à la porte Cauchoise, ce qui lui donne au moins 6 kilomètres de tour2.

Les historiens ne sont d’accord, ni sur l’époque où cette Ville a été bâtie, ni sur l’origine de son nom. Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur les opinions des auteurs concernant l’étymologie du nom latin de notre ville, et hasarder nos conjectures sur l’origine du nom français.

Les anciennes chroniques font dériver Rothomagus de Magus, fils de Samothes, premier roi des Gaules, qui en jeta les fondements ; et de Rhomus, dix-septième roi des Gaulois, qui, ayant agrandi cette ville, voulut qu’elle portât son nom avec celui de son fondateur. D’où suit que, de Rhomus et Magus, ou de Magus et

Rhomus, on aura fait Rothomagus, ce qui nous paraît assez extraordinaire, car nous ne voyons point quel rapport on a pu trouver entre Rotho et Rhomus.

Blaeu1 fait dériver Rotomagus, qu’il écrit sans h, de l’idole Roth, renversée par saint Mellon, et cite en témoignage l’hymne Extirpato Roth idolo2, chantée en l’honneur du saint archevêque ; mais il ajoute : C’est merveille que quelques-uns se peinent de controuver un roy qui se nommoit Magus. Il prétend que magus ne peut être considéré autrement que comme répondant à la terminaison ville, que l’on trouve dans le nom de beaucoup de villes et de villages de France, de même que les noms de plusieurs villes de l’Allemagne se terminent par stadt.

Il existe, en effet, au moins douze villes, tant en France qu’en Allemagne, sans compter beaucoup de villages, dont le nom latin est terminé par magus. Si l’on accordait au prétendu roi Magus les honneurs d’avoir jeté les premiers fondements de la ville de Rothomagus, on ne pourrait lui refuser le même honneur pour chacune des autres villes dont le nom est terminé par magus ; et un roi qui aurait jeté les fondements de douze à quinze villes assez éloignées les unes des autres, n’aurait pas été oublié dans l’histoire.

Taillepied cite, dans ses Antiquitez de Rouen, les diverses opinions qui existaient de son temps sur l’étymologie de Rothomagus. Suivant une de ces opinions, le nom latin de la ville de Rouen serait dérivé de Rota Magorum, qui signifie Roue des Sages, opinion qui, dit-il, n’est pas encore trop diverse ni eslongnée de raison. Mais, dans ce cas, il fallait écrire Rotomagus sans h2.

L’auteur de la Description de la Haute-Normandie compose Rotomagus (sans h) de rot, qui veut dire rouge, d’où est venu, selon lui, Robec ou plutôt Rotbec, en latin Rotobeccus ou Rodobeccus,

petite rivière appelée rouge, apparemment, dit-il, de la couleur des terres qu’elle arrosait, et de mag, qui signifie magasin, marché. Soit que, par le mot Rotomagus (dit l’auteur) on ait voulu dire marché sur le rouge, c’est-à-dire sur le Robec, soit que l’on ait voulu exprimer simplement la nature du terrain sur lequel ce marché était situé, c’est toujours de rot dans la signification de rouge, que ce marché, qui depuis a donné naissance à une grande ville, tire son étymologie ; et il ne faut point la chercher ailleurs.

Un autre historien de cette ville (M. Servin) fait dériver Rothomagus de Rothou, nom que les Gaulois donnaient à Vénus, et de magus, qui en leur langue signifiait palais. Suivant cette explication Rothomagus aurait signifié Palais de Vénus. Il s’appuie encore sur ce que Vénus fut autrefois la première divinité qu’adoraient les habitants de Rouen. Cette ville ne changea de nom, ajoute M. Servin, qu’après la conquête qu’en firent les Normands, qui la nommèrent Rouen.

En traduisant magus par palais, M. Servin s’est un peu rapproché du sentiment de Blaeu, qui considère magus comme répondant à la terminaison ville. Le nom latin de la ville de Neuf-château, par exemple, étant Novimagus, il est évident que magus est là pour château. Or, les mots palais, château et ville pouvant être en quelque sorte regardés comme synonymes, Blaeu a pu considérer Rotomagus, qu’il aurait dû, d’après son système, écrire Rothomagus, comme ville, château ou palais de Roth, de même que M. Servin a considéré Rothomagus comme ville, château ou palais de Vénus. Reste à savoir à qui, de Roth ou de Vénus, on doit accorder la préférence, ou si Roth et Vénus sont ici la même chose.

D’autres considèrent le mot magus comme signifiant édificateur, bâtisseur, etc., etc. Quelques autres font dériver Rouen de Rodomus, abrégé de Romanorum Domus, c’est-à-dire séjour des Romains.

Nous ne sommes pas surpris si les auteurs qui ont cherché la véritable étymologie du nom latin de notre ville, ou plutôt son véritable nom, ont été forcés de s’en tenir à des conjectures. Il est

évident que plus on cherche cette étymologie, plus on en perd la tradition.

On lit dans le Traité des Monnaies, par Leblanc, page 641 : Ratumacos. Sur d’autres espèces de cette première race, cette ville est nommée Rodomo. L’on en verra d’autres dans la seconde sur lesquelles il y a Ratumagus, et sur les monnaies de Richard, duc de Normandie, Rotomagus ou Rotoma. Les auteurs contemporains de la première et de la seconde race la nomment indifféremment Rodoma et Rodomo, qui sont des noms abrégés de Ratumacos ou de Rotumagus.

Malgré l’annonce ci-dessus, on ne trouve dans le Traité des Monnaies, par Leblanc, que deux empreintes des monnaies qu’il prétend avoir été fabriquées à Rouen, portant l’une Rotomo et l’autre Rotumagus. On n’y trouve point celles qui doivent porter Rodomo, Ratumacos, Ratumagus, Rotomagus ou Rotoma2.

Une charte de Riculfe, archevêque de Rouen, qui vivait en 872, ajoute encore à l’incertitude. Dans cette charte, que le P. Pommeraye a copiée, page 399 de son Histoire de l’Abbaye de Saint-Ouen, on lit en tête : In nomine sancte et individuæ Trinitatis, ego Riculfus tametsi meritis negantibus, divina tamen opulante dementia Rothomagensis Ecclesiæ humillimus Archiepiscopus, etc., et en souscription : Riculfus humilis Rotomorum Archiepiscopus subscripsi.

Ces deux mots Rotomorum et Rothomagensis n’ayant aucun rapport entr’eux, il est permis de conclure de ce qui précède que, du temps de Riculfe, notre ville était connue sous deux noms différents, savoir : Rotomus ou Rotomo, et Rothomagus, qui doivent lui avoir été donnés à diverses époques.

Et lorsqu’on voit, dans toutes les chartes comme dans les

inscriptions postérieures au temps de Riculfe, le nom de notre Ville écrit Rothomagus ou Rotomagus et non Rotomo, on est fondé à penser que Rotomo est le plus ancien nom de notre ville, et que Rothomagus lui fut donné postérieurement.

Nous laissons aux savants à décider, s’il est possible, laquelle de toutes les prétendues étymologies du nom latin de notre ville est la plus vraisemblable.

Mais une question qui nous semble mériter quelqu’attention est celle de savoir comment on a pu faire de Rodomus, de Rothomagus, ou de Rotomagus, etc., le mot Rouen.

Suivant M. Servin, le mot Rothomagus étant trop long pour les Normands, qui avaient un langage bref et presque monosyllabique, ils commencèrent par lui donner la terminaison danoise, et bientôt, en en retranchant brusquement la moitié, ils prononcèrent Rouen. Ainsi, d’après M. Servin, le mot Rouen serait dérivé de Rothomagus, auquel on aurait fait subir diverses altérations ; mais il aurait fallu indiquer ces diverses altérations, et c’est ce que l’auteur n’a pas fait.

Nous sommes forcé de convenir que nous ne pouvons deviner de quelle manière on aurait pu faire le mot Rouen en supprimant quelques lettres ou quelques syllabes de Rothomagus. Nous croyons donc qu’il faut chercher l’origine du nom français de notre ville ailleurs que dans les mots latins Rothomagus, Rotomagus, Rodomus et autres, qui nous paraissent n’y avoir aucun rapport.

Après l’invasion des hommes du Nord (nor maan) dans la Neustrie, en l’an 905 et suivants, et après que Raoul, Rhou ou Rollon, leur chef, eut fixé sa résidence à Rouen, la Neustrie changea de nom et fut appelée Normandie, c’est-à-dire pays des hommes du Nord.

À cette époque l’ancienne Rodomus ou Rothomagus des Gaulois ou des Romains dut aussi changer de nom, on plutôt on dut substituer un nom français ou danois au nom latin ; du moins, rien ne nous annonce que notre ville ait porté le nom de Rouen avant l’invasion des hommes du Nord.

Il nous paraît évident, d’après cela, que l’étymologie du nom

Rouen donné à l’ancienne Rotomus ou Rothomagus, doit être de même genre que celle du nom des villages dont la première syllabe Rou a été attribuée à Raoul, Rhou ou Rollon, premier duc de Normandie.

Or, il résulte d’un passage de la Description de la Haute-Normandie, par Duplessis, que le nom de la commune de Roumare, près Rouen, vient de Raoul, Rhou ou Rollon, et de mare, dont on aurait fait mare de Raoul, et par abréviation Roumare.

M. Goube dit aussi, page 75 du premier volume de son Histoire du Duché de Normandie, que la forêt de Roumare porte le nom du premier duc de Normandie : Raoul étant un jour à la chasse (dit M. Goube) dans la forêt qui encore aujourd’hui porte son nom (la forêt de Roumare), il suspendit un de ses bracelets aux branches d’un chêne sous lequel il s’était reposé, et, l’ayant oublié, ce bracelet y resta trois ans, personne n’ayant osé l’enlever.

S’il est certain que le nom de Roumare vienne de Raoul, il ne doit pas y avoir de doute que la syllabe Rou du mot Rouen vient également de Raoul comme la première syllabe de Roumare, et que en est dérivé de ham, qui en vieux langage signifiait peuplade, village. Dans ce cas Rouen peut aussi bien venir de peuplade de Raoul comme Roumare est dérivé de mare de Raoul. Ainsi, on aurait donné à notre ville le nom de Rouham, Rhouham ou Raouham, dont on aurait fait d’abord Rouœn, Rouan, ensuite Rouen.

On nous assure que, dans des anciens manuscrits, on a vu le nom de notre ville écrit Rouœn et Rouan. On a, pendant plusieurs siècles, écrit Roüen et Rouën ; l’ü et l’ë tréma semblent indiquer la suppression de quelque lettre.

D’après l’explication ci-dessus ou plutôt cette conjecture que nous soumettons à nos lecteurs, nous pensons que le nom français de la ville de Rouen n’est point dérivé de son nom latin, quelles que soient son étymologie et son orthographe, mais bien du nom de Raoul, premier duc de Normandie1.

III.

Suivant ce que rapporte Farin, Rouen n’était, deux cents ans avant la mort de Jésus-Christ, qu’une bourgade située sur le bord de la Seine et environnée de forêts où les anciens Druides faisaient leurs sacrifices. Convertie au christianisme, en 260, par S. Mellon, qui jeta les fondements de l’église cathédrale, cette ville, qui n’eut d’abord qu’une rue principale s’étendant depuis la porte1 de Robec jusqu’à celle de Massacre, reçut un premier agrandissement vers la fin du 4e siècle, sous saint Victrice, archevêque de Rouen. Elle se trouva composée alors du territoire compris entre les rues Massacre et des Vergetiers, les rues aux Ours, du Change et des Bonnetiers, et les anciennes rues des Barbiers, des Prêtresses et de l’Aumône. Presque toutes ces rues furent construites sur les anciens fossés.

Le second accroissement de Rouen eut lieu au 9e siècle, sous le règne des premiers ducs de Normandie, par la réunion des « terres neuves » conquises sur le lit de la Seine, et la ville fut enceinte de doubles murailles, dans lesquelles furent renfermés, par extension, les terrains limités par la Seine, par les rues Malpalu et des Bonnetiers, par la Calende ou le port Morand, et par les rues aux Ours et des Cordeliers. Au 10e siècle, elle s’accrut encore des terres comprises entre la rue des Bons-Enfants, le Vieux-Marché, la rue Saint-Éloi et la Seine. Au 12e siècle, les

paroisses de Saint-Ouen, de Saint-Laurent et de Saint-Godard, furent enfermées dans la ville, et l’on creusa autour de l’abbaye de Saint-Ouen de nouveaux fossés qui se prolongèrent par les rues Pincedos (actuellement rue de Montbret), du Cordier, de la Renelle (aujourd’hui supprimée), jusqu’à la porte de la Poterne. À l’ouest, la porte Massacre avait été reportée au 11e siècle vers le milieu de la rue Cauchoise. Sous les règnes de Philippe-Auguste et de saint Louis, la ville prit encore de nouveaux accroissements : les murs furent reculés jusqu’au bas de la rue de l’Épée, d’où l’on fit des fossés nouveaux dans la rue de la Chèvre, jusqu’au-dessous du couvent des Augustins et jusqu’à la rivière de Robec. Vers le milieu du 13e siècle, S. Louis augmenta de nouveau cette enceinte, du côté du Nord et de l’Orient, des paroisses de Saint-Maclou, de Saint-Vivien, Saint-Nicaise et Saint-Patrice, en reportant les murs jusqu’aux limites bornées par les boulevards actuels1. Enfin, dans le milieu du 14e siècle, furent compris dans la ville tous les terrains occupés, au couchant, par les rues de Fontenelle, du Vieux-Palais et de Saint-Éloi, et ceux qui étaient limités au levant par l’Aubette et par la Marêquerie. Les anciens fossés furent comblés, mais les murailles ne furent abattues que longtemps après. Des chartes de 1446 et de 1450 font mention des anciennes cloisons et de celles qui ont été dernièrement faites. Longtemps renfermée dans une ceinture de fortifications, notre cité s’est encore développée dans le courant des derniers siècles et dans le dix-neuvième, jusque dans les limites extrêmes de ses faubourgs.

Nous n’avons pas eu la prétention d’émettre rien de nouveau à l’égard des diverses enceintes de Rouen : nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs aux ouvrages qui ont traité de la topographie de cette ville, et au résumé remarquable publié par M. l’abbé Cochet dans la Revue de Normandie de 1864.

IV.

Rouen, que rendit célèbre autrefois plus d’un siége mémorable, et qui eut, à diverses époques, à souffrir de l’occupation étrangère et des horreurs de la guerre civile cette ville aux épaisses murailles, aux fossés profonds, qui comptait cinq forts ou châteaux redoutables, plus de soixante-cinq tours, tourelles et bastions à terrasses, soutenus en maçonnerie et casematés, et dix-huit portes fortifiées réparties sur un pourtour de six kilomètres environ1 ; Rouen, déjà illustré naguère par ses saints prélats par ses fastes militaires, par l’éclat de son Parlement et par l’industrie de ses habitants, cette ville, ouverte aujourd’hui de toutes parts, et dont l’étendue est plus que doublée par l’importance de ses faubourgs, est devenue le centre d’un commerce considérable.

Capitale de l’ancienne province de Normandie, chef-lieu de la Seine-Inférieure, l’un des premiers départements de l’Empire par sa population, par son industrie, par ses relations maritimes, c’est le siége d’un Archevêché, d’une Cour impériale, d’une Division militaire, etc.

On y compte plus de six cents rues, places, impasses et passages publics2, environ treize mille maisons, deux ponts, six casernes, quatre hôpitaux, deux prisons, quatre salles de spectacle, trois embarcadères de chemins de fer, et plus de vingt hôtels occupés par des administrations ou des établissements publics.

Notre ville possède beaucoup de monuments remarquables dont nous aurons à parler dans le cours de ce volume. Nous ne mentionnerons ici que le Palais-de-Justice, l’Archevêché, l’Hôtel-de-Ville, les Halles, les Hôpitaux, etc., etc. ; un grand nombre

d’églises et de chapelles, parmi lesquelles quinze1 sont consacrées au culte catholique (non compris les chapelles des établissements publics et des monastères). Deux ont été mises à l’usage d’un temple protestant et d’une synagogue ; d’autres, enfin, qui ont été supprimées en 1791, sont encore debout, et sont classées au rang des monuments historiques ou converties en magasins.

La population actuelle de la ville et des faubourgs dépasse cent mille âmes. Il n’est pas sans intérêt de faire connaître la marche progressive de cette population pendant les siècles qui se sont écoulés jusqu’à nos jours. Nous donnons les chiffres indiqués par M. É. Frère, d’après Gomboust2 d’après et différents autres écrivains, et ceux qu’ont présentés les derniers recensements.

Population à l’époque romaine 10,000
Population d’après Odon Rigault1274340 à 50,000
D’après l’intendant de Vaubourg169860,000
Années 1701, 1703, 1707, à peu près 60,000
D’après Messance170068,000
D’après Expilly176263,588
»176763,500
D’après de la Martinière173760,000
D’après Latapie177370,000
»178364,000
»178964,922
Dénombrement de179172,000
180187,000
182186,736
183188,086
183692,083
184699,295
Dénombrement officiel1 de1851100,265
1856103,223
1861102,649
1866100,671

De ces derniers chiffres, on peut conclure que la population de Rouen a diminué depuis une vingtaine d’années ; mais on reconnaîtra, par les indications qui suivent, que cette diminution n’est que le résultat du déplacement d’une partie de la population, qui a dû se répandre dans les communes limitrophes, dans la plupart desquelles la population s’est progressivement accrue, à la suite des expropriations successives qu’ont motivées les améliorations de divers quartiers de la ville et les grands travaux qui ont signalé ces dernières années.

Tableau de la population de Rouen et des principales communes limitrophes, d’après les documents officiels :
  1851 1856 1861 1866
Totaux 126,619 134,547 135,920 136,433
Rouen 200,265 103,223 102,649 100,671
Boisguillaume 2,465 2,779 3,120 3,578
Canteleu 3,371 3,359 3,490 3,340
Darnétal 6,002 5,986 6,203 5,909
Déville 3,884 3,816 3,925 4,583
Mont-Saint-Aignan 2,567 2,603 2,888 3,045
Petit-Quevilly 3,105 3,930 4,655 4,677
Sotteville 4,960 8,851 8,990 10,630

V.

Nous ne pouvons entreprendre de retracer l’histoire de Rouen. Beaucoup d’autres, plus habiles que nous, en ont fait l’objet de leurs savantes recherches et de leurs intéressantes relations. Nous ne voulons qu’esquisser rapidement les différentes phases

que cette ville a parcourues depuis le commencement de notre ère, et dont les détails sont venus jusqu’à nous.

Conquise une première fois par Jules-César pendant le premier siècle1, la ville de Rouen tomba, en 843, au pouvoir des peuples du Nord conduits par Hastenc, et fut réduite en cendres. Après avoir été chassés de la Neustrie en 861, les Normands revinrent quinze ans plus tard, ayant à leur tête Rollon, qui débarqua dans une île située au milieu de la Seine et qu’on nommait l’île de la Roquette. La ville se soumit à ce chef, qui, en 912, se fit reconnaître duc de Normandie, en embrassant la foi chrétienne.

Pendant le règne des successeurs de Rollon, eurent lieu aux alentours de Rouen le combat du pré de la Bataille, en 932, celui de la Rougemare, en 953 ; la capitale normande passa dans les mains de Geoffroy, comte d’Anjou, en 1144, et fut ensuite plusieurs fois assiégée, jusqu’au moment où elle se rendit par capitulation, en 1204, à Philippe-Auguste, roi de France, qui réunit le duché de Normandie à sa couronne. De cette époque date la rapide extension de notre ville, qui en comblant les fossés, en sapant les murailles, ouvrit à sa riche et nombreuse population un plus vaste espace2.

Deux siècles plus tard, pendant lesquels Rouen vit naître plusieurs émotions populaires occasionnées par les impôts3, et que signalèrent aussi, en 1304, une famine qui désola toute la Normandie, et en 1348 l’invasion de la peste noire qui emporta le tiers de sa population4, au 15e siècle, pendant les luttes entre la

France et l’Angleterre, la ville, assiégée par Henri V, roi d’Angleterre et duc de Normandie, se rendit par composition le 18 janvier vieux style 1418, après une résistance héroïque. Tel fut le commencement de l’occupation anglaise, qui dura trente années, et dont l’un des plus tristes épisodes fut le supplice de Jeanne d’Arc1.

À peine délivrée de ce joug humiliant, Rouen fut en proie aux fureurs de la peste, qui, après l’avoir longtemps menacé, éclata en 1512, et continua à plusieurs reprises ses ravages2, jusqu’à l’époque où la ville fut obligée de se fortifier contre l’imminence de nouvelles attaques étrangères. Bientôt les guerres de religion y apportent le désordre et des scènes sanglantes ; des conflits meurtriers s’élèvent entre les catholiques et les religionnaires. En 1562, les horreurs de la guerre civile se font sentir ; les calvinistes, sous la conduite du prince de Condé, s’emparent de la ville par surprise, saccagent les églises, brûlent les reliques. On vit alors la populace s’emparer de l’Hôtel-de-Ville, piller les magasins. Le Chapitre de Notre-Dame de Rouen fut contraint d’abandonner la ville et de se réfugier à Gaillon, vu le saccagement

advenu en la dite église par les gens de la nouvelle religion... Enfin, la capitale normande fut reprise la même année par les troupes de Charles IX. Ce fut à ce siége mémorable que, pour la première fois en France, on se servit de grenades. Aussi, les registres du tabellionage font-ils mention, dans les années suivantes, de nombreuses ventes de places vides où il y avoit eu des maisons, lesquelles n’existoient plus, ayant été brûlées ou démolies durant la guerre civile de 1562. Et le Parlement, réuni à Louviers, rendit des arrêts pour ordonner l’estimation des dommages éprouvés par les marchands.

Dans les années qui suivirent, les troubles religieux enfantèrent de nouveaux désordres ; malgré les sages efforts du Parlement, les luttes continuèrent entre les catholiques et les protestants. Tour-à-tour vainqueurs ou désarmés, les premiers massacrent les religionnaires, qui, de leur côté, avaient dévasté les églises, insulté les prêtres, effrayé les femmes en prières. Une milice fut créée en 1567 ; ordre fut donné aux bourgeois de se trouver à la garde de la maison commune et de faire des patrouilles pour le repos public ; mais partout des émeutes éclatent, et ces scènes désolantes ne sont pas arrêtées par les nouvelles invasions de la peste, en 1578 et en 1580. On vit encore, malgré l’édit de l’Union signé par Henri III dans la cathédrale de Rouen, en juillet 1588, et qui fut mal exécuté en Normandie, on vit surgir la journée des barricades, recommencer de nouveaux massacres, et durer longtemps encore après les luttes entre les catholiques et les religionnaires, jusqu’au désarmement de ces derniers qui eut lieu en 1621.

Cependant des mesures énergiques avaient été prises pour mettre la ville en état de défense ; il avait été interdit aux habitants de construire ou de réparer des bâtiments dans les faubourgs, à quelque distance que ce fût des murailles. Déjà assiégé et bloqué sans succès par le roi de Navarre, en août 1589, tombé momentanément dans les mains des ligueurs, Rouen, au milieu des désastres qu’engendraient la cruelle maladie et la misère des habitants, est de nouveau assiégé en 1591. Ce siége, qui occasionna une grande détresse et qu’attristèrent de plus en plus

encore les haines des parties, les troubles et les émeutes populaires, fut levé après une durée de six mois. Menacé une troisième fois en 1594, Rouen se rendit à l’obéissance de Henri IV, qui avait embrassé la religion catholique. Pendant de nouveaux troubles qui éclatèrent encore l’année suivante, disent les rapports civils, l’insolence des gens de guerre devint telle, que les soldats faisaient ordinairement leurs corps de garde dans les églises, mettaient hors de leurs maisons les ecclésiastiques, prenaient les clés des trésors, etc.

Mais la peste, ce cruel fléau qui, depuis les premières années du 16e siècle, avait tant de fois exercé ses ravages, redouble de fureur et décime une population déjà éprouvée par tant de maux. Après avoir reparu avec une nouvelle violence de 1594 à 1598, de 1619 à 1624, et jusqu’en 16371, où le conseil de la ville offrit, à la Cathédrale, une lampe d’argent devant l’autel de la Vierge, qui fut appelé depuis l’autel des Vœux, cette affreuse maladie se montre encore, non moins désastreuse, à divers autres intervalles, jusqu’à la fin du 17e siècle, où elle fit périr, vers 1694, plus de 18,000 individus dans une période de dix-huit mois. La fièvre pourprée, ainsi appelée dans le Flambeau astronomique, cessa ses ravages en 1695 ; elle fut accompagnée d’une cherté de subsistances qui causa une grande mortalité parmi les indigents.

Des fléaux d’un autre genre portèrent plus d’une fois la désolation dans notre cité. Des inondations considérables, causées par le débordement de la Seine et des rivières qui y affluent, envahirent des quartiers que nulle digue ne protégeait encore. En 1119, une partie de la ville fut inondée par les eaux de la Seine. En 1281, l’eau passa de six pieds au-dessus de la chaussée de Martinville ; en 1296, elle rompit le pont de Mathilde et

emporta plusieurs maisons. En 1342, en 1397, le quartier de Martinville, qui, au reste, jusqu’au 17e siècle, ne formait souvent que d’immenses marais, dont la Marêquerie a tiré son nom, fut encore envahi au point que les eaux s’avancèrent jusqu’au pont Honfroy, près du lieu appelé le Ruissel. Vers le même temps, en 1480, eut lieu le grand hiver qui gâta toutes les vignes1. En 1564, le pont de pierre fut détruit par les glaces, et des bacs furent établis pour traverser la Seine. À beaucoup d’autres époques encore, à la suite de froids rigoureux et de crues abondantes, notamment en 1658 où l’on parcourut en bateaux différents quartiers ; en 17092, où une partie du pont de bois fut emportée ; en 1740, où l’eau couvrit de nouveau une partie de la ville et du faubourg Saint-Sever ; en 1777, en 1799, où le pont de bateaux fut une seconde fois rompu ; en 1787 enfin, où le débordement de Robec causa des ravages considérables, eurent lieu de semblables désastres contre lesquels devenaient impuissants les travaux qui avaient été entrepris pour s’opposer à leurs atteintes3. Enfin il y eut des hivers si violents, qu’en 1776, le Parlement ordonna de faire venir dans la ville 598 cordes de bois, qui furent vendues aux prix ordinaires4. En 1784, le bois de chauffage vint à manquer, et l’on abattit les arbres des promenades publiques. En 1788, furent excédés les plus grands froids connus.

Les catastrophes occasionnées par les incendies furent encore plus effrayantes. L’encombrement des habitations entassées dans des rues étroites, la nature des matériaux qui servaient à la construction des maisons et même à celle de la plupart

des églises, surtout avant le 15e siècle, l’absence de moyens énergiques pour combattre les progrès du feu, tout contribuait à étendre ses ravages, et à porter la destruction dans de vastes et populeux quartiers. Au 12e siècle, furent brûlés le prieuré de Saint-Lô, les abbayes de Saint-Amand et de Saint-Ouen, ainsi que toutes les maisons de treize paroisses ; en 1200, la Cathédrale fut consumée avec toute la partie inférieure de la ville ; en 1203 et en 1206, le feu dévora les paroisses de Saint-Maclou, de Saint-Denis et de Saint-Cande ; en 1211, une partie de la ville fut dévastée par un incendie qui commença auprès de l’église Saint-Maclou, sise encore en dehors des murs. En 1220 et en 1225, on eut à déplorer de nouveaux malheurs. En 1228, tout le quartier entre Saint-Patrice et le port est détruit. En 1238, le feu dévore les maisons qui s’étendaient depuis la rue aux Juifs jusqu’à la source de Gaalor ; dix ans après, une partie notable de la ville, comprenant les églises de Saint-Godard, de Saint-Laurent et de Saint-Ouen, est de nouveau envahie. Nous bornons là cette série de calamités, qui, plus tard encore, menacèrent fréquemment plusieurs de nos édifices publics, et dont nous avons eu un déplorable épisode en 1822, dans la destruction, par le feu du ciel, de la flèche de notre Cathédrale, désastre dont la réparation est restée inachevée.

Pour terminer cette rapide revue des sinistres événements jusqu’à la fin du 18e siècle, citons les secousses de tremblements de terre qui se firent sentir en 1142, en 1522, en 16081 et en 1692, en 1767 et en 1775. Signalons l’année 1518, dite l’année des grands vents, qui firent des ravages considérables ; l’ouragan de 16832, qui emporta la couverture de la Cathédrale et renversa plusieurs clochers ; celui de 1736, qui détruisit en partie le clocher de Saint-Maclou, et celui de 1773 qui abattit la flèche des Augustins.

Dans le cours du 17e et du 18e siècle, la ville de Rouen fut affligée

par de nouvelles émotions populaires qu’occasionnèrent l’énormité des impôts et la création de nouvelles taxes. En 1628, ce fut à l’occasion d’un impôt sur les cuirs ; en 1631, au sujet des brasseries de bière ; en 1628 encore et en 1634, eurent lieu les émeutes des drapiers, dont l’industrie était alors considérable1 ; puis celle qui eut pour cause, en cette dernière année, un impôt sur les cartes à jouer2. En 1639 éclata dans la Normandie la formidable émeute des Nu-pieds. Les années 1725, 1777 et autres, furent signalées par des troubles que causa le prix des grains.

Mais nous entrons dans une nouvelle phase que nous ne devons aborder qu’avec une grande réserve, car les détails nous entraîneraient au-delà des limites de l’ouvrage que nous avons entrepris. Notre ville eut aussi, pendant les jours néfastes qui suivirent la révolution de 1789, ses agitations, ses émeutes, sa fédération, ses proscriptions, ses supplices même. Les exercices du culte furent suspendus, des monuments publics furent mutilés3. Puis vinrent également les réjouissances, les fêtes populaires ; et si, en 1734, il avait été enjoint, sous peine d’amende, aux habitants de faire des feux de joie devant leurs portes, de mettre des lumières sur leurs fenêtres, en réjouissance du succès des armes du roi, on eut aussi plus d’une fois, soixante ans plus tard, des réjouissances par ordre, des invitations d’illuminer les maisons. Dans d’autres circonstances plus récentes encore, notre ville éprouva de nouveau les effets des commotions politiques ; elle eut aussi ses évènements remarquables, ses faits historiques, dont le souvenir est resté dans la mémoire de nos contemporains.

VI.

Peut-être n’est-il pas hors de propos d’entrer dans quelques détails succincts concernant l’organisation des mesures de police,

de sûreté publique et d’intérêt général, dont notre ville a été l’objet pendant les derniers siècles et au dix-neuvième.

En 1507, l’autorité avait ordonné le pavage de certaines rues ou places de Rouen. Les propriétaires et les usufruitiers étaient tenus de réparer ce pavage1. En 1673, parut un réglement concernant cette opération, et sur l’alignement des bâtiments. La mise à la charge des habitants de l’entretien du pavage dura jusqu’en 1855, où la ville se réserva le soin d’entretenir les chaussées de la voirie urbaine.

De 1550 à 1552 furent faits les premiers essais de l’éclairage de la voie publique2. En 1697 eut lieu, en vertu d’un ordre du lieutenant de police, l’usage des lanternes, mais cet usage ne se répandit que plus tard. Jusqu’au milieu du 18e siècle, l’éclairage des rues se faisait à la chandelle ; on lui substitua en 1768 l’éclairage à l’huile. L’on fit, à cette époque, l’essai de lanternes carrées ou de réverbères qui renfermaient une grosse lampe portant deux ou trois mèches, suivant le nombre des rues qu’on voulait éclairer3. C’est depuis 1835 que le gaz commença à remplacer l’huile pour l’éclairage.

Inventés dans la première moitié du 16e siècle, les carosses se répandirent lentement. Catherine de Médicis est la première qui en ait eu un. Henri IV n’en avait qu’un seul pour toute sa maison : Je ne pourrai vous aller voir, écrivait le bon roi à Sully, parce que ma femme se sert de ma coche. On croit que le premier carosse parut à Rouen en 1591 ou 15964. Ces véhicules ressem-

blaient fort peu aux élégantes voitures actuelles. L’établissement des carosses de louage à Paris date de 1680 ; ils occupaient l’hôtel Saint-Fiacre, d’où leur est restée cette désignation.

En 1567 eut lieu la création d’une milice bourgeoise. La compagnie du Guet fut organisée en 1678, mais ce corps paraît avoir été institué dès le temps de l’occupation anglaise. Les compagnies de la Cinquantaine et des Arquebusiers, ainsi que la milice bourgeoise, furent remplacées, en novembre 1789, par la garde nationale, qui, trois ans après, reçut une nouvelle organisation.

Au moyen-âge, on décorait du titre d’hôtel beaucoup de maisons qui n’avaient quelquefois qu’une médiocre apparence. Les rues étaient généralement étroites et tortueuses, et elles étaient assombries encore par des avant-soliers qui surplombaient, comme par de nombreuses enseignes qui, pour la plupart, étaient suspendues au travers des rues. En 1605, un arrêt du Parlement ordonna de supprimer les poteaux, ventrières et sommiers qui étaient appuyés sur la voie publique. En 1669 parut une ordonnance pour réprimer l’abus que commettaient les marchands, par des enseignes d’une grandeur excessive.

Vers 1605 fut mise en adjudication la ferme des places et bels1 de la ville.

Les registres secrets du Parlement font mention des précautions qui furent ordonnées dans l’intérêt de la salubrité, surtout à l’occasion des ravages de la peste. Le 23 juillet 1557 parut un arrêt très étendu et très curieux par les détails qu’il renferme au sujet de la création, déjà ordonnée en 1551, de cloaques, retraits ou latrines dans l’intérieur des habitations, et par ceux qui concernaient la propreté des rues, leur arrosement, la surveillance des établissements insalubres, l’entretien des bestiaux dans la ville, la police des boucheries et poissonneries, et par la défense qu’il contenait, enfin, à toutes personnes de permettre à leurs enfants et serviteurs de jouer par les rues et cimetières, et autres

semblables lieux publics, soit à la paulme ou autres jeux, et de n’y jeter pierres, jurer ni blasphémer, sur peine d’être poursuivis et punis selon l’exigence des lois. En 1609, des propriétaires de maisons sises à la Marêquerie furent condamnés à des amendes pour défaut de nétoyage du ruisseau du « Petit-Quai » qui traversait cette rue ; en 1619, la Cour ordonna de dresser des poteaux avec carcans, pour punir les contrevenants aux ordres de police pour la propreté des rues.

En 1633, fut rendu un arrêt contre les envahissements commis sur le fleuve par les riverains de la Seine ; un autre arrêt, de 1627, faisait défense de se livrer à la pêche aux temps réservés pour la conservation du frai du poisson.

En 1672 parut un réglement concernant le nétoyage des fontaines et la distribution des eaux aux particuliers. Cette utile amélioration, qui ne se généralisa pas alors, est, depuis 1854, l’objet d’études sérieuses, ainsi que nous le dirons plus loin, et semble devoir être mise bientôt à exécution.

En 1686, on organisa les secours contre l’incendie ; de 1719 date la première introduction des pompes ; le 21 juin 1731 furent données des lettres patentes en vertu desquelles le Parlement rendit, le 6 juillet suivant, un arrêt réglant l’ordre des services que devaient porter, en cas d’incendie, les compagnies de la Cinquantaine et des Arquebusiers. En 1800 fut organisée à Rouen la compagnie des Pompiers, qui succéda à des gardiens et sous-gardiens présidés par un directeur des pompes de la commune.

C’est de juillet 1774 que date l’établissement dans notre ville des secours à donner aux noyés.

Le numérotage des maisons fut fait pour la première fois en 1788. Il fut renouvelé en 18171.

La ville a été divisée en douze sections en 1799 ; il y en avait auparavant vingt-six. La division du département de la Seine-Inférieure en cinquante cantons, dont six pour la ville de Rouen, eut lieu le 3 octobre 18012.

C’est de la dernière partie du 18e siècle que date l’époque de la rénovation de notre vieille et importante cité. Des améliorations considérables sont dues aux intendants de la généralité de Rouen. Commencé par M. Feydeau de Brou, entre 1755 et 1762, le prolongement des quais, depuis la porte Saint-Éloi jusque devant le Vieux-Palais, fut achevé par ses successeurs. M. de la Michodière, qui remplaça M. de Brou, organisa les ateliers de charité ; on lui doit l’ouverture de la nouvelle côte de Beauvoisine, de l’avenue du Mont-Riboudet et de la route de Paris (hameau d’Eauplet). Sous l’administration de M. Thiroux de Crosne, de 1767 à 1785, eurent lieu l’élargissement d’une partie du port de Rouen, la démolition du Petit-Château et des portes de Cauchoise et de Saint-Hilaire, la création des boulevards, la construction des casernes de Saint-Sever et de Martinville, l’établissement de la maison de Bicêtre, du champ de foire à cidre et de la nouvelle route de Caen, enfin la fondation du quartier neuf de Cauchoise, qu’on appelait la nouvelle Ville.

Ce fut en 1758, après l’achèvement de l’Hôtel-Dieu, que l’on commença la mise à exécution de la vaste entreprise, conçue quelques années auparavant, de construire un Hôtel-de-Ville aux abords du Vieux-Marché, dont l’emplacement devait être converti en une place Royale entourée de bâtiments uniformes et percée de neuf rues. L’ensemble du quartier destiné à entourer le nouvel Hôtel-de-Ville devait comprendre, entre autres créations, un jardin public, une place du Luxembourg, les rues Cabeuil, de Brou, de la Bourdonnaye, qui devaient rappeler, avec celui de M. de Crosne, les noms des personnages qui ont contribué à l’ac-

croissement de cette partie de la cité. Ce somptueux projet tomba, dit-on, devant l’énormité des dépenses qu’il devait entraîner.

La première moitié du 19e siècle fut signalée par de nouveaux travaux, en tête desquels nous mentionnerons la construction du Pont-de-Pierre, le redressement et l’élargissement du pont de Rouen, l’établissement de nouveaux plans d’alignement et d’embellissement des rues, la construction de l’Asile des Aliénés, de l’hôtel des Douanes, des Abattoirs, l’achèvement de Saint-Ouen, la restauration de l’Hôtel-de-Ville et de quelques-uns de nos principaux monuments, la réédification, demeurée incomplète, de la fléche de la Cathédrale, etc.

En 1852 furent arrêtés les projets d’assainir le quartier Martinville, projets qui avaient été conçus d’abord par M. de Crosne au 18e siècle ; ceux de dégager l’église de Saint-Ouen et d’isoler les autres églises ; en 1854, on décida la création d’un marché aux bestiaux aux Emmurées, celle des concessions d’eau dans les propriétés particulières, la construction des Docks-Entrepôts, l’élargissement de plusieurs rues, le prolongement du port fluvial, etc., travaux qui furent effectués en partie pendant les années suivantes, ou dont quelques-uns se trouvent encore en cours d’exécution.

Puis vinrent, en 1859, les premières propositions des grands travaux de Rouen, hardie et vaste conception qui, en créant de magnifiques quartiers, des marchés élégants et commodes, a fait disparaître un grand nombre de ces sales et étroites ruelles, de ces bouges dont le nom et la destination déshonoraient notre ville ; qui tend à achever d’assainir ces bas-quartiers antérieurement si abandonnés et si misérables, et contribue à éloigner ces foyers d’infection tant de fois condamnés par des arrêts du Parlement, par des délibérations de l’Hôtel-de-Ville, lesquels, néanmoins, pendant des siècles entiers, avaient continué de croupir au sein de quartiers populeux.

En même temps que s’opéraient ces prodigieuses entreprises, on continuait, avec non moins d’activité, la restauration de nos édifices publics, de nos églises monumentales, la construction de monuments nouveaux et d’établissements de tout genre que rendaient nécessaires l’importance toujours croissante de notre ville

et le développement de nos voies ferrées ; on entreprenait de nombreux travaux de pavage, l’élargissement de nos voies publiques, l’établissement des trottoirs, la construction d’aqueducs et d’égoûts, etc. Une utile économie était apportée dans le mode de distribution des eaux potables ; une heureuse innovation permettait d’en utiliser une partie pour l’assainissement de la partie basse de la ville, où elles sont répandues à des heures déterminées, tandis que se poursuivent les moyens d’augmenter encore le volume de cet élément de première nécessité, et pour en faire le partage dans les propriétés privées1.

L’élaboration d’autres projets dont le but est d’étendre et de faciliter, par la fondation d’un nouveau pont fixe sur la Seine, les communications entre les deux rives, a été momentanément entravée par des discussions et par des votes qui en ont fait ajourner la conclusion. Des intérêts particuliers, des rivalités de quartier, des considérations même sur l’avenir de notre commerce maritime, ont été diversement interprétés ; des difficultés d’exécution, des inconvénients peut-être exagérés, ont été mis en avant, et ont été l’objet de vifs débats qui ont compromis pour longtemps encore l’ouverture d’une voie nouvelle dont la nécessité est pourtant reconnue par tous, pendant que l’amélioration de la navigation fluviale et des diverses parties du port de Rouen, et que la création d’une nouvelle ligne ferrée, viendront bientôt démontrer de plus en plus son indispensable utilité.

Mais, au milieu de toutes ces préoccupations qui ont pour but l’intérêt général, l’activité des novateurs est loin de se ralentir, et, à côté des projets qui devront compléter tôt ou tard la jonction des deux rives et la transformation entière de l’île de la Croix, on voit surgir encore ceux qui tendent à la création de nouveaux quartiers, à l’ouverture de promenades publiques destinées à découvrir la perspective de nos plus beaux monuments ; ce qui prouve que, quelque grandes choses que l’on accomplisse, il restera toujours quelque chose à faire dans l’antique et industrieuse capitale normande.

VII.

La plupart des rues et des places de Rouen ont pris leur nom, soit des communautés religieuses, des églises, chapelles et établissements publics ; soit de leur position locale, de bornes, pierres ou arbres, etc. ; soit des diverses professions qu’on y exerçait ; soit enfin des anciennes enseignes par lesquelles on désignait un grand nombre de maisons, à défaut de leur numérotage, qui n’a eu lieu pour la première fois qu’en 17881. D’autres portent des noms qui leur ont été donnés au hasard ou par la tradition, et dans des circonstances particulières dont on n’a peut-être pas conservé le souvenir. Quelques autres, aussi, ont des désignations insignifiantes2 et qui dénotent l’indifférence des autorités locales à intervenir dans le choix de ces désignations.

En compulsant un grand nombre d’ouvrages, et à l’aide des recherches que nous avons faites dans les Archives municipales, à l’aide surtout des précieux documents qui nous ont été fournis, comme nous l’avons dit, par MM. Ch. Richard, Ch. de Beaurepaire et Éd. Gosselin, nous avons pu joindre aux notes étymo-

logiques déjà publiées par l’auteur du Dictionnaire indicateur, de nouveaux renseignements relatifs à nos voies publiques, ainsi qu’aux églises et établissements que la ville renferme. Nous avons hasardé quelques conjectures sur l’origine du nom de certaines rues, et nous avons dû garder le silence au sujet de plusieurs autres, faute de renseignements suffisants.

Nous avons cru qu’il était nécessaire d’indiquer les variantes souvent nombreuses de quelques-unes des anciennes dénominations, lesquelles ont dû leur défiguration à la manière dont on les prononçait ou dont elles étaient écrites dans les actes si variés qui en font mention. On conçoit, au reste, que l’indication des rues, avant le 16e siècle, était très arbitraire ; que souvent même elles n’avaient pas de nom bien déterminé, et qu’en l’absence d’inscriptions ou d’autres documents écrits ou imprimés, leur dénomination variait suivant le caprice des habitants, ce qui faisait donner en même temps, à de certaines rues, des noms ou des désignations différentes, et ce qui explique aussi pourquoi plusieurs rues portaient le même nom.

Ce sont là des inconvénients qu’on s’est efforcé de faire disparaître par l’inscription ou la gravure des noms à l’encoignure des rues. Cette inscription a dû commencer en même temps que le numérotage des maisons, et encore leur exactitude et leur régularité furent-elles subordonnées à l’habileté des agents chargés de les exécuter1, comme aux variantes nombreuses qui se glissaient dans les nomenclatures fournies par les divers écrivains, ou dans les plans imprimés.

Il nous a paru utile également de conserver avec soin les renseignements sur des rues ou des places qui n’existent plus, ou qui ont été plus ou moins récemment supprimées, d’abord pour en garder le souvenir historique, puis afin de faciliter l’intelligence

des anciens actes ou des ouvrages dans lesquels elles se trouvent mentionnées. Il en est de même, enfin, à l’égard des noms révolutionnaires et quelquefois ridicules qui ont été donnés, en 1794, à une grande partie des rues et des places, qui ne les ont conservés que momentanément.

Nous exposons, dans le Dictionnaire, quelques réflexions relatives à des changements de dénomination qui nous ont paru, ainsi qu’à d’autres de nos concitoyens1, devoir être l’objet d’une réforme semblable à celle devant laquelle n’a pas reculé l’administration municipale de Paris2. Nous exprimons quelquefois le regret que l’autorité locale n’ait pas toujours usé de son droit de faire le choix de noms applicables aux rues nouvellement ouvertes, ou de remplacer des dénominations inopportunes et quelquefois triviales. L’Administration actuelle est entrée dans cette voie depuis quelque temps, et nous formons le vœu de l’y voir persévérer. C’est, nous le croyons, une belle prérogative que celle de perpétuer vis-à-vis des étrangers, et de transmettre aux générations futures le souvenir d’un fait historique, la mémoire d’un personnage célèbre ou utile, qui ont illustré notre ville ; ce sont des pages d’histoire, que ces nomenclatures publiées par des livres, que ces inscriptions placées à l’encoignure de nos voies publiques, et l’on ne saurait négliger de les surveiller.

En général, les changements de noms des rues rencontrent une opposition fondée sur les inconvénients qui peuvent en résulter dans les rapports publics ou privés, et surtout en matière judiciaire, lorsqu’il s’agit de servitudes ou d’abornement. Ces appellations, a-t-on dit encore, qui viennent d’une époque reculée, sont de vraies traditions qui peuvent servir à l’histoire, et dont les archéologues doivent prendre les premiers la défense… D’ailleurs, le nom primitif subsiste longtemps dans les habitudes

de la population, malgré le nouveau nom officiellement inscrit1.

Certes, on ne saurait approuver que le caprice ou la fantaisie pussent présider à des changements trop fréquents ou que rien ne justifierait. Mais n’est-il pas des moyens de remédier aux inconvénients qu’on signale ? Les anciens actes de tabellionage n’offrent-ils pas de nombreux exemples des précautions qu’on aurait à prendre, dans les actes civils ou judiciaires, en faisant suivre la dénomination nouvelle d’une rue, du nom qu’elle avait porté précédemment ? Les inscriptions elles-mêmes, soumises à une exacte surveillance, ne pourraient-elles, jusqu’à un certain point, indiquer ces variantes ?

Et d’ailleurs, que sont ces inconvénients, auxquels il est possible de remédier, auprès de ceux qui peuvent résulter des erreurs qu’entraînent, et la similitude des noms dans des quartiers opposés, et la répétition, multipliée à l’infini, de ceux que l’on s’est borné à faire précéder des mots de rue ou de place, de petite rue ou de rue neuve, de boulevard ou de rampe, ou ces appellations qui font chercher la rue Saint-Romain ou la rue de la Madeleine (par exemple) auprès des églises qui portent les mêmes noms, ou enfin ces désignations insuffisantes de rue Neuve ou Nouvelle, de rue Projetée, de rue Longue ou Étroite, qu’on peut trouver partout ?

Nous résumons dans la simple nomenclature ci dessous l’indication de quelques-uns des changements de dénomination que nous avons l’occasion de proposer dans le cours de cet ouvrage2.

RuesNouveaux noms proposés.
Amboise (d’)r. de Maussion.
Amitié (de l’)de Croixmare.
Avalasse (de l’)de Géricault.
Bonnetiers (des)Georges-d’Amboise.
Boudindu Parlement.
Champ-de-Foire (du)de Sommesnil.
Chasselièvre (petite rue)Saint-Avitien.
RuesNouveaux noms proposés.
Chemin-de-fer (du)Salomon-de-Caus.
Contrat-Social (rue du)de Bellegarde.
Darnétal (de)de Longpaon.
Eau-de-Robec (place de l’)place du Pont-de-Robec.
Eau-de-Robec (rue de l’), jusqu’à la hauteur de la Croix-de-Pierrerue Édouard-Adam
GéricaultSaint-Léonard.
Jeanne-d’Arc (quartier)quartier de Vaucouleurs.
Lamauverue de Gaumont.
Madeleine (de la)de l’Ancien-Hôtel-Dieu.
Montméry (rue)d’Émendreville.
Mont-Riboudet (quai du)quai Montholon.
Neuve-Massacre (rue)r. de l’Abbé-Legendre.
Neuve Saint-Marcdu Tot.
Neuve Saint-Patricede la Tour-Bigot.
Neuve Saint-Viviendu Cimetière-St-Vivien.
Nord (du)de l’Abbé-Gossier.
Nouvelle, dans le faub. Saint-SeverMathilde.
Pérou (du), ou des Plains-Champsde la Michodière.
Projetée, à Saint-SeverJ.-B.-De la Salle.
Saint-Georges (rue), en villeDuval-Richer.
Saint-Gervais (grande rue)Saint-Mellon.
Saint-Gervais (petite rue)du Prieuré.
Saint-Hilaire (boulevard)boul. Lamauve.
Saint-Romain (rue)de la Cité.
Socrate (rue de)Miromesnil.

Nous soumettons humblement nos réflexions à l’Édilité rouennaise, dont nous sommes heureux de constater l’active sollicitude pour la prospérité de notre ville, et aux constants efforts de laquelle nous devons déjà tant d’utiles améliorations.

Nicétas PERIAUX.


Observation essentielle.

Afin d’éviter des renvois trop multipliés dans le cours du Dictionnaire, nous consignons avec le plus grand soin, dans une table des matières qui le termine, non-seulement les noms des Rues, Places, Monuments ou Établissements publics auxquels un article est consacré dans cet ouvrage, mais encore les anciennes dénominations concernant les Rues actuellement existantes, et de celles qui ont été supprimées plus ou moins récemment. Il en est de même pour tous les Monuments et Établissements qui n’ont pas d’article spécial dans l’ordre alphabétique. ― Ce sera donc à la table des matières qu’il sera utile de se reporter, toutes les fois qu’on aura des recherches à faire.

Dictionnaire
Indicateur et historique
des rues et places
de Rouen.

Abattoirs (rue des). = Rue Méridienne, rue de Sotteville. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg Saint-Sever.

Ouverte avant 1814, mais sans désignation, cette rue tire son nom de sa proximité des Abattoirs publics, fondés en 1837 sur les limites de la ville vers la commune de Sotteville, dans un terrain qui dépendait d’une propriété appartenant alors au docteur Burel. Cette construction fut l’objet d’un concours public qui eut lieu à Rouen en 1834.

Abreuvoir (rue de l’). = Route de Darnétal, les Petites-Eaux de Robec. ― 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. ― Faubourg Saint-Hilaire.

Cette rue a pris son nom d’un abreuvoir auquel elle communiquait, et qui subsistait depuis le 14e siècle. Il fut supprimé en 1818.

Accard (rue). = Rue de l’Eau-de-Robec, rue Saint-Vivien. ― 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. ― Quartier S.-E.

On donna à cette rue, en 1794, le nom de rue d’Angers. Sa première dénomination, qui lui fut rendue en 1795, provenait évidemment d’un propriétaire. Dans une charte de 1199, on trouve une limite indiquée depuis la porte de Saint-Ouen jusqu’au pont de la terre qui fut Acart Lebarrier1.

Nous voyons, dans un petit almanach publié à Rouen en 1794, cette rue désignée sous le nom de rue Achard. C’est aussi l’orthographe de l’Histoire de Rouen, du Flambeau astronomique, etc. Un plan de 1784 porte Acare. Enfin, on trouve aussi quelquefois Acart, Achérée, désignations qui se rapportent à la même rue1.

On avait inscrit, en 1818, au coin de la rue Accard, le nom de rue au Chat, qu’elle a porté anciennement, peut-être par corruption de langage2. D’anciennes nomenclatures et les Affiches de Normandie indiquent également la rue du Chat, près Robec. Depuis, on a effacé le nom de la rue du Chat, pour rétablir celui que la rue porte actuellement.

Aître-Saint-Nicaise (rue de l’). = Rue Saint-Nicaise, rue Poisson. ― 2e section, 2e canton, Saint-Nicaise. ― Quartier N.-E.

Cette rue, qui fut ouverte au commencement du 19e siècle sur l’ancien cimetière de Saint-Nicaise, doit son nom à sa situation le long de cette église. Elle est quelquefois désignée sous la dénomination de rue du Cimetière-Saint-Nicaise ou de rue Neuve-Saint-Nicaise, nom sous lequel elle est inscrite sur un plan de 1817. (Voyez rue du Porche.)

Il y a, dans cette rue, une école primaire tenue par les Sœurs de la Miséricorde.

Alain-Blanchart (rue). = Rue de l’Impératrice, boulevard Jeanne-d’Arc. ― 8e section, 2e canton ; paroisses : Saint-Patrice, pour le côté gauche ; Saint-Godard, pour le côté droit. ― Quartier N.-O.

Cette rue, qui avait été projetée dès 1792, a été ouverte en 1838, en prolongement des rues Morant et du Moulinet jusqu’au boulevard, sur des terrains précédemment occupés en partie par l’hôtel de M. le marquis de Martinville, qui fut maire de Rouen depuis 1821 jusqu’en 1830, et près de l’emplacement de la tour Bigot, qui a été démolie en 1839.

Désignée d’abord sous le nom de rue de la Tour-Bigot, elle a

reçu celui d’un citoyen de Rouen qui se rendit célèbre par la défense héroïque de cette ville contre les Anglais, en 1418. Alain Blanchart, capitaine de Rouen, fut décapité par l’ordre du roi Henri V, après que la ville se fut rendue.

L’orthographe du nom de cette rue est Blanchart : c’est celle des actes originaux.

Alger (rue d’). = Rue de Constantine, rue du Chouquet. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Nom donné, en commémoration de la conquête de l’Algérie, à une rue ouverte par M. Amand Lemire sur des terrains dépendant de l’ancien pré de la Bataille.

Allée-du-Colombier (rue ou chemin de l’). = Avenue du Mont-Riboudet, route Neuve-du-Havre. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Elle est désignée, dans un plan de 1817, sous le nom de rue de la Grande-Allée, nom qui lui fut donné à cause de l’avenue du Mont-Riboudet, à laquelle elle aboutit.

Amboise (rue d’). = Quai du Mont-Riboudet, rue du Contrat-Social. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Ouverte à la fin du 18e siècle, depuis le Mont-Riboudet jusqu’à la rue Dugay-Trouin, puis en 1832 jusqu’à la rue Flahaut, cette rue a été prolongée plus tard jusqu’à celle du Contrat-Social. On lui avait d’abord donné le nom de M. de Maussion, qui était intendant de la Généralité de Rouen au moment de la révolution de 1789. Il semble regrettable, d’une part, que l’on n’ait pas restitué à cette rue le nom d’un personnage qui rendit d’importants services à notre ville, et qui devint victime de son dévoûment et de sa fermeté. D’un autre côté, la rue d’Amboise, qui fut désignée en 1794 sous le nom de rue de la Seine-Inférieure, reçut en 1795 celui qui lui est resté ; on aurait dû, lors de sa nouvelle inscription, en 1817, faire précéder le nom d’Amboise du prénom Georges, car ce ne fut pas, à coup sûr, le souvenir de nos illustres prélats qui fit choisir cette dénomination à l’époque où elle fut donnée à la rue dont nous parlons. Le nom de Georges-d’Amboise perpétuerait la mémoire de l’éminent archevêque auquel Rouen a dû de nombreux bienfaits : l’établissement, sous son patronage et sa direc-

tion, du Parlement de Normandie ; la construction de monuments magnifiques ; l’introduction dans la ville des sources qui y répandent des eaux abondantes ; les travaux qu’il fit exécuter à ses frais au canal de Robec et aux conduites de la source de Darnétal : tels sont les principaux droits à nos souvenirs de Georges d’Amboise Ier. Au reste, à ces différents titres, le nom de ce personnage célèbre serait mieux placé dans le centre de la ville, aux alentours de notre cathédrale, à la rue des Bonnetiers, par exemple, et celui de Maussion devrait être rendu à la rue d’Amboise actuelle.

Ambroise-Fleury (rue). = Rue Martinville, rue Eau-de-Robec. ― 3e section ; 3e canton pour les nos imp. entre la rue Napoléon III et l’Eau-de-Robec ; 4e canton pour le reste ; paroisses : S.-Maclou, excepté les nos pairs entre l’Eau-de-Robec et la rue Napoléon III, qui sont sur S.-Vivien. ― Quart. S.-E.

Cette rue, ouverte en 1867 sur le terrain des anciennes rues des Marquets, du Fer-à-Cheval et du Gril, traverse la rue Napoléon III et longe la place du même nom, en face de la caserne d’infanterie installée, vers 1854, sur l’emplacement occupé successivement par le noviciat des Jésuites, fondé en 1605 et supprimé en 1764 ; par le dépôt des Mendiants jusqu’en 1776, et par la maison d’arrêt et de correction connue sous le nom de Bicêtre, qui a été transférée, en 1860, dans les quartiers de la Motte et de Bonne-Nouvelle, à Saint-Sever.

Elle a reçu le nom d’un ancien maire de Rouen, Jean-Ambroise Fleury, décédé le 21 décembre 1857 dans l’exercice de ses fonctions, où il avait été appelé dix ans auparavant, et auquel la ville et ce quartier doivent de nombreuses améliorations.

Dans la partie de la rue Ambroise-Fleury qui remplace l’ancienne rue des Marquets, du côté de la rue Martinville, était le clos des Parcheminiers qui aboutissait autrefois aux eaux minérales de la Marêquerie, dont la rue des Marquets a pu tenir son nom. C’est, aujourd’hui, une petite place édifiée de hallettes en bois occupées par des marchands.

Entre ce clos des Parcheminiers et la rue Napoléon III était l’orphelinat des Saints-Anges, qui avait été fondé, vers 1838, par l’abbé Carpentier, alors vicaire de Saint-Maclou. La chapelle de cet établissement fut bénite en 1842. Depuis l’ouverture de la rue Napoléon III, depuis surtout que l’ancienne maison de Bicêtre a

été convertie en caserne d’infanterie, l’établissement des Saints-Anges a été transféré dans la rue Saint-Hilaire, dans l’ancien couvent des Pénitents.

À la suite de l’entrée de la nouvelle caserne, on voit encore le portail de l’église du ci-devant noviciat des Jésuites, qui avait été érigée au commencement du 17e siècle, et dont le faîte a été démoli en 1829.

Dans cette même rue est un établissement de bains et lavoirs publics pour les femmes, qui a été institué, vers 1849, par une société de souscripteurs.

Amitié (rue de l’). = Rue Pomme-d’or et rue Fleuriguet, rue de l’Épée. ― 2e section, 2e canton, S.-Vivien. ― Quartier N.-E.

Cette rue portait autrefois le nom de Croixmare, sous lequel elle est mentionnée dans des actes de tabellionage de 1421 à 1462 ; on lit dans une déclaration de Saint-Ouen du 14e siècle : depuis la rue Croixmare jusqu’au puits Gringore (voyez ce nom). ― Il existait dans cette rue un puits commun, dans la possession duquel les habitants furent maintenus par une sentence du bailli de Rouen de juillet 1587.

Nous trouvons encore cette rue désignée sous le nom de rue du Pot-d’Étain, dans des actes du Parlement de 1612 et de 1619 : rue anciennement nommées de Croixmare et à présent le Pot-d’Étain. Il y avait une enseigne du Plat d’étain près du carrefour qui a conservé la désignation de carrefour du Plat (voyez ce mot).

Enfin, elle figure sous le nom de rue Prison dans plusieurs auteurs et dans des plans de 1655 à 1784 ; cette dénomination, qui était encore donnée à la rue de l’Amitié au commencement du 19e siècle, provenait de l’existence dans cette rue de la prison appartenant à la juridiction de la baronnie de Saint-Ouen, qui avait droit de haute, basse et moyenne justice. En 1382, dit Farin, le sénéchal de cette baronnie fit pendre aux fourches de Bihorel, lieu qui en dépendait, un voleur qui avait été pris à Quincampoix.

On donna, en 1794, à la rue de l’Amitié le nom de rue du Bonnet-Rouge, et, en 1795, celui qui lui est resté. Elle conserva néanmoins en même temps, pendant plusieurs années, le nom de rue Prison.

Le nom de Croixmare était celui d’une famille qui a fourni plusieurs magistrats au Parlement de Normandie ; peut-être

serait-ce un motif suffisant pour rendre à la rue de l’Amitié sa première dénomination.

Ancrière (rue).

Cette rue, qui descendait de la rue aux Ours à la rue des Charrettes, a été supprimée en 1860, pour l’ouverture de celle de l’Impératrice.

Le Dictionnaire indicateur1 faisait dériver le nom donné à cette rue, et que quelques personnes écrivaient par erreur : « Encrière », des expressions « ancre, ancrer, » se rapportant au temps où la Seine baignait la partie de la ville où cette rue était située. Suivant l’opinion de M. Ch. de Beaurepaire, la rue Ancrière était le quartier des forgerons de marine qui vendaient particulièrement des ancres. En parlant de l’église de Saint-André, qui était dans la rue aux Ours, presque à l’angle de la rue Ancrière, un ancien auteur dit que cette église était située dans le quartier des forgerons2.

La rue Ancrière était très ancienne ; elle est citée dans des actes de 1409 et des années suivantes. Un acte de tabellionage du 16 novembre 1468 fait mention d’un hôtel où pend l’ancre tournée. On lit aussi dans des documents du 13e siècle : in vico ancreiis, in vico ancreriorum, in vico Ancriere.

André-Deshayes (rue).

C’était une petite rue voisine de l’abbaye de Saint-Amand, que l’on trouve désignée dans une charte de 12943, et dont il ne reste plus de traces.

Anglais (rue aux). = Rue du Pré et place Bonne-Nouvelle, la Campagne vers le Petit-Quevilly. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg Saint-Sever.

Un acte de tabellionage de 1489 et un autre de 1510 citent la rue aux Anglais, en la paroisse de Saint-Sever. ― Cette rue a sans doute reçu son nom d’établissements formés par des Anglais dans ce quartier. Il y avait, en 1774, à l’extrémité du faubourg de Saint-Sever, près de la rue des Brouettes, une fabrique appelée la manufacture des Anglais.

― Une autre rue est indiquée dans les registres du tabellionage, sous le même nom1, dans l’ancienne paroisse de Saint-Sauveur. (Voyez aussi rue de la Pie-aux-Anglais.)

Anonyme (rue).

Cette désignation avait été donnée, avant 1819, à une rue nouvellement ouverte dans le faubourg Saint-Hilaire. C’est celle qui a reçu depuis le nom de rue du Jardin-Thierry.

― Une autre rue, qui communique de la rue Percée à celle du Jardin-Thierry et qui longe le chemin de fer, attend également une dénomination. On lui donne provisoirement celle de rue du Chemin-de-Fer.

Anvers (rue et impasse d’). = Rue Saint-Maur, rue Crevier. ― 12e section, 5e canton, S.-Gervais. ― Faubourg Bouvreuil.

Elle porta d’abord le nom de rue Moulin, qui était celui du propriétaire par lequel elle fut ouverte sur son terrain. On lui donna en 1833, le nom qu’elle porte actuellement, en commémoration de la prise d’Anvers par l’armée française.

Arbalestre (ruelle de l’).

On trouve, sous ce nom, dans un acte de 1472, une ruelle située rue du Chaudron, alors appelée rue du Sac, et qui forme actuellement le prolongement de la rue des Ravisés jusqu’à la rue Napoléon III. Ce nom venait probablement d’une enseigne.

Arbalétriers (clos des), rue Beauvoisine, près de l’ancienne porte de ce nom.

Archers (clos des), dans le faubourg Bouvreuil.

Arquebusiers (jardin des), au haut de l’ancienne rue de la Cage-Saint-Nicaise, nommée plus tard la rue Tirelinceul, actuellement la rue Poussin.

Il existait à Rouen, outre la milice bourgeoise qui fut créée en 1567, une compagnie d’Arbalétriers à cheval, nommée aussi la Cinquantaine, une compagnie d’Archers et une autre d’Arquebusiers. Ces compagnies étaient régulièrement constituées et jouissaient de priviléges importants qui leur furent accordés en 1594 (ainsi qu’aux gens d’église, nobles et bourgeois), en récom-

pense des services qu’elles étaient appelées à rendre pour le repos et la sûreté de la ville, pour la défense de son territoire et des places circonvoisines1.

La première de ces compagnies paraît avoir été instituée au commencement du 13e siècle. Son existence est constatée par une charte de 1208, dans laquelle un nommé David Pavie se donne en qualité d’arbalétrier de Philippe, roi de France. Elle fut confirmée dans ses priviléges en 1322. Les Arbalétriers se réunissaient, dans les derniers siècles, dans un manége2 placé près des murs de la ville, dans la rue d’Écosse, et dont l’entrée était par la rue Beauvoisine. Ils eurent aussi leurs assemblées, vers 1407, près de la tour Mal-s’y-frotte, sur l’emplacement de laquelle fut construit plus tard le Vieux-Palais3. Les Arbalétriers avaient érigé leur confrérie en l’église collégiale du Saint-Sépulcre, devenue depuis l’église de Saint-Georges et actuellement supprimée (voyez la rue de ce nom). Ils étaient régis par des statuts qui furent renouvelés en 1769.

La compagnie des Archers ou tireurs d’arc, qui fut instituée au 14e siècle par une ordonnance de Charles V, fut confirmée en 1579 par Henri III. Cette compagnie, dont les statuts furent renouvelés en 1744, et dont les membres prirent le titre de Chevaliers du noble jeu de l’arc4, se réunissait dans le faubourg Bouvreuil, sur une place appelée le clos des Archers5, où ils joignaient au tir de l’arc l’exercice du fusil. Un plan de 1784 indique un jardin de l’Arc, qui était placé au coin de la rue du Petit-Bouvreuil, actuellement la rue Ernest-Leroy. Les Archers avaient également leur confrérie érigée en l’église du Saint-Sépulcre ; leur patron était saint Sébastien.

La compagnie des Arquebusiers reçut ce titre en 1550 ; il lui fut conféré par le roi Henri II. Elle prit pour lieu de réunion l’endroit appelé le jardin des Arquebusiers, situé au haut des rues de la Cage et Tirelinceul, actuellement la rue Poussin. Une délibération du 15 avril 14076 cite la rue Tirelinceul, à l’extré-

mité de laquelle, à droite vers le rempart, était une tour nommée la Garde de Saint-Ouen. Là fut établi plus tard, vraisemblablement, le jardin des Arquebusiers, qui est figuré dans les plans de 1655 et de 1724. Cette association, dont les statuts étaient les mêmes que ceux de la Cinquantaine, se réunissait dans l’ancienne église du couvent des Carmes, pour la célébration de ses messes et pour l’élection de ses chefs.

En 1508, disent les registres de l’Hôtel-de-Ville, Louis XII étant à Rouen, les compagnons de la culevryne demanderent a faire faire une bucte au fond du fossé d’entre la porte Cauchoise et la porte Bouvereul pour jouer par esbat de ladicte culevryne. Il leur fut accordé de faire cette butte, et même un degré de bois pour descendre au long de la douve, au fond dudit fossé1.

En 1552, une société s’était formée sous ce titre : la jeunesse, manants et habitants de Rouen. Son but était le tir à l’arbalète ; elle se réunissait au même endroit que les précédents ; mais les troubles de la réforme ne permirent pas à cette société de continuer ses exercices.

Trois ans après la mort de Henri IV, en 1611, quelques individus tentèrent de reconstituer la société de 1552 ; ils obtinrent du roi Louis XIII des lettres patentes datées du 23 mai 1612, qui les approuvaient et leur permettaient de se réunir tous les jours pour se livrer à l’exercice du tir à l’arbalète, et surtout à celui de l’arquebuse. Mais les échevins de la ville s’opposèrent à ce qu’ils continuassent leurs exercices, et les appelèrent devant le Parlement, pour soumettre à son examen les lettres patentes qui, disaient-ils, avaient été surprises au roi. Après un débat long et animé, le Parlement rendit un arrêt qui débouta les demandeurs des fins de leurs lettres patentes et leur défendit de s’assembler2.

Le 16 novembre 1789, les compagnies de la Cinquantaine et des Arquebusiers furent supprimées, et remplacées par la garde nationale.

Armand-Carrel (rue). = Quai Napoléon, place Saint-Marc. ― 3e section, 4e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Cette rue, dont l’ouverture avait été projetée dès la fin de 1831, fut établie fut ouverte, en 1844, sur l’emplacement de

l’ancien Jardin botanique, dont l’entrée était sur le cours de Paris.

Elle reçut d’abord le nom de rue de Joinville, comme un souvenir du passage des cendres de Napoléon, qui furent ramenées de Sainte-Hélène en France sous la conduite du fils du roi des Français, en 1840.

En 1848, on lui donna le nom d’Armand Carrel, célèbre publiciste né à Rouen, qui fut tué en duel le 24 juillet 1836.

Cette rue occupe, aux abords de la place Saint-Marc, l’emplacement de l’ancienne rue de la Salle. Il paraît être question de la prolonger jusqu’à la rue Napoléon III, en traversant la place Saint-Marc.

Arpenteurs (rue des).

Cette petite rue, qui était située entre la rue des Trois-Cornets, aujourd’hui supprimée pour l’ouverture de la rue Napoléon III, et celle du Fer-à-Cheval qui fait actuellement partie de la rue Ambroise-Fleury, a disparu pour l’établissement de la petite place Napoléon III, qui fait face à l’entrée de la caserne d’infanterie édifiée dans les bâtiments de l’ancienne maison de Bicêtre.

Dans les actes de tabellionage du 15e siècle, on donnait à cette rue le nom de rue des Penteurs. Des actes de 1462 et 1476 font mention de la rue des Pentheurs estant en la rue du Fer-à-Cheval ; ce qui fait supposer que l’étymologie des noms de rue des Pentheurs, des Arpenteurs et même des Arpents (voyez ce dernier nom), pourrait être la même, et qu’elle désigne des lieux où l’on appendait des étoffes pour les faire sécher. (Voyez au mot Penteurs.)

Arpents (rue des). = Quai Napoléon et porte Guillaume-Lion, rue Martinville. ― 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Elle portait, dès le 13e siècle, le nom de rue Notre-Dame1, provenant de la dénomination d’île Notre-Dame qui était donnée à tout le territoire renfermé entre les rivières de Robec et d’Aubette, parce que les rares habitants qui s’y trouvaient avaient été soumis à la juridiction du chapitre de la Cathédrale. Ce nom est encore mentionné dans beaucoup d’actes de tabellionage du

15e et du 16e siècle. Un acte de 1474 lui donne celui de rue de Lessay-Notre-Dame probablement l’aître Notre-Dame, désignation qui était donnée aussi à l’aître Saint-Maclou, près duquel la rue des Arpents arrive dans la rue Martinville. Cette rue avait été aussi appelée rue du Penteur. Plusieurs actes de 1491 à 1495 citent la rue Nostre-Dame anciennement nommée la rue du Pentheur. Cette dénomination, qui était commune à plusieurs autres rues, était due à l’existence de nombreux siéges de penteurs qui étaient établis dans les divers quartiers de la ville, alors peu garnis de maisons. Ces siéges de penteurs étaient à l’usage des drapiers, qui y appendaient leurs étoffes pour les faire sécher. (Voyez au mot Penteurs.)

En 1648, les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, qui s’étaient établies d’abord dans la rue Herbière, vinrent habiter une maison qu’elles avaient acquise dans la rue Notre-Dame, laquelle prit alors le nom de rue des Filles-Notre-Dame1. Elles furent réunies, en 1743, aux Dames de Saint-Louis. Leur maison conserva le nom du Petit-Couvent, et est encore connue sous cette dénomination. Les Affiches de Normandie citent aussi, en 1770, la chartreuse de Gaillon dans la rue des Filles-Notre-Dame.

Nous ne savons de quelle époque date le nom de rue des Arpents. Inscrit dans la nomenclature du Flambeau astronomique de 1716 et dans celle de Du Souillet de 1731, ce nom ne figure pas sur le plan de 1724 ; il n’est donné, sur celui de 1784, qu’à la partie de la rue située entre la porte Guillaume-Lion et la rue de la Grosse-Bouteille ; le reste de la rue est inscrit sous celui de rue Notre-Dame. Dans les Affiches de Normandie, la rue est désignée sous les deux noms. Ce n’est qu’en 1795 que celui de rue des Arpents a prévalu et a été donné à la rue dans toute sa longueur. Elle avait été appelée pendant un an rue Guillaume-Tell, nom qui fut donné également à la porte Guillaume-Lion.

D’un autre côté, Taillepied n’indique la rue des Arpents que sous le nom de rue des Penteurs qu’elle avait déjà porté. Or, comme il y avait déjà une rue de ce nom dans le quartier de l’Eau-de-Robec, on pourrait supposer que depuis on substitua à celle du quartier Martinville la dénomination de rue des Appents, du mot « appendre, » dont on aura fait Arpents, de même qu’on aura appelé rue des Arpenteurs une autre petite rue qui est actuellement remplacée par la place Napoléon III.

Il se peut, au reste, que ce nom ait une tout autre origine, soit qu’elle provienne de l’ancienne mesure « arpent », ou d’une enseigne représentant des instruments de charpentier appelés arpents ou harpons, soit enfin que ce nom soit venu d’une famille des Arpents, qui, du 15e au 17e siècle, était domiciliée dans la paroisse de Saint-Maclou. Un acte de 1529 cite un Jacques des Arpents pour une vente de maison et prés joignant la tour Guillaume-Lion. Un Richard des Arpents était capitaine des Arquebusiers en 1568.

On remarque, dans la rue des Arpents, une façade en bois qui semble appartenir au temps de Louis XII1.

Dans cette rue est né, en 1794, le général Duvivier, dont le nom a été donné à une des nouvelles rues de Rouen. Une inscription a été placée, en 1861, sur la maison qui porte le no 67 ; elle est ainsi conçue :

Duvivier, Franciade-Fleurus, général de division, mort glorieusement à Paris, en 1848, en défendant l’ordre et la république, est né dans cette maison le 19 messidor an II (7 juillet 1794).

Il est question de prolonger la rue des Arpents jusqu’à la rue Napoléon III.

Arsins (rue des). = Rue de l’Hôpital, rue de l’Hôtel-de-Ville. ― 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. ― Quartier N.-E.

On trouve cette rue citée dans plusieurs actes de tabellionage du 15e siècle. ― On disait autrefois « ars » pour « brûlé. » En vieux langage on entendait par « arsins » (d’ardere, brûler), des bois qu’on brûlait dans une forêt que l’on voulait mettre en culture. On appelle encore ainsi des bois où le feu a pris, des veines de terres brûlantes où les récoltes viennent mal. Soit que la rue des Arsins ait été ouverte sur un emplacement ravagé par des incendies, soit que ses premières maisons aient été construites avec des « bois arsins », il paraît évident qu’elle tire sa dénomination de bois brûlés2.

À la vérité, quelques personnes croient que le nom de cette rue viendrait d’arcs ou arceaux, espèce de petits ponts qu’on voyait encore, à la fin du 18e siècle, dans la rue de l’Hôpital, mais, dans ce cas, on aurait dû dire Arceaux plutôt qu’Arsins. L’auteur

du Dictionnaire indicateur1 ajoute qu’il n’y avait, sur le bout de la rue des Arsins, qu’un seul passage ou petit pont toléré pour communiquer de la maison de M. le président de Motteville à l’église de l’Oratoire, située à gauche de la rue, sur l’emplacement de l’hôpital du Roi, qui fut occupé depuis par les PP. de l’Oratoire (voyez rue de l’Hôpital). Dans cet emplacement est actuellement l’École communale professionnelle, établie en 1857 à la place qu’occupait l’École préparatoire à l’enseignement supérieur des Sciences et des Lettres de Médecine et de Pharmacie, qui a été transférée rue Beauvoisine, dans l’ancienne enclave de Sainte-Marie.

Dans la rue des Arsins fut la première résidence des dames religieuses du Saint-Sacrement lorsqu’elles vinrent à Rouen en 1677. Elle a été prolongée, en 1839, jusqu’à la place des Carmes2, en traversant l’ancienne rue de l’Aumône ; on a donné à ce prolongement le nom de rue Neuve-des-Arsins.

Arts (place des). = Rue de la Tuile, rue Grand-Pont. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Cette petite place, ouverte vers 1833, aux dépens de deux ruelles infectes, telles que les rues Binet et des Trois-Pucelles, qui existaient entre la rue de la Savonnerie et le port, a pris son nom de sa position à proximité du Théâtre des Arts.

C’est sur cette place qu’est établie la station centrale des Omnibus qui circulent dans la ville et desservent les communes des environs de Rouen.

Arts (rue des). = Rue d’Elbeuf, rue du Hameau-des-Brouettes. ― 11e section, 6e canton, Saint-Clément. ― Faubourg Saint-Sever.

C’est le nom d’une rue ouverte, vers 1845, dans le faubourg Saint-Sever. Il serait utile qu’une autre dénomination lui fût donnée pour éviter une confusion avec la place des Arts, située au bas de la rue Grand-Pont, et même avec la rue des Arts-Réunis, qui est dans le voisinage de celle des Arts.

Arts-Réunis (rue des). = Rue des Brouettes, rue Saint-Julien. ― 11e section, 6e canton, Saint-Clément. ― Faubourg Saint-Sever.

Cette rue, nouvellement ouverte dans le faubourg Saint-

Sever, a reçu ce nom pour qu’elle ne puisse être confondue avec la rue des Arts, dont nous venons de parler.

Asiles des Aliénés.

Avant 1819, pour ne parler que de l’époque contemporaine, les aliénés avaient été renfermés à l’Hospice général, dans des loges et des cours construites en 1802, et qui laissaient beaucoup à désirer. Quelques tentatives furent faites avec succès, dans un local dépendant de la Maison de détention, pour améliorer leur triste position. L’attention du Conseil général fut dès-lors appelée sur la nécessité de créer un hôpital spécial où tous les aliénés appartenant au département pourraient recevoir les secours qui leur étaient nécessaires. Il fut décidé qu’un Asile des Aliénés serait fondé dans l’enclos de Saint-Yon, situé dans la rue Saint-Julien. La première pierre en fut posée le 25 août 1822. Les travaux, poussés avec activité, permirent de recevoir, en 1825, un certain nombre de pensionnaires qui s’est successivement augmenté au point de rendre insuffisant ce vaste et bel établissement. Pendant les dix premières années qui s’écoulèrent depuis sa fondation, l’Asile des aliénés reçut 1,292 malades1. Depuis quelques années, la maison de Saint-Yon a été réservée uniquement aux femmes. Un nouvel Asile a été créé pour les hommes, en 1851, à Quatre-Mares, hameau dépendant de la commune de Sotteville. Le 26 juillet 1858 a été commencée la construction de la chapelle de cet hospice, dont la bénédiction a eu lieu en 1860. Un nouvel Asile pour les femmes a été mis en adjudication en 1867, au même endroit, où ces deux maisons recevront toutes les améliorations, tous les développements que nécessite leur destination. ― La distribution d’eau y est faite au moyen d’un moulin à vent qui fait agir une pompe ; l’eau se déverse dans des réservoirs, d’où elle est conduite dans toutes les parties de l’établissement.

Aubette (l’).

L’Aubette est une petite rivière qui prend sa source à Saint-Aubin-Épinay, passe près de Darnétal, mêle une partie de ses eaux avec celles de Robec à un endroit appelé le Choc, entre cette ville et Rouen, traverse le faubourg de Martinville et se perd dans la Seine, près de la porte Guillaume-Lion.

Cette rivière reçoit peut-être son nom du village où elle prend sa source. L’auteur de la Description de la Haute-Normandie le fait dériver d’Albula, c’est-à-dire « blanche », nom qui lui fut donné par les Romains, dit-il, pour la distinguer de la rivière de Robec, que l’on appelait Rotobeccus ou Rodobeccus, qui signifie « rouge. » Quelques-uns prétendent, ajoute Toussaint Duplessis, que les rivières de Robec et d’Aubette se joignaient anciennement au lieu appelé le Choc, et que de là elles ne formaient ensemble jusqu’à Rouen qu’un grand lac, dont il ne reste plus aujourd’hui que l’étang de Martinville1.

Sans que cette assertion puisse se trouver tout-à-fait justifiée, on reconnaît, en examinant les anciens plans de Rouen, que l’affluence des eaux apportées par ces deux petites rivières formait de vastes marécages qu’ont pu faire disparaître les limites apportées, avec le temps, aux diverses branches de ces cours d’eau2.

À son entrée dans le faubourg Saint-Hilaire, l’Aubette se divise en deux parties, dont l’une, la Petite-Aubette, appelée aussi l’Égout-des-Fontaines dans un plan de 1814, s’écoule dans les fossés des boulevards de Saint-Hilaire et de Martinville. Ce canal fut rendu accessible pour les bateaux, lors de la construction de la porte Martinville, au 15e siècle. Il portait, en 1606, le nom de la Vieille-Aubette3 ; on l’appelle aujourd’hui le Fossé-de-Martinville. L’Aubette proprement dite entretient de nombreux moulins et les établissements de la rue Préfontaine.

Augustins (rue des). = Rue de la Grosse-Bouteille, rue Impériale. ― 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Cette rue, qu’on désignait quelquefois sous la dénomination de rue des Grands-Augustins, a pris son nom du couvent des Augustins, qui fut supprimé en 1790, et dont l’église avait son entrée par la rue Malpalu, vis-à-vis de la rue des Halles.

Les Augustins s’étaient d’abord établis, avant 1309, sur la montagne de Bihorel ; peu de temps après, Philippe-le-Bel leur

donna la maison des Sachets1, nommés aussi les frères de la Pénitence de Jésus-Christ. Ils agrandirent considérablement l’église en 1435, et un bourgeois de Rouen fit construire le clocher à ses dépens. Cette église fut dévastée par les Calvinistes en 1562. Les Augustins édifièrent de nouveaux bâtiments dont le premier président de Montholon posa la première pierre, ainsi que l’a constaté une inscription gravée sur cuivre, qui fut mise sous cette pierre le 24 août 1775. Les dépendances de ce couvent, dont la construction était à peine achevée à la révolution de 1789, sont occupées aujourd’hui par l’hôtel des Augustins et par les magasins des subsistances militaires. L’église sert actuellement de magasin pour le commerce. Son clocher a été démoli en 1825 ; il avait été fortement endommagé par un coup de vent qui renversa sa flèche, le 24 février 1773. ― L’ancien portail a été masqué, vers la fin du 17e siècle, par un portail moderne à colonnes, qui subsiste encore.

La fontaine des Augustins fut établie en 1531 ; elle est alimentée par la source de Darnétal.

On donna, en 1794, à la rue des Augustins le nom de rue des Montagnards, puis celui de la rue Carmagnole ; elle reprit, en 1795, son ancienne dénomination.

Aumône (rue de l’).

C’est actuellement la rue des Fossés-Louis VIII depuis la rue de la Poterne jusqu’à celle des Carmes ; à partir de cette dernière rue jusqu’à celle du Loup, elle a reçu, en 1842, le nom du peintre du naufrage de la Méduse (V. rue de Géricault).

Avant de recevoir les dénominations qu’elle porte aujourd’hui, la rue de l’Aumône avait été divisée en deux parties, savoir : la grande rue de l’Aumône, quelquefois nommée aussi la rue de la Fontaine, et la petite rue de l’Aumône.

Il est supposable que l’ancienne fontaine dite de Saint-Lô était placée autrefois dans le voisinage de la rue de l’Aumône, car dans un acte de 1499 elle est appelée : la rue descendant de la fontaine Saint-Lo vers l’hôtel de la rue de la Poterne. Une autre fontaine, qui fut établie en 1540, était située près de l’ancienne chapelle de Saint-Philbert, et a été remplacée, en 1859, par une

borne en fonte posée contre une maison voisine de la rue des Ciseaux.

Les dépendances des hôtels de Beaubec et de Valmont se prolongeaient encore au commencement du 16e siècle jusqu’à la rue de l’Aumône, dans laquelle il y avait aussi une porte de sortie à l’usage du prieuré de Saint-Lô. Le manuscrit des Fontaines indique, en effet, l’existence de cette porte de Saint-Lo en la rue de l’Omosne.

Au carrefour formé par la rue des Carmes et la rue de l’Aumône, était placée, au temps du premier agrandissement de la ville, la porte de Sainte-Appoline, du nom d’une chapelle voisine. Vers la même époque se trouvait, à une autre extrémité de la rue, proche l’abbaye de Saint-Amand, une autre porte de la ville, appelée Saint-Léonard, également du nom d’une chapelle dépendant de cette abbaye.

En 1817, on donna à la première partie de la rue de l’Aumône le nom de rue des Fossés-Louis VIII, mais il semble regrettable, sous un double rapport, que l’on n’ait pas conservé sa dénomination primitive à la dernière fraction de l’une des plus anciennes rues de Rouen1, qui rappelle un souvenir historique remontant au 13e siècle. (Voyez rue des Fossés-Louis VIII.)

Quels que soient donc les motifs qui ont déterminé l’administration municipale à retirer son nom primitif à une rue qui fut déshonorée pendant longtemps par une population immonde, qu’un sage parti a éloignée de ce quartier, nous pensons que d’autres rues que celle de l’Aumône auraient pu lui disputer l’honneur de porter le nom de Géricault, qui aurait pu être appliqué, avec beaucoup plus d’à-propos, à la rue de l’Avalasse, dans laquelle est né le peintre de la Méduse.

Quant à la dénomination de rue de l’Aumône, si l’on tenait absolument à la supprimer, nous croyons qu’on aurait dû la remplacer par celle de rue Saint-Léonard, du nom de l’ancienne porte qui fermait la ville de ce côté, au 10e siècle.

On donna, en 1794, à la rue de l’Aumône le nom de rue de l’Humanité. Son premier nom lui fut rendu en 1795 ; c’est particulièrement à cette époque que l’on avait scindé la rue par les désignations de grande et petite rue.

Autruche (rue d’).

Une rue de ce nom est citée par Taillepied et dans les Beautez de la Normandie, comme étant située dans le quartier de Saint-Hilaire Nous n’avons pu découvrir aucun autre renseignement à ce sujet.

Avalasse (rue de l’). = Boulevard Beauvoisine, route de Neufchâtel. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

Cette rue, située au pied de la côte du Champ-du-Pardon, reçoit les eaux ou « avalasses » de cette côte et celles de la route de Neufchâtel1. C’est de là qu’elle tire son nom, qui avait été défiguré en 1818, lors du renouvellement de l’inscription des rues et du nouveau numérotage des maisons de la ville. On avait écrit rue de la Vailasse2. On lit aussi rue de la Valasse dans les Aff. de Normandie (années 1762 à 1766).

C’est peut-être cette rue que désigne Taillepied sous le nom de rue Qui-Avalle, et dont il indique la situation du côté de la porte Cauchoise. Nous ne saurions, au reste, l’affirmer, car la nomenclature qu’il donne, pas plus que celles de l’Histoire de Rouen et du Flambeau astronomique, ne comprend aucune des rues situées dans les faubourgs.

Un acte de tabellionage du 22 mars 1506 fait mention d’une rue désignée sous le nom de Cavée-de-la-Justice ; cet acte concerne un héritage situé hors de la porte Bouvreuil, en la rue de Bouvreuil (nom que portait alors la rue du Champ-des-Oiseaux). Un autre acte du 19 septembre 1520 fait mention d’une maison sise hors des murs, en la rue qui mène de dessus les fossés de Bouvreuil au mont de la Justice, b. d’un bout le dit chemin, d’autre bout la ruelle qui mène de la dite rue en la grande rue de Bouvreuil (probablement la petite rue de l’Avalasse). Enfin, dans un autre acte de 1527, il est aussi parlé d’un chemin tendant à la Justice. Ces dénominations semblent s’appliquer à la rue de l’Avalasse, qui conduisait au mont de la Justice, communément appelé la côte du Gibet ou des Pendus, nom que l’on donnait au lieu patibulaire où se faisaient les exécutions criminelles3,

sur le sommet de la côte du Boisguillaume. (V. rue du Champ-du-Pardon.)

Une inscription qui a été placée en 1842 sur la maison no 13 de la rue de l’Avalasse, indique que là était celle où naquit le peintre Géricault le 26 septembre 1791, mort à Paris le 26 janvier 1824. Pour honorer la mémoire du célèbre peintre de la Méduse, on eût été plus heureux en donnant son nom à la rue de l’Avalasse, plutôt qu’à la petite rue de l’Aumône, dont le nom, d’ailleurs, rappelait un souvenir historique.

Avalasse (petite rue de l’). = Rue de l’Avalasse, rue du Champ-des-Oiseaux. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

Elle tient son nom de sa proximité de la rue de l’Avalasse. (Voyez ci-dessus.)

Avenelle (cour). = Rue du Lieu-de-Santé, rue Stanislas-Girardin. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

On appelle ainsi, probablement du nom d’un propriétaire, une cour ou passage qui communique de la rue du Lieu-de-Santé à la rue Stanislas-Girardin. On lui donne aussi communément le nom de cour ou de passage de la Pompe.

On y remarque un immense corps de bâtiment de construction ancienne, dont l’aspect indique une destination assez importante. C’est là qu’était, en effet, un de ces lieux d’évent où l’on envoyait les convalescents de l’ancien Hôtel-Dieu, pour leur faire respirer un air plus pur en dehors de la ville, et où l’on déposait les habits et meubles des pestiférés pour illec les laver et mondifier1, l’insuffisance de ce local rendit bientôt nécessaire la création de nouveaux lieux d’évent, antérieurement à la fondation de l’Hôtel-Dieu actuel.

Telle est l’origine du nom donné à la rue du Lieu-de-Santé, (Voyez Hôtel-Dieu, rue du Lieu-de-Santé.)

Plus récemment, les parties basses de ce vaste local, aujourd’hui à usage de magasin, furent occupées par des tisserands qui, avant l’invention des parements pour encoller les étoffes, étaient condamnés à travailler dans des endroits sombres et humides.

Avirons (rue des). = Rue des Crottes, rue Malpalu. ― 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Ce nom fut donné, en 1794, à une ancienne rue aux Moignes ou aux Moines, dont il est fait mention dans des actes de tabellionage de 1421 et de 1481, probablement appelée ainsi à cause de l’hôtel des Religieux de Sainte-Catherine, qui était dans le voisinage. On lui donnait aussi le nom de rue des Trois-Avirons, provenant d’une enseigne. Il est fait mention, en effet, dans un acte du 5 octobre 1541, d’une maison en la rue Malpalu, bornée des deux côtés par deux ruelles tendant de la rue Malpalu à la rue des Crottes, et d’un bout par Jean Lerat, à cause de sa maison où pend l’enseigne des Avirons. Ces deux ruelles sont la rue des Avirons et celle du Nouveau-Monde.

― Une autre rue des Avirons est citée dans un acte de 1656, comme ayant existé dans la paroisse de Saint-Godard.

Avirons (place et impasse des). = Rue des Avirons, rue du Nouveau-Monde. ― 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

C’est une très petite place qui tient à la rue du même nom. L’impasse des Avirons était également connue sous le nom de cul-de-sac du Haut-Jardin, nom qui provenait d’un jardin élevé en forme de terrasse, qui avait jadis son entrée dans cette impasse.

Bac (rue du). = Quai Napoléon, place de la Calende. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Elle se compose actuellement de la rue du Bac proprement dite, et de celle des Pannetiers, qui lui a été réunie.

La porte et la rue du Bac étaient appelées anciennement porte et rue de Saint-Cande-sur-Rive, du nom de l’église collégiale et paroissiale qui avait reçu ce surnom à cause de sa position près de la Seine. Cette église, qui relevait du diocèse de Bayeux et était située entre la rue de la Savonnerie et la place du Gaillardbois, était, dans son origine, la chapelle des premiers ducs de Normandie, dont le château, détruit au commencement du 13e siècle, occupait une partie de la place de la Basse-Vieille-Tour, et venait très près de l’église de Saint-Cande. (Voyez au mot Vieille-Tour.) On communiquait de la chapelle aux dépendances du château par une large galerie voûtée, qui a été dé-

molie en 15081, par ordonnance de l’Échiquier, et dont on voyait encore quelques vestiges dans le siècle dernier.

On avait donné, pour cette raison, à la rue du Bac le nom de rue du Sollier, et à l’église celui de Saint-Cande-du-Sollier2, qu’elle porta jusqu’à l’époque où elle fut appelée Saint-Cande-le-Vieux, pour la distinguer de l’église de Saint-Cande-le-Jeune, qui était située dans la rue aux Ours.

Farin raconte les circonstances dans lesquelles ces deux paroisses reçurent ces dénominations. En 1562, les calvinistes, qui s’étaient emparés de Rouen, commirent de grands excès et pillèrent les églises. Ayant emporté les reliques de saint Cande, dont étaient dépositaires les chanoines de Saint-Cande-du-Sollier, ils allumèrent un grand feu sur la place où avait été édifiée la chapelle Saint-Victor, et y jetèrent les reliques ; mais les flammes se retirèrent, et les reliques furent préservées, puis reportées sur l’autel d’où elles avaient été soustraites. Ce serait depuis cette époque que, par ordre du pape, la chapelle Saint-Victor aurait reçu le nom de Saint-Cande-le-Jeune, et que le nom de Saint-Cande-le-Vieux aurait remplacé celui de Saint-Cande-du-Sollier.

Néanmoins, malgré l’assertion de Farin, l’on trouverait la preuve que la dénomination de Saint-Cande-le-Vieux est plus ancienne, puisqu’un acte de tabellionage de 1481 ne désigne la rue du Bac que par ces mots : la rue venant de la Calende à Saint-Cande-le-Vieil3.

L’église de Saint-Cande, qui avait été détruite par un incendie en 1210, fut rebâtie peu après. Elle a été supprimée en 1791, puis démolie pendant la révolution. Ses vitraux, qui étaient remarquables, furent achetés par un hollandais, et transportés à Norwich.

En 1564, la rue et la porte Saint-Cande reçurent les noms de rue et porte du Bac, parce qu’à cette époque le passage sur l’ancien pont de pierre ne présentant plus de sûreté, on établit vis-à-vis de la porte deux bacs pour traverser la Seine. Ce fut

par ces bacs et par la porte que Henri IV arriva à Rouen, en 16031.

La porte du Bac a été démolie en janvier 1816. Cette mesure était devenue nécessaire pour l’élargissement, le redressement et le nivellement des quais. Elle avait été édifiée en 1615, à la place d’une ancienne porte qui menaçait ruine. C’était un monument remarquable par sa masse imposante et par le style particulier de son architecture2. Le peintre Descamps, conservateur du Musée, fit hommage à l’Académie des Sciences de Rouen d’un dessin représentant une des façades de cette porte, dont M. Aug. Leprevost a donné une description dans le Précis des travaux de l’Académie pour 1817.

Une inscription qui avait été mise sur la porte du Bac en 1740 indiquait la hauteur à laquelle les eaux avaient monté dans cet hiver mémorable.

Pendant les troubles qui éclatèrent si fréquemment dans notre ville, un personnage nommé Mutel de Boscroger fut tué à la porte du Bac et y fut laissé nu, sanglant et gisant dans la fange3.

Le plan de Gomboust, de 1655, présente au bas de la rue du Bac, vers celle des Tapissiers et en face de l’église de Saint-Cande, deux corps de bâtiments en pierre d’une étendue assez considérable et qui paraissent exister encore. L’un de ces bâtiments est appelé « la Sucrie » dans la nomenclature qui est jointe au plan. D’après M. l’abbé Ouin-Lacroix, il aurait été formé à Rouen, vers 1695, plusieurs raffineries de sucre, mais celle de la rue du Bac existait antérieurement.

Il y a encore dans cette rue plusieurs maisons remarquables ; l’une d’elles est en pierres, et chargée de sculptures et de bas-reliefs assez curieux4.

Bailliage (rue du). = Rue Bouvreuil, rue de l’Impératrice. ― 8e section, 2e canton, Saint-Godard. ― Quartier N.-O.

Cette rue a été élargie et alignée depuis 1860, ou plutôt l’ancienne rue du Bailliage a été remplacée par une rue nouvellement ouverte, dans laquelle il ne reste plus, en quelque sorte,

sur pied qu’une maison dépendant de l’hôtel que M. de Becdelièvre, premier président de la Cour des Aides, fit bâtir en 1657.

La rue avait pris son nom de la baillie de Rouen, érigée en 1191, qui reçut en 1360 la dénomination de Bailliage. La grande salle où se tenaient les assises, et qui n’existe plus, avait été reconstruite en 15881, et avait son entrée vis-à-vis la rue de la Truie, qui a été récemment supprimée. Là se tenaient aussi les séances du Présidial et de la Vicomté de Rouen.

La geole et la conciergerie du Bailliage2, où était la principale prison de la ville, et qu’on appelait en 1544 la maison de pierre, occupait, en 1655, l’emplacement où subsiste encore la maison que l’on voit au coin des degrés de la rue Faucon3. Cette prison fut supprimée plus tard et transférée dans les bâtiments du Bailliage appelés la Cohue4, où elle fut conservée à sa destination jusqu’à la fin du siècle dernier. Une partie de cette prison était appelée le Luxembourg, sans doute du nom du gouverneur de la province5. De l’autre côté de la rue, au pied de l’escalier, était la Morgue, qui fut établie dès le milieu du 17e siècle ; il y avait aussi une fontaine qui avait commencé à prendre son cours en 1537, et devant laquelle était une petite place nommée le carrefour du Château, dont une des entrées donnait sur cette place. La fontaine, qui était appelée anciennement la fontaine du Bailliage et du Château, a été reportée au bas de la rue Bouvreuil, près du jardin de Solférino.

On donna, en 1794, à la rue du Bailliage le nom de rue de l’État-civil ; son ancienne dénomination lui fut rendue en 1795.

Bains publics, chauds et froids.

Au commencement du 19e siècle, il n’y avait à Rouen qu’un seul établissement de bains chauds ; il était placé au-dessous du

pré au Loup. Il en existe actuellement trois, savoir : les bains Thillard ou de la Comédie, dans la rue de ce nom ; les bains Corneille, sur le boulevard Cauchoise ; les bains Français, à l’entrée de l’île de la Croix. Nous parlerons ailleurs des anciennes Étuves (voyez ce mot).

Deux établissements de bains et lavoirs publics, à prix réduits, ont été créés en outre, en 1849 et en 1850, par des sociétés de souscripteurs : pour les hommes, dans la rue Saint-Vivien ; pour les femmes, dans la rue du Gril, actuellement la rue Ambroise-Fleury. Dès la fin du dernier siècle, des mesures, qui restèrent sans résultat, avaient été ordonnées pour la création de bains publics et gratuits, pour les deux sexes.

Le nombre des entreprises de bains chauds était devenu plus considérable ; on en comptait au moins huit en 1825. Celui des Écoles de natation a augmenté depuis plusieurs années. Il en existe actuellement cinq, dont trois pour les hommes, et deux pour les femmes. Elles sont situées à l’avenue du Grand-Cours (bains du galet) et dans les îles de la Croix et du Petit-Gay.

Banque de France, succursale de Rouen.

L’ancienne Banque de Rouen, dont la première création date du 24 avril 1798, fut de nouveau autorisée par une ordonnance royale du 7 avril 1817, en remplacement d’un comptoir d’escompte que la Banque de France venait de supprimer. Cet établissement siégea successivement dans la rue des Iroquois (actuellement la rue Jacques-Lelieur) et sur la place Saint-Éloi. Il devint, vers 1849, une des succursales de la Banque de France, et occupe un hôtel dans la rue de l’Hôtel-de-Ville, depuis l’ouverture de ce nouveau quartier.

Bapaume (rue ou route de). = Avenue du Mont-Riboudet, la Campagne vers Canteleu. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Cette rue conduit de l’avenue du Mont-Riboudet au hameau de Bapaume, qui fait partie de la commune de Canteleu.

Barbacane (place de la).

Elle fait actuellement partie de la place Saint-Sever.

Barbacane1, en vieux langage, signifie « sentinelle. » On don-

nait aussi ce nom à un parapet ou à la partie élevée d’un mur ; à une fente pratiquée dans les murs d’une fortification, pour tirer à couvert sur les assaillants ; à une cloison de planches ou de pieux, placée devant les murailles et les portes d’une ville.

Il y avait, au bout de l’ancien pont de pierre, un petit château fort qui avait été bâti, en 1419, par Henri V roi d’Angleterre, à la place d’un petit fort appelé Barbacane, construit en palissades : ce fort existait en 1204, et tomba au pouvoir de Philippe-Auguste. Le pont de la Barbacane est cité dans un cartulaire normand à la date de 1260. Il était fermé, au 14e siècle, par une porte à double pont-levis, appelée la porte du Bout-du-Pont.

Le petit château qui succéda à ce fort était isolé dans une île au bout du pont, et portait quelquefois le nom de porte du Pont. Les navires qui montaient au quai du Cours-de-la-Reine faisaient le tour du Petit-Château, et un pont-levis faisait la séparation des bassins de la Seine.

Il avait été employé à divers usages. En 1557, est-il dit dans un acte de tabellionage, celui qui était capitaine en titre du château et fort du bout du pont, le loua à un tapissier avec tous les droits et profits y attachés, à la charge d’ouvrir et fermer les portes aux heures accoutumés, et en se réservant dans les dits château et fort une seule chambre, pour le cas où il y désirerait venir quelquefois. En 1630, un des entrepreneurs de la construction du pont de bateaux se mit à démolir les boulevards du château du pont de Rouen ; il lui fut défendu de continuer. La ville en avait acquis la propriété en 1619, dans l’intention de faire servir ses matériaux aux travaux du nouveau pont ; mais ce projet fut abandonné. Le gouverneur de la province en reprit possession en 1764, jusqu’au moment où la ville obtint de nouveau la permission de le démolir, ce qui eut lieu en 1778, et la place qu’il occupait fut nivelée en 1780.

M. Ouin-Lacroix fait mention de l’établissement, en 1731, au Petit-Château, d’une fabrique d’étoffes brochées, industrie qui passa ensuite dans l’intérieur de la ville1. Il y eut là aussi un maître teinturier. Enfin, les Affiches de Normandie, de 1773, annonçaient à louer un corps de logis dans le Petit-Château.

Barbet (rue du). = Rue Napoléon III, rue Eau-de-Robec. ― 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Cette rue s’appelait primitivement rue du Barbel1, et était même quelquefois désignée sous le nom de Bardel. On en aura fait la rue du Barbet. Ce nom devait provenir d’une enseigne. Il y avait aussi, au 15e siècle, des enseignes du Barbet ou du Barbel, dans la rue aux Ours.

Par un acte du 23 décembre 1526, nous voyons que la rue portait également, à cette époque, le nom de rue au Sac, qui était aussi donné à la rue du Varvot et à celle du Chaudron.

Barbiers (rue des).

Cette rue, qui était située derrière les murs de l’Archevêché, entre le bas de la rue des Bonnetiers et la rue Saint-Romain, a été supprimée pour l’ouverture de la rue Impériale. Elle avait reçu son nom des barbiers ou perruquiers qui l’habitaient. Plusieurs actes de tabellionage de 1462 à 1480 la mentionnent sous le nom de rue aux Barbiers. En 1460, on ne la désignait pas autrement que par ces mots : la rue derrière l’hostel archiépiscopal.

La rue des Barbiers a porté également le nom de rue de la Petite-Crosse, qui venait d’une enseigne de cabaret. Elle est indiquée sous cette dénomination dans le Flambeau astronomique et dans la nomenclature de Du Souillet.

Il y avait dans cette rue un lieu qu’on appelait : les Estables aux chevaulx ; c’était sans doute une auberge pour la garde des chevaux qui venaient en ville apporter des provisions pour le marché.

Barcelone (rue de). = Rue du Pré, route de Caen. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg Saint-Sever.

Nous ne connaissons pas l’origine du nom de cette rue, qui est inscrite sur un plan de 1782. Il est probablement dû au séjour, dans ce quartier, de quelque famille espagnole.

Barfort (rue de).

Nous trouvons, dans les registres du tabellionage, ce nom écrit de différentes manières : Barfort, Barrefort, Barfol et

Barsot. Nous croyons qu’il doit s’appliquer à l’emplacement où fut établi le boulevard Bouvreuil, actuellement le boulevard Jeanne-d’Arc. Un acte du 14e siècle1 cite une rue Barsot près de Saint-Patrice, le long du Mont-aux-Juifs, nom que l’on donnait à la partie du faubourg Bouvreuil qu’occupe la rue Saint-Maur ; d’autres actes, de 1423 et 1424, mentionnent des maisons assises en Barfor, sur le chemin de Barfol, au lieu dit Bouvreuil ; puis, dans des actes de 1491 et 1493, on lit la mention de jardins assis hors et près de la porte Bouvreuil, bornés d’un côté par la rue de Barrefort, d’autre côté par la rue Bouvreuil, et d’un bout par un carrefour de devant la dite porte, ou départant les deux rues. Enfin, dans des actes de 1507 et de 1521, il est question d’héritages limités par la rue de Barfort et par le clos aux Archers, ou par le chemin des buttes des Archiers, qui, ainsi que nous l’indique un plan de 1784, était situé à l’encoignure de la rue du Petit-Bouvreuil (actuellement la rue Ernest-Leroy), sur le boulevard.

Quant à l’étymologie de ce nom, nous ne savons à quelle origine on doit l’attribuer. Farin dit qu’il était donné à l’une des tours du Vieux-Château, près de laquelle était la source de la fontaine de Notre-Dame ou de Saint-Amand ; or, l’une de ces tours, appelée le Beffroy, a donné son nom à la rue voisine. En rapprochant de cette circonstance celle des contractions que subissaient, au moyen-âge, certains mots sous la plume du scribe, on serait autorisé à croire que Barfort et Beffroy, ainsi que leurs variantes, pourraient avoir la même signification.

Barillets (ruelle aux).

Il est fait mention d’une petite rue de ce nom dans un acte de tabellionage du 7 janvier 1521, concernant une allée tendant à la rue de la Croix-de-Pierre, bornée d’un côté par la ruelle aux Barillets, d’un bout l’Eau-de-Robec, etc. Il se pourrait que ce fût un ancien nom de la rue Godard, qui a été supprimée pour l’ouverture de la rue Édouard-Adam. ― Ce nom a quelque rapport avec celui du ruisseau des Baillettes, dont il est parlé à l’article de la rue Mollien, ancienne rue du Bas. ― Mais il paraît venir d’une enseigne représentant trois petits barils, qu’on voyait

il y a quelque temps sur la clé de voûte de la porte d’une maison, dans la rue Eau-de-Robec.

Barrée (rue). = Rue du Renard, rue Chasselièvre. ― 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. ― Faubourg Cauchoise.

Elle a été nommée ainsi à cause des barrières qui avaient été placées à chaque extrémité lors de son ouverture, et qui ont continué d’exister.

Bas (rue de). = Rue Stanislas-Girardin, place Saint-Filleul. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Cette rue a pu prendre son nom de sa position au-dessous de la rue du Renard.

On voit dans le manuscrit des Fontaines, de 1525, qu’il existait près d’Yonville une rue de Bastême. La rue de Bas, qui se dirige de la ville vers la source de Saint-Filleul, pourrait être cette rue de Bastême, dont on n’aurait conservé que la première syllabe. Cette opinion est celle de M. J. Thieury, qui ajoute : la source d’Yonville, autrement dite de Saint-Filleul, est le premier baptistère de nos contrées. Cette assertion se trouve confirmée, d’abord, par le nom de Saint-Filleul, évêque métropolitain de Rouen, trésorier des finances de Clotaire Ier, roi de Soissons, puis par la situation de cette source au-dessous du premier cimetière chrétien ; enfin, c’est la seule des sources de Rouen qui porte un nom de saint.1

Basnage (rue des). = Rue Ganterie, rue de l’Hôtel-de-Ville. ― 8e section, 2e canton, Saint-Godard. ― Quartier N.-O.

Ouverte en 1860 pour établir une communication, par la rue Percière, entre la place du Marché-Neuf (maintenant la place Verdrel) et la rue de l’Hôtel-de-Ville, où elle aboutit en face du jardin de Solférino, cette rue occupe l’emplacement de l’ancienne rue des Hermites.

On lui a donné le nom de savants jurisconsultes nés à Rouen au 17e siècle, dans la rue de l’Écureuil (voyez ce nom), et que M. A. Floquet a fait connaître dans une intéressante notice publiée par l’Académie des Sciences de Rouen, en 1843. Basnage père, né à Sainte-Mère-Église, près de Carentan, mourut à Rouen

en 1695. Ses fils, le pasteur Jacques Basnage, et l’avocat Henri Basnage de Beauval, naquirent à Rouen, le premier en 1653, le second en 1659.

Bassesse (rue). = Rue Saint-Hilaire, rue du Mont. ― 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. ― Quartier N.-E.

D’anciens ouvrages et plusieurs actes de tabellionage la désignent sous les divers noms de Bassesse1, Bafesse2, Bas-fesse et Basse-fesse3, dénomination indiquée par Taillepied et encore donnée à la rue en 1756. On lit rue de la Bassesse sur plusieurs plans et dans Farin4. ― Elle a dû porter aussi le nom de Porche-Malandrin, et l’on y trouve encore le passage du Porche-Carpentier. Enfin, on donna à cette rue, en 1794, le nom de rue de l’Escadron.

D’anciens plans représentent la rue Bassesse comme se prolongeant jusqu’au mur d’enceinte de la ville, c’est-à-dire jusqu’au boulevard actuel, mais elle se termine réellement à la hauteur de la rue du Mont, en face de l’impasse Hérisson.

Basse-Vieille-Tour (place de la). = Rue des Tapissiers, rue de la Raquette et rue Impériale. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Cette place est séparée de celle de la Haute-Vieille-Tour par les bâtiments de la halle aux toiles et par les maisons qui y sont adossées. (Voyez au mot : Vieille-Tour.) Elle porta pendant quelque temps le nom de place de l’Abondance, qui lui fut donné vers 1793.

En 1509, la Basse-Vieille-Tour fut désignée pour y vendre à l’avenir le hareng saur et le fruitage qu’on vendoit à la Calende.

La maison portant sur cette place les nos 25 et 27 remplace celle qui renfermait autrefois le bureau de la marque des maîtres cordiers de Rouen. Sa construction datait du 15e siècle5.

Battoir (rue du).

Cette rue a été supprimée pour l’ouverture de la rue Napoléon III.

Nous ignorons si elle avait pris son nom d’un battoir à lessive ou d’une espèce de palette pour jouer à la paume, qui aurait servi d’enseigne. Les jeux de paume qui existaient anciennement dans ce quartier donnent assez de vraisemblance à cette dernière supposition.

D’après les anciens plans de 1655 et de 1724, cette rue n’aurait fait qu’une avec celle des Trois-Cornets, sous cette dernière dénomination.

Beaurepaire (ferme de).

On appelle ainsi la ferme dite précédemment le Grand-Châtelet, sur la côte des Sapins. Le lieu où elle est placée était connu au 15e siècle sous le nom de hamel de Beaurepaire. ― On donna en 1794, aux rues ou sentes qui conduisent à cette ferme, les noms de rue du Mans et de rue de la Sarthe, qu’elles portèrent jusqu’en 1795.

En vieux langage, « beau repère » signifie beau logis, belle retraite.

Beauvoisine (faubourg).

Ce faubourg était originairement connu sous le nom de Sainte-Appoline, parce que, dans les premiers siècles, il commençait près de la chapelle de ce nom, au carrefour de la Crosse (voyez rue des Carmes). ― On l’appela plus tard Aubevoie1 et enfin Beauvoisine, à cause du pays de Beauvoisis, ancienne province dont Beauvais est la capitale.

Le faubourg de Beauvoisine s’est trouvé reculé progressivement à mesure que l’enceinte de la ville a pris de l’accroissement ; il en est actuellement séparé par les boulevards, et comprend, outre la côte qui porte son nom et que traverse la route de Neufchâtel, le Champ-du-Pardon et une partie de la côte appelée anciennement le Mont-de-la-Justice, parce qu’il avait été choisi pour les exécutions criminelles, et que là étaient placées

les fourches patibulaires1. Il comprend aussi la côte de Bihorel, placée à droite de la route de Neufchâtel, et celle des Sapins, qui fait la limite entre le faubourg Beauvoisine et celui de Saint-Hilaire.

Le faubourg Beauvoisine est très vaste. Il renferme un assez grand nombre de rues nouvellement ouvertes et peuplées de maisons avec jardins et terrasses qui couvrent presque tout le territoire limité par les villages voisins. Depuis peu d’années les quartiers du Champ-du-Pardon, de la côte d’Ernemont, du Val-de-la-Jatte (voyez ces noms), se sont beaucoup développés ; la cité de Jeanne-d’Arc2 a pris naissance dans les fonds de Bihorel ; leur population se confondra bientôt avec celle des hameaux dépendant de la commune du Boisguillaume, qui viennent d’être dotés d’une jolie église3 dédiée en 1868 sous le vocable de Notre-Dame-des-Anges. Ces hameaux sont connus sous le nom de la Californie, nom dont il serait difficile de préciser l’origine, à moins que de constater que leur création date de l’époque où la fièvre de l’or entraînait vers ce pays lointain de nombreux aventuriers. Une origine plus triviale est donnée par quelques personnes au nom de ce quartier, où l’on trouve à profusion les cailloux en silex nécessaires pour entreprendre les constructions et les clôtures : on disait vulgairement les « Cailloux fournis, » pitoyable jeu de mots dont on aurait fait la Californie.

De nombreuses constructions sont venues à la longue prendre position sur les hauteurs qui dominent Rouen de la façon la plus pittoresque. Depuis que la création des nouveaux quartiers de la ville et que l’ouverture de larges rues ont forcé beaucoup d’habitants de se réfugier au dehors, cette partie de la population s’est répandue sur les côtes naguère couvertes de pâturages. Bientôt elle appellera de tous ses vœux la formation d’un marché, où elle puisse venir faire ses approvisionnements.

On donna en 1794, au faubourg et à la rue Beauvoisine, les noms de quartier et de rue de Lille ; leurs anciennes dénominations leur furent rendues en 1795.

Dans le parcours de tout le quartier Beauvoisine et jusque sur les hauteurs de Bihorel, où passait le chemin d’Aubevoie, on a trouvé à diverses époques des poteries et des monnaies romaines, des verreries et des bronzes antiques. M. l’abbé Cochet désigne sous le nom de la Voie blanche le chemin tendant de la rue d’Aubevoie ou Beauvoisine à la colline dont la côte d’Ernemont fait partie1 ; il dit que ce chemin était bordé de sépultures, et qu’en 1852 on a trouvé dans l’enclos d’Ernemont un cimetière romain des 4e et 5e siècles. On donne encore vulgairement le nom de la Côte blanche à la partie la plus élevée de la rue d’Ernemont qui aboutit à la route tendant à Beauvais. Cette dénomination est due à la nature du sol crayeux que ce chemin traverse, et dont la couleur est blanche.

Beauvoisine (boulevard). = Rues des Capucins et d’Ernemont, rues Bouvreuil et du Champ-des-Oiseaux ― Pour les nos pairs, 4e section ; pour les nos impairs, 2e et 5e section de la rue des Capucins à la place Beauvoisine ; 8e section jusqu’à la rue Bouvreuil ; 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

Ce boulevard, qui fut établi au 15e siècle dans le fossé de la ville désigné sous ce nom, fut appelé alors le fort Saint-Louis. ― On donna, en 1794, le nom de boulevard de Lille à la portion du boulevard qui allait de la place Beauvoisine à Bouvreuil, et celui de boulevard de la Convention à la partie tendant de cette même place à Saint-Hilaire.

C’est par cette porte que Louis XVI avait fait son entrée à Rouen, au lieu d’aller par la rue Grand-Pont. Elle était très élevée et commençait à menacer ruine.

On a découvert en 1856, sur la place, vis-à-vis la rue Bras-de-Fer, en exécutant les fouilles nécessaires pour l’ouverture d’un aqueduc, des restes assez considérables de l’ancienne fortification. Cet aqueduc débarrasse la rue Beauvoisine des torrents dont elle était inondée en temps d’orage. Il est dirigé vers celui qui est établi sous les boulevards de Jeanne-d’Arc et de Cauchoise.

La place Beauvoisine a reçu en 1774, comme le faubourg, le nom de place de Lille, qu’elle conserva jusqu’en 1795.

Beauvoisine (rampe). = Rue d’Ernemont, place du Boulingrin. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

On appelle ainsi la rampe qui domine le boulevard tendant de la place Beauvoisine au boulevard Saint-Hilaire. On lui donnait, au commencement du 19e siècle, la dénomination du Haut-Boulevard.

Beauvoisine (rue). = Le carrefour de la Crosse au haut de la rue des Carmes, la place Beauvoisine. ― 5e section pour les nos pairs ; 8e section pour les nos impairs ; 2e canton ; paroisses : Saint-Ouen pour les deux côtés de la rue jusqu’à la rue Beffroy, ensuite, les nos pairs ; Saint-Godard, pour les nos impairs entre la rue Beffroy et la rue Neuve-Beauvoisine ; Saint-Romain, entre cette dernière rue et la place.

La rue Beauvoisine n’existait pas encore au 5e siècle, alors que la ville de Rouen était renfermée dans les murs de sa première enceinte, entre la porte Grand-Pont qui était placée près de la rue du Petit-Salut, et une autre porte située au haut de la rue des Carmes1, dite porte de Sainte-Appoline ou de Saint-Appolinaire, du nom d’une chapelle qui dans la suite a fait place à l’église des Carmes. Il n’y avait qu’un chemin appelé Aubevoie, qui allait joindre directement la montagne au nord de la ville, en passant le long de la Rougemare2.

Vers l’an 1200, une nouvelle porte fut construite près du carrefour du Coq1 et de la rue de la Seille. Elle fut appelée la porte d’Aubevoie ou de la Rougemare2. La rue qui partait de celle des Carmes prit le nom de rue Beauvoisine, à cause de sa position sur le chemin conduisant à Beauvais ou au pays de Beauvoisis.

Lorsqu’on remplaça en 1254, cette porte d’Aubevoie par celle qui était encore debout à la fin du 18e siècle, cette dernière porte reçut le nom de porte Beauvoisine, et le même nom fut donné à la rue entière à partir du carrefour de la Crosse : Item et du bout d’icelle rue des Arsins, est-il dit dans un rôle de la fabrique de Saint-Ouen de cette époque, toutes les maisons qui sont en alant parmi la rue Saint-Ouen à la rue Beauvoysine jusques à la chapelle3 de l’ospital du Roy estant en icelle rue Beauvoysine.

Néanmoins le nom d’Aubevoie était encore donné à la partie supérieure de la rue Beauvoisine dans les actes de tabellionage du 15e siècle. La même désignation se retrouve encore dans des chartes du 13e siècle4, presque en même temps que celle de la rue Beauvoisine, rue par laquelle on allait de la porte Bouvreuil à celle qui arrive à la hauteur de l’église Saint-Godard5. Nous trouvons le nom de la rue d’Aubevoie sur la paroisse Saint-Godard, mentionné dans un acte de tabellionage de 1419. Un autre acte, du 13 mars 1487, concerne une maison sise dans la rue d’Aubevoie, anciennement dicte la rue de Beauvoisine, bornée d’un bout une ruelle tendant de la ruelle du Camp-des-Barres à la Rougemare. Enfin le reg. du tabellionage de 1400 à 1403 contient encore la mention d’une rue allant de la porte d’Aubevoie au champ du Pardon.

La rue Beauvoisine, avec celles des Carmes et Grand-Pont6,

traverse la ville du nord au sud, et se croise à la Crosse avec les rues des Bons-Enfants, Ganterie, de l’Hôpital, des Faulx, Saint-Vivien et Saint-Hilaire, qui traversent la ville de l’ouest à l’est. À ce moyen, Rouen se trouve divisé en quatre grands quartiers qui ont pour limite centrale le carrefour de la Crosse.

Il y avait, avant 1792, dans la rue Beauvoisine deux communautés religieuses, savoir : les Religieuses de la Visitation de Sainte-Marie et les Bénédictines de Bellefonds.

Les dames de la Visitation de Sainte-Marie arrivèrent à Rouen en 1630. Elles se logèrent d’abord près du monastère des Minimes, ensuite au haut de la rue Beauvoisine, où elles fondèrent leur premier monastère dans l’emplacement connu sous la dénomination d’enclave de Sainte-Marie. Cet emplacement, où l’on renferma pendant la Révolution, après la suppression des monastères, les religieuses insermentées1, est occupé par le Musée départemental d’Antiquités qui fut institué par un arrêté préfectoral du 10 décembre 1831, par les galeries d’Histoire naturelle, par les Écoles spéciales, etc. (v. rue Impériale). Le second monastère des Dames de Sainte-Marie avait été fondé en 1642 dans la rue Coquereaumont, en face des Capucins. Les deux communautés furent fermées en 1792, et se sont rétablies depuis un certain nombre d’années. (V. rues de Joyeuse et Sainte-Geneviève-du-Mont.)

Les religieuses de Bellefonds, de l’ordre de Saint-Benoît, qui avaient demeuré d’abord dans le faubourg Saint-Sever, vinrent s’installer en 1648 dans la rue Beauvoisine, sous le titre de monastère de Notre-Dame-des-Anges. Elles édifièrent leur église en 1674. Cette communauté, qui avait pris son nom de celui de ses fondateurs, M. le marquis de Bellefonds et Jeanne sa femme, fut supprimée en 1792. On voit encore des vestiges de cet ancien couvent dans la cour de Bellefonds, actuellement occupée en partie par des Écoles mutuelles pour les garçons et pour les filles.

Entre la rue du Cordier et la rue Beffroy, qu’on appelait aussi la grande rue Saint-Godard, était le Coq, où il y avait bou-

cherie. C’était sans doute quelque auberge importante qui avait donné son nom au carrefour voisin ; en 1767, cette maison à l’enseigne du Coq se trouvait en face de la rue Beffroy (voyez au mot Coq). ― Le 12 août 1489, la ville fieffa à un particulier une partie et portion, assises à Saint-Godard, de la vieille porte de la Boucherye Beauvoisine, en laquelle ne sont compris quatre pieds d’icelle vieille porte que MM. les conseillers ont retenus pour élargir la rue, laquelle rue contient, y compris les quatre pieds ci-dessus, dix-sept pieds de large. C’est dans les maisons les plus rapprochées de cette porte qu’avait été établie la boucherie de Beauvoisine, et cette désignation lui fut donnée pour la distinguer de la porte Beauvoisine de la dernière enceinte1.

On a trouvé en 1856, dans la rue Beauvoisine, en construisant un aqueduc, des traces d’une double voie romaine qui allait de Rothomagus à Cesaromagus (Beauvais), près de laquelle on découvrit deux ans après une masse assez considérable de monnaies romaines. De pareilles découvertes ont été faites, à diverses autres époques, depuis la place de la Rougemare jusqu’à la rue de l’Hôpital.

Bec (rue du). = Rue de la Grosse-Horloge, rue aux Juifs. ― 9e section, 1er canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-O.

Un « los de recognition » de 1212 indique que cette rue était située entre la ruelle qui descend de la rue des Juifs à Courvoiserie et le fief de Roger Marc-d’argent.2 ― Un acte de tabellionage de 1426 l’appelle la ruelle qui meine tout droit de la rue de Courvoyserie (la rue de la Grosse-Horloge) à la rue aux Juifs et à Saint-Lô. Ce qui prouve que la rue du Bec, et la rue Boudin qui lui fait suite, n’étaient pas encore connues sous les noms qui leur furent donnés plus tard. Antérieurement à la fin du 14e siècle, la rue du Bec a porté, en effet, les noms de rue Naguet, rue au Bailli et rue Guillaume-Lecomte3. Cette première dénomination est indiquée dans un acte de tabellionage de 1360 ou 1361, où il est fait mention d’un manoir assis en la rue Robert-Naquet, en la paroisse Saint-Erblanc, lequel fut feu Vincent

Mich. jadis bailli. Le nom de rue au Bailli provenait des baillis Jean de la Thuile (À-la-Tieule) et Hugues de Donquerre, qui, de 1389 à 1395, avaient demeuré dans cette rue1. La dernière dénomination était celle du propriétaire d’un hôtel dont nous parlerons plus bas. Un acte du 6 mai 1391 concerne une maison assise en la paroisse Saint-Erblanc, en grand Pont, en la rue qui fu Guillaume-Thomas. Ainsi s’appelait un riche bourgeois de Rouen, qui, en 1328, prêta au roi Philippe VI une somme d’argent pour la nécessité de la guerre2. Nous trouvons le nom de la rue du Bec mentionné pour la première fois dans un acte de 1526, qui parle d’une maison bornée par la rue du Bec et la rue aux Juifs.

Dans son intéressante notice, publiée par l’Académie de Rouen en 1854, M. Ch. de Beaurepaire rappelle qu’il existait, au 14e siècle, dans la rue du Bec, un ancien manoir de la Fontaine3 qui appartenait à un bourgeois nommé Michel Lecomte, puis, après la mort de celui-ci, à Guillaume Lecomte, lequel doit être le même que Guillaume Thomas, indiqué ci-dessus. Cet hôtel, qui avait été donné en 1348, par Jean de Nonancourt, à la fabrique de l’église de Saint-Lô, fut successivement habité par Guillaume de Bellengues, capitaine de Rouen, par plusieurs baillis et par le propriétaire, puis ensuite par des seigneurs anglais au temps désastreux de l’occupation anglaise. Il passa ensuite dans les mains des abbés du Bec, Robert Vallée, qui y mourut le 4 mai 1430, et Thomas Frique, qui fut l’un des juges de la Pucelle, et qui fit faire au manoir de la Fontaine de somptueuses réparations. C’est dans ce même hôtel qu’eut lieu, en 1544, une conférence avec Matignon, gouverneur de la ville, pour rechercher les moyens de la défendre d’une attaque dont elle était menacée. Sous François II, il fut habité par le maréchal de Vieilleville, qui avait été envoyé à Rouen pour faire justice des derniers troubles.

L’ancien hôtel de Saint-Lô ou du Bec existe encore en partie. C’est l’avant-dernière maison à droite de la rue, en venant de celle de la Grosse-Horloge. À droite de la cour sont les anciens bâtiments ; la chapelle, au rez-de-chaussée, est devenue en 1854

une écurie, à côté de laquelle était un escalier en spirale ou en tour. Cette chapelle, dit M. Ch. de Beaurepaire, était l’une de celles où il était de mode de célébrer les épousailles des personnes riches, et Guillaume Lecomte appliqua son hôtel à faire nœupces pour ce qu’il estoit bel, notable et spacieux.

Dans cette maison, qui avait été occupée pendant quelque temps par la ferme des tabacs, s’établirent les premières diligences entre Rouen et Paris et d’autres villes. Elles commencèrent à être desservies par la poste en 1776. On mettait alors deux et trois jours pour aller à Paris.

En face de l’hôtel du Bec était autrefois une très ancienne chapelle qui dépendait du chapitre de la Cathédrale de Rouen. Il existait là aussi depuis longtemps un établissement de messagerie, et l’ancien édifice fut rasé en 18391.

Une autre maison de cette même rue portait sur sa façade un marbre commémoratif du séjour qu’y fit Voltaire. On y lisait les vers suivants :

De Voltaire en ce lieu vint s’abriter la gloire,
La cité de Corneille en garde la mémoire.

― Le Journal de Normandie de 1786 fait mention d’une autre rue du Bec, qui existait aux environs de la maison de Saint-Yon, au-dessus de la rue Lécuyer. Ce doit être la rue qui porte actuellement le nom de rue de l’Épine.

Beffroy (rue). = Rue Beauvoisine, rue Bouvreuil. ― 8e section, 2e canton, Saint-Godard. ― Quartier N.-O.

Cette rue, dont il est question dans une charte de 12122 conduisait de la porte Bouvreuil à la rue Beauvoisine et a porté successivement les divers noms de rue Beffroy, de rue du Patriarche et de grande rue de Saint-Godard.

Le premier de ces noms, qu’on trouve dans plusieurs titres et qui lui est resté, vient d’une tour de l’ancien château de Philippe-Auguste, qu’on appelait le Beffroy. ― Farin dit3 : la rue

qui commence au château et finit au bout du cimetière Saint-Godard s’appelait autrefois la rue du Beffroy, à cause d’une tour de ce même château qui regardait cette rue en droite ligne ; mais, après avoir retenu ce nom pendant deux cent cinquante-cinq ans (de 1205 à 1459), elle commença à être nommée la rue du Patriarche à cause d’un grand hôtel qui porte ce nom. Cet hôtel, situé en face de la rue de l’École, appartenait à Louis d’Harcourt, qui fut patriarche de Jérusalem, puis évêque de Bayeux en 1459. Il est indiqué, sur un plan de 1655, comme étant habité par M. de Hautenas1.

Les registres du tabellionage parlent du manoir appelé le Berfray2, en la paroisse Saint-Godard, comprenant le jardin, la fontaine, et les arbres dessus croissants, excepté toutes les maisons de devant, lequel fut loué avec faculté par le preneur de mettre une enseigne à tavernier sur la porte. ― Un acte du 8 avril 1489 concerne un héritage borné d’un côté l’hôtel qui fut M. le Patriarche, d. c. Lancestre, d. b. par devant la rue Beffroy, d. b. par derrière la rue du Cordier. On lit aussi, dans un acte du 8 juillet 1529 : la rue Beuffroy, autrement dite du Patriarche. Ce dernier nom est encore indiqué dans le plan des Fontaines de 1525 et dans un acte de 1527.

La dénomination de grande rue Saint-Godard, qui fut également donnée à la rue Beffroy dès 1483 et 1494, et sous laquelle elle est encore indiquée dans les plans de 1655 et de 1724, ainsi que par plusieurs auteurs3, venait de l’église paroissiale de ce nom (voyez place Saint-Godard). Dans un plan de 1784, la rue reprend le nom de rue Beffroy ; enfin, elle est citée sous les deux noms dans les Affiches de Normandie de 1767.

Un acte de tabellionage de 1426 fait mention de la rue tendant de la boucherie de Saint-Godard vers la porte du Châtel. Entre la rue du Cordier et la rue Beffroy était, dans la rue Beauvoisine, une maison appelée le Coq, où il y avait boucherie. Cela fait supposer que l’acte de 1426 s’applique à la rue Beffroy.

À côté de l’hôtel du Patriarche et en face du bout de l’église de Saint-Godard, au couchant du cimetière, est une autre maison qui portait encore, au 17e siècle, le nom d’hôtel Saint-

Romain, et où l’on voyait les armes de la famille de ce saint1. » Il y avait aussi l’hôtel Robert Lavache, l’hôtel Faucon ; ce dernier joignant d’un bout par derrière les anciens murs de la ville, et par devant la rue du Beffroy2.

Bégin ou Béguin (passage). = Rue Verte, rue du Champ-des-Oiseaux. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

Ce passage est situé à l’extrémité de la rue du Champ-des-Oiseaux, en dehors de la barrière de l’octroi, au-dessus de l’ancien cimetière des protestants.

Béguines (rue des). = Rue Cauchoise, rue des Bons-Enfants. ― 10e section, 1er canton, Saint-Patrice ― Quartier S.-O.

On la nommait, au commencement du 15e siècle, la ruelle Saint-Vigor3, à cause de l’ancienne église paroissiale dont on voit encore les murs à gauche en montant vers la rue des Bons-Enfants. Un acte du 7 février 1428 cite une maison en la paroisse Saint-Vigor, bornée par le pavement qui mène de la rue des Bons-Enfants à la rue Cauchoise. On trouve encore la désignation de la ruelle Saint-Vigor dans les nomenclatures du Flambeau astronomique et de Du Souillet, quoiqu’elle fût déjà inscrite sur le plan de 1655 sous le nom de rue des Béguines.

Cette dernière dénomination, sous laquelle fut connue autrefois la rue du Vieux-Palais4, vient d’un couvent de religieuses qui y fut fondé en 1260, sous le règne de saint Louis. Elles demeuraient assez près de la porte du Pré (voyez rue du Vieux-Palais). Leur maison fut abattue5 lorsqu’on édifia le Vieux-Palais, et elles furent transférées en 1444 dans la rue Saint-Vigor, où on leur donna deux hôtels en échange de celui qu’elles avaient été forcées d’abandonner. Leur église fut consacrée en 1520 sous le vocable de Saint-Louis.

L’origine de la dénomination des Béguines est attribuée par les uns à Bergue, duchesse de Brabant, qui aurait été leur pre-

mière fondatrice ; par d’autres, à un prêtre nommé Lambert Berghh, plus connu sous la désignation de « Le Bègue », à cause de la difficulté de sa prononciation, et qui mourut en 1173. Leur première maison aurait été établie à Liége à cette époque, et transférée à Nivelle en 1207. Suivant d’autres encore, ce nom provenait de ce que ces religieuses vivaient sous les constitutions de sainte Begga. Enfin, quelques historiens prétendent, avec plus de raison peut-être, que le nom des Béguines vient du costume de ces religieuses, qui portaient une espèce de béguin1.

Les Béguines furent remplacées, en 1632, dans l’ancienne rue Saint-Vigor, par des religieuses bénédictines du prieuré de Saint-Louis, qui furent elles-mêmes transférées en 1675 sur la place de la Rougemare. Depuis cette dernière époque, l’église des Béguines et ses dépendances furent occupées par des particuliers. L’église fut démolie en 1853.

Avant 1440, l’église Saint-Vigor était encore considérée comme étant dans les faubourgs, parce qu’elle était, en effet, hors et même loin de l’enceinte de l’ancienne cité. Ce ne fut qu’en 1440 qu’on éleva les gros remparts qui déterminèrent l’étendue de la ville, et que l’église s’y trouva renfermée2. Après sa suppression en 1791, l’église Saint-Vigor fut pendant quelque temps occupée par les protestants. Son clocher, qui menaçait ruine, fut abattu en 1828. Le 7 février, une partie de la voûte de ce clocher s’écroula avec fracas, et ensevelit sous ses ruines des marchandises emmagasinées dans l’ancienne église. La démolition d’une partie de l’église, dont les restes sont habités par un fabricant de sabots, a donné lieu, en 1857, à la découverte de sépultures et d’un passage voûté communiquant avec l’ancien couvent des Béguines.

La rue des Béguines reçut en 1794 le nom de rue de la Fraternité, qu’elle porta jusqu’en 1795.

Bel-Image (rue du).

Cette rue, qui était située dans la paroisse Saint-Maclou, nous est signalée par un acte de tabellionage du 10 mars 1498. On trouve aussi, dans un autre acte du 25 juillet 1522, cette désignation : Près le Bel-Ymage, d’un côté l’enseigne du Preschement, d. c. Deschamps, d’un bout une ruelle issant en la rue Notre-Dame (ancien nom de la rue des Arpents). ― Taillepied3 cite une rue du Tableau, qui pourrait être la même que la rue du Bel-Image, dont le nom doit être provenu d’une enseigne.

Belles-Femmes (rue des).

Cette rue, qui a été supprimée en 1861 pour l’ouverture de celle de l’Impératrice, était située entre la rue de la Grosse-Horloge et la rue aux Ours, où elle servait de limite à la rue Saint-André-de-la-Porte-aux-Fèvres, qui fut réunie à la rue aux Ours en 1794.

L’origine de son nom était attribuée à une enseigne ; d’un autre côté, on voit, à l’occasion d’une amende infligée par la Cour de l’Échiquier, en 1400, à un écuyer qui, trouvé hors heure en la rue des Belles-Femmes à Rouen, avoit fait rébellion1, que cette rue devait avoir été appelée ainsi parce qu’elle était habitée par des femmes de mauvaise vie. Dans un cartulaire de Saint-Ouen2, on la nommait la rue des Belles-Femmes-Communes. Parmi les nombreux actes de tabellionage où elle est citée, on trouve l’indication de rue aux Belles-Femmes (act. de 1360, 1420, 1544), et de rue aux Belles-Filles (act. de 1496). Suivant l’opinion de M. Jules Thieury, cette rue, qui était hors des fossés primitifs à l’époque mérovingienne, dut son nom à quelques établissements suspects relégués hors des murs, comme c’était alors la coutume dans le monde romain3.

Il est fréquemment question, dans les registres du tabellionage, d’une rue Vanterie, dont nous parlerons à l’article de la rue de la Grosse-Horloge. Quelques actes semblent indiquer que ce nom avait été également porté par la rue des Vergetiers (v. ce nom), qui était voisine de l’ancienne rue des Belles-Femmes. Dans un acte de 1423, il est fait mention d’un héritage situé dans la rue de Vanterie et la rue de Poiteron. Si l’on considère la rue de Vanterie comme ayant été autrefois la rue des Vergetiers, et si on adopte l’origine attribuée suivant le vieux langage au nom de la rue Poitron (voyez ce nom), si l’on se rapporte, enfin, à

d’autres actes de 1385 et de 1396 portant : in vico de Poitron, par. Saint-Jean, le nom de Poiteron inscrit dans l’acte de 1423 fait admettre qu’il a été porté anciennement par la rue des Belles-Femmes ; et, ce qui vient confirmer cette opinion, c’est que, parmi les fonctions qui étaient attribuées, au 14e siècle, au gardien de la geole de Rouen, se trouvait le soin d’inspecter les femmes du mestier de joye, en la belle rue de Rouen nommée Poitron, soubz Machacre1.

Dans un acte de 1482, la rue des Belles-Femmes est désignée sous l’indication de ruelle. Les archives municipales possèdent des copies de lettres patentes (1566, 1594) prescrivant son élargissement, opération qui fut faite en 1621, en vertu d’un ordre itératif du Parlement2.

L’auteur du Dictionnaire indicateur3 dit que la rue des Belles-Femmes avait été bâtie à la place d’une ancienne rue d’Ordonne, qui était en dehors des fossés de la ville, lors de l’existence de la porte Massacre. Des actes de tabellionage du 14e et du 15e siècles indiquent, en effet, une rue Dourdonne (voyez ce nom) dans l’emplacement qu’occupe aujourd’hui la place Verdrel, précédemment le Marché-Neuf, rue qui fut en partie expropriée pour les travaux d’agrandissement du Palais-de-Justice. Cette rue pouvait se prolonger jusqu’à la rue des Belles-Femmes, en obliquant par le lieu où fut ouverte depuis celle du Tambour.

Bellevue (rue de). = Rue Jouvenet, rue Tannery. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

C’est le nom que portait un jardin situé sur une hauteur, au-dessus du boulevard de Beauvoisine.

Benoît (rue). = Quai de la Grande-Chaussée, place Bonne-Nouvelle. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg Saint-Sever.

Le nom de cette rue, qui a été percée à la fin du 18e siècle et remblayée en 1816, vient du propriétaire du terrain sur lequel elle est située.

C’est aussi le nom du saint sous le vocable duquel l’église du prieuré de Bonne-Nouvelle (voyez ce nom) avait été mise en 1791 au rang des succursales, et qui cessa d’en faire partie dans la nouvelle organisation du 15 juillet 1801.

Le Journal de Rouen, du 2 août 1793, fait mention d’une rue du Bord-de-l’Eau, située entre la Petite et la Grande-Chaussée, où il existait une manufacture de poterie légère. Ce ne peut être que la rue Benoît.

Bertrand (rue). = Rue Maladrerie, rue Malatiré. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

On appelle ainsi une rue encore barrée à ses deux extrémités. C’est vraisemblablement le nom d’un propriétaire.

Bibliothèque publique, à l’Hôtel-de-Ville.

Dès l’année 1634, le Chapitre de la Cathédrale de Rouen avait ouvert au public sa bibliothèque, qui venait de recevoir des dons considérables de plusieurs chanoines, et surtout de l’archevêque François de Harlay ; ce prélat avait imposé au Chapitre la condition que ses livres seraient mis à la disposition des travailleurs. En 1782, l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, rendit également publique sa bibliothèque, qui était alors placée dans les dépendances de l’ancien Hôtel-de-Ville, près de la Grosse-Horloge, et qui, en 1793 encore, pouvait être visitée deux jours de la semaine1. Après la dispersion des sociétés savantes et des établissements religieux, leurs bibliothèques, ainsi que d’autres bibliothèques particulières, furent réunies dans une collection générale qui, en 1794, s’élevait à un total de 250,000 volumes au moins. Plus tard, la plus grande partie de ces livres fut rendue à leurs anciens propriétaires, et le reste de cet important dépôt fut placé, en 1797, dans des salles du Lycée, qui portait alors le titre d’École centrale (voyez rue du Maulévrier), jusqu’au moment où il fut installé à l’étage supérieur de l’Hôtel-de-Ville actuel, et inauguré solennellement le 4 juillet 1809, sous l’administration de M. Demadières.

La Bibliothèque publique réunissait, avant 1840, environ 36,000 volumes, non compris plus de 1,300 manuscrits et environ 400 ouvrages imprimés dans le 15e siècle. Elle reçut un accrois-

sement considérable depuis cette époque, par l’acquisition de la bibliothèque Leber, par la nombreuse collection que légua à la ville, en 1847, M. le baron Coquebert de Montbret, et par une riche collection de manuscrits qui lui a été donnée par M. Deshommets de Martinville, fils de l’ancien maire de Rouen, décédé à Paris en 1858.

L’installation de ces nouveaux trésors littéraires, ainsi que d’autres d’une moindre importance numérique, mais tout aussi précieux, lesquels portent à 111,000 volumes et à 2,500 manuscrits le chiffre total de la Bibliothèque publique, nécessita des travaux d’agrandissement, l’adjonction de plusieurs salles et l’appropriation des combles de l’Hôtel-de-Ville.

Parmi les objets remarquables dûs à divers dons ou à des acquisitions successives faites par la ville, que l’on voit dans les salles de la Bibliothèque, se trouve un graduel de Saint-Ouen, fruit des soins assidus d’un religieux bénédictin, Daniel d’Eaubonne, mort en 1710, travail dont la perfection et dont la beauté des vignettes fixent l’attention des visiteurs. Ce beau manuscrit fut sauvé et conservé pendant les orages de la révolution par dom Gourdin, bénédictin de Saint-Ouen, et bibliothécaire de la ville. On voit aussi, outre d’autres manuscrits non moins précieux et ornés de miniatures, de riches collections d’estampes, de gravures, de plans et d’œuvres artistiques ; des objets d’origine étrangère ; des plans en relief de nos églises de Saint-Ouen et de Saint-Maclou, et une magnifique réunion de médailles et monnaies anciennes, de médaillons historiques, composée de près de 2,700 pièces, dont 300 environ en or ; cette collection, principalement consacrée à la numismatique française, a été donnée à la ville par Mme Lecarpentier, d’Honfleur, aujourd’hui Mme de Blaremberg.

― Des bibliothèques populaires ont été fondées, depuis quelques années, par des associations de bienfaisance. Une bibliothèque de circulation a été établie en 1865, par une société de souscripteurs, dans le local de la crèche Saint-Jean, rue d’Elbeuf.

― Indépendamment des bibliothèques publiques, il existe dans notre ville des bibliothèques particulières parmi lesquelles nous citerons celles de la Cour impériale et de la Chambre de commerce ; celles des Sociétés savantes, qui, depuis 1857, ont été

réunies dans une des vastes salles de l’ancien hôtel de la présidence ; celles, enfin, de l’Archevêché et de quelques établissements religieux. Nous citerons aussi des collections non moins remarquables, qui appartiennent à des amateurs distingués : MM. Ch. Lormier, l’abbé Colas, E. Dutuit, Édouard Frère, Alfred Baudry, et autres.

Bicêtre, Maison d’arrêt et de correction, au hameau de la Motte, faubourg Saint-Sever.

Cet établissement, qui était précédemment situé dans la rue du Fer-à-Cheval, aujourd’hui supprimée (voyez ce nom), et qu’il avait été question d’installer à Saint-Yon, a été transféré en 1860 dans la rue de la Motte, près de la place Bonne-Nouvelle, au faubourg Saint-Sever. L’emplacement qu’occupe la nouvelle Maison d’arrêt et de correction forme un vaste triangle de 27,000 mètres carrés, limité par les rues de la Motte, aux Anglais et Laurent. Les travaux de construction, commencés en 1857, ont été achevés en 1860. La chapelle est placée dans la partie intérieure de la prison.

L’ancienne maison de Bicêtre a été cédée, en 1860, par le département à la ville, qui y a installé une caserne d’infanterie. C’est dans cette maison qu’avait été incarcéré, en 1816, Mathurin Bruneau, sabotier, qui fut condamné, deux ans après, à cinq ans de prison, pour avoir pris le titre de Charles de Navarre, fils de Louis XVI et citoyen des États-Unis.

Bienvenu (rue de).

Des actes de tabellionage du 3 octobre 1462 et du 3 septembre 1466 font mention de cette rue, dont le nom provient de celui d’un propriétaire qui vivait en 1417. ― Elle était située dans la paroisse de Saint-Nicaise.

Bigot (tour).

Cette tour était située derrière le cimetière de Saint-Patrice, près du boulevard Bouvreuil, actuellement le boulevard de Jeanne-d’Arc, entre la rue Neuve-Saint-Patrice et la rue Alain-Blanchart. Elle servait de limite à la 4e et à la 12e section de la ville de Rouen.

Sa construction datait des premières années du 16e siècle, et elle a été démolie vers 1840.

Une notice publiée par la Revue de Rouen de 1839 indique que cette tour dut porter, dans les premiers temps de sa fondation, les noms de tour Gobelin1 ou de tour du Diable ; qu’elle servit de prison pour les mendiants et les vagabonds et plus tard d’hôpital pour les incurables ; qu’enfin, elle fut acquise en 1781 par le président Bigot, avec une partie des remparts. De nouveaux documents, fournis par M. A.-G. Ballin dans la même Revue2, font connaître, d’après un plan du cours de la fontaine de Notre-Dame qui existe aux archives départementales, qu’à partir du Vieux-Château jusqu’à la porte Cauchoise s’élevaient dans les fortifications trois tours appelées, 1o la tour Neuve, qui fut nommée plus tard la tour Bigot ; 2o la tour des Insensés, de forme carrée, qui devait être à peu près à la hauteur (à gauche) de la rue Neuve Saint-Patrice, et qui aurait pu servir d’hospice pour les incurables ; 3o la tour Gobelin ou du Diable, qui devait se trouver vers l’issue de la rue de Lémery sur le boulevard, et qui probablement recevait les vagabonds et les mendiants, rôle attribué à tort à la tour Bigot, dans la notice de 1839.

On avait primitivement donné le nom de la tour Bigot à la rue nouvellement ouverte qui a reçu en 1841 celui d’Alain-Blanchart. Il est regrettable que le souvenir du nom de cette tour, qui était celui d’une famille très distinguée d’où sont sortis beaucoup de magistrats et plusieurs savants, n’ait pas été conservé. Il pourrait être donné à la rue Neuve-Saint-Patrice.

― On appelait encore « clos Bigot » une cour ou impasse qui était située entre la rue des Canettes et l’ancienne maison de Bicêtre. Il n’en reste plus de traces.

Bihorel (rue et impasse). = Rue Jouvenet, la campagne vers le Boisguillaume. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

Ce nom vient d’un ancien manoir des religieux de Saint-Ouen, qui y faisaient exercer par leur sénéchal le privilége de haute, basse et moyenne justice. C’était un grand clos entouré de douves3, qui faisait partie de la côte où étaient les four-

ches patibulaires, appelées communément les fourches de Bihorel. Détruites en 1382 pendant l’émeute de la Harelle, ces fourches furent relevées l’année suivante, en vertu d’une charte du bailli de Rouen. Elles furent supprimées en 1789. Dans des actes de tabellionage de 1389 et de 1426, il est fait mention de la sente tendant à Bihorel et du chemin des religieux de Saint-Ouen qui menait de leur porte des Camps à Bihorel1. Cette porte des Champs était probablement celle qui fut appelée depuis la porte du Logis-du-Roi, et qui était dans la rue Bourg-l’Abbé, en face de la chapelle du Lycée.

La ferme de Bihorel, dont il est parlé dans un acte du 21 juillet 1522, s’étendait jusqu’au lieu appelé le Val-de-la-Jatte.

Les religieux Augustins, qui vinrent à Rouen en 1309, s’établirent d’abord sur la côte de Bihorel ; mais ils ne tardèrent pas à être transférés près de la rue Malpalu. (Voyez rue des Augustins.)

Bihorel (sente). = Rampe Beauvoisine, rue Jouvenet. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

La sente Bihorel a porté, en 1794, le nom de sente du Nord. Elle reprit son ancien nom en 1795.

Binet (rue et impasse). = Avenue du Mont-Riboudet, rue du Renard. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

C’est évidemment le nom d’un propriétaire ; elle arrive à l’avenue du Mont-Riboudet, en face de la nouvelle route du Havre.

― Une autre petite rue du même nom, qui communiquait de la rue Grand-Pont à une autre appelée la rue des Boutiques, a disparu lors de l’établissement de la place des Arts.

Bizet (rue du). = Rue du Puits, rue des Sapins ― 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire ― Faubourg Saint-Hilaire.

Ouverte au commencement du 19e siècle, cette rue a pris son nom de gros cailloux connus sous celui de « bizets » dont le sol est parsemé dans son voisinage.

Blainville (rue de). = Rue Bouquet, rue Saint-Maur. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

Cette rue, ouverte sous le nom de rue du Clos-Campulley, à travers une ancienne propriété qui était connue sous cette dénomination, a reçu, en 1867, celui d’une famille dont plusieurs membres ont, à des époques différentes, joué un rôle important dans les principaux événements de l’histoire du moyen-âge ; Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, maréchal de France, fut l’un des guerriers du 14e siècle qui contribuèrent puissamment à affranchir notre sol du joug de l’étranger1.

Ce nom rappelle aussi un naturaliste distingué, Henri-Marie Ducrotay de Blainville, né à Arques en 1778, décédé en 1850 dans un wagon du chemin de fer.

Blanche (rue). = Rue Ambroise-Fleury, rue Édouard-Adam. ― 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. ― Quartier S.-E.

Établie en 1867 sur l’emplacement des rues du Bon-Espoir, de la Planche-Ferrée et de la Marêquerie, cette rue a reçu le nom de l’ancien médecin en chef de l’Hospice-général, Antoine-Emmanuel-Pascal Blanche, né à Rouen en 1785, frappé de mort subite le 24 janvier 1849, au sein du Conseil municipal, dont il faisait partie.

Le buste du célèbre docteur a été inauguré à l’Hospice-général le 12 juin 1853 ; il est placé près de la porte d’entrée de cet établissement.

Bocquet (rue). = Rue de la Pucelle, rue des Pépinières. ― 11e section, 6e canton, Saint-Clément. ― Faubourg Saint-Sever.

Elle a reçu en 1833 le nom du propriétaire des terrains sur lesquels elle avait été ouverte depuis quelques années.

Bœufs (rue aux). = Rue d’Elbeuf, rue Saint-Julien. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever pour le côté droit ; Saint-Clément pour le côté gauche. ― Faubourg Saint-Sever.

C’était le lieu de passage des bœufs que l’on conduisait du parc aux Bœufs, qui était situé dans le hameau des Brouettes, à

l’abreuvoir de la Mare-du-Parc. D’autres prairies, situées vers Bonne-Nouvelle, avaient motivé aussi le nom qui fut donné à la rue du Pré.

― Une rue a été récemment ouverte, sous la dénomination de rue du Pré-aux-Bœufs, dans un quartier nouveau appelé, par son propriétaire, la cité Saint-Yves.

― On donne aussi le nom de rue du Chemin-des-Bœufs à une rue du faubourg Beauvoisine. (Voyez rue du Chemin-des-Bœufs.)

Boïeldieu (cours). = Rue Grand-Pont, rue Jacques-Lelieur. ― 9e section, 1er canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-O.

Cette promenade fait partie du quai du Havre. Elle avait d’abord été communément désignée sous le nom de la Petite-Provence, à cause de sa situation avantageuse.

À la mort du célèbre compositeur rouennais, François-Adrien Boïeldieu, né le 16 décembre 1775, décédé en 1834, on donna à cette promenade la dénomination de cours Boïeldieu. La statue en bronze de l’auteur de la Dame blanche, qui décore l’une des extrémités du cours, est due au ciseau de David (d’Angers) d’après un modèle de Dantan le jeune. Elle fut inaugurée solennellement le 20 juin 1839.

Le cours Boïeldieu a reçu, en 1856, un dallage en asphalte. Une fontaine qui y avait été établie lors de sa création, a été remplacée récemment par deux bornes-fontaines surmontées de candélabres de gaz.

Bois-Bagnères (chemin du).

Il part du hameau du Nid-de-Chien, dans le faubourg Saint-Hilaire, et conduit au haut de la côte de Bonsecours, où il y avait une ferme de ce nom, dont il est fait mention dans les Affiches de Normandie de 1764.

Bois-Chenu (rue du). = Rue Sainte-Catherine, la campagne vers le Boisguillaume. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Cité Jeanne-d’Arc, dans le faubourg Beauvoisine.

Ce nom a été choisi par les propriétaires du terrain sur lequel a été établie la cité Jeanne-d’Arc, depuis 1860. C’est celui d’un côteau voisin du village de Domrémy, qui fut le berceau de la Pucelle.

Boisguilbert (rue de). = Rue de la Cage, rue Poussin, ancienne rue Tirelinceul. ― 2e section, 2e canton, Saint-Nicaise. ― Quartier N.-E.

Ce nom a été donné en 1867 à la rue Tirhuit (voyez ce mot), en l’honneur de Pierre Le Pesant de Boisguilbert, né en 1646, qui fut lieutenant-général du Bailliage et président au siége présidial. Il rappelle aussi celui de l’un des rejetons de la famille du grand Corneille. M. Augustin Le Pesant de Boisguilbert, arrière-neveu de l’illustre poète, par Marthe Le Pesant, sa sœur, était l’auteur d’un poème sur la Sédition d’Antioche, qui fut couronné par l’Académie des Palinods de Rouen, en 1769. (Voyez la note 2 de la page 457.)

Bon-Espoir (rue du).

Cette petite rue fait actuellement partie de la rue Blanche. Elle tend de la rue du Chaperon aux anciennes rues du Gril et du Fer-à-Cheval.

On remarquait, sur la façade en bois d’une maison située dans cette rue, au-dessous d’une figure représentant l’Espérance, qu’on y voit encore, ces mots : « Bon-Espoir. »

― Sur le plan de 1655 et sur celui de 1724, une autre rue du Bon-Espoir est indiquée à la place du nom de la rue Picchine, qui fait actuellement partie de la rue Édouard-Adam.

Bonnefoi (rue de). = Rampe Beauvoisine, rue Jouvenet. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

Nous ignorons l’origine de ce nom, qui pourrait être provenu d’une enseigne.

Bonne-Nouvelle (place), limitée par les rues Bonne-Nouvelle, du Pré, aux Anglais, de la Motte, de la Mare-aux-Planches, et par la rue Benoît. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg Saint-Sever.

Le hameau de Bonne-Nouvelle avait reçu, en 1794, le nom de hameau de l’Égalité, qu’il conserva jusqu’en 1795.

La place Bonne-Nouvelle est devenue, vers 1836, le lieu des exécutions criminelles, qui était précédemment sur celle du Vieux-Marché.

C’est aussi sur la place Bonne-Nouvelle que se tient, tous

les ans, la foire dite de l’Ascension, dont il est parlé dans l’article suivant.

Bonne-Nouvelle (rue). = Rue Morris, place Bonne-Nouvelle. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever. ― Faubourg du même nom.

Connue précédemment sous la dénomination de rue des Murs-de-Bonne-Nouvelle, cette rue porte le nom qui fut donné au prieuré de Notre-Dame-du-Pré, lequel avait été fondé vers 1060 et n’existe plus.

Ce prieuré a porté les noms de Notre-Dame-d’Émendreville, qui était anciennement celui du faubourg Saint-Sever, et de Notre-Dame-du-Pré ou des Prés, à cause de sa position sur les prés qui étaient autrefois dans ce quartier ; il fut également appelé Sainte-Marie-de-la-Victoire. Sa fondatrice, la reine Mathilde, femme de Guillaume-le-Bâtard, lui a donné en 1066 sa dénomination actuelle. On rapporte que cette princesse était en prières dans l’église de Notre-Dame-du-Pré lorsqu’on lui annonça que le duc venait de remporter une victoire sur les Anglais. Pour perpétuer le souvenir de cette nouvelle, joint à celui du mystère de l’Incarnation sous le vocable duquel l’église avait été fondée, la duchesse Mathilde voulut que le prieuré portât le nom de Bonnes-Nouvelles, dont on a fait Bonne-Nouvelle. Ce prieuré fut érigé, en 1092, en monastère de l’ordre de Saint-Benoît, sous la dépendance du Bec-Hellouin, et fut augmenté en 1122.

Détruits et ravagés en 12431 par un incendie qui faillit anéantir le faubourg Saint-Sever ; en 1351, par le feu du ciel ; en 1418, dans l’intérêt de la défense de la ville contre Henri V, roi d’Angleterre, le prieuré et l’église de Bonne-Nouvelle sortirent de leurs ruines dans la seconde partie du 15e siècle ; dévastés de nouveau en 1562 par les calvinistes, et en 1591 pendant le siége de Rouen par Henri IV, ils furent réédifiés en 1604. Les religieux de la congrégation de Saint-Maur en prirent possession en 1626, en remplacement de ceux de l’ordre de Saint-Benoît, et y restèrent jusqu’en 1790. L’église, à l’intérieur de laquelle on voyait encore des traces de la première construction, fut agrandie en 1640 ; son portail fut édifié en 1655. Le prieuré de Bonne-Nou-

velle reçut, en 1754, de nouveaux agrandissements, et l’église fut comprise, à la suite de la suppression du monastère, au nombre des succursales de Rouen sous le vocable de Saint-Benoît, puis supprimée peu après. La partie supérieure de son portail, sur laquelle on voyait une Annonciation1, a été démolie en 1825. Les bâtiments du monastère ont été mis à usage de caserne de cavalerie ; un manége d’équitation a été établi dans la rue Jeuffroy, qui est voisine.

C’est dans l’église de l’ancien prieuré que furent inhumés, en 1167, l’impératrice Mathilde, veuve de Henri V, empereur d’Allemagne ; et, en 1203, le corps d’Arthur Ier, duc de Bretagne, assassiné par Jean-sans-Terre. En 1135, avaient été également placés devant le grand autel, le cœur, la langue et les entrailles de Henri Ier, roi d’Angleterre2. Leurs tombeaux disparurent au 17e siècle.

Trois Conciles provinciaux se tinrent, au 13e et au 14e siècle, au monastère du Pré, qui servit quelquefois de résidence à des souverains et à d’autres personnages. Ce prieuré jouissait d’un droit de juridiction qui lui avait été accordé par Guillaume-le-Conquérant et par Henri son fils. Le prétoire du bailli haut-justicier de Bonne-Nouvelle était encore, en 1779, dans la rue du Pré.

Au nombre des priviléges dont jouissait ce prieuré se trouvait celui de tenir tous les ans, la veille de l’Ascension, une foire qui avait été instituée en 1064 par Guillaume-le-Conquérant. Ce privilége lui fut concédé en 1122, et donna naissance, en 1354, à quelques contestations avec la ville, à laquelle il fut transmis en 1493, moyennant trente livres de rente, par les religieux de Bonne-Nouvelle. Dans un acte de tabellionage du 9 mai de la même année, on voit que ces derniers avaient des droits à cueillir en la Calendre et Vieu-Tour de Rouen le lendemain de l’Ascension. Transférée dans l’intérieur de la cité lors du siége de Rouen par les Anglais, cette foire fut rétablie à Bonne-Nouvelle et perdit de son importance. Le 20 mai 1508 intervint une délibération de l’Hôtel-de-ville, pour faire cesser la foire séante sur le territoire de la haute-justice du Pré, le jour de la feste et solennité de l’Ascension notre sauveur le Rédempteur J. C., quelle chose estoit en grant irrévérence et en transgressant

les dyvins commandements. On ne voit pas néanmoins qu’elle ait cessé d’y avoir lieu. Il était encore fait mention, en 1710, de la place de la foire du Pré au carrefour de Bonne-Nouvelle. À peu de distance de la place se tient, chaque année, à la même époque, l’assemblée dite de Bonne-Nouvelle.

Ce monastère possédait un terrain borné par deux chaussées appelées aujourd’hui la Grande-Chaussée et la chaussée des Curandiers. On voyait encore, vers 1820, à la partie septentrionale de ce terrain, près de la Seine, une petite chapelle de forme hexagone, qui a été conservée par le propriétaire actuel d’une partie de ce terrain. Elle est placée au fond de la cour d’une maison portant le no 31 du quai de la Petite-Chaussée, entre la rue de ce nom et la rue Benoît. Au-dessous d’une image de Marie est l’inscription suivante :

À notre dame de l’Annonciation et de l’Incarnation, dite des prés-de-Bonne-Nouvelle, fondée l’an 1066 par Mathilde, épouse de Guillaume-le-Conquérant, duc de Normandie et roi d’Angleterre, sous l’invocation de l’Incarnation de N. S.

En 1634, une émotion populaire ayant éclaté à Rouen au sujet d’un impôt sur les cartes1, un agent fut poursuivi jusqu’au monastère de Bonne-Nouvelle, dont on voulait enfoncer les portes. Des conseillers au Parlement vinrent le chercher et l’emmenèrent au Palais.

La rue Bonne-Nouvelle reçut, en 1794, le nom de rue de Chaslier, de celui d’un député mis à mort à Lyon pendant l’époque révolutionnaire, et dont le buste, érigé sur une de nos places publiques, fut enlevé en même temps que celui de Marat, en 1795, traîné dans la boue et mis en pièces. La rue Bonne-Nouvelle reprit alors sa précédente dénomination.

Bonnetiers (rue des). = Rue Impériale, place de la Calende. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Désignée dans plusieurs actes de tabellionage de 1540 à 1555,

sous la dénomination de rue des Barbiers1, cette rue a dû prendre son nom des bonnetiers ou marchands de bas qui y étaient réunis, comme la rue Ganterie avait pris son nom des gantiers.

L’ancien palais archiépiscopal, qui avait été édifié en 1079, à la place de la modeste demeure de nos premiers prélats, était situé au-dessous du portail des Boursiers ou des Libraires, dans la rue Saint-Romain2, laquelle portait alors le nom de rue de l’Archevêché ; le palais actuel occupe tout l’espace limité par la rue Saint-Romain, par celle des Barbiers, qui fait actuellement partie de la rue Impériale, et par celle des Bonnetiers, laquelle, par cette raison, était et est encore communément désignée à son tour sous le nom de rue de l’Archevêché. Il fut commencé en 1461 par Guillaume d’Estouteville, mort en 1482, achevé par Georges d’Amboise, puis augmenté par Claude-Maur d’Aubigné, tous trois archevêques de Rouen. La porte d’entrée de ce palais, dans la rue des Bonnetiers, qui avait été édifiée en 1302, alors que le nouveau palais n’était pas encore construit, était d’une architecture gothique et ornée de tourelles ; elle a été reconstruite en 1773, par les soins de Mgr de Tavannes, archevêque de Rouen.

La grande salle de réception de l’archevêché porte le nom de salle des États de Normandie. Cette salle, où se tinrent pendant quelque temps les séances de l’Échiquier avant la fin du 15e siècle, servit, en 1741, de lieu de dépôt pour les pestiférés qui encombraient l’Hôtel-Dieu, avant l’établissement de l’hospice actuel. ― On remarquait dans ce palais une belle galerie en marbre qui a été détruite en 1604. Les jardins occupent une partie du terrain des anciens fossés de la ville.

À l’époque révolutionnaire de 1789, l’autorité militaire s’installa dans l’archevêché ; la salle des États devint ensuite un lieu de réunions publiques ; on y donna des concerts ; on y tint les séances de la Société populaire, et l’archevêché fut décoré du titre de Maison commune ; enfin, on planta au centre de la cour un arbre de la Liberté. La chapelle fut momentanément abandonnée à la disposition du culte réformé.

Dans la rue des Bonnetiers est une petite fontaine adossée à la Cathédrale ; elle fut établie en 1352, et est alimentée par la source

dite de Notre-Dame. Un acte de tabellionage de 1480 fait mention d’un héritage assis en la Kalendre, au pied du degré de Notre-Dame et allant à la Vieu-Tour, bornée d’un côté la rue qui mène à la petite fontaine. C’est la rue des Bonnetiers, qui dans un acte du 16 mai 1463 paraît être désignée sous le nom de rue de la Petite-Fontaine-de-Notre-Dame. ― Une autre fontaine, très élégante et du style de la renaissance, décorait la cour du palais archiépiscopal. Elle fut établie en 1500. On en voit un dessin dans le précieux manuscrit des Fontaines, que possèdent les Archives municipales.

Un plan de 1655 indique, dans la rue des Bonnetiers, en face de l’Archevêché, l’hôtel de M. le premier président. Cette maison avait dû appartenir antérieurement aux religieux de Longueville la-Giffard, qu’on trouve possesseurs, en 1359, en la paroisse de Saint-Étienne-la-Grande-Église, d’un hostel tenu en pure et perpetuelle aumosne et exempt de toute juridiction temporelle. Un acte de 1577 mentionne la location de cette maison, par le prieuré de Longueville, au chapitre de la Cathédrale.

En 1828, en creusant des fondations dans cette rue, on trouva, à sept mètres au-dessous du sol, des coquillages et des terres d’alluvion, indiquant la présence ancienne des eaux de la Seine en cet endroit1.

Bonsecours (route de). = Place Saint-Paul, rue Lindet et la campagne, vers Bonsecours. ― 1re section, 5e canton, Saint-Paul. ― Faubourg Martinville.

Blosville-Bonsecours, dont on a fait Blosseville-Bonsecours2, est le nom d’une commune qui joint immédiatement la ville, et qui en est séparée par la rue Lindet.

Le voyageur qui vient à Rouen ne peut se dispenser de faire le pélerinage de Notre-Dame-de-Bonsecours, ou de visiter la magnifique église qui remplace l’ancienne chapelle votive. En quittant le quai Napoléon et le cours de Paris, le touriste laisse à sa gauche le Champ-de-Mars et la blanche falaise de la montagne Sainte-Catherine. À droite et derrière la modeste église de Saint-Paul, qui remplace aujourd’hui l’ancienne église, un des plus antiques monuments de Rouen dont une partie subsiste en-

core, il peut jouir, du haut de la terrasse convertie en square et dont une partie est affectée au service d’une école communale, de l’imposante vue de la Seine et de ses rives verdoyantes. Un omnibus le transporte au pied de la nouvelle église de Bonsecours, d’où se développe un immense panorama. Cette église, construite de 1840 à 1846, par M. Eug. Barthélemy, architecte diocésain, à l’aide de nombreuses souscriptions, est décorée de peintures polychromes et de vitraux dont quelques-uns sont d’une grande richesse d’ornementation et forment d’intéressants tableaux. Le grand autel n’a pas coûté moins de 250,000 francs, et a été mis en place en 1860.

On ne peut attendre de nous une description détaillée de cet édifice, dont la première pierre fut posée le 4 mai 1840. On célébra la première messe dans le nouveau chœur le 15 août 1842. L’ancienne église se trouvait renfermée dans le sein de la nouvelle construction. Le conseil municipal de Blosville-Bonsecours ayant délibéré le 29 du même mois qu’elle serait démolie, le même jour le coq fut descendu, dit-on, comme pour donner un commencement d’exécution à cet arrêté.

Bons-Enfants (rue des). = Rue de l’Impératrice, rue Cauchoise. ― 8e section et 2e canton pour le côté nord ; 9e et 10e section, et 1er canton, pour le côté sud ; la Cathédrale pour les numéros impairs entre la rue de l’Impératrice et la rue Écuyère ; Saint-Patrice pour les numéros pairs et pour le reste de la rue.

Cette rue a pris son nom du Collége que les Bons-Enfants fondèrent en 13581. Un acte de tabellionage de 1477 la désigne par ces mots : la rue qui mène de St-Martin à St-Pierre Lounouré. D’autres actes de la même année font supposer que cette même partie de la rue aurait aussi porté le nom de rue de la Serayne ou de la Syrène. (Voyez ce nom.)

Le Collége des Bons-Enfants fut supprimé en 1556, en vue de

l’établissement de celui des Jésuites ; l’auteur des Lettres sur Rouen dit qu’il continua néanmoins d’exister jusqu’en 1595. La chapelle et les bâtiments, que la ville s’était appropriés, furent cédés en 1626 aux Feuillants1, qui agrandirent quelques années après leur chapelle sous le titre de la Chaire-de-St-Pierre. Sur cet emplacement fut ouverte, en 1792, la rue de Lémery, dont la partie inférieure forme actuellement le prolongement de la rue de Fontenelle jusqu’à celle de l’Hôtel-de-Ville.

Il y avait, dans la rue des Bons-Enfants, trois églises paroissiales qui ont été supprimées en 1790 et en 1791, savoir : Saint-Martin-sur-Renelle, Saint-Pierre-l’Honoré et Sainte-Marie-la-Petite ; il y avait, en outre, un couvent des Templiers au bas de l’ancienne rue des Hermites.

La belle et vaste église de Saint-Martin-sur-Renelle, dont la principale entrée était dans la rue Senécaux et dont le chœur avait une grande élévation, a servi de magasin pendant longtemps après sa suppression, et a été démolie en 1861 pour l’ouverture de la rue de l’Impératrice. En 576, cette église qui n’était dans son origine qu’une chapelle appelée Sainte-Catherine-des-Prés, à cause de sa position dans une prairie en dehors de la ville, servit de refuge à Mérovée et à Brunehaut, sa femme, pour éviter la fureur de Chilpéric. Il y avait avant 1200, autour de l’église, une place publique que l’on nommait le Marché-aux-Balais, et qui fut ensuite remplacée par un cimetière. ― Dans un acte de tabellionage de 1482, il est fait mention d’une maison sise en la rue des Bons-Enfants, bornée d’un côté par la rue de la Dinanderie et d’un bout la rue tendant vers Saint-Ouen-sur-Renelle, mais rien n’indique que l’église Saint-Martin ait porté ce nom.

L’église de Saint-Pierre-l’Honoré était au haut de la rue Écuyère. C’était anciennement une chapelle sous l’invocation de saint Clair ; elle devint église paroissiale lors des agrandissements de la ville. Elle fut démolie vers 1840, après avoir été, depuis sa suppression, convertie en un atelier de fonderie de cloches, appelée la fonderie de Saint-Pierre.

L’église de Sainte-Marie-la-Petite, qu’on avait ainsi appelée pour la distinguer d’avec la Cathédrale, est entre la rue de la Prison et celle des Béguines. Son clocher fut détruit par le canon en 1592, lors du siége de Rouen par Henri IV, puis rétabli de-

puis et démoli au commencement du 19e siècle. On voit encore les restes de cette église dont la construction remonte au 16e siècle, et dans laquelle est actuellement établie la synagogue des Juifs. Là était, en 1857, le siége d’une école de chant connue sous le nom d’Association grégorienne.

En 1794, on donna à la rue des Bons-Enfants le nom de Fontenelle. Elle reprit son ancienne dénomination en 1795, et l’on donna le nom de Fontenelle à la rue des Jacobins. (Voyez rue de Fontenelle.) On aurait dû conserver à la rue des Bons-Enfants le nom de notre illustre concitoyen qui naquit dans cette rue, sur la paroisse Saint-Vigor. L’administration municipale a fait placer en janvier 1818, sur la devanture d’une maison nouvellement restaurée, cette inscription fixée en lettres de cuivre sur un marbre noir : Fontenelle est né dans cette maison le 11 février 1657.

La rue des Bons-Enfants correspond directement avec les rues Ganterie, de l’Hôpital, des Faulx, Saint-Vivien et Saint-Hilaire, lesquelles traversent la ville de l’est à l’ouest. ― Un passage, appelé l’enclos de la Samaritaine, conduit de la rue des Bons-Enfants à celle des Champs-Maillets. Ce nom provient sans doute d’une enseigne.

On a découvert dans cette rue, en 1861 et en 1862, des vestiges de constructions romaines, des poteries et des monnaies antiques1.

Bordier (quai).

C’est le nom qui fut donné en 1793 au quai de Paris. ― Deux révolutionnaires nommés Bordier et Jourdain arrivèrent à Rouen en 1789, l’un le 23 juillet, l’autre le 1er août. Ils se firent promptement connaître, et bientôt on en fit justice ; ils furent pendus au bout du pont le 21 du même mois d’août. Mais les autorités locales de 1793 réhabilitèrent, le 23 novembre, ces deux prétendus martyrs de la liberté, et, pour honorer leur mémoire on donna le nom de quai Bordier au quai de Paris, depuis le pont jusqu’au boulevard de la route de Paris, et celui de Jourdain au quai du Havre, depuis le pont jusqu’à la Bourse. Ces noms disparurent comme tous les autres de la même origine en 1795.

Boucheries-Saint-Ouen (rue des). = Place du pont de Robec, place de l’Hôtel-de-Ville. ― 6e section pour les nos pairs, 7e section pour les nos impairs, 3e canton, Saint-Ouen. ― Quartier S.-E.

Ce nom vient de l’une des boucheries de la ville, qui était située dans ce quartier1. La rue des Boucheries-Saint-Ouen faisait autrefois partie du lieu appelé le Pont de Robec (voyez ce nom).

Le Flambeau astronomique, après avoir cité la rue des Faulx jusqu’à la fontaine Saint-Ouen où est boucherie, indique une petite rue qui va sur l’Eau-de-Robec.

En 1794, la rue des Boucheries-Saint-Ouen fut appelée la boucherie de Robec, et reprit depuis sa précédente dénomination.

― Les endroits où se tenaient boucherie au 18e siècle, sont désignés, dans les nomenclatures des rues du Flambeau astronomique et de Du Souillet, avec un soin qui dénote que le nombre de ces boucheries était alors très limité. On y trouve, outre la boucherie placée près de la fontaine Sainte-Croix-Saint-Ouen, actuellement détruite, et du pont de Robec, trois autres boucheries principales, savoir :

Rue Cordelier, cul-de-sac dans la rue Saint-Vivien, où il y a boucherie des deux côtés. C’était la boucherie Saint-Vivien.

Le Coq, où il y a boucherie, dans la rue Beauvoisine, près de la place de la Rougemare. C’était la boucherie du Coq, que l’on trouve aussi désignée, dans un acte de tabellionage, sous le nom de boucherie Saint-Godard.

Rue Massacre, où il y a boucherie. C’était la boucherie Massacre, qui est figurée dans les plans de la même époque sur le Neuf-Marché, entre la rue Massacre et celle du Tambour.

(Voyez ces différents noms.)

Il y avait aussi boucherie foraine sur la place du Vieux-Marché, et boucherie à la porte du Crucifix, sur le quai2.

Mais des actes de tabellionage de 1420 et de 1478 font mention d’une autre boucherie appelée la boucherie S.-Maclou, qui n’est pas indiquée dans les nomenclatures du 18e siècle. Ce dernier

acte est relatif à l’hostel où pend l’enseigne de la Truye-qui-file1, borné d’un bout par devant le pavement du roy en la boucherie de Saint-Maclou, et d’autre bout par derrière le jardin de l’hostel du Coq. D’après un autre acte de 1478, la boucherie Saint-Maclou était dans la rue Martinville, près de la rue des Ravisés, ancienne rue de Rouvray, comme l’indique aussi un acte de 1493, concernant une maison faisant le coin de la dite rue, qui tend de la rue du Sac (ancien nom de la rue du Chaudron) en la boucherie de Saint-Maclou.

Les quatre boucheries qui existaient au 15e siècle étaient celles de Massacre, de Saint-Maclou, de Saint-Ouen et de Saint-Vivien ; deux boucheries nouvelles étaient celles de Beauvoisine et du Vieux-Marché. Le nombre de ces établissements étant venu à se multiplier, on songea, en 1520, à faire un règlement pour l’exercice de ce commerce. En 1537, un titre de l’Hôtel-de-Ville fait mention des boucheries de Beauvoisine, du Vieil-Marché, de Massacre, de Sainte-Croix-Saint-Ouen et de Saint-Maclou. À l’occasion des épidémies qui sévissaient alors, des mesures furent prises pour contraindre les bouchers à faire leurs machacres dans les tueries régulières établies dès 1432, et pour en établir de nouvelles. Les tueries fondées en 1432 étaient celles de la Basse-Vieille-Tour et du quartier de Martinville, et il y en avait une troisième, pour les menues bêtes de boucherie, dans la rue des Espagnols, près de la tour du Tot. La première de ces tueries, qui avait été rétablie en 1607, et dont il ne reste plus de traces, fut affectée au service des boucheries de Beauvoisine et de Massacre, qui, en 1601, avaient été condamnées, par arrêt du Parlement, à prendre à leur charge sa réparation. La seconde, qui était située près de la porte Martinville, était pour les boucheries de Saint-Ouen, de Saint-Vivien et de Saint-Maclou. Le 21 mai 1519, il fut ordonné d’en faire encore une sur la rivière de Robec... au coin des Bouchers, et une autre près du Vieux-Palais. En 1537, on en établit une au Vieux-Marché. Outre l’existence de ces tueries, il s’en était établi de particulières, dont la suppression fut prononcée par une ordonnance du maire de Rouen, du 18 juin 1801.

― Lorsque les achats des bouchers excédaient les besoins de la

semaine, ils conduisaient les bestiaux de surcroît dans les pâturages de Bihorel et de Saint-Julien, où ils possédaient plus de cinq cents acres de terrains à l’usage commun de leur corporation. De là le nom des rues aux Bœufs, situées dans les deux quartiers.

― On a trouvé, en 1834, dans la rue des Boucheries-Saint-Ouen, en construisant un aqueduc, des murs antiques et des débris romains, parmi lesquels étaient des claveaux en pierre, que M. A. Deville croit avoir fait partie de l’ancienne porte Saint-Léonard1. (Voyez rue Saint-Amand.)

Boudin (rue). = Rue aux Juifs, rue Saint-Lô. ― 9e section, 1er canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-O.

Cette rue était connue anciennement sous le nom de rue Barate, lequel paraît être provenu d’un bourgeois appelé Le Barate, qui vivait en 1461. Farin cite la rue Barate, vulgairement dite la rue Boudin2. Il en est fait mention dans plusieurs actes de tabellionage du 15e siècle. L’un de ces actes, du 2 juin 1426, est relatif à une maison assise en la rue aux Juifs, b. d’un côté par la rue Barate, avec un sollier assis en travers de la rue aux Juifs. Dans un acte de 1493, elle est ainsi désignée : la rue tendant de Saint-Lô à la rue aux Juifs.

Un acte de 1426 cite une rue Bardin ; le nom de la rue Boudin ne se trouve indiqué que sur les plans postérieurs à ceux du 16e siècle. Nous ne savons pourquoi ni à quelle époque ce nom a été adopté. C’est un de ceux que l’on devrait faire disparaître de nos nomenclatures, car il ne rappelle, que nous sachions, aucun fait historique, tandis qu’il n’y aurait qu’à choisir pour trouver une dénomination mieux appropriée au voisinage de l’antique et illustre Parlement de Normandie. La rue Boudin a dû aussi porter anciennement le nom de rue de Bers, dont l’origine nous est inconnue, à moins que ce ne soit par corruption de celui de la rue du Bec, à laquelle la rue Boudin fait suite.

― Une autre rue de Boudin, citée dans plusieurs titres du 14e et du 15e siècle, comme étant assise en la paroisse et derrière les murs de Saint-Ouen, est indiquée dans les plans de 1655 et de 1724, et dans les nomenclatures de cette dernière époque. Plus tard on lui donna le nom de rue de la Perle, de quelque enseigne, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur, pour éviter la confusion de cette rue avec la rue Boudin, qui est située entre

la rue aux Juifs et celle de la Municipalité (Saint-Lô). Elle a été supprimée pour l’ouverture de la rue de l’Hôtel-de-Ville.

Boulingrin (place du). = Rampe Saint-Hilaire, rampe Beauvoisine. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

Cette place, dont l’existence date de 1778, a été affectée au 18e siècle à la tenue du marché aux chevaux, qui était précédemment sur la place de la Rougemare. C’est pour cela qu’on l’appelait encore, vers 1811, la Nouvelle-Rougemare.

On y tient aussi une foire aux bestiaux, à l’époque de l’ouverture de la foire Saint-Romain.

Son nom est dérivé d’un ancien mot : « boule-verd1 », tapis de gazon où l’on jouait à la boule, d’où les Anglais ont fait « bowling green » qui est devenu en français boulingrin.

― Il paraît avoir existé, dans les siècles précédents, plusieurs emplacements où l’on tenait des marchés aux chevaux. Indépendamment de la rue appelée la rue aux Chevaux ou le cours aux Chevaux, qui était située près du Vieux-Marché, entre cette place et la rue Cauchoise, et qui fut supprimée en 1757, pour la construction projetée, et même alors commencée, d’un hôtel-de-ville, un marché aux chevaux se tenait avant 1488 à la grande vieu tour près des murs de la ville2. Nous trouvons aussi, dans des actes de 1421 à 1480, la mention d’un lieu nommé l’estal aux Chevaux, près de la rue Bourgerue, dans la paroisse Saint-Vivien. Il y avait eu aussi un marché aux chevaux au bas de la rue du Vieux-Palais, alors la rue aux Béguines, à l’endroit où Henri V, roi d’Angleterre, fit bâtir, en 1419, la forteresse qui fut démolie vers la fin du 18e siècle ; sur une place, dit un acte de tabellionage de mars 1418, séant en la paroisse Saint-Éloi, auprès de la tour Maussefrote et de la rivière de Seine, en laquelle place souloit estre anciennement marché aux chevaux.

Bouquet (rue). = Rue Pouchet, rue Saint-Maur. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

Ouverte vers 1847, par un ancien négociant de ce nom qui s’était rendu acquéreur du clos Campulley, au centre duquel cette rue est située.

Il fut question de prolonger cette rue jusqu’au boulevard, où elle aurait abouti en face de la rue Alain-Blanchart ; ce projet, mis à l’enquête, paraît avoir été abandonné.

― Une inscription placée au-dessous du nom de la rue Bouquet porte : Cité Grimaux. C’est celui d’un entrepreneur qui a construit dans ce quartier neuf un grand nombre de maisons.

Nous lisons dans le Journal de Rouen du 4 décembre 1857 : M. Adolphe Grimaux a reconstruit avec le plus grand soin, dans sa propriété du clos Campulley, une tourelle du 16e siècle qui ornait l’ancienne cour de l’abbaye de Saint-Amand. M. Grimaux va aussi établir, dans son intégrité, la partie décorative intérieure de la chambre de la célèbre abbesse Guillemette d’Assy, boiserie qu’il avait acquise, ainsi que la tourelle, vers le milieu de 1853. (V. rue Saint-Amand).

Bourgerue (rue).

C’est actuellement la rue de Germont, appelée ainsi en 1867 en mémoire de l’un des bienfaiteurs de l’Hospice-général, qui a sa principale entrée dans cette rue. Elle est indiquée dans plusieurs actes de tabellionage, en 1419 et en 1424, et jusque dans le 16e siècle, sous les noms de rue Bougerue et Bouge-rue, dont l’origine semblerait provenir du mot « bouge » par lequel on désigne un lieu infect et malsain, un logement étroit et mal éclairé. Mais on pourrait la trouver aussi dans la dénomination de boujonneurs ou bougonneurs, qui était donnée aux maîtres et gardes du métier de la draperie demeurant dans ce quartier. On trouve, en effet, l’indication, dans la paroisse Saint-Vivien, d’une rue des Boujonneurs, qui dut être un des noms de la rue Bourgerue, au 14e siècle1.

La rue Bourgerue était aussi appelée, au 14e et au 15e siècle, rue de la Fontaine-Saint-Ouen2. Un acte de tabellionage de 1420 fait mention d’une rue par où l’on va du pont Dame-Regnaulde à la Fontaine-Saint-Ouen, paroisse Saint-Vivien. Un autre acte de 1491 est relatif à une maison assise en la rue des Picquechins (voyez rue Picchine), b. d. b. la rue de la Fontaine-Saint-Ouen, que l’on souloit appeler la rue de Bourgerue. Cette désignation provient d’une fontaine qui prend sa source dans cette rue, et dont les eaux ont été utilisées, en 1658, dans

l’enclos de l’Hospice-général. Le nom de la fontaine Saint-Ouen est aussi indiqué dans un acte du 20 oct. 1524, qui précise la place où elle prend son cours. On y lit : Une maison dans la rue du Bas (actuellement la rue Mollien) qui est vis-à-vis de la fontaine Saint-Ouen1 ; la grande porte de la dite maison étant droit vis-à-vis de ladite fontaine. Un acte du 12 déc. 1552 lui donne le nom de fontaine Saint-Vivien.

Un acte de 1526 désigne aussi la rue Bourgerue par ces mots : Maison sise en la rue de Bougerue, dite Marêquerie. Elle est inscrite sur les plans de 1655 et de 1724 sous cette dernière dénomination, qui était donnée en même temps à l’une des rues que remplace actuellement la rue Napoléon III.

Les nouveaux travaux qui ont pour but d’accomplir les améliorations du quartier Martinville ont amené l’élargissement de cette rue et ont fait disparaître les anciennes rues Picchine et des Verriers. Ils dégagent d’une manière avantageuse les abords de l’Hospice-Général et de la caserne Napoléon III.

Bourg-l’Abbé (rue). = Rue de l’Épée, rue du Petit-Porche et place de la Rougemare. ― 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. ― Quartier N.-E.

Cette rue est indiquée par plusieurs auteurs et dans divers titres sous les noms de Bos-l’Abbé, Bout-l’Abbé ou Bourg-l’Abbé dit la Rougemare, des Minimes, de Maulévrier2. ― Un acte de tabellionage lui donne aussi la dénomination de la Serpente. (Voyez ce mot.)

Les abbés de Saint-Ouen avaient la souveraineté de ce quartier, qui en a conservé le nom de Bourg-l’Abbé. En 1794, cette rue, réunie à la rue Orbe, reçut les noms de rue de l’Opinion et de la Révolution ; elles reprirent, en 1795, chacune leur ancienne dénomination.

On voit, dans la rue Bourg-l’Abbé, la chapelle des dames du S.-Sacrement qui étaient précédemment rue Morant. Cette chapelle, dont le petit clocher a été surmonté, en 1807, d’une croix

démesurée, était précédemment l’église des religieux Minimes, qui a été dédiée en 1656. Plus loin est la chapelle de l’ancien Collége des Jésuites, actuellement le Lycée impérial (Voyez rue de Maulévrier). ― Presque en face de l’ancienne église des Minimes avait été édifiée, en 1680, une chapelle de Notre-Dame-de-Grâce1 ; vis-à-vis de l’église du Lycée, et presque au coin de la rue du Petit-Porche, il y avait, suivant l’indication fournie par les plans de 1655 et de 1724, une porte communiquant avec les dépendances2 de l’abbaye de Saint-Ouen, qu’on appelait alors le Logis-du-roi. (Voyez place de l’Hôtel-de-Ville et rue du Petit-Porche.)

La rue Bourg-l’Abbé était, au moyen-âge, le centre du quartier où s’exerçait l’industrie drapière : Aucune personne fist mectre, en un penteur (voyez ce mot) qui estoit en la rue Bourc-l’abbé, l’enseigne de la draperie de Rouen, appelée l’Anus Dei3.

Bourgogne (rue et impasse de). = Rue Binet, avenue du Mont-Riboudet. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Nous n’avons aucun renseignement sur l’origine de ce nom.

Bourse (quai de la), comprenant le cours Boïeldieu. = Rue Grand-Pont, rue de la Vicomté. ― 9e section, 1er canton ; paroisses : la Cathédrale, depuis la rue Grand-Pont jusqu’à la rue Nationale ; ensuite, Saint-Vincent. ― Quartier S.-O.

Ce nom a été donné, en août 1837, à la partie des quais comprise entre la rue Grand-Pont et la rue Haranguerie, près de laquelle avait été établie la promenade de la Bourse, appelée la place des Marchands.

― La Bourse est le lieu où s’assemblent ordinairement les négociants pour conférer de leurs affaires. Les premières réunions de ce genre se firent à Bruges, dans un local placé devant un hôtel bâti par un seigneur de la famille de la Bourse, et dont les armoiries consistaient en trois bourses. Ce même nom fut donné par la suite aux emplacements affectés, dans les villes de commerce, aux réunions de négociants.

C’est du 31 janvier 1550 que daterait, suivant M. A. Aillaud1, l’établissement de la Bourse de Rouen près des Cordeliers, à l’instar de celle d’Anvers, du change de Lyon, et de l’estarde de Londres. On l’appela d’abord la Convention de Rouen.

Quelques écrivains ont prétendu qu’antérieurement on donnait le nom de la Bourse à un marché qui se tenait sur une petite place située en face de l’église de Saint-Cande-le-Jeune, dans la partie de la rue du Petit-Salut qui aboutit à la rue aux Ours. Devant cette église, il existait, dit-on, une maison sur les piliers de laquelle étaient représentées trois bourses, et l’on donnait à la rue aux Ours l’étymologie suivante : À la bourse de Londres, on appelle Ours ceux qui achètent ce qu’ils ne peuvent recevoir, ou qui vendent ce qu’ils n’ont pas. On en conclut que ce terme s’est naturalisé en Normandie, en même temps que les usages anglais2.

Mais revenons à ce qui fait l’objet de cet article :

La nécessité d’approprier un local pour la réunion des négociants se révèle dans l’interdiction qui fut faite par un arrêt du Parlement, en 1581, à toutes personnes de eux pourmener ès eglises ne en icelles tenir aucun propos de negociations particulieres durant et aux heures de celebration du service divin.

La promenade de la Bourse fut établie en 1664 et plantée l’année suivante. On l’entoura de murs pour empêcher l’importunité des voitures ; puis elle fut fermée de grilles en 1753, et ornée d’une belle méridienne entourée de trophées à la gloire de Louis XV, ouvrage des frères Slodtz, habiles sculpteurs. En mars 1794, la promenade fut détruite ; l’emplacement qu’elle occupait fut mis au niveau du port en trois jours, et l’on y planta un arbre de la liberté. On la rétablit en novembre 1795 aux frais des négociants, qui ouvrirent une souscription à cet effet. En 1826, à l’occasion des travaux de redressement du port, cette promenade a été transférée au-dessous du bâtiment des Consuls, à la place d’une rue appelée la rue de la Lanterne.

La méridienne qui décorait l’ancienne promenade a été transportée dans le jardin de l’Hôtel-de-Ville. On y rétablit en 1815, en remplacement des initiales impériales qui y avaient été mises en 1804, le portrait de Louis XV, qui en avait été enlevé en 1792.

Lorsque le temps ne permet pas aux négociants de se réunir dans la promenade de la Bourse, qui a reçu vulgairement le nom de Bourse découverte, les assemblées ont lieu dans la grande salle du rez-de-chaussée du palais des Consuls, à laquelle on a donné le nom de Bourse couverte.

Un règlement du 13 janvier 1815 a déterminé la tenue de la Bourse de Rouen, les heures d’ouverture et de clôture, les mesures d’ordre pour en assurer la tranquillité.

Un arrêté du maire de Rouen, du 4 décembre 1854, a décidé que la Bourse de l’industrie se tiendrait dans le local ordinaire de la Bourse, les jeudi et vendredi, de une à trois heures.

La promenade de la Bourse a été agrandie, il y a environ vingt-cinq ans, aux dépens de quelques maisons de l’ancienne rue du Crucifix.

Boutard (rue). = Rue Saint-Laurent, rue du Coquet. ― 8e section, 2e canton, Saint-Godard. ― Quartier N.-O.

Ce nom doit avoir été celui d’un propriétaire. Il est écrit, dans les divers actes de tabellionage du 15e siècle, de diverses manières qui semblent se rapporter à une seule et même dénomination.

C’est ainsi que, dans un acte de 1423, nous voyons la mention du jardin du Presbytère, borné par derrière la rue Boutchard, et par devant la rue de l’École-de-Grammaire. Dans un autre acte de la même année on lit : le pavé de la rue Grandmare (rue de l’École) et la rue Bouchihard. Ce nom, écrit aussi Boutchyard, se reproduit dans un autre acte de 1426. Puis, dans un acte de 1466 on lit : une maison bornée d’un côté la rue de Boutilhard, et d’un bout la rue du Fossé-aux-Gantiers1.

En 1478, c’est un hostel où pend l’image de S. Sebastien, assis en la rue Bouchihard, b. d. c. l’hostel de l’Escreviche, d’un bout par derrière la rue de l’École-de-Grammaire, à cause d’une allée par où l’on va à la dite école. Enfin, nous lisons rue Pouchehard en 1437, et Bourchard en 1485.

Les diverses manières dont ce nom est écrit laissent indécise la question de savoir si c’était, dans l’origine, Boutard ou Bouchard. On trouve cette dernière dénomination fréquemment employée dans l’Histoire de Rouen ; ce qui nous porte à supposer

que ce serait là le vrai nom, parce qu’il se rapporte plus aux variantes que nous avons fait connaître.

Cette dénomination nous paraît avoir été commune à la rue Boutard proprement dite et à celle de l’Écureuil, dont elle aurait autrefois fait partie, comme l’indique, outre l’acte de 1466 cité plus haut ainsi que d’anciens plans, un autre acte de 1487 concernant une maison où pend l’enseigne de l’Escreviche, d’un bout par devant la rue Boutilhard, à présent nommée la rue de l’Escureuil. (Voyez ce nom.)

On remarque dans la rue Boutard, à peu de distance de l’entrée principale de l’église Saint-Godard (voyez ce nom), une maison à façade en pierre, du règne de Louis XIII1.

Boutiques (rue des). = Place des Arts, rue de la Savonnerie. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Ce nom est écrit Buticles ou Bouticles dans tous les actes où nous l’avons rencontré. On y trouve aussi le quai des Bouticles, la porte de nouvel faicte, nommée la porte des Bouticles2.

Cette petite rue, située entre la place des Arts et la rue de la Tuile, se prolongeait jusqu’au quai des Boutiques, ainsi appelé à cause des loges qui y étaient établies, sous les murs de la ville, pour la vente du cidre. On lit, dans un acte de 1487, la mention d’un héritage assis près de la porte du Kay aux Bouticles, b. d’un côté les murs de la ville, d’un bout le pavé de la rue aux Bouticles, et d’autre bout le lieu où souloit estre les murs de la ville.

Bouverie (fermes de la), dans le faubourg Saint-Hilaire.

Ainsi nommées d’un ancien fief de la Bouverie qui était dans le faubourg Bouvreuil, et dont les dépendances pouvaient s’étendre jusqu’aux fermes qui ont reçu ce nom.

Bouville (rue de).

On trouve, désignée sous ce nom, dans plusieurs actes de tabellionage de 1423, 1426 et 1464, une rue tendant de la porte Saint-Hilaire à la porte Beauvoisine, dans la paroisse Saint-Nicaise. En consultant les anciens plans, nous ne saurions attri-

buer ce nom qu’à la ligne qui se dirigeait intérieurement, le long des remparts, de l’une de ces portes à l’autre.

Nous ferons la même observation à l’égard d’une rue des Bouvetiers dont il est fait mention dans un acte de 1424, comme étant située dans la même paroisse. Cette dénomination a, au reste, quelque analogie avec celle de rue des Bourreliers, donnée autrefois à la rue de la Cage (voyez ce nom).

Bouvreuil (faubourg).

L’origine du nom de ce faubourg est très ancienne1. Elle est due à un ancien fief de Bouvreuil ou de la Bouverie, sur l’emplacement duquel s’établirent les Récollets dans la rue du Champ-des-Oiseaux, qui elle-même a porté longtemps le nom de rue du Faubourg-Bouvreuil. ― On donna, en 1794, à ce faubourg, le nom de quartier du Mont-Blanc. Il reprit l’année suivante son ancienne dénomination.

Dans le faubourg Bouvreuil, à l’endroit appelé le carrefour des Boulevards, où commence actuellement la rue Ernest-Leroy, se trouvait encore, en 1784, une grande place plantée et entourée de haies vives, appelée le clos des Archers ou le jardin de l’Arc, où la compagnie des Archers s’exerçait à tirer de l’arc, ainsi que l’indique son nom.

Des actes de tabellionage de 1396 et de 1403 font mention d’un hôtel de Bouvreuil, appartenant à messire Jean Braque, chevalier, et d’un champ appelé le clos de la Vigne ; il est aussi parlé d’un marché qui fut fait pour deserter et rompre et deffresquir ce clos. Ce champ de la Vigne était cité également dans une charte des abbés de Saint-Ouen, de mai 12442. Cette dénomination indique que la culture de la vigne était répandue à Rouen au moyen-âge (Voyez l’introduction, p. xviii.)

L’auteur des Lettres sur Rouen parle d’un vaste souterrain qui partait de la rue Étoupée et traversait le boulevard. C’était, dit-il,

une ancienne poterne pour passer le fossé de la ville. L’entrée de ce souterrain, qui est actuellement rempli d’eau, est sous une maison de la rue Saint-Patrice, faisant face à la rue Étoupée. (Voyez rue Saint-Patrice.)

Bouvreuil (place ou carrefour). = Rues du Cordier, de la Glacière et Bouvreuil. ― 8e section, 2e canton ; paroisse Saint-Romain pour le no 6 ; pour le reste, Saint-Godard. ― Quartier N.-O.

C’est près de cette place, qui date de 1678, et un peu au-dessus de la rue du Cordier, qu’était située la porte Bouvreuil. M. de Jolimont dit qu’elle existait depuis 1225, et qu’au 15e siècle on lui donna le nom de porte du Chastel1 ; il ajoute que, vers cette époque, on y fit un bastion et des ouvrages en maçonnerie. Elle fut reconstruite en 1520 et démolie en 1802, peu de temps après la plantation des boulevards.

Lorsque, en 1746, le célèbre Lecat ouvrit un cours gratuit d’anatomie, il obtint de la ville l’autorisation d’établir son amphithéâtre sur la partie supérieure de la porte Bouvreuil.

Il y avait, en 1790, sur cette porte, décorée des armes de la maison de Brézé, une image de la Vierge, au pied de laquelle on lisait cette inscription :

Le modèle de cette image
Est un chef-d’œuvre si parfait,
Que le Créateur, qui l’a fait,
S’est renfermé dans son ouvrage.

Les registres du Parlement font mention, à la date de 1611, d’une vide place qui faisait partie de l’ancien château et séparée par des fossés. Sous cette place se trouvaient les canaux des fontaines de la ville, et il fut interdit d’y bâtir, à cause de l’incommodité que cela leur apporterait. C’est là probablement qu’est la place Bouvreuil.

Bouvreuil (rue). = Place Solférino, dans la rue de l’Hôtel-de-Ville, boulevard Beauvoisine. ― 8e section, 2e canton ; paroisse Saint-Godard, jusqu’à la place Bouvreuil ; ensuite, Saint-Romain. ― Quartier N.-O.

Avant sa démolition, la porte Bouvreuil formait la limite entre la rue Bouvreuil et celle du Champ-des-Oiseaux. À partir de 1817, la première de ces rues a été prolongée jusqu’au boulevard, où a commencé le point de départ de la seconde. (Voir rue du Champ-des-Oiseaux.)

Dans la rue Bouvreuil était le réservoir des fontaines de la ville, nommé « la Dépense des Fontaines1. » ― Ce réservoir a été supprimé vers 1854 pour l’élargissement de la rue, et remplacé par des conduites souterraines. Le Ms. des Fontaines parle d’une maison descendant de la porte Bouvreuil sur la Renelle, et qui était appelée la Maison du Petit-Cerf. C’est en face de cette maison qu’était le réservoir dont il vient d’être parlé. En 1712, la principale cuve ou citerne qui recevait toutes les eaux de la fontaine Gaalor tomba en ruines, ce qui obligea Mrs de ville de la réédifier à neuf en 1713. Ils la firent en même temps agrandir tant en profondeur qu’en largeur, et y firent mettre une porte de fer grillée, au-dessus de laquelle était une inscription rappelant la date de cette restauration.2 On voyait encore cette grande grille de fer de la citerne publique, au moment de la suppression de cette citerne.

Un acte de tabellionage de 1468 indique que ce réservoir portait à cette époque le nom de la fontaine du Chastel, anciennement nommée la fontaine Gaalor. Un autre acte de 1474 fait mention d’un héritage borné d’un côté par la rue venant de l’église Saint-Godard à la fontaine du Chastel et d’autre bout la rue menant de ladite fontaine à la porte de Bouvreuil. Un autre acte, enfin, de 1679, cite aussi la fontaine du Chalet (Châtel) dans la paroisse Saint-Godard.

Au bas de la rue Bouvreuil, près de celle de l’Hôtel-de-Ville, est une jolie maison en pierre portant la date de 1578, et dont la façade est bien conservée3. Elle a été exhaussée et regrattée en

1822. Plus haut, en face de la rue du Bailliage, était, en 1767, l’hôtel de la Maréchaussée.

En montant la rue Bouvreuil, à gauche vers le boulevard, on remarque le donjon du Vieux-Château de Rouen, dont nous parlerons à l’article de la rue Morant (voyez ce nom). Acquis par une société de souscripteurs qui s’est formée en 1866, et qui en a fait remise à l’état, avec jouissance au profit du département, ce donjon a été classé comme monument historique. Une société de souscripteurs, qui s’est formée en 1866, fait établir, autour de cet unique débris de l’antique forteresse de Philippe-Auguste, un chemin de ronde qui aura son entrée par la rue Bouvreuil, en attendant la réalisation d’un projet qui aurait pour but d’ouvrir une rue tendant de l’Hôtel-de-Ville à un rond-point formé par la rue de l’Impératrice à l’intersection des boulevards, et de dégager entièrement cette tour, à laquelle a été donné, depuis 1865, le nom de Jeanne-d’Arc.

Le quartier de Bouvreuil, et surtout l’emplacement du château de Philippe-Auguste, sont parsemés de débris romains de toute espèce. Au pied du donjon dont nous venons de parler, est une muraille antique près de laquelle passaient les eaux de la fontaine Gaalor, devenue plus tard le ruisseau de la Renelle. Dans les rues environnantes on a exhumé, à diverses époques, notamment en 1862, des poteries, des vases, des pièces de monnaie1.

Bras-de-Fer (rue). = Place Beauvoisine, rue de l’Avalasse. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Bouvreuil.

C’est sans doute le nom d’un propriétaire, nom que l’on rencontre à différentes époques. Déjà cité dans un titre du 13e siècle2, il est mentionné dans un acte de tabellionage de 1421. ― On trouve aussi le nom de Bras-de-Fer donné en 1398 et en 1465 à une île située devant la porte « Jean-Lequeu. » (Voyez île de la Croix.) ― Un sieur Bras-de-Fer était, en 1655, propriétaire d’une maison de plaisance à Eauplet.

― Un acte de tabellionage du 15e siècle cite également une rue Bras-de-Fer dans la paroisse Saint-Maclou : d’un bout la

rue Notre-Dame et d’autre bout la rue Bras-de-Fer. Nous ne savons à quelle rue cette dénomination s’applique.

Bretaigne (ruelle).

Des registres de tabellionage du 15e siècle citent une rue de ce nom qui était dans le voisinage de l’Eau-de-Robec et de l’abbaye de Saint-Amand.

Broches (rue aux). = Route de Lyons, la campagne vers Darnétal. ― 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. ― Faubourg Saint-Hilaire.

On désigne ainsi, du nom du triage qu’elle traverse et qu’on appelle aussi les marais de Carville, une petite rue placée entre la route de Lyons et le chemin de fer d’Amiens, près des limites de Darnétal.

Brouettes (rue et impasse des). = Rue Saint-Julien, la campagne vers les bruyères Saint-Julien. ― 11e section, 6e canton, Saint-Clément. ― Faubourg Saint-Sever.

Cette rue n’était encore, à la fin du siècle dernier, qu’une sente appelée le chemin des Brouettes. Nous n’avons pas de renseignements sur l’origine de son nom, qui est inscrit « Brouelles » sur un plan de 1784. ― Peut-être serait-elle due à un lieu de fabrication ou de dépôt des brouettes que la ville fournissait aux ouvriers employés à ses travaux.

― Le Journal de Normandie de 1786 fait mention d’une petite rue aux Brouettes qui existait alors vis-à-vis de l’église de Saint-Hilaire, entre le pavé et la rivière de Robec.

(Voyez aussi la rue du Hameau-des-Brouettes.)

Brouilly (île). = 1re section, 6e canton, Saint-Paul.

Elle est située au-dessus de l’île de la Croix. L’origine de son nom nous est inconnue. Cette île est traversée par un pont affecté exclusivement au service du chemin de fer de Paris à la mer. Une partie de ce pont fut incendiée en 1848 par une bande d’agitateurs.

Brutus (rue de). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Vivien. ― 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. ― Quartier S.-E.

Ce nom avait été donné en 1794 à la rue Saint-Vivien. Une rue de Brutus, appelée autrefois rue du Loup, se trouve encore

entre la rue Accard et l’ancienne rue Godard, qui fait actuellement partie de la rue Édouard-Adam. Elle a échappé, sans doute à cause de son exiguité, à la réforme faite en 1795 des noms caractéristiques qui avaient été choisis l’année précédente pour différentes rues de la ville.

Buffon (rue de). = Quai du Mont-Riboudet, rue du Renard. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Cette rue portait encore en 1794 le nom de rue de Montholon, qui était celui d’un premier président du Parlement de Normandie, fondateur de la bibliothèque de ce parlement, mort en 1709. ― Elle reçut en 1794, d’abord le nom du député Beauvais, puis celui de rue de Danemark. En 1795, elle fut appelée rue de Buffon, dénomination qui lui est restée.

Burnel (rue).

Un registre de tabellionage fait mention d’une rue de ce nom dans la paroisse Saint-Vivien, et qui nous est inconnue.

Cabaret (cour), dans la rue du Vieux-Palais. ― 10e section, 1er canton, la Madeleine. ― Quartier S.-O.

Le nom donné à cette cour ou impasse, située au bas de la rue du Vieux-Palais, entre les rues Racine et Saint-Jacques, est celui d’une famille de ménétriers ou de joueurs d’instruments qui était propriétaire d’une vide place nommée le clos Cabaret dans un acte de tabellionage de 1510, et la ruelle Cabaret dans un acte de 1527. Le chef de cette famille paraît avoir été Jean Cabaret, canonnier du roi et geolier des prisons du palais, qui, par acte du 15 juin 1476, acheta du roi une maison et jardin assis en la paroisse Saint-Éloi, près dudit palais, bornés par la rue par laquelle l’on va du palais au couvent des Jacobins.

― On a souvent confondu l’impasse Cabaret avec une rue Gabaret, qui, d’après le Flambeau astronomique de 17161, tendait, par un tracé irrégulier, de l’ancienne rue Neuve (actuellement une partie de la place Henri-Quatre) à la porte Saint-Éloi, et qui était parallèle à la rue du Petit-Prevost. Cette rue a disparu des plans postérieurs à 17242 ; mais on la trouve encore enclavée dans une

propriété particulière, sous les noms de cour Jean-Avril ou Jean-David.

En termes de marine, on désigne sous le nom de « gabarit » un modèle des contours que l’on donne aux pièces de bois destinées à la construction des vaisseaux ; de là le nom de salle des Gabarits qui est donné, dans les ports de mer, à la partie de l’atelier où l’on trace les modèles. Il se pourrait que le nom de l’ancienne rue Gabaret, qui avoisinait le port, fût dérivé de ce mot.

Cabot (rue). = Rue du Fardeau, rue aux Ours. 9e section, 1er canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-O.

Cette ruelle est souvent citée dans les actes de tabellionage du 15e siècle ; dans un de ces actes on la désigne ainsi Ruelle conduisant de l’église Saint-Cande à la rue Barbastre (rue du Fardeau). On la trouve dans un autre acte sous le nom de Jehan Cabot1, qui est celui d’un maire de Rouen au 14e siècle, lequel fut sept fois investi de ces fonctions. Enfin, elle est inscrite sur un plan de 1724 sous le nom de rue Chabot.

― Il y a aussi, dit-on, une cour Cabot dans la rue Martinville.

Caen (route de). = Rue Tous-Vents, le Petit-Quevilly. ― 11e section, 6e canton, Saint-Sever pour le côté droit ; Saint-Clément pour le côté gauche. ― Faubourg Saint-Sever.

C’est, ainsi que son nom l’indique, la grande route de Rouen à Caen. Cette magnifique avenue, qui fut établie et plantée vers 1784, sous la dénomination d’avenue du chemin de la Basse-Normandie, vient d’être plantée de nouveau. Elle est vivifiée par de nombreux et importants établissements industriels.

À gauche de la demi-lune qui ferme l’avenue de Caen sur les limites de la ville, est un vaste emplacement, maintenant percé de rues, qui est connu sous le nom de parc des Chartreux, et qui était occupé antérieurement par le prieuré de Saint-Julien. (Voyez aux mots Chartreux et Saint-Julien.)

Cage (rue de la). = Rue de la Roche, boulevard Beauvoisine. ― 2e section, 2e cant. (sauf les quatre premiers nos pairs qui font partie du 4e canton) ; Saint-Nicaise. ― Quartier. N.-E.

C’était précédemment une impasse, qui a été prolongée en 1843 jusqu’au boulevard.

La rue de la Cage portait aussi, au 15e siècle, les noms de rue des Bourreliers ou Broulliers, et des Burreliers ou Brulliers, sans doute par corruption. Ces diverses dénominations, dues peut-être à la profession qu’exerçaient les habitants, sont indiquées dans divers titres. Un acte de tabellionage du 26 septembre 1465 fait mention d’une maison en la rue des Bureliers, appartenant aux religieux (de Saint-Ouen), derrière les murs de la ville, à l’endroit du val de la fausse Porte. (Voyez rue des Champs.) Un autre acte, du 20 février 1481, cite un héritage dans la rue des Brulliers, autrement dite de la Caige1, d’un bout la dite rue et d’autre bout la rue des Champs, puis un autre hôtel borné d’un bout par la rue aux Bourreliers et d’autre bout par la rue Tirelincheul. Cette dernière rue, appelée actuellement rue Poussin, avait aussi porté le nom de rue de la Cage-Saint-Nicaise, nom sous lequel elle est inscrite sur un plan de 1724, tandis que, sur celui de 1655, elle figure sous le nom de rue de la Loge.

Le nom actuel de la rue de la Cage semble, comme beaucoup d’autres noms de rues, être provenu d’une enseigne. Un acte de tabellionage, du 5 juillet 1555, mentionne un héritage borné d’un côté l’enseigne de la Cagette et d’un bout le camp du Régent. Des enseignes de la Cage se trouvaient aussi dans d’autres quartiers de la ville.

L’ancien jardin des Arquebusiers2, qui est figuré dans les plans de 1655 et de 1724, où avait existé primitivement une tour nommée « la garde de Saint-Ouen3 », occupait, vers les remparts, tout l’emplacement compris entre le haut de la rue de la Cage et l’extrémité de la rue Poussin actuelle, laquelle, ainsi que nous l’avons dit, avait été aussi appelée précédemment la rue de la Cage-Saint-Nicaise.

Un autre acte de 1489 indique une rue tendant de la Cage à Coquereaumont ; d’autres, enfin, parlent d’une rue du Colombier4 (voyez ce nom), qui devait se trouver dans la même di-

rection. La réunion de ces diverses dénominations de « Cage, Loge et Colombier1, » qui sont restées aux rues conduisant à cet ancien jardin des Arbalétriers, lequel, ainsi que tout le quartier environnant, dépendait de la riche abbaye de Saint-Ouen, permettrait de supposer que là était un lieu d’approvisionnement pour le célèbre monastère.

― Nous trouvons, dans cette même rue de la Cage, à la date du 14 février 1557, une vente faite par les Filles-Dieu d’un jardin vulgairement appelé le jardin de Bethléem, borné d’un côté une ruelle qui tend de la rue de la Cage à la rue Tireuit (actuellement la rue Boisguilbert), le long des remparts. Ce pourrait être un ancien nom du jardin des Arbalétriers.

― Un acte de tabellionage de 1467 fait mention d’une autre rue de la Cage dans la paroisse Saint-Vivien. La nomenclature de Du Souillet indique aussi une rue de ce nom près du Camp-Hérisson, dans le voisinage de la rue du Mont ; ce doit être un nom défiguré du cul-de-sac de la Hache.

Caillot ou de la Fontaine-Caillot (ruelle).

Cette ruelle, qui n’existe plus, avait dû prendre son nom d’une fontaine que Farin mentionne, sous la désignation de fontaine Saint-Ouen, comme ayant sa source dans la rue des Champs. Des actes de tabellionage de 1420 et de 1527 parlent d’une ruelle tendant de la rue des Champs à la fontaine Caillot, qui avait reçu probablement son nom d’un propriétaire2. C’était une impasse dont on voit le tracé dans les anciens plans, et qui a été renfermée vers 1858, ainsi que la fontaine, dans les dépendances du séminaire de la rue Poisson. Cette fontaine ne donne plus d’eau.

La ruelle Caillot devait aussi se prolonger de la rue des Champs à l’ancienne rue de Coquereaumont (la rue des Capucins), à travers l’emplacement du couvent des Ursulines, si l’on s’en rapporte à un acte de tabellionage de 1483, concernant une maison

sise dans cette dernière rue, bornée d’un côté la ruelle tendant à la fontaine Caillot, dans la rue Saint-Vivien.

Calende (place de la). = Rues des Bonnetiers, de l’Épicerie, du Bac et du Change. ― 7e section, 3e canton, la Cathédrale. ― Quartier S.-E.

Le nom de cette place semble provenir, suivant Farin, d’une confrérie des frères de la Calende de Rouen, dont il est fait mention dans un titre de 1280. Un acte de tabellionage de 1436 cite le lieu nommé la Kalende, en la paroisse de Saint-Denis et celle de Saint-Cande. ― On appelait ainsi, en Allemagne, des sociétés de laïques ou d’ecclésiastiques qui s’assemblaient le premier jour de chaque mois, en latin « calendæ. » M. J.-M. Thaurin1 pense que ce nom viendrait de ce que, sur cette place principale du Rotomagus des Romains, le grand pontife du temple de Junon, à laquelle était consacré le premier jour de chaque mois, venait proclamer le jour précis des nones, qui se trouvait alternativement le 5 ou le 7 du même mois. ― D’autres personnes ont fait dériver cette dénomination de « calandre, » nom d’une machine à lustrer les étoffes ; et, à ce sujet, on remarque que ceux qui se livraient à cette industrie habitaient près du cours de Robec et venaient jusque derrière l’archevêché ; un acte de tabellionage de 1472 vend, en effet, dans la paroisse Saint-Maclou, une maison parce que une calende a callender toiles sera assise et mise en icelle maison, en laquelle icelui acheteur pourra callender ses toiles.

La place de la Calende était anciennement nommée le port Morand2, le port des Navires, le port au Blé3 ou le port Notre-Dame, parce que, aux 10e et 11e siècles, les eaux de la Seine s’étendaient jusque là. Robert Wace, dans son Roman de Rou, dit que c’est l’endroit où aborda Raoul avec sa flotte. On voyait encore, dit Farin, dans les caves de cette place, les anneaux de fer où l’on attachait les bateaux ; fabuleux anneaux, dit M. l’abbé Cochet, que l’on dit avoir vus partout et que l’on ne retrouve nulle part4.

Le magnifique portail de la Calende, qui regarde cette place, fut construit, suivant une chronique rapportée par Farin, à l’aide du produit de la confiscation des biens d’un marchand de blé qui fut pendu sur le port Notre-Dame pour avoir vendu à fausse mesure ; et sur les pierres qui font la construction de ce portail on voit encore comme cet usurier se comportoit dans la cherté du blé, ou paroît aussi l’exécution de la sentence donnée contre lui1.

Cette place fut érigée en marché en 1533. En 1504, par suite d’une sentence de Jean Salvain, bailli de Rouen, on y éleva une croix de pierre, pour indiquer qu’elle faisait partie du domaine du Chapitre de la Cathédrale. Cette croix, remplacée en 1674 par une autre plus petite, fut démolie en 1792. La procession du jour des morts se faisait à l’entour de la croix de la Calende2.

Un marché se tenait encore, en 1718, sur cette place ; mais on en avait éloigné, dès l’an 1509, les vendeurs de hareng qui infectaient le voisinage, et on les avait renvoyés à la Basse-Vieille-Tour, pour les remplacer par les marchands de fruits. Le 4 août 1582, de nouvelles mesures avaient été prises pour éloigner de la place de la Calende les marchands de fruits, victuailles, etc., en vue d’éviter la contagion de peste qui était à l’Hôtel-Dieu de la Madeleine.

Les chanoines avaient fait construire, sur la place de la Calende, contrairement aux règlements, des étaux et des échoppes dont les échevins demandèrent la démolition en 1616.

On voit encore, en face du portail, un vaste bâtiment qui faisait partie des salles de l’Hôtel-Dieu (transféré en 1758 au Lieu-de-Santé), avec lesquelles ce bâtiment était en communication par une arcade qui traversait la rue des Pannetiers, actuellement réunie à la rue du Bac. Au haut de ce bâtiment, dans un fronton circulaire, est le cadran de l’horloge, supporté par deux statues d’enfants.

On donna, en 1794, à la place de la Calende le nom de place du Bonnet-Rouge ; elle reprit, en 1795, son ancienne dénomination.

Camp ou Champ des Arbres (ruelle du).

C’est ainsi qu’on appelait autrefois une rue ou un chemin qui tendait de la Rougemare aux champs où furent établis plus

tard les hauts quartiers de la ville1, et dont il est fait mention dans plusieurs actes de tabellionage du 15e et du 16e siècle, sous les dénominations de camp de la Barre ou des Barres, de camp aux Arbres, de camp du Régent, de camp de Saint-Nicaise, et même de camp Hérisson. Ce chemin devait partir de la rue Beauvoisine et suivre la direction des rues nommées actuellement les rues de Joyeuse, Pitry, Boisguilbert, du Clos-des-Marqueurs, etc., auxquelles conduisaient les rues des Carmélites, de Maulévrier, des Minimes et des Champs. La désignation primitive de ces terrains en campagne paraît avoir été celle du camp de la Barre ou du camp des Arbres, dont parle un acte de 1421, comme avoisinant la rue Coquereaumont, et auquel conduisait une ruelle partant de la Rougemare et de la rue Beauvoisine. Ce champ fut divisé par la suite, sous les dénominations de champ de Saint-Nicaise, autour de l’église de ce nom ; de champ du Régent, appelé aussi le champ du Bourg-l’Abbé, limité à l’est par la rue de Flandre et à l’ouest par le camp de la Barre, qui devint plus tard l’enclave de Sainte-Marie ; il s’étendait jusqu’à la rue Dulong actuelle, si l’on en juge par un acte du 25 janvier 1495 concernant un jardin borné d’un bout par une ruelle tendant de la rue Beauvoisine au camp des Barres, et d’autre bout par une ruelle descendant à la Rougemare (la petite rue des Carmélites).

Quant au champ du Bourg-l’Abbé, il dut devenir, pendant l’occupation anglaise, sous le nom de camp du Régent2, avec l’hôtel du Maulévrier, qui fut acquis en 1481 par Jacques de Brézé, la propriété du duc de Bedfort, auquel on donnait le titre de Régent. Une partie de ce champ a été occupée plus tard par les monastères des Mathurins et de Gravelines.

Camps ou Champs Briquet (rue des).

Ce nom est donné, dans un acte du 16 octobre 1422, à une ruelle située près des murs de la ville à la porte Cauchoise, et menant du pavé sur les murs. Cette petite rue longeait probablement les remparts.

Canettes (rue des).

Cette rue, qui existait dans le quartier de l’Hospice-général, a été supprimée en 1866 pour le prolongement de la rue Napoléon III. Il est probable que son nom venait de petits canaux qui y étaient établis pour faciliter l’écoulement des eaux1.

Cantelles (rue des). = Rue de la Cigogne-du-Mont, rue du Mont. ― 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. ― Quartier N.-E.

Le nom de cette petite rue vient du couvent des religieuses Annonciades qui avait été établi, en 1644, sur le fief du Mont, au lieu appelé alors le camp Hérisson. Ces religieuses étaient aussi connues sous le nom de Cantelles, du nom de Mme Cantel, fondatrice de leur chapelle. Les Affiches de Normandie de 1776 font mention d’une rue des Annonciades, qui ne doit être autre que la rue des Cantelles ou celle du Mont. (V. ce nom.)

Capucins (rue des). = Place de la Croix-de-Pierre, boulevard Beauvoisine. ― 2e section, 4e canton ; par. Saint-Vivien, pour les nos pairs jusqu’à la rue Sainte-Geneviève-du-Mont ; Saint-Nicaise, pour le reste de la rue. ― Quartier N.-E.

Son nom vient d’un couvent qui était situé dans la rue anciennement appelée rue de Coquereaumont et qui avait son entrée par la rue Poitron, ce qui avait sans doute fait donner, à cette dernière rue, le nom de rue des Capucins ; on trouve, dans un plan de 1655, inscrites sous cette dénomination, et la rue Poitron et la rue des Capucins, tandis que, dans un plan de 1724, cette dernière porte le nom de Coquereaumont. La rue des Capucins est encore divisée, dans un plan de 1817, en deux parties, dont l’une, depuis le boulevard jusqu’au carrefour formé par la rue Poitron et la rue Sainte-Geneviève-du-Mont, figure sous le nom de grande rue des Capucins, et la partie inférieure sous celui de Coquereaumont. Cette division, qui se trouve aussi dans le plan de Defer, de 1709, a disparu dans les plans postérieurs.

On donna, en 1794, le nom de rue Marat à la rue des Capucins2, et ceux d’Arras et de Cambray à l’ancienne rue Coque-

reaumont ; elles reprirent cette dernière dénomination en 1795, puis ensuite celle de rue des Capucins. Ces religieux, qui vinrent à Rouen en 1582, occupèrent d’abord, près de la porte Martinville et vers la fontaine Jacob, un lieu appelé Jéricho, où avait été fondé en 1050 un hôpital pour les aveugles. Là ils avaient édifié leur maison et une église, dont la dédicace eut lieu en 1586 ; mais tout fut détruit et rasé en 1591, sur la nouvelle que Henri IV venait mettre le siége devant Rouen. Les Capucins furent alors transférés l’année suivante au Vieux-Château, où ils bâtirent une chapelle qui fut démolie en 1601 ; puis ils allèrent à Sotteville près de Rouen, et y fondèrent une nouvelle église. Ils y restèrent jusqu’au moment où fut construit leur monastère dans l’enceinte des murs de la ville, en la paroisse Saint-Vivien. La première pierre de ce couvent, qui occupait tout l’espace compris entre la rue Poitron et les murs de clôture de la ville, et qui était limité à l’est par la rue qui prit leur nom, et à l’ouest par la rue des Champs, fut posée en 1612. L’église fut commencée en 1614, et fut dédiée en 1658 sous le vocable de Sainte-Croix. Le terrain où fut bâtie cette église avait été donné par un maître pâtissier1, et le souvenir de cette donation fut représenté sur un des vitraux. Il y avait, dans les jardins dépendant de ce monastère, une petite montagne appelée le Mont-du-Calvaire, où avait été construite une chapelle qui existe encore. Sous le cloître était une citerne qui pouvait contenir 1400 muids d’eau. Le couvent des Capucins fut fermé en 1790. Son emplacement est actuellement traversé par la rue Daliphard, et est en partie occupé par la maison des Petites-Sœurs des Pauvres, qui vinrent s’y établir vers 1850. La chapelle de ce nouvel établissement a été dédiée le 10 déc. 1858, sous le vocable de l’Immaculée-Conception.

Ce fut également dans la rue des Capucins que vinrent demeurer en 1642, les Dames du second monastère de la Visitation, dites les filles de Sainte-Marie, dont la fondation est due à saint François-de-Sales. Cette communauté, dont nous parlons à l’art. concernant la rue Beauvoisine, fut fermée en 1792. La maison, qui avait été reconstruite en 1673, fut occupée pendant quelque temps par des ateliers de filature. Les Dames de Sainte-Marie en reprirent possession en 1825, après avoir demeuré pendant quelque temps

dans la rue Saint-Patrice, et firent édifier une chapelle dont la façade est dans la rue des Capucins.

Il y avait encore dans cette rue deux autres communautés religieuses : savoir : les Dames de Saint-François et les Ursulines ; ces dernières y sont encore.

Les Dames hospitalières de Saint-François vinrent à Rouen en 1650. Elles éprouvèrent des difficultés pour s’établir et se loger convenablement1. Elles avaient fondé, dans la rue des Capucins, sous le titre d’hôpital de Saint-Louis et de Sainte-Élisabeth, une maison près de laquelle était leur petite chapelle. Cette maison devint bientôt insuffisante et finit par menacer ruine. Les dames de Saint-François obtinrent, en 1708, la concession d’une place et les moyens de construire un nouvel hôpital dans la rue Saint-Hilaire ; la première pierre en fut posée le 28 juin de la même année. Il fut appelé l’hôpital de Sainte-Élisabeth ; il est désigné, sur un plan de 1784 et dans les Affiches de Normandie de 1773, sous le nom d’hôpital de Saint-François. Cet édifice est actuellement le siége d’une école d’enseignement mutuel. Il communiquait avec la maison de la rue des Capucins, qui est actuellement remplacée par un établissement de bienfaisance dirigé par les dames de Saint-Vincent-de-Paul. Cet établissement, fondé par M. l’abbé Forbras, curé de Saint-Vivien, qui en a fait la donation à la ville et au département en 1865, comprend une crèche, des ouvroirs pour les jeunes filles, une maison d’assistance pour les pauvres, et le logement des sœurs qui consacrent leurs soins à cette institution. Là est aussi l’hôpital de Saint-Vincent-de-Paul, pour le traitement des maladies des yeux. (V. Hôpitaux.)

La petite chapelle de l’ancienne communauté de Saint-François, qui avait été bâtie en 1670, fut convertie plus tard en magasin, et devint la proie des flammes en 1812 ; il n’en resta que les quatre murs, qui furent démolis en 1835.

Les dames Ursulines, dont la fondation est due à la bienheureuse Angèle, et qui arrivèrent à Rouen en 1619, s’établirent d’abord derrière les murs de l’abbaye de Saint-Ouen, dans la rue de l’Épée, et en 1653 dans la rue Coquereaumont, qui est devenue la rue des Capucins. On posa en 1652 la première pierre de leur chapelle, qui fut dédiée sous le titre de la Conception de la Sainte-

Vierge. Pendant qu’on travaillait à cette maison, on découvrit une source d’eau vive et une somme de 8664 livres en écus d’or, qui furent d’un grand secours à cette communauté. Les dames Ursulines furent dispersées en 1790 ; mais leur maison et leur chapelle, ayant servi depuis cette suppression à divers usages, furent conservées et rendues en 1802 à celles des dames religieuses de cet ordre qui existaient encore, et qui y ont ouvert un pensionnat de jeunes demoiselles.

Depuis 1789, on avait établi, au haut de la rue des Capucins, une porte ou barrière qui fut supprimée plus tard, après avoir servi pendant longtemps de limite pour l’octroi.

On a trouvé, en 1869, en creusant des fondations au bas de la rue des Capucins, vers la Croix-de-Pierre, des traces de voies antiques telles que celles qui ont été précédemment trouvées dans la rue Beauvoisine, sur la place de l’hôtel-de-Ville, et dans les rues des Faulx et de Saint-Hilaire.

Caquerel (rue). = Rue Malpalu, en face de l’église Saint-Maclou, rue Impériale. ― 7e section, 3e canton, Saint-Maclou. ― Quartier S.-E.

Ce nom, que l’on trouve écrit Claquerel dans l’Histoire de Rouen et dans plusieurs actes de tabellionage de 1423 et de 1426, est celui d’un ancien propriétaire d’un moulin à blé situé dans cette rue, près d’un autre moulin qui appartenait à la ville, et qu’on appelait le moulin Raoul-l’abbé1.@ »

Dans un acte passé devant Robert du Châtel, maire de Rouen, en 1221 ou 1229, il est fait mention de la rue de la Porte-de-Robec, qui doit être un ancien nom de la rue Caquerel2.

Cette rue était autrefois si étroite qu’on ne voyait pas l’église Saint-Maclou qui lui fait face ; Elle fut élargie en 1509 et 1513, au moyen de l’achat de quelques maisons qui furent démolies. Elle a été élargie de nouveau en 1854, et la portion de la rue qui n’a pas

été envahie par la rue Impériale est destinée à former une petite place devant l’église Saint-Maclou.

Une image de la Sainte-Vierge était placée à l’un des angles de l’archevêché, en face de la rue Caquerel1. La niche existe encore, mais la statue a disparu.

Carmélites (rue des). = Place de la Rougemare, petite rue des Carmélites. ― 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. ― Quartier N.-E.

Cette rue, qui tire son nom de l’ancien couvent des Carmélites (v. rue Dulong et rue Neuve-Saint-Patrice), est, ainsi que la petite rue des Carmélites qui lui fait suite, et qui aboutit en retour d’équerre à la rue Beauvoisine, une de celles qu’on désignait autrefois sous le nom de ruelle ou de chemin des Penteurs, à cause des siéges de penteurs (voyez ce mot) qui étaient dans le voisinage. Elle n’avait pas de dénomination précise dans les actes de tabellionage du 15e siècle ; on disait : la ruelle qui mène aux penteurs de la Rougemare (acte de 1481), ou la ruelle qui tend du marché aux chevaulx (la Rougemare), par derrière le Signot, en la rue Beauvoisine (1482), ou enfin, dans un acte de 1478, une ruelle descendant du camp des Barres à la place de la Rougemare.

Dans un acte de 1467 on lit : Une ruelle nommée la rue du Ber, ou Ver, ou du Bec2, descendant à la Rougemare, en laquelle aboute le derrière de l’hôtel du Signot assis en la rue Beauvoisine. Cette désignation semble s’appliquer à la petite rue des Carmélites.

Dans d’autres actes, la rue des Carmélites est indiquée sous le nom de rue du Grédil. On lit dans un acte de 1489 : en la rue du Grédil tendant de la Rougemare, en amont, à une ruelle tendant à la rue Beauvoisine et à la rue du Maulévrier. Un autre acte de 1492 porte : vers les murs de la ville.

Les deux rues des Carmélites, réunies, ont reçu en 1794 le nom de rue des Préjugés-vaincus ; elles ont repris en 1795 leur précédente dénomination.

Dans la rue des Carmélites est le couvent des Dames des Sacrés-Cœurs et de l’Adoration perpétuelle, qui y ont fondé en 1861

un pensionnat de jeunes demoiselles. Cet établissement était précédemment sur la route de Darnétal, sous la désignation des Dames-Blanches, due au costume qu’elles avaient adopté.

Carmélites (petite rue des). = Rue des Carmélites, rue Beauvoisine. ― 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. ― Quartier N.-E.

Cette petite rue a porté aussi le nom de rue du Sinot, provenant de l’hôtel du Signot ou Cygnot, qui était situé dans la rue Beauvoisine. Un acte du 13 mars 1419 fait mention, dans la paroisse Saint-Godard, d’une rue du Sinot et de la ruelle des Penteurs, nom qu’a porté anciennement la rue des Carmélites (v. ci-dessus).

Carmes (place des). = Rue des Carmes, rue de la Chaîne. ― 7e section, 3e canton ; Saint-Ouen, pour les nos pairs ; la Cathédrale, pour les nos impairs. ― Quartier S.-E.

Voyez rue des Carmes et rue de la Chaîne.

Le marché aux fleurs, qui était antérieurement établi sur la place de la Cathédrale, a été transféré, en 1856, sur celle des Carmes ; le pavage et la construction des trottoirs ont eu lieu en 1857.

Carmes (rue des). = Place de la Cathédrale, carrefour de la Crosse, au bas de la rue Beauvoisine. ― 7e section et 3e canton pour les nos pairs ; 9e section et 1er canton pour les nos impairs ; paroisses : Saint-Ouen, pour les nos pairs situés entre la place et la rue de l’Hôpital ; la Cathédrale, pour le reste de la rue.

Lorsque la porte Grand-Pont était aux environs de la rue du Petit-Salut, la rue des Carmes portait les noms de rue du Pont, de rue du Grand-Pont, et de grande rue du Pont. Elle est désignée sous ces diverses dénominations dans plusieurs actes de tabellionage du 15e siècle. Un acte du 30 mai 1480 semble indiquer que la porte de Sainte-Appoline elle-même, qui était dans la rue des Carmes entre les rues de la Chaîne et de l’Aumône, et qui fut démolie en 1539, était quelquefois appelée aussi la porte Grand-Pont. Cet acte mentionne la vente d’une échoppe sous la porte Grand-Pont, d’un bout à présent les religieux Carmes, d’un côté la rue de l’Aumône, d’autre bout par devant la rue du Grand-Pont, sous ladite porte.

La rue des Carmes a pris sa désignation actuelle du couvent

des Carmes qui était dans cette rue, sur l’emplacement qui a servi en partie à l’élargissement de la rue de la Chaîne, vis-à-vis d’un ancien hôtel de la poste aux lettres, appelé quelquefois la cour des Carmes, et dont l’entrée était auparavant dans la rue de ce nom.

Les religieux Carmes, dont la dénomination dérive du Mont-Carmel1, qui était le siége de cet ordre, vinrent à Rouen en 1260 ; ils s’établirent d’abord à la chapelle Saint-Yves, dans le faubourg Saint-Sever, où ils restèrent jusqu’en 1336, époque où l’archevêque Pierre Roger, qui fut depuis le pape Clément VI, leur donna la chapelle de Sainte-Appoline. On y ajouta une maison voisine de cette chapelle pour leur servir de logement. Ces religieux obtinrent une telle protection dès le commencement de leur établissement, que la reine Blanche, en accordant la place des anciens fossés de la ville pour y construire les maisons destinées à loger les pauvres, mit pour condition que ces maisons seraient basses et sans cheminées, afin de n’être pas incommodes au grand dortoir du monastère des Carmes2. Ceux-ci s’agrandirent encore par la suite, notamment en 1428, où ils firent construire une église et plusieurs bâtiments. Le monastère des Carmes a été détruit depuis la révolution, et l’église fut démolie au commencement du 19e siècle.

On voit, dans la rue des Carmes, presque à l’entrée, du côté de la place de la Cathédrale, un grand bâtiment où était la Chambre des Comptes. C’est actuellement une propriété particulière. La Chambre des Comptes, érigée par Philippe-le-Bel en 1302, et que l’auteur des Lettres sur Rouen croit avoir succédé au bureau de l’Échiquier des Comptes du duché de Normandie qui existait au temps de Guillaume-le-Conquérant, fut supprimée en 1543. Une nouvelle Chambre des Comptes fut érigée par Henri III en 1580, au logis prieural de Saint-Lô, puis transférée, en 1591, dans la rue des Carmes, où elle était encore au moment de sa suppression définitive3.

On donna, en 1794, à la rue des Carmes, le nom de rue de la Constitution ; elle reprit son nom actuel en 1795.

Beaucoup de débris romains sont entassés sous les constructions de la rue et de la place des Carmes. De nombreuses découvertes y ont été faites en 1789 et à différentes autres époques. Elles sont détaillées dans l’important ouvrage de M. l’abbé Cochet1. D’épaisses murailles, que l’on considère comme ayant fait partie de l’antique enceinte militaire de Rotomagus, un cippe funéraire, une statuette de Mercure, des monnaies et des médailles, ainsi que des traces d’un vaste incendie, ont plus d’une fois fixé l’attention des explorateurs. Quelques-uns de ces objets enrichissent nos Musées d’antiquités.

Plusieurs maisons anciennes et curieuses, dont les caves existent encore, mais dont les façades ont disparu pour les travaux d’élargissement de la rue des Carmes commencés en 1857, ont été décrites par le consciencieux historien des maisons de Rouen2. Nous citerons entre autres la maison dite des Lansquenets (nos 113 à 117 de la rue), qui présente dans l’intérieur de sa cour une devanture en bois sculpté de l’époque de la renaissance3 ; la maison de la Crosse nouvellement réédifiée, et contre laquelle est adossée la fontaine qui porte le même nom. À cette maison pendait autrefois une enseigne, sur la potence de laquelle une crosse était fixée4. (V. rue de l’Hôpital.)

Caron (rue et impasse). = Rue Coignebert, rue des Minimes. ― 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. ― Quartier N.-O.

Le nom donné à cette rue paraît être venu d’un propriétaire. Elle est souvent citée dans l’Histoire de Rouen.

La rue Caron est inscrite, dans les anciens plans, sous le nom de rue Caillon ou du Caillou5, dénomination qui paraît due à la nature du terrain sur lequel elle a été ouverte, et qui aura empêché de la niveler. Elle est, en effet, plus élevée vers le milieu que par ses extrémités.

― L’impasse Caron est aussi quelquefois désignée sous le nom d’impasse de l’Arc, dû peut-être à un ancien lieu de réunion de la compagnie des Archers qui, au 16e siècle, faisait partie des corps institués pour la garde de la ville. (Voyez à l’art. Arbalétriers.)

Carrefour (rue du). = Rue du Puits, la campagne vers Darnétal. ― 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. ― Faubourg Saint-Hilaire.

Cette rue est ainsi appelée parce qu’elle aboutit à un carrefour.

Carrières-Gaillard (rue des). = Rue des Brouettes, rue Saint-Julien. ― 11e section, 6e canton, Saint-Clément. ― Faubourg Saint-Sever.

Elle fait partie d’un quartier appelé la cité Gaillard, ouvert tout récemment par un propriétaire. Cette cité Gaillard s’étend jusque sur la commune du Petit-Quevilly.

Carue (rue et impasse de la). = Rue de la Croix-d’Yonville, rue du Renard. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

En vieux langage, on disait « carue » pour charrue, ou pour désigner autant de terre qu’il en faut pour occuper une charrue. Il se peut que cette rue ait tiré son nom d’une enseigne représentant cet instrument aratoire, ou d’un ancien fief. Sa situation à l’une des extrémités de la ville permet peu de supposer que son nom soit dû à la corporation des maîtres de la grande et de la petite Carue qui étaient établis, dès le 17e siècle, pour le chargement et le déchargement des navires, et qui auraient eu là un dépôt de leurs voitures et des ustensiles de leur profession.

― En face de la rue de la Carue, dans celle de la Croix-d’Yonville, est une ancienne impasse du même nom, qui communique actuellement avec l’avenue du Mont-Riboudet par un chemin particulier auquel avait été donné le nom de rue Guisier, qui était celui d’un propriétaire.

Carville (rue et impasse de). = Rue du Contrat-Social, rue de Lecat. ― 12e section, 5e canton, la Madeleine. ― Faubourg Cauchoise.

Cette rue n’était, en 1789, qu’une sente qui portait le nom de rue de Gadeville. Elle fut élargie à cette époque et on l’ap-

pela rue de Carville. On peut croire que ce nom a été choisi en mémoire de Pierre de Carville, mort en 1307, qui avait été trois fois maire de Rouen et fut inhumé dans l’église de Saint-Ouen. Cette supposition semble admissible, si l’on considère que la plupart des rues qui composent le quartier neuf de Cauchoise portent des noms de personnages historiques. ― Il y a eu deux autres maires de Rouen du même nom : Nicaise de Carville, en 1238, et Jean de Carville, en 1330.

― À l’extrémité de la ville, sur Darnétal, est la cavée de Carville, dans laquelle sont les limites de l’octroi de Rouen et de celui de Darnétal.

Casernes (quai des).

Ce nom est donné communément à la partie du quai de Saint-Sever sur laquelle sont bâties les casernes, à la place d’un ancien Grenier à sel1, appelé, dans un acte de tabellionage du 2 juillet 1422, l’hôtel des Gabelles, sur la paroisse de Saint-Martin-du-Bout-du-Pont.

― Il y a à Rouen plusieurs casernes pour le logement de l’infanterie et de la cavalerie, savoir :

La caserne Saint-Sever, édifiée sur l’emplacement du grenier à sel, dans l’ancien clos des Galères ou des Galées (voyez ce nom). On jeta, en 1713, les fondements de ce vaste bâtiment, élevé sur pilotis ; les travaux furent suspendus l’année suivante, par suite de la mort de Louis XIV, et repris en 1723. Ils furent terminés six ans après. Cette caserne reçut, en 1774, de notables agrandissements ; elle a servi à la cavalerie, avant que le prieuré de Bonne-Nouvelle eût été disposé pour cet usage. Elle peut loger six cents hommes d’infanterie.

La caserne Martinville, qui fut bâtie en 1776, à cause de l’insuffisance de celle de Saint-Sever, sur une partie de l’ancien Pré-au-Loup, et en face de laquelle fut établie la place du Champ-de-Mars (voyez ce nom). La caserne Martinville peut contenir huit cents hommes d’infanterie.

La caserne de Bonne-Nouvelle, établie vers 1818 dans les dé-

pendances de l’ancien prieuré de ce nom, et qui peut loger quatre cents hommes et leurs chevaux. Des logements pour recevoir un certain nombre de cavaliers ont été aussi appropriés dans l’ancienne maison et dans l’église des Emmurées, près de la rue Saint-Sever. ― Il existe un autre casernement pour la cavalerie sur la place du Champ-de-Mars, vers l’emplacement qui fut occupé au 17e siècle par les Augustins-Déchaussés, et précédemment par les Pères de-la-Mort.

Une caserne nouvelle, nommée la caserne Napoléon III, et dans laquelle est le dépôt de recrutement, a été établie dans la rue de ce nom, depuis 1860, dans l’ancien local de Bicêtre. On peut y loger cinq cents hommes d’infanterie.

Il y a, en outre, une caserne pour le service de la gendarmerie, qui est située dans la rue Impériale, et dont les bâtiments ont été construits en 1856.

Enfin, une caserne pour le logement d’un certain nombre de préposés de la Douane est installée, depuis quelques années, dans les bâtiments de l’ancien hôtel des Monnaies, rue Herbière.

Cathédrale (place de la). = Rues des Quatre-Vents, des Carmes, de la Grosse-Horloge, Grand-Pont et du Change. ― 7e section et 3e canton pour les nos pairs et pour les nos impairs depuis la rue du Change jusqu’à la rue Grand-Pont ; 9e section et 1er canton pour le reste de la place ; la Cathédrale.

Cette place a pris son nom de la Cathédrale, et est également connue sous celui de place Notre-Dame. Jusqu’au 14e siècle, c’était le parvis ou l’aître de Notre-Dame1. Le marché aux herbes et aux menues denrées s’y tint jusqu’en 1429, époque où on le transféra dans le clos aux Juifs. (Voyez Palais-de-Justice.)

On donna en 1793 et en 1794, à la place de la Cathédrale, le nom de place de la Raison, et en 1795 celui de place de la République, qui avait d’abord été imposé au Vieux-Marché. Elle reprit depuis ses anciennes dénominations.

Outre les rues qui aboutissent à cette place, il y avait encore, avant la suppression de murs d’appui qui entouraient le parvis2,

une rue de la Chapellerie tendant de la rue des Quatre-Vents à celle des Carmes ; le prolongement de la rue du Change jusqu’à la rue Grand-Pont, appelé aussi la rue des Petits-Changes et la rue de la Fèvrerie1 ; et la rue des Changeurs, ainsi nommée dans un acte de tabellionage de 1467, située devant l’église Notre-Dame et aboutant à la rue de la Courvoyserie (rue de la Grosse-Horloge). Elle portait aussi cette autre dénomination : les Changes devant la grande Église.

Ces diverses dénominations étaient dues aux professions qu’exerçaient les habitants. Une ordonnance de Charles-le-Bel, en 1325, fixa la demeure des orfèvres sur le parvis de Notre-Dame et dans la rue voisine2.

Le parvis de Notre-Dame avait été plus anciennement entouré d’un mur crénelé auquel étaient adossées de petites boutiques qui, suivant le rapport de D. Pommeraye, furent détruites en 1192 par les bourgeois de Rouen, pendant une longue querelle avec les chanoines de la Cathédrale, dans laquelle ne furent pas épargnées les sentences d’excommunication. Plus tard, les bourgeois furent condamnés à réparer les dégâts qu’ils avaient commis, et des peines plus sévères furent infligées aux plus coupables ; néanmoins, les chanoines durent relever à leurs frais le mur du cimetière3.

D’après une charte de 11994, les boulangers vendaient leur pain, au 12e siècle, dans l’aître ou parvis de Notre-Dame. Ce parvis était, comme nous l’avons dit, l’ancien cimetière paroissial, qui comprenait aussi une partie de la place de la Calende et du terrain qui touche au portail des Libraires. ― Il fut pavé en 1530.

― L’Église cathédrale et métropolitaine est d’une haute antiquité5. Fondée d’abord par saint Mellon, de 260 à 270, elle fut

reconstruite par saint Victrice au commencement du 5e siècle. En 589, la reine Frédégonde y fit assassiner saint Prétextat, archevêque de Rouen. Agrandie par S. Romain en 623, augmentée de nouveau en 942 par Richard Ier, duc de Normandie, ses nouveaux fondements furent jetés en 989 par Robert de Normandie, archevêque de Rouen. Elle fut achevée en 1055, par Guillaume-le-Conquérant, et dédiée en 1063 par l’archevêque Maurile. Le terrain sur lequel la Cathédrale est édifiée portait, ainsi que tout le territoire renfermé entre les rivières d’Aubette et de Robec (v. rue des Arpents), le nom de l’île Notre-Dame de Rouen. C’est dans cette basilique que Richard Cœur-de-Lion, prêt à partir pour la Terre-sainte, reçut des mains de l’archevêque Gautier la couronne, l’étendart et l’épée. ― Frappé, en 1117, par la foudre, qui ébranla les piliers et renversa le crucifix ; détruit par le feu la veille de Pâques de l’an 1200 ; foudroyé de nouveau en 1284, l’édifice fut reconstruit au 13e siècle. La chapelle de la Vierge remonte à 1302, et fut faite aux dépens du chapitre, en remplacement d’une autre plus petite. L’ancien portail, qui menaçait ruine, des suites d’une violente tempête, fut démoli en 1509 de fond en comble, et remplacé par celui qui existe à présent et qui fut achevé en 1530. Trois de ses tourelles furent renversées par un ouragan en 1683 ; leur chute entraîna la destruction de l’orgue, qui avait été établi en 1490 aux frais de l’archevêque Robert de Croixmare1. Ce portail, qui avait déjà été odieusement ravagé par les calvinistes en 1562, subit de nouvelles dégradations pendant l’époque révolutionnaire. Il a été restauré en 1832.

Les deux tours qui accompagnent le portail ont environ quatre-vingt mètres de hauteur. Celle dite de Saint-Romain, du côté du nord, qui fut aussi appelée la tour des onze cloches, et dont la construction dut avoir lieu au temps du saint archevêque de ce nom, fut réédifiée à diverses époques et pour la dernière fois en 1477. L’autre tour, dite la tour de Beurre, appelée aussi la tour de Georges d’Amboise, fut commencée sous le pontificat de Robert de Croixmare en 14852, et tout à fait achevée en 1506. Le nom de cette dernière tour vient de ce qu’elle fut construite aux

dépens des fidèles qui, moyennant une rétribution, obtinrent la permission de faire usage du beurre pendant le carême. C’est dans cette tour qu’était la fameuse cloche appelée Georges-d’Amboise. Fondue le 2 août 1501, et montée à la tour le 9 octobre suivant, elle fut sonnée en vol par seize hommes, le 16 février 15021. Fêlée en 1786, lors du passage de Louis XVI, cette cloche fut convertie, pendant la révolution, en canons et en monnaie ou médailles. On voit encore, à Deville-lès-Rouen, un bout du battant de cette cloche, qui avait remplacé en 1735 le premier battant, brisé en 1732.

Parmi les cloches qui étaient dans la tour de Saint-Romain2, il y en avait une qui avait été donnée par l’archevêque de Rouen Odon Rigaud, mort en 1275. Cette cloche fut fondue en 1282, et comme elle était une des plus grosses du temps, on donnait à boire à ceux qui la sonnaient, d’où est venu, dit-on, le proverbe : boire à tire la Rigault3. On pourrait peut-être donner la même origine à cet autre dicton : boire comme un sonneur.

La flèche en pyramide, qui avait été élevée par les soins du cardinal Georges d’Amboise sur la tour centrale, et en partie à ses frais, était remarquable par son élégance et sa légèreté ; elle fut commencée en 1542 et terminée en 1544. Cette flèche en avait remplacé une autre, érigée, dit-on, en 1228 ; on l’appelait l’Aiguille, parce qu’elle était plus haute de quatorze pieds que celle qui lui succéda, et elle avait été brûlée en 1514 par la faute d’un plombier chargé de la réparer. La seconde pyramide avait, en y comprenant la croix qui y fut placée le 7 septembre 15444, une hauteur de 132 mètres environ. L’architecte qui eut la har-

diesse d’entreprendre et d’achever cet ouvrage se nommait Robert Becquet, de Rouen. Cette flèche fut atteinte par la foudre en 1625, en 1627 et en 1642, mais il n’en résulta que peu de dommages. En 1713, par l’imprudence d’un ouvrier, la charpente, qui était en bois, courut le risque d’être embrasée. Le 12 septembre 1768, le tonnerre tomba sur la pyramide ; il entra par la lanterne dans la nef, en globe de feu, qui se sépara devant le crucifix en plusieurs portions, lesquelles s’éparpillèrent sur le pavé sans blesser personne1. En 1808 fut achevée une restauration complète de cette flèche, qui a été atteinte par le feu du ciel et totalement détruite le 15 septembre 1822.

Une nouvelle pyramide en fer fondu a été commencée en 1824 sur les plans d’Alavoine, que la mort a enlevé trop tôt pour l’exécution de son projet, qui doit doter la ville de Rouen d’un monument dépassant de deux mètres l’édifice le plus élevé du monde entier. Le poids de cette pyramide, évalué à 740,000 kil. environ, doit être inférieur à celui des précédentes, suivant les calculs de l’architecte, qui, en repoussant l’emploi du bois dans la nouvelle construction, a voulu éviter les dangers auxquels était due la destruction des autres flèches. Diverses circonstances retardent, depuis 1848, l’achèvement de cette pyramide, resté encore en suspens malgré les réclamations réitérées des conseils de la ville et du département. Il a été dépensé jusqu’à présent plus d’un million, dont une partie a été fournie par des souscriptions particulières et par diverses subventions. À l’heure où nous écrivons, il y a lieu d’espérer, dit-on, la solution de cette question importante de l’achèvement de la flèche d’Alavoine.

L’Église cathédrale est très belle et très vaste. Son jubé fut construit en 1777. Elle a été reblanchie intérieurement en 1778 par des ouvriers italiens. Fermée au commencement de la révolution, elle fut dépouillée de son argenterie et de belles balustrades en cuivre qui fermaient le chœur et qui avaient été faites aux frais de Georges d’Amboise II. Déjà, en 1562, les hérétiques avaient enlevé un contre-retable d’argent doré et une grille de cuivre qui entourait le grand-autel. Cet édifice, dont l’administration départementale prit possession le 28 décembre 1790, au nom de la nation, et qui avait été conservé en 1791 comme église paroissiale, fut travesti en temple de la Raison en 1793, puis il

fut rendu au culte catholique quelques années après. Cette église possède de magnifiques vitraux et plusieurs tableaux remarquables. Son orgue actuel fut placé en 1760, et a été entièrement restauré en 1859.

Il y avait, avant la révolution, une bibliothèque1 dans les appartements qui sont au-dessus des salles d’assemblée du Chapitre, dont l’entrée est par la cour des Libraires. On montait à cette bibliothèque par un escalier que l’on voit dans l’intérieur de la Cathédrale.

Parmi les tombeaux que renferme cette basilique, nous mentionnerons ceux de nos premiers ducs et de plusieurs archevêques, et en particulier, dans la chapelle de la Vierge, les magnifiques mausolées des cardinaux d’Amboise et des ducs de Brézé, que doivent visiter tous les étrangers qu’attire la richesse monumentale de la capitale normande. Ces tombeaux ont été décrits dans différents ouvrages, et surtout dans les savantes dissertations de M. Achille Deville2. Nous signalerons aussi la curieuse collection des stalles du chœur, dont les bas-reliefs, représentant les anciens corps de métiers, ont été fidèlement reproduits par le célèbre artiste dont les travaux consciencieux ont illustré les nombreux ouvrages qui ont été publiés sur notre province, depuis le commencement du 19e siècle3.

En 1847, les restes de l’impératrice Mathilde, qui avait été inhumée d’abord en 1167 dans l’église de Bonne-Nouvelle, et transférée plus tard à l’abbaye du Bec4, ont été apportés à la Cathédrale de Rouen par les soins de M. A. Deville, inspecteur des Monuments historiques, et de l’abbé Langlois, décédé directeur de la maîtrise de la métropole. Plusieurs de nos derniers archevêques ont été aussi inhumés dans la chapelle de la Vierge. Des fouilles, opérées en 1838 et depuis 1866, dans l’intérieur du chœur de la Cathédrale, ont amené la découverte de vestiges de sépultures royales et de statues de nos anciens ducs.

― Sous la tour de Beurre avait été transférée l’église de Saint-Étienne, appelée la Grande-Église pour la distinguer de celle de Saint-Étienne-des-Tonneliers. C’était autrefois la paroisse de Notre-Dame, et l’une des quatre plus anciennes paroisses de la ville. Elle avait occupé primitivement, près de la place de la Calende, un terrain sur lequel la Cathédrale avait été agrandie et achevée en 1055 ; cette portion de l’édifice devint plus tard la chapelle du Saint-Esprit où se célébra l’office divin de la paroisse de Saint-Étienne, ce qui dura jusqu’en 1496, époque où, par une transaction entre les trésoriers de cette paroisse et le chapitre de la Cathédrale, l’église de Saint-Étienne fut établie sous la tour de Beurre. On en fit la dédicace en 1497, jour où l’on fit la bénédiction solennelle de la tour.

Le 1er novembre 1867, la chapelle de Saint-Étienne a été inaugurée sous le titre de chapelle des Trépassés. Un bas-relief, représentant le martyre du saint, occupe le tympan du portail voisin. Dans la vaste chapelle, qui a été restaurée depuis 1864, ont été placés deux ans après les tombeaux du président Claude Groulart et de Barbe Guiffard sa femme qui avaient été rapportés au Palais-de-Justice, dans la salle des Pas-Perdus.

― La réparation de diverses parties importantes de la Cathédrale a été entreprise depuis 1854. Le portail sud, situé sur la place de la Calende (voyez ce nom), et l’extérieur de la chapelle de la Vierge, étaient complétement restaurés en 1866. Le portail des Libraires, l’un des plus beaux monuments de l’architecture du 14e siècle (v. r. Saint-Romain), a été presque entièrement rétabli de 1855 à 1861, ainsi que l’avant-portail sur la rue Saint-Romain, dont la construction remonte à 1481. On prend des dispositions pour restaurer également la porte des Maçons, édifiée en 1613, qui a été longtemps masquée par des maisons particulières de la rue du Change, maisons que l’on démolit pour isoler complètement la basilique. Bientôt on verra même, ainsi que le font espérer l’enquête qui a eu lieu à ce sujet en 1858 et un commencement de mise à exécution de cette mesure1, tous les alentours de ce magnifique édifice dégagés des habitations qui en déshonorent l’aspect, et l’emplacement qu’elles occupent transformé en un square ou une promenade publique ornée de plantations.

Il existe dans la Cathédrale deux puits qui sont dissimulés sous les dalles du pavage. L’un est dans le chœur, l’autre est en face de la chapelle de Sainte-Cécile, dont il est séparé par un des piliers de la nef. Une opinion s’est accréditée qu’il y aurait sous le monument une étendue d’eau sur laquelle on pourrait voguer à l’aide d’une nacelle. Notre savant artiste E.-H. Langlois posa, à ce sujet, dans un journal de 1831, une question que nous ne croyons pas avoir été résolue.

― En face de la Cathédrale, au coin de la rue du Petit-Salut, sont les bâtiments de l’ancien Bureau des Finances, dont la construction fut commencée en 1509, local où le tribunal de l’Élection tenait ses audiences1. La cour des Aides fut instituée en 1370 par Charles V, et érigée en cour souveraine en 1462 ; elle siégea dans cet hôtel jusqu’en 1705, époque où elle fut réunie à la cour des Comptes, Aides et Finances, et où ce local fut abandonné aux trésoriers de France. Cet édifice, qui avait été appelé les Généraux parce que les généraux des Aides en avaient jeté les fondements, est remarquable par le style de son architecture et par son ornementation. Il a été décrit par M. E. De la Quérière2. Il renfermait une prison, qui fut incendiée le 1er février 1651 avec une quinzaine de prisonniers3. Cette maison a subi, en 1823 et en 1827, de nombreuses mutilations ; à cette dernière époque l’on supprima une demi-tourelle en encorbellement qui surmontait la porte principale.

― En 1641, des croix en pierre avaient été plantées aux deux extrémités du parvis. Ces croix ont été abattues pendant la révolution, en même temps que les murs qui fermaient la place. On y voyait encore, avant 1856, une fontaine qui avait commencé à couler en 1450, et qui fut réédifiée à plusieurs époques. Elle était placée primitivement près du portail, mais elle causa, dit Farin, dans l’hiver de 1500, le funeste accident de plusieurs personnes qui furent tuées sur les glaces durant le jubilé. On la rétablit plus au centre de la place au commencement du 16e siècle, et elle fut renouvelée en 1693. Ce dernier monument, qui était d’assez mauvais goût, fut supprimé en 1856 et a été remplacé depuis par

deux petites fontaines latérales en bronze, surmontées d’élégants candélabres pour l’éclairage de la place ; à la même époque, cette place a été dégagée des baraques qui l’encombraient et qui masquaient la vue du portail. Déjà, dès 1808, des mesures avaient été ordonnées pour débarrasser le parvis des loges dont il était obstrué, surtout aux approches du renouvellement de l’année, et en 1831 on avait fait disparaître des échopes qui encombraient les abords de cet édifice. ― Les bornes en fonte qui entourent le portail ont été placées en 1823.

Le marché aux fleurs, qui se tenait depuis longtemps sur cette place, comme un souvenir sans doute du marché aux herbes dont la création remontait à un temps immémorial, a été transféré d’abord, en 1856, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, en face de l’église Saint-Ouen, et ensuite sur la place des Carmes, où il est actuellement établi.

Le remaniement du pavage du parvis a eu lieu en 1856. Un aqueduc a été construit pour recevoir les eaux de la rue des Carmes et de celle de la Grosse-Horloge. Dans les fouilles qui ont été opérées en vue de ces travaux, des ossements ont été découverts ; ce qui n’est pas extraordinaire puisque le parvis de la cathédrale était un ancien cimetière. À diverses époques, on a trouvé, au pied de la tour de Beurre et de celle de Saint-Romain, des restes de fondations antiques et des monnaies de Néron et de Domitien1.

Cat-Rouge (rue du). = Hameau du Nid-de-Chien, route de Darnétal. ― 1re section, 5e canton, Saint-Paul. ― Faubourg Saint-Hilaire.

Il est supposable que ce nom vient du vieux mot « quarouge », qui signifie carrefour. On disait au 15e siècle le carrouge de la Chroche, pour le carrefour de la Crosse.

On attribue aussi l’origine de cette dénomination à une enseigne représentant un chat. ― D’autres personnes, enfin, ont pensé que ce nom pourrait provenir de celui d’un ancien gouverneur de Rouen, pour le duc de Bouillon, au 16e siècle.

Cauboue (rue). = Rue de Bihorel, la campagne. ― 4e section, 5e canton, Saint-Romain. ― Faubourg Beauvoisine.

C’est le nom d’un propriétaire qui a bâti dans cette rue les premières maisons. Elle a été ouverte vers 1855.

Cauchoise (boulevard). — Quais du Havre et du Mont-Riboudet, place Cauchoise. — 10e section pour les nos pairs ; 12e section pour les nos impairs ; 5e canton ; la Madeleine.

Ce boulevard a été exhaussé et dressé vers 1535, conformément à une ordonnance des échevins rendue le 25 août, pour le mettre en sa perfection. Les Affiches de Normandie de 1766 l’appellent le chemin pour aller du quai d’Harcourt à Cauchoise, et lui donnent plus tard le nom de boulevard du Vieux-Palais. Il porta aussi ceux de boulevard de Crosne et de la Préfecture. Enfin quelques personnes ont prétendu que M. de Crosne lui donna le nom de boulevard Amédée, nom qui était celui de l’un de ses enfants. En 1794, il fut appelé le boulevard de la République, et l’on nomma boulevard du Mont-Blanc la partie tendant à Bouvreuil (probablement la partie appelée aujourd’hui le boulevard de Jeanne-d’Arc).

Lorsque Louis XVI vint à Rouen, le 28 juin 1786, à son retour de Cherbourg, il n’entra point par la barrière du Mont-Riboudet, où avait été disposé un arc de triomphe. Il se dirigea par le boulevard Cauchoise, et entra dans la ville par la porte Beauvoisine.

On a trouvé en 1848, lors de la fondation d’une maison de ce boulevard, des vases de terre et de verre que M. l’abbé Cochet1 suppose avoir appartenu à des sépultures.

Cauchoise (faubourg).

Le nom de ce vaste faubourg vient de sa position vers le pays de Caux, qui fut occupé autrefois par des peuples de la Gaule appelés Calètes2.

Avant la révolution, le faubourg Cauchoise était partagé, dit l’auteur des Lettres sur Rouen, en quatre quartiers désignés sous les noms de Saint-Gervais, Saint-Protais, de la Vallée et du Quartier-Neuf. On connaît encore aujourd’hui les quartiers de Saint-Gervais, de la Vallée d’Yonville et le Quartier-Neuf surnommé la Nouvelle-Ville en 1786, à cause des belles rues et des édifices qu’il renferme. Quant au nom de Saint-Protais, il s’applique à la partie du faubourg qui avoisine Saint-Maur. Le faubourg Cauchoise

embrasse tout le territoire qui est à l’ouest de la ville, depuis les boulevards et le hameau du Mont-aux-Malades1 jusqu’à la Seine ; il comprend enfin, outre les riches quartiers de Saint-Maur et de Saint-Gervais, le magnifique emplacement de l’Hôtel-Dieu, le Champ-de-Foire aux boissons, le Pré-de-la-Bataille et ses monuments industriels, la belle avenue du Mont-Riboudet et ses immenses paturages, et les jardins potagers de la vallée d’Yonville. (Voyez ces noms.)

Cauchoise (place). — Les boulevards Cauchoise et Jeanne-d’Arc, les rues Cauchoise, Saint-Gervais et du Renard. — 8e section pour les nos 2 à 8 ; 12e section pour le reste de la place ; 5e canton ; paroisses : Saint-Gervais pour le côté droit ; la Madeleine pour le côté gauche.

On lui donna en 1794 le nom de place de Mably, qu’elle conserva peu de temps.

Cauchoise (rue). = Place du Vieux-Marché, place Cauchoise. — 8e section et 2e canton pour les nos pairs depuis la rue des Bons-Enfants jusqu’à la place ; 10e section et 1er canton, pour le reste de la rue ; paroisses : Saint-Patrice pour les nos pairs ; la Madeleine pour les nos impairs. — Quartier S.-O.

De même que le faubourg, cette rue tire son nom de sa position vers le pays de Caux2. — On lui donna, en 1794, le nom de rue de Philadelphie ; son ancienne dénomination lui fut rendue en 1795.

À l’époque de la première enceinte de la ville, elle était fermée à l’ouest par une porte appelée la porte Massacre, et qu’Orderic Vital nomme la porte Occidentale3. Cette porte était située au lieu où est actuellement l’arcade de la Grosse-Horloge. Elle fut

reportée, au 11e siècle, lors de l’établissement de la troisième enceinte, aux environs de la rue Saint-Pierre-le-Portier, ainsi appelée du nom d’une chapelle voisine, qui se trouvait bornée par les murs de la ville. Cette dernière rue fut réunie en 1794 à la rue de Fontenelle.

Vers le milieu du 14e siècle, la porte Cauchoise fut reconstruite pour la troisième fois, à quelques pas plus loin, dans le haut de la rue, entre celle des Bons-Enfants et le boulevard1, mais on n’abattit pas l’ancienne, qui ne fut démolie qu’en 1472. Toutefois, les murs de la ville furent encore conservés : un acte de tabellionage du 23 décembre 1480 fait mention d’une maison avec jardin assis en dedans de l’enclos de la ville, près les murs d’icelle, et près et hors de la porte Cauchoise.

Enfin, cette porte fut édifiée de nouveau en 1525, et exhaussée d’un étage peu de temps après. On y ajouta un fronton et des sculptures identiques à celles de l’hôtel du Bourgtheroulde. Elle était protégée par des terrasses soutenues de maçonnerie en forme de demi-lune. Sa voûte était très étroite, et deux voitures ne pouvaient passer de front. Après avoir reçu quelques travaux de consolidation en 1764, la porte Cauchoise fut démolie vers 1775. On en voyait encore des vestiges qui, ainsi que ceux de l’ancienne muraille de la ville, ont disparu depuis 1863, lors de l’établissement de la rue de l’Hôtel-de-Ville.

Lorsqu’on creusa, en 1509, les fossés de Cauchoise, du côté des Jacobins, on trouva un tombeau de pierre où était une lame de cuivre avec cette inscription : Dans ce tombeau gît noble et puissant seigneur le chevalier messire Ricon de Vallemont et ses ossements. Il fallait que ce fût un géant, car son crâne contenait un boisseau de blé, et l’os de sa jambe venait jusqu’à la ceinture de l’homme le plus grand.

Pendant les ravages de la peste à Rouen, le 23 septembre 1598, le Parlement ordonna que le transport des corps morts serait fait à Saint-Maur, lieu à ce destiné, en passant par la porte Cauchoise, à quatre heures du matin et à dix heures du soir. La duchesse de Montpensier2 fut exhortée à laisser les clés de cette

porte au doyen des échevins, lequel devait commettre un homme capable de tenir la porte ouverte aux heures désignées. Cette circonstance n’est peut-être pas restée étrangère à la dénomination qui fut donnée à l’église de Saint-Pierre-le-Portier, laquelle n’était, comme nous le disons plus haut, qu’une chapelle qui fut reconstruite et agrandie en 1531.

La rue Cauchoise est une des rues de Rouen qui conservent le souvenir des anciennes enseignes, qui, à défaut de numérotage, étaient, au moyen-âge, la marque distinctive de la plupart des maisons. On y trouve encore, outre l’impasse de la Tour-d’Argent, les cours du Panier-fleury, des Trois-Pipes, du Rat-porteur, du Petit-Écu, etc., dont les noms sont dûs à des enseignes.

Cavellier (chemin), tendant de Saint-Paul à Blosville.

Ce chemin est ainsi désigné dans un acte de tabellionage du 6 septembre 1492. C’est probablement la route de Paris, dite d’en haut, qui passe par Blosville-Bonsecours.

Célestins (rue des). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Hilaire. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Avant la suppression d’un porche qui était dans cette rue, on la nommait le porche des Célestins, ou simplement la rue du Porche1, nom sous lequel elle est inscrite dans un plan de 1784.

Le couvent des Célestins ou de Notre-Dame-du-Val, appelé aussi le Val-de-la-Vierge, fondé au milieu du 15e siècle2 par le duc de Bedfort, qui fit construire leur chapelle en 1530, fut supprimé par lettres patentes de septembre 1783 ; puis le monastère, l’église, tout fut acheté par un fripier de Rouen, qui en vendit les démolitions en 1785. L’église des Célestins, dont le Ms des Fontaines donne une vue, renfermait les tombeaux de Claude Groulart et de sa famille. Leurs restes furent portés en 1779 à Saint-Aubin-le-Cauf, où était la maison des champs de l’illustre premier président du Parlement de Normandie. En 1793, les corps des Groulart furent jetés dans une fosse du cimetière de

cette paroisse, et les sépulcres qui les renfermaient furent enlevés de l’église. Ils ont été retrouvés en 1840 et rapportés à Rouen. Après avoir été provisoirement déposés dans la salle des Pas-Perdus au Palais-de-Justice1, ces tombeaux ont été placés, en 1866, dans la chapelle de Saint-Étienne, à la Cathédrale.

Lorsque la ville de Rouen tomba, en 1562, au pouvoir des religionnaires, c’est par le couvent des Célestins qu’ils commencèrent leurs dévastations. Tous les religieux s’étaient enfuis, et les rebelles se firent, de ce monastère abandonné, un poste avantageux, à cause de sa proximité avec la porte de Saint-Hilaire2.

L’emplacement de cet ancien monastère est actuellement occupé en plus grande partie par les dépendances de l’Hospice-général.

Centrale (rue), dans l’île de la Croix. — 1re section, 6e canton, Saint-Paul.

On a donné ce nom à une rue ouverte en décembre 1855, en face du terre-plein du pont de Pierre-Corneille, par les propriétaires des terrains de l’île de la Croix, et que l’on a le projet de continuer dans le centre de cette île. Cette opération, pour laquelle on a sollicité le concours de l’administration municipale, semble actuellement entravée par des difficultés particulières dont on doit désirer la solution, dans l’intérêt des habitants comme dans celui des communications que cette rue établirait avec les bateaux affectés à la navigation de la Haute-Seine, qui déjà utilisent le contour de l’île, comme lieu d’attache ou de réparation.

Cercle (rue du). = Rue de Florence, rue de Fontenelle. — 10e section, 1er canton, la Madeleine. — Quartier S.-O.

Ouverte vers la fin du siècle dernier, cette rue occupe une partie de l’emplacement de l’Hôtel-de-Ville qui avait été projeté dans la rue de Crosne, et dont on avait commencé les fondations en 1757. Cet emplacement, figuré sur un plan de 1784, est limité, du côté de la rue Cauchoise, par une ligne arquée qui aura motivé le nom donné à la rue du Cercle.

Chaîne (rue de la). = Place de l’Eau-de-Robec, rue des Carmes. — 7e section, 3e canton ; Saint-Ouen pour les nos pairs ; la Cathédrale pour les nos impairs. — Quartier S.-E.

Lorsque les anciens fossés occupaient l’emplacement où a été bâtie depuis la rue de l’Aumône, la rue de la Chaîne se trouvait près des murs de la ville. Ainsi que d’autres rues, places et carrefours, elle était fermée par une chaîne, dont elle aura tiré son nom1. Après la reddition de la ville, en 1418, à Henri V, roi d’Angleterre, les gens du roi prirent une grande partie des chaînes qui étaient en travers des rues2. Déjà, en 1382, à la suite de l’émeute de la harelle, le roi Charles VI avait ordonné aux bourgeois de transporter au château, outre leurs armes, les chaînes qui étaient tendues à l’extrémité de chaque rue pour protéger la ville contre la cavalerie.

La rue de la Chaîne était connue sous cette dénomination au 13e siècle3 ; nous la trouvons inscrite aussi, dans divers actes de tabellionage, sous les noms de rue de la Chaisne et de la Caine (1425), rue de la Quayne (1466), qui ont la même signification. Un acte de 1330 parle d’une rue de la Cuenne ; c’est le même nom défiguré.

Cette rue a été élargie, à son extrémité ouest, aux dépens de l’église et de l’ancien couvent des Carmes, qui furent démolis à la fin du 18e siècle. C’est pour cela qu’on a donné le nom de place des Carmes à cette partie de la rue (voyez ce nom). Elle a été prolongée en 1811 jusqu’au canal de Robec, sur une partie de l’emplacement de l’ancienne abbaye de Saint-Amand, et sur des propriétés particulières.

On donna en 1774, à la rue de la Chaîne, le nom de rue de l’Union. Elle reprit son ancienne dénomination en 1795.

La fontaine que l’on voit actuellement au bord de la rue de la Chaîne, sur la place des Carmes, coulait contre la porte de l’ancienne église du couvent de ce nom, dont il ne reste plus de

traces. Elle avait été établie en 1520, et elle est alimentée par la source Gaalor.

Nous avons parlé des découvertes qui ont été faites, à diverses époques, dans la rue et la place des Carmes (voyez ce nom.) ; de nouvelles fouilles, faites en 1858 dans la rue de la Chaîne, ont mis au jour des sépultures antiques, accompagnées de médailles, de tuiles romaines, de poteries, etc.

Chambellan (rue), dans la cité Landrieu. = 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Nom donné par un propriétaire à une rue ouverte dans un nouveau quartier appelé la cité Landrieu, sur le versant nord de la montagne Sainte-Catherine.

Champ-de-Foire (rue du). = Place de la Madeleine, rue du Pré-de-la-Bataille. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Ce nom, que portait précédemment la rue appelée depuis rue du Pré-de-la-Bataille, a été donné, en vertu d’une ordonnance du 18 novembre 1833, à celle qui longe l’extrémité nord du Champ-de-Foire aux boissons.

— Ce champ de foire a été établi en 1783, en exécution d’un arrêt du Parlement de Normandie, pour les marchands de cidre qui, depuis 1656, avaient leurs celliers et leurs berceaux1 sur le port, depuis la porte Guillaume-Lion jusqu’à celle de la Poissonnerie. En 1725, les échevins voulurent transférer ces magasins derrière les Galiots (voyez rue des Espagnols), mais ils ne purent y réussir en présence de l’opposition énergique des marchands de cidre, qui firent valoir que la construction de ces magasins et l’entretien du pavage avaient été mis à leur charge. Il fallut une ordonnance du 18 juin 1785 pour les obliger à prendre possession du lieu qui leur avait été préparé dans l’avenue de la Madeleine, et pour décider qu’à l’avenir les cidres et poirés ne se vendraient qu’à ce seul marché.

L’acte de vente, en date du 15 mai 1783, des terrains nécessaires pour l’établissement du champ de foire, consentie pour le prix de vingt mille livres par les administrateurs de l’Hôtel-Dieu

aux représentants de la ville, portait, entr’autres conditions, que les loges et bâtiments à construire ne devront pas excéder la hauteur de dix pieds, pour conserver la vue et la salubrité de l’air aux malades. C’est ce qui explique l’uniformité des maisons qui composent la ligne extérieure du champ de foire sur l’avenue de la Madeleine, et dont la hauteur dépasse un peu celle qui avait été déterminée.

Une pétition, conservée aux archives municipales, constate qu’un arbre de la liberté fut planté en l’an V dans l’enceinte du champ de foire1. Cette enceinte renferme aujourd’hui, outre les magasins des marchands de cidre, des chantiers de bois à brûler et de matériaux de construction. — Une proposition, à laquelle il n’a pas été donné de suite, fut faite en 1857 par M. E. De la Quérière, de transformer ce vaste emplacement en un jardin public.

Champ-de-Mars (place du). = Le cours de Paris, la place Martinville. — 1re section, 5e canton ; Saint-Maclou pour le côté ouest, Saint-Paul pour le reste de la place. — Faubourg Martinville.

Cette place occupe une partie du lieu appelé précédemment le Pré-au-Loup (voyez ce mot), nom sous lequel il est figuré dans des plans de 1655 et de 1724. En 1781, elle fut exhaussée de huit à dix pieds de remblai pour servir de place d’armes à la caserne de Martinville, qui avait été construite en 1776 près des remparts de la ville.

Au nord de la place du Champ-de-Mars et à peu de distance de la porte Martinville, était le couvent des Augustins-déchaussés, qu’on appelait à Paris les Petits-Pères, lesquels vinrent à Rouen en 1630 et furent supprimés en 1792. Des religieux de la Congrégation de Saint-Paul-Ermite avaient été reçus en cette ville, six ans auparavant, pour soigner et confesser les pestiférés. Attaqués par des malveillants, qui usèrent de voies de fait pour les empêcher de secourir les malades et d’éventer leurs maisons2, ils cédèrent leur maison aux Augustins-déchaussés, que l’on appela

aussi les Pères-de-la-Mort, du nom qu’on avait donné à leurs prédécesseurs. Après de longues difficultés qui leur furent suscitées par les quatre ordres mendiants existant déjà dans la ville1, les Augustins-déchaussés prirent possession, en 1764, de la maison qu’ils occupèrent jusqu’au moment de leur suppression. Leur église, dont la première pierre avait été posée en 1672, reçut le nom de Notre-Dame-des-Victoires, à l’instar de celle de leur maison de Paris, en mémoire du succès des armes de Louis XIV contre les Hollandais. Leurs possessions s’étendaient jusqu’à la rue du Faubourg-Martinville, vis-à-vis de sa jonction avec celle du Quai-aux-Celliers. Les bâtiments des Augustins-déchaussés ont été, après leur suppression, appropriés à l’établissement d’une filature de coton ; l’église des Petits-Pères a servi depuis d’écurie pour la cavalerie de la garnison2.

La place du Champ-de-Mars, qui, ainsi que son nom l’indique, est consacrée aux exercices militaires, a été plusieurs fois, et à différentes époques, le théâtre des réjouissances populaires. La fédération de Rouen y eut lieu le 14 juillet 1790 ; la publication de la Constitution y fut faite solennellement en septembre 1791 ; le 24 mai 1794, à l’occasion d’une fête à l’Être suprême, qui avait été décrétée par la Convention nationale, on y éleva la Montagne, devenue célèbre à cette époque révolutionnaire, et qui fut rasée l’année suivante ; le 23 juillet 1797, Robespierre y fut brûlé en effigie, et le 4 septembre 1798 on y célébra l’anniversaire de la mémorable journée du 18 fructidor. À un demi-siècle de là on y installa, en 1859, l’Exposition régionale des produits de l’industrie.

Un baraquement pour loger de la cavalerie, composé d’écuries pour deux cents chevaux, d’un hangar, d’une forge et d’une infirmerie, a été établi au côté est du Champ-de-Mars, en face de la caserne d’infanterie. Une batterie d’artillerie en prit possession en juin 1857.

— On donna en 1794 le nom de boulevard de la Liberté au boulevard du Champ-de-Mars. Son ancien nom lui fut rendu en 1795. Depuis cette époque, il porta pendant longtemps le nom de boulevard de la Nitrière.

Champ-des-Oiseaux (rue du). = Boulevard Jeanne-d’Arc, le Mont-Renard, sur la commune du Bois-Guillaume. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

Lorsque la porte Bouvreuil existait encore entre le Vieux-Château et la rue du Cordier, la rue du Champ-des-Oiseaux commençait au carrefour de Bouvreuil. Après la suppression de cette porte de la ville, la rue Bouvreuil se trouva prolongée jusqu’au boulevard, au nord duquel commença la rue du Champ-des-Oiseaux ; mais cette rue, qui a été désignée sous son nom actuel vers la fin du siècle dernier1, était encore vulgairement appelée la rue du Faubourg-Bouvreuil, nom sous lequel elle est inscrite, dans un plan de 1817, jusqu’au carrefour formé par la rue Malatiré et la rue du Moineau, à la suite duquel elle prend le nom de rue du Champ-des-Oiseaux. Cette distinction a disparu les années suivantes, et la rue dont nous nous occupons commence actuellement au boulevard et finit à la limite de la ville. Elle fut pavée en 1825.

Les historiens ne sont pas d’accord sur l’étymologie de ce nom, que les uns écrivent chant, les autres champ des Oiseaux. Le cartulaire de Saint-Amand cite un personnage nommé Johannes Armiger de Cantu avis.2 Dans le registre des fiefs de l’abbaye de Fécamp, on trouve la désignation d’une rue du Champ-à-l’Oiselet3. Ces indications, et le nom du fief de Bouvreuil qui existait dans ce quartier, font reconnaître que l’origine du nom de la rue ou du chemin du Champ-des-Oiseaux est très ancienne, et que, dans les temps reculés où les faubourgs de Rouen et même une partie de la ville étaient composés de champs et de forêts4, ce quartier était remarquable par la quantité ou par le

genre d’oiseaux qui s’y réunissaient et y faisaient entendre leurs chants.

Il y avait dans cette rue, avant 1792, trois communautés religieuses.

Les Carmes-déchaussés1, de la réforme de Sainte-Thérèse, vinrent à Rouen en 1624. Ils éprouvèrent de grandes difficultés pour s’établir. Ils avaient pris possession, sans la permission du Parlement, d’une maison de la rue Saint-Patrice, sur la porte de laquelle ils avaient fait placer une croix ; le 6 mars 1624, il leur fut enjoint de sortir de cette maison dans les vingt-quatre heures, et de se retirer en tel monastère qu’ils aviseraient ; ils se cantonnèrent dans plusieurs communautés ; les Carmes refusèrent de les recevoir. Après avoir surmonté bien des obstacles qui leur étaient suscités par les quatre ordres mendiants déjà institués, les Déchaussés achetèrent une maison à l’entrée du faubourg Bouvreuil (dans la rue du Champ-des-Oiseaux), où ils fondèrent leur monastère en 1638. La première chapelle de leur couvent avait été bâtie en 1635 ; le 20 novembre 1643 fut posée la première pierre de leur nouvelle église, qui reçut les noms de Saint-Joseph et de Sainte-Thérèse ; reconstruite en 1679 des libéralités de la famille de Becdelièvre, elle fut dédiée solennellement en 1682, et a été mise, en 1791, après la suppression du monastère, au nombre des succursales de Rouen, sous le nom d’église Saint-Romain ; fermée peu de temps après et rendue en 1802 au culte catholique, elle fut mise vers 1829 au rang des églises paroissiales.

L’église Saint-Romain, qui possède de belles peintures, provenant des églises supprimées de Saint-Étienne-des-Tonneliers et de Saint-Martin-sur-Renelle, ainsi que de la chapelle Saint-Maur, mérite d’être remarquée par la beauté de sa coupole et de ses vitraux. Le clocher, qui était en forme de lanterne vitrée, a été remplacé en 1805 par le clocher actuel. Le portail avait été gratté en 1824 et orné d’un cadran ; il a été de nouveau restauré en 1869 ; des statues en plâtre qui décoraient la façade ont été remplacées par de belles statues en pierre représentant sainte Thérèse et saint Joseph, patrons de l’ordre de Carmel qui avait fondé l’é-

glise ; saint Romain, patron de la paroisse, et saint Jacques. Le maître-autel est formé d’un sarcophage en marbre rouge dans lequel a été renfermé en 639 le corps du saint évêque, et qui était primitivement dans la crypte de Saint-Godard ; il fut apporté à Saint-Romain le 20 février 18041. Les fonts baptismaux appartenaient à l’église de S.-Étienne-des-Tonneliers ; leurs ornements, faits en 1500, représentaient la vie de Jésus-Christ : ils furent brisés en 1562 par les Calvinistes, et l’on n’a pu en sauver que le couvercle que l’on voit à Saint-Romain.

Les Récollets2, qui dès l’an 1621 s’étaient logés près de la chapelle Saint-Yves, au faubourg Saint-Sever, établirent en 1630, non sans quelques difficultés de la part du Parlement, leur monastère dans une place appelée la Bouverie, qui appartenait aux seigneurs de ce nom et faisait peut-être partie du fief de Bouvreuil3.

Les Récollets étaient des religieux réformés de Saint-François ; leur dénomination venait de ce qu’ils n’admettaient dans leur ordre que ceux qui avaient l’esprit de recueillement4. La première pierre de leur église fut posée en 1633, et elle fut dédiée en 1658, sous le nom de Notre-Dame-des-Anges. Ce monastère a été supprimé en 1790 ; l’emplacement qu’il occupait est celui où se fixèrent les Sœurs de la Providence, dites les maîtresses des Écoles gratuites et charitables du saint Enfant Jésus, qui depuis ont fait construire le vaste établissement qu’elles occupent dans la même rue, au coin de celle du Moineau, et y ont élevé une chapelle dédiée en 1857. Cette communauté, fondée par le R. P. Nicolas Barré, religieux minime, était venue à Rouen dès 1666, dans la vue d’enseigner gratuitement aux filles pauvres la lecture et l’écriture, et avaient précédemment résidé dans la rue de l’Épée. Supprimées en 1792, les dames de la Providence revinrent à Rouen occuper une maison de la rue du Champ-des-Oiseaux,

et s’établirent en 1825 dans l’ancien local des Récollets, où l’on voit encore la chapelle qu’elles avaient fait édifier. L’ancien emplacement des Récollets est occupé actuellement par un établissement hydrothérapique fondé par le Dr Bottentuit.

Un peu au-dessous de l’église Saint-Romain, on voit encore les restes d’un couvent qui fut habité d’abord, depuis 1646 jusqu’en 1742, époque où ces religieuses furent incorporées avec celles de Belfonds, par les filles Bénédictines du Val-de-Grâce, malgré les difficultés que leur suscitèrent les Carmes-déchaussés. Le cardinal de Larochefoucauld y transféra ensuite une maison de retraite pour les vieux prêtres, sous le titre de séminaire de Saint-Louis, qui avait été fondé antérieurement dans la paroisse Saint-Nicaise. La chapelle de cet établissement, où l’on mit plus tard une école d’enseignement mutuel, fut dédiée en 1766. La communauté dite des Vieux-Prêtres a été supprimée en 1792.

— On a donné en 1794 à la rue du Champ-des-Oiseaux, commençant alors à la porte Bouvreuil, le nom de rue du Mont-Blanc ; elle reprit en 1795 son ancienne dénomination.

— Il existe dans cette rue, à gauche, au-dessus de la rue Malatiré, à la suite de l’impasse Deseveaux et de la rue du Clos-Thirel, une impasse sans nom que l’on désigne vulgairement sous le nom d’impasse du Champ-des-Oiseaux. (Voyez aussi passage Duboc.)

Champ-du-Pardon (rue du). = Rue d’Ernemont, route de Neufchâtel. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

Un champ placé en dernier lieu entre la route de Neufchâtel et la rue d’Ernemont s’appelait le Champ-du-Pardon1, et même le Clos-Pardon. Il s’étendait, au 11e siècle, jusqu’à l’église Saint-Godard, alors hors de la ville, et portait antérieurement le nom de la vigne du Pocheron2.

C’est en ce lieu que se tenait autrefois la foire dite du Pardon

de Saint-Romain ou simplement du Pardon1. Voici dans quelle circonstance elle fut établie. En 1079, Guillaume-Bonne-Âme, archevêque de Rouen, fit transporter le corps de saint Romain de l’église de Saint-Godard à la Cathédrale ; puis il institua, à cette occasion, la procession « du corps saint », ainsi nommée parce que, le dimanche des Rameaux, le clergé de la Cathédrale allait processionnellement chercher le corps saint (un ciboire avec une hostie consacrée la veille) qui avait été porté à Saint-Godard, et le rapportait en triomphe à la Cathédrale. Lorsque cette procession était arrivée vers la Crosse, au lieu où était anciennement la porte de Sainte-Appoline, elle s’arrêtait à un reposoir que le propriétaire d’une maison voisine de la rue de l’Aumône (la rue des Fossés-Louis VIII), était tenu de faire tous les ans. De là la procession se rendait à la Cathédrale. Le prélat avait obtenu du pape des indulgences, ou pardons, pour ceux qui assisteraient à cette cérémonie. L’église Saint-Godard étant trop petite pour contenir le peuple qui y arrivait de toutes parts, la prédication eut lieu dans le champ qui était entre l’église et la montagne, et qui fut alors appelé le champ du Pardon (ou des Indulgences). L’année suivante, la foire Saint-Romain fut établie dans ce lieu, où elle se tenait encore en 1785. Elle se tient actuellement sur les boulevards, depuis la place Cauchoise jusqu’au Boulingrin.

On donnait, au 14e siècle, le nom du Mont-de-la-Justice à la partie du Champ-du-Pardon où étaient placées les fourches patibulaires, qui, en 1359, étaient désignées sous le nom des Eschielles de la justice de Rouen. Il y avait aussi à Bihorel (voyez ce nom) un lieu pour les exécutions. Dans le Champ-du-Pardon furent décapités, nuitamment, en 1355, par ordre et en présence du roi Jean, quatre seigneurs de la suite de Charles-le-Mauvais, le comte d’Harcourt, Jean de Graville, le sire de Maubué et Colinet Doublet, faussement accusés de trahison. Ils furent réhabilités plus tard par le roi de Navarre. (Voyez rue Morant.)

En 1794 on donna au Champ-du-Pardon le nom de Champ-de-la-Montagne, et à la rue du Champ-de-Pardon, connue également sous le nom de rue des Dames-d’Ernemont, celui de rue de la Montagne ; on l’appela ensuite rue de la Somme. Puis l’une et l’autre reprirent leur ancienne dénomination en 1795.

— Dans la rue du Champ-du-Pardon était une impasse qui a été continuée, sous le nom de petite rue du Champ-du-Pardon, jusqu’à la rue appelée depuis peu de temps la rue Delafosse. Elle ne porte pas d’inscription. Nous proposons de lui donner le nom de Guillaume-Bonne-Âme, en mémoire de l’institution du Champ-du-Pardon.

Champs (rue des). = Rue Orbe, boulevard Beauvoisine. — 2e section ; 2e canton pour les nos impairs depuis la rue du Clos-des-Marqueurs jusqu’au boulevard ; 4e canton pour le reste de la rue ; Saint-Nicaise. — Quartier N.-E.

Dans les registres du tabellionage du 15e et du 16e siècle, le nom de cette rue a subi des variations assez bizarres, par suite d’une diversité d’orthographe due à la manière dont il était prononcé. Ainsi, la rue des Champs s’est appelée la rue des Camps1, du Camp, dont on a fait Quen puis Queen, Quien ou Quyen2, et même Chien et Chiens. Ces dernières dénominations se trouvent dans des actes de 1461, 1480 et 1527, concernant une rue située dans la paroisse Saint-Vivien. D’autres actes citent, dans le voisinage de la rue Poitron, les autres noms que nous venons de mentionner, et qui de prime abord semblent devoir s’appliquer à la rue des Champs ; il y a lieu de croire, néanmoins, qu’il y avait aussi près de la rue des Champs une autre rue aux Chiens, qu’on appelait par corruption la rue aux Quiens, et dont il est parlé dans un acte du 2 juin 1525 relatif à un jardin de deux vergées sis en la rue des Champs, b. d’un bout ladite rue, et d’autre bout la rue aux Quiens. Un autre acte de 1521 ajoute, à cette même désignation d’abornement : tendant à une rue qui va à la rue Coquereaumont. Enfin nous lisons, à la date du 24 mai 1529 : Une maison et jardin, en la paroisse de Saint-Vivien, en la rue des Champs, bornés d’un bout la rue du Coullombier, d’un bout la rue des Champs, et d’autre bout la rue des Chiens.3 Ces abornements permettent de supposer que cette dernière rue des Chiens aurait été celle qui reçut le nom de rue des Capucins après l’arrivée de ces religieux, c’est-à-dire la partie de la rue qui tend de la rue Poitron au boulevard.

Un acte du 18 octobre 1489 fait mention d’un héritage situé au haut de la rue Coquereaumont, borné d’un côté la rue tendant de la Cage à Coquereaumont, et d’autre bout la rue aux Quiens. Plusieurs actes, enfin, parlent d’une allée commune qui, avant l’établissement des Capucins, occupait l’emplacement où est aujourd’hui la rue Daliphard ; c’est cette voie commune que l’acte de 1489 désigne comme étant la rue tendant de la Cage à Coquereaumont.

Le nom de la rue des Champs provient évidemment de ce que c’était primitivement un chemin conduisant aux champs, à l’époque où les hauteurs de la ville n’étaient encore composées que de jardins, clos et terres en campagne ; on les désignait par les noms de leurs propriétaires ou par le lieu de leur situation. Tels sont les noms de Camps Briquet, dans le faubourg Cauchoise, acte de 1422 ; de Clos-d’Aubevoie, acte de 1431 ; de Camps ou Champs-Maillets, de Champ-des-Oiseaux, de Camps ou Champs-aux-Arbres, du Régent, de Saint-Nicaise1, etc., dont nous avons eu l’occasion de parler. (Voyez au mot Camps.)

À l’extrémité de cette rue, vers le boulevard, existait, au 15e siècle, une porte appelée la porte des Champs ou la fausse porte de Saint-Romain, qui conduisait au val de la Jatte. Elle fut fermée en 1453, époque où furent établis les boulevards qui l’environnent, pour fortifier la ville, dit T. Duplessis : le premier dans le fossé Saint-Hilaire, le deuxième dans celui de Beauvoisine, qu’on appela le fort Saint-Louis, le troisième près de la porte Bouvreuil, et le quatrième près de celle de Cauchoise.

Auprès de cette fausse porte de Saint-Romain, sous une partie de la chaussée du boulevard, était un souterrain fermé, à son extrémité au nord, par une arcade dont la disposition supposait l’emploi d’une sarrasine ou herse. De là probablement le nom de la ruelle du Puys-de-la-Herche, dont il est fait mention dans un acte du 7 déc. 1560, concernant une maison et jardin bornés d’un côté la rue ainsi nommée, et d’autre côté, la rue de la Cage. On entrait dans ce souterrain, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur, par les caves d’une petite maison située à gauche en descendant. Cette entrée est actuellement supprimée,

et le souterrain dont il est question a été coupé par le passage du chemin de fer de Paris.

La rue des Champs était fermée depuis 1789, comme les autres rues aboutissant au boulevard, par une barrière d’octroi, qui a été reculée depuis plusieurs années.

Champs-Maillets (rue des). = Rue des Bons-Enfants, rue Saint-Patrice. — 8e section, 2e canton, Saint-Patrice, — Quartier N.-O.

On trouve, dans les anciens titres, ce nom écrit de diverses manières. Une charte du 13e siècle porte : In vico de Mayet. Un acte de tabellionage du 23 nov. 1481 concerne un héritage assis aux Champs-Mahiets, d’un côté par devant la rue de la Hoterie (voyez rue Saint-Patrice), et par derrière les dits Champs-Mahiets, par. Saint-Patrice. Dans un titre de 1565 on lit : Tennement nommé le Clos-Mahiels, aultrement rue des Petits-Changes1, d. b. le fro et pavement du roi. La rue du Clos-des-Mahietz, paroisse Sainte-Croix, est citée dans un acte de 1654. D’autres actes portent : rue des Camps ou des Champs Mahiers ou Mahietz (1678, 1714, 1736), des Camahiers ou Camayers (1745). Enfin, dans deux plans du 16e siècle, il est écrit Cosmaies2.

Le véritable nom de cette rue est rue des Champs-Maillets ; il vient de champs appartenant à une famille nommée Maillet, qui paraissaient s’étendre entre cette dernière rue et la rue Porte-aux-Rats, et sur lesquels la plupart des maisons de l’ancienne paroisse de Sainte-Marie-la-Petite (dans la rue des Bons-Enfants), ont été bâties. Farin cite un personnage nommé Maillet-Deschamps. Le Tableau de Rouen pour 1777 dit que3 l’étendue de la paroisse de Sainte-Marie-la-Petite était formée des campagnes adjacentes, où les sieurs Maillet possédaient beaucoup de terres.

On appelait aussi rue Mahiet, une rue allant de Saint-Patrice à Sainte-Croix4 ; c’est la rue des Champs-Maillets actuelle, qu’on

désigne autre part sous le nom de grande rue des Champs-Maillets, à cause de la rue Porte-aux-Rats, qu’on appelait autrefois la petite rue des Champs-Maillets.

En 1389, par une délibération de l’Hôtel-de-Ville, une hanse1 est donnée aux Bons-Enfants pour faire la clôture de la vide-place appelée Mahiet. Un acte de tabellionage de 1488 est relatif au lieu appelé les Champs-Mahiet, nommé aussi le Porche-Mauduit. (Voy. rue Porte-aux-Rats.)

— Les Affiches de Normandie de 1782 citent un tènement de maisons, sis aux Champs émaillés (c’est-à-dire aux champs ès-Maillets, ou appartenant aux Maillets. Cette locution est employée en Basse Normandie), vulgairement nommé la Petite-Galère, en la rue Saint-Patrice. Ce ne peut être qu’une corruption du vrai nom de la rue2.

Chandelier (impasse).

Cette impasse, dont il est question dans un acte de tabellionage, était située près de l’endroit où fut établi plus tard l’Hospice-général, dans la paroisse Saint-Vivien.

Change (rue du). = Place de la Calende, place de la Cathédrale. — 7e section, 3e canton ; la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Le nom de cette rue vient des orfèvres et changeurs3 qui s’y sont établis et qui occupaient aussi le plus grand nombre des maisons du parvis de Notre-Dame (voy. place de la Cathédrale). Elle avait porté, au 14e siècle, le nom de rue de la Fèvrerie, dû à la même origine, puis celui de la rue de la Calende4, sous lequel elle est inscrite dans un plan de 1724. M. A. Chéruel dit qu’elle s’appelait, en 1366, la rue de la Poulaillerie5.

Suivant un acte de tabellionage du 30 mars 1502, elle aurait été appelée aussi la rue des Petits-Changes. Ces petits changes

étaient, dit Farin1, des boutiques d’orfèvres placées depuis le pied de la tour de Beurre jusqu’au portail de la Calende. Ils furent abattus en 1508, par les ordres du roi Louis XII, et remplacés depuis par des maisons beaucoup plus hautes, et dont le moindre inconvénient était de masquer la Cathédrale de ce côté. La ville se met en mesure de les exproprier, pour isoler complètement cet édifice.

Dans la rue du Change était la jolie église de l’Hôtel-Dieu de la Madeleine, qui fut démolie en 1764, et sur l’emplacement de laquelle des maisons ont été bâties. Lors de la mise en vente des matériaux et de l’emplacement de cette église, ainsi que des autels en marbre, des stalles, cloches, vitraux, etc., qui en dépendaient, trois citoyens de Rouen se réunirent pour rendre à l’Hôtel-Dieu, transféré au Lieu-de-Santé, les décorations qui ornaient l’église de la rue du Change2.

Chanoines (rue des). = Rue Saint-Romain, rue Saint-Nicolas. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Cette petite rue, voisine de la Cathédrale et de l’archevêché, était habitée par plusieurs chanoines. C’est de là qu’elle a pris son nom. Dans les registres capitulaires, il est question, à la date du 11 déc. 1598, du passage de la petite rulette des Chanoines, au devant du côté de la grande porte de l’archevêché.

On trouve, dans un acte de tabellionage du 8 août 1478, la mention suivante : maison bornée d’un côté l’héritage des Chapelets du Saint-Esprit, d’un bout par devant le pavé de la rue du Four-du-Chapitre, en la paroisse de Saint-Nicolas-le-Painteur. L’hôtel des Chapelets était situé, comme la rue des Chanoines, entre les rues Saint-Romain et Saint-Nicolas. Il se peut que la désignation de la rue du Four-du-Chapitre soit provenue de l’existence d’une boulangerie à l’usage de l’hôtel du Saint-Esprit, l’une des dépendances du chapitre de Notre-Dame.

On donna, en 1794, à la rue des Chanoines, le nom de rue du Caporal ; elle reprit sa précédente dénomination en 1795. — Il y a dans cette rue une école pour l’instruction des jeunes filles, dirigée par les Sœurs de la Miséricorde. Cette maison a été fondée

par M. l’abbé Picard, ancien curé de la Cathédrale, décédé en 1867.

Chantereine (rue). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Hilaire. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Chantereine était une ancienne maison de plaisance des ducs de Normandie, où fut bâti, au 15e siècle, l’hôtel du Joyeux-Repos, lequel fut donné par le duc de Bedfort à la communauté des Célestins, qui vinrent s’y installer en 1445. (Voy. rue des Célestins.)

Dans les nomenclatures du 18e siècle, cette rue est désignée ainsi : L’endroit par où l’on descend au moulin Chantereine. Elle était néanmoins connue dès le 15e siècle sous le nom qu’elle porte aujourd’hui. Des actes de tabellionage de 1424 à 1428 mentionnent l’enclos ou la vide-place nommée Chanterayne, bornée par les murs de la ville et par la rue de Chanterayne. Ce même nom lui était donné dans un titre de 13651.

Nous ne savons s’il faut attribuer l’origine du nom de cette rue à « chant de raine, » du mot latin « ranæ, » grenouilles, dont les chants se faisaient entendre dans les endroits marécageux, ou au souvenir de ces paroles : Chantez, reine, voici la terre ! dites par un matelot à la femme de Guillaume-le-Conquérant, pour lui annoncer le terme de son voyage ; circonstance qui donna lieu, dit-on, à la fondation de la chapelle de Notre-Dame-du Vœu, à Cherbourg.

Chantiers (avenue des). = Rue Lafayette, rue de Grammont. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg du même nom.

Ce nom, inscrit sur un plan de 1868 pour une ligne partant de la rue Lafayette et rejoignant, à travers les prairies de Grammont, la rue de ce nom, où elle arrive par un retour d’équerre en face des Abattoirs, paraît n’être encore qu’à l’état de projet ; elle doit faire partie du nouveau quartier Saint-Yves, dont les propriétaires ont fait, à l’administration municipale de Rouen, l’offre de céder gratuitement un emplacement propre à l’installation d’un marché pour les bestiaux, qui aurait, par la rue pro-

jetée, un débouché facile sur l’établissement des Abattoirs publics.

Entre cette rue projetée et les maisons des rues Pavée et de Grammont, était, au 17e siècle, la promenade appelée le Mail (voy. rue Saint-Sever), dont on pourrait conserver le souvenir en donnant à l’avenue des Chantiers le nom de rue du Mail.

Chapelle-Saint-Jean et Sainte-Catherine (rue de la), en la paroisse Saint-Nicaise.

Ce nom est cité dans un acte de tabellionnage du 5 janvier 1424 ; nous ne savons à quelle rue il se rapporte. Il y a, dans l’église de Saint-Nicaise, une chapelle de Sainte-Catherine, qui fut fondée en 1387 par M. de Croixmare, seigneur de Saint-Jean-du-Cardonnay.

— Un acte de 1396 cite également le capellage de Saint-Jean-Baptiste, en la paroisse de Saint-Maclou, où se trouve aussi une chapelle fondée sous ce vocable en 1248.

Chapellerie (rue de la).

C’est le nom d’une rue qui longeait la place de la Cathédrale avant la démolition des murs qui entouraient le parvis. C’était, ainsi que son nom l’indique, le lieu qu’habitaient les chapeliers, qui avaient leur confrérie à la paroisse de Saint-Herbland1. Elle tendait de la rue de l’Albane, actuellement des Quatre-Vents, à celle des Carmes. Un acte de tabellionage, du 5 août 1460, mentionne une maison dans la rue de la Capellerie, devant le cimetière de la grande église de Notre-Dame, sur la paroisse de Saint-Herbland. Un acte de 1360 la cite sous le nom de chemin de la Capellerie.

Nous avons dit, à l’article de la place de la Cathédrale, que sur le parvis étaient édifiées deux croix en pierre ; l’une d’elles était la croix du port Morant. Un acte de 1522 désigne un héritage auprès de la croix ainsi appelée, borné par la rue qui est au long de l’aître de l’église Notre-Dame, vers la tour Saint-Romain, nommée la rue de la Capellerie. Un autre titre de 1567 cite une rue de la Chapelle sortissant à la rue Grand-Pont, paroisse Saint-Erblanc.

Avant 1793, les maisons de la rue de la Chapellerie étaient

garnies d’avant-soliers à piliers de pierre, sous lesquels se tenait un marché à la volaille, lequel a été transféré depuis à la place Saint-Éloi, et de là à celle de la Rougemare.

Chaperon (rue et porche du). = Rue Blanche, rue Eau-de-Robec. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Ce nom est inscrit : rue du Caperon, dans les anciens plans. Nous trouvons, dans un acte de 1460, une rue du Ruissel-du-Capperon qui semble devoir s’appliquer à la rue du Chaperon actuelle. Un autre acte de 1460 parle d’un héritage situé en la rue du Ruissel-du-Capperon et en la rue de Bougerue (actuellement la rue Blanche). Il y avait près de là une ancienne enseigne du Chaperon1, et il s’y trouve encore un ruisseau dont nous parlons à l’article de la rue Bourgerue. — On appelle porche du Chaperon une ruelle actuellement fermée, qui est située en face de la rue du Chaperon dans la rue Blanche.

Charrettes (rue des). = Place Corneille, au bas de la rue Grand-Pont, boul. Cauchoise. — 9e section, pour les deux côtés depuis la rue Grand-Pont jusqu’à celle de la Vicomté ; 10e section, de là jusqu’au boulevard ; 1er canton ; paroisses : la Cathédrale, jusqu’à la rue Nationale ; Saint-Vincent, de là à la rue d’Harcourt ; la Madeleine, pour le reste de la rue. — Quartier S.-O.

Avant le 17e siècle, la rue des Charrettes avait été divisée en plusieurs rues qu’on trouve réunies en une seule dans le plan de 1655. Il y avait, entre la porte Grand-Pont et celle du Crucifix, vers le lieu appelé aujourd’hui la rue de la Comédie, une porte qui fut désignée sous les divers noms de la Poissonnerie, de la Petite-Boucherie et de porte aux Charretiers. C’est de là que la rue des Charrettes a pris son nom. Elle est indiquée dans divers actes de tabellionage sous ceux de rue aux Carettes (25 avril 1494) et de rue aux Charretiers (19 avril 1502). Dans d’autres actes de 1479 et de 1482 on l’appelle la rue de la porte aux Charretiers tendant du bout du pont à l’église des Cordeliers ; de 1424 à 1461 on l’appelait la rue de la porte aux Carretiers de la ville. Dans le Ms. des Fontaines, la rue des Charrettes est di-

visée en deux parties jusqu’à la rue Harenguerie ; l’une appelée la rue qui va au bout du pont, la seconde la rue qui va à la Vieille-Harenguerie. Le nom de rue des Charrettes lui est donné pour la première fois dans un acte du 19 juillet 1566.

La partie de la rue qui est comprise entre la rue des Cordeliers et la rue Harenguerie ou celle de la Vicomté, paraît avoir porté le nom de rue aux Noix : un acte de tabellionage de 1427 parle d’une maison sise dans une rue ainsi nommée, bornée par la rue Ancrière et la rue par où l’on va aux Cordeliers. Dans un autre acte du 23 décembre 1485, il est parlé d’un héritage sis en la rue aux Noix, tendant du monastère des Cordeliers à la Vieille-Harenguerie, bornée d’un bout par derrière le canal de la Seine, les murs de la ville séant dessus. Dans un autre titre, on lit : la rue de la Vieille-Harenguerie tendant aux Cordeliers.

D’autres actes du 15e siècle font mention d’une maison bornée par le cours de la Renelle et d’un bout par devant la rue tendant du bout du pont au Palais, puis d’un hôtel de la couronne, en la paroisse Saint-Vincent, borné d’un bout le canal de la Seine, et d’autre bout la rue qui mène des Cordeliers au palais. Le nom de rue du Palais est également donné, dans un acte de 1463, à la partie de la rue qui avoisinait le Vieux-Palais, sans qu’on puisse toutefois préciser le point d’intersection, car on trouve ensuite, en 1477, la mention de la rue de devant le pont de Tiretaigne, se rapportant à un pont qui couvre un égoût placé à l’ouest des magasins de l’entrepôt de la douane, entre la rue Herbière et la rue Saint-Éloi, et qui est encore vulgairement appelé le Pont-aritaine.

Le 15 juin 1528, il est aussi parlé de la vente d’une maison sise en la rue Taritaine sur la paroisse Saint-Éloi, c’est-à-dire dans le quartier qui avoisinait cette ancienne paroisse.

L’emplacement sur lequel ont été bâtis les magasins de l’entrepôt est figuré, dans le plan de Gomboust de 1655, comme formant une vide-place importante qui s’étendait entre les rues de la Vicomté et de Saint-Éloi. Là était, au 11e siècle, si l’on en croit une chronique, un pont appelé Taritaine1 qui unissait l’île de Saint-Clément à la terre ferme. Il se pourrait que le nom de

« tiretaigne » appliqué à cet endroit isolé, dont on aurait fait Taritaine, eût quelque analogie avec « tirelaine », vieux mot qui signifie voleur.

La rue des Charrettes, qui s’arrêtait à la place Henri IV, a été continuée jusqu’au boulevard, dans les premières années du 19e siècle, sur une partie de l’emplacement du Vieux-Palais, sous la dénomination de rue prolongée des Charrettes, ou de rue des Charrettes-prolongée.

Le théâtre des Arts est situé à l’entrée de la rue des Charrettes, à l’angle de la rue Grand-Pont (voyez ce nom). Il a reçu à diverses époques des améliorations ; une issue a été pratiquée sur le port à l’époque de la création de la promenade appelée depuis le cours Boïeldieu.

Une autre salle de spectacle, qui fut abandonnée quelque temps après l’ouverture du théâtre des Arts, occupait, dans la rue des Charrettes, en face de la rue Herbière, l’emplacement où l’on a ouvert la cour des Entrepôts. (V. au mot Jeux-de-paume.)

Le palais des Consuls, où siégent la chambre et le tribunal de Commerce, et dont le rez de chaussée est affecté à la réunion des commerçants, a une de ses portes d’entrée sur la rue des Charrettes. (Voyez Consuls.) — Dans la même rue, près de celle de l’Impératrice, a été créé en 1866 le Lloyd Rouennais, cercle commercial où sont réunis les renseignements intéressant le commerce et l’industrie, et où se traitent les affaires de place.

La fontaine dite des Cordeliers, qui est placée vis-à-vis des Consuls, au coin de la rue Nationale, est une des plus anciennes de la ville. Sa création date de 1257. Elle est alimentée par la source d’Yonville.

Chartreux (avenue des), ou boulevard Saint-Julien.

Chartreux (passage, place et rue des).

Ces différentes dépendances du vaste enclos des Chartreux forment la limite entre la ville de Rouen et la commune du Petit-Quevilly. Actuellement morcelé et percé de rues, cet ancien parc, dont l’étendue était assez considérable, tire son nom de la communauté des Chartreux qui, après la destruction en 1597 de l’abbaye de Sainte-Catherine, vinrent s’établir dans l’ancienne léproserie de Saint-Julien, appelée précédemment la salle aux Pucelles, et qui s’en rendirent acquéreurs en 1667. En 1682, les

religieux de la chartreuse de la Rose1 se réunirent à la nouvelle chartreuse de Saint-Julien, et ils construisirent une église qui était achevée depuis peu d’années seulement, quand la révolution de 1789 arriva et en causa la destruction. L’emplacement de cette église est actuellement occupé par une fonderie de métaux.

Les dépendances et les propriétés de l’abbaye furent vendues en 1793, et produisirent au delà de 1,300,000 fr.

M. G. Lecointe, qui, depuis cette époque, est devenu acquéreur de l’ancien parc des Chartreux, établit en 1843, dans son enceinte, une maison correctionnelle sous le titre de Colonie agricole, horticole et industrielle du Petit-Quevilly. MM. G. Lecointe et Duhamel avaient, en 1835, fondé dans la maison de détention de Bicêtre une école de moralisation, sous les auspices d’une société de patronage, et à laquelle succéda la création de la colonie agricole. Cet établissement philanthropique, qui était dirigé par MM. Lecointe père et fils, a été fermé à la fin de 1865, sur la demande de son fondateur. Quelques-uns des jeunes détenus ont été rendus à leur famille, et le plus grand nombre a été transféré dans un pénitencier agricole du Morbihan.

On voit encore, dans l’emplacement de l’ancien parc des Chartreux, la chapelle qui avait fait partie de l’ancien prieuré de Saint-Julien (voy. ce nom). Conservé et restauré par M. G. Lecointe, ce précieux monument de l’art du 12e siècle, ce vénérable joyau de l’architecture normande, a été rendu au culte en 1843, et a servi de chapelle à la colonie agricole. Offerte en don, en 1867, à la commune du Petit-Quevilly, par son ancien propriétaire, cette chapelle a été classée le 22 juin 1869 au rang des monuments historiques, et sert actuellement d’annexe à la paroisse de cette importante commune.

— Comme nous l’avons dit, une partie seulement des Chartreux est sur le territoire de la ville, qui est néanmoins propriétaire des plantations dont sont ornées les promenades et avenues portant les divers noms d’Elbeuf, de Stanislas-Girardin, de Saint-Julien et de Sainte-Marie. — Le passage des Chartreux relie la rue ou avenue de Saint-Julien à celle des Limites. Il est aussi connu vulgairement sous les noms de rue de la Corderie ou de passage de la Fonderie, et aboutit à une rue des Fonds qui dépend du Petit-Quevilly.

Chasselièvre (rue et impasses). = Place Saint-Gervais, rue du Tronquay. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue n’était d’abord qu’un chemin tendant de la place Saint-Gervais à la croix d’Yonville, et qu’on appelait, en 1788, la sente de Saint-Gervais au Mont-Riboudet ; il fut prolongé, vers 1795, à travers l’ancien cimetière de Saint-Gervais. Le reste de cette sente vient aboutir en équerre à la grande rue du même nom et à celle des Forgettes. Dans un plan de 1782, il comprenait en outre la partie de l’ancienne rue des Grosses-Pierres (rue Flaubert) qui descend de la rue des Forgettes à celle du Renard.

On appelle chasses, en Basse-Normandie, les petites rues et les chemins. Il se pourrait que le nom primitif de cette rue ait été la chasse au Lièvre, si toutefois il n’est pas provenu d’une enseigne.

Il y a, dans cette rue, quatre impasses portant le nom d’impasses Chasselièvre, nos 1, 2, 3 et 4. Il serait utile, pour prévenir des erreurs, de leur donner d’autres dénominations, avec d’autant plus de raison que beaucoup de constructions s’élèvent dans ce quartier.

— On appelle petite rue Chasselièvre une rue qui vient aboutir en forme d’équerre à la petite rue Saint-Gervais, et qui, sur un plan de 1817, est indiquée sous le nom de retour de la rue Chasselièvre.

Chassemarée (rue et impasse). = Rue Saint-Maur, rue Crevier. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

Elle a dû prendre son nom de sa position sur le passage des maréyeurs qui arrivaient par l’ancienne route de Dieppe, en passant par le Mont-aux-Malades et la rue Saint-Maur. On les appelait autrefois des Chasse-marée, désignation qu’on trouve dans une requête au Parlement, en date du 4 août 1611. À Fauville, la route d’Étretat à Rouen est vulgairement appelée le chemin des maréyeurs ou des chasse-marée1.

Chat-Rôti (rue du), citée par Du Souillet.

Ce devait être une de ces petites rues qui aboutissaient à la rue de la Savonnerie, dans la même direction que la rue de la Tuile, et qui ont été supprimées lors de l’établissement de la place des Arts, ou de l’élargissement du bas de la rue Grand-Pont.

Châtelet (le Grand et le Petit-).

C’est le nom de deux fermes situées dans la 4e section, paroisse Saint-Romain, vers les limites de la ville, sur la commune de Saint-Martin-du-Vivier. On y arrive par la rue et le chemin des Sapins. La ferme du Grand-Châtelet est aussi connue sous le nom de Beaurepaire. (Voyez ce nom.)

Chaudron (rue du). = Rue de la Grande-Mesure, rue du Ruissel. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

La rue du Chaudron a vraisemblablement porté, au 14e et au 15e siècle, le nom de rue du Sac ou au Sac. On trouve, dans les registres du tabellionage, nombre d’actes se rattachant à des immeubles situés dans une rue ainsi appelée, et indiquant pour limites la rue du Ruissel, le cimetière de Saint-Maclou, la rue Damiette, l’Eau-de-Robec (la place). Un acte du 19 mai 1485 concerne une maison ayant un huis pour isser en l’aître du cimetière Saint-Maclou, bornée d’un côté la rue au Sac.

Il y avait des étuves dans cette rue1, qui s’étendait sur les paroisses de Saint-Maclou et de Sainte-Croix-Saint-Ouen, et dans laquelle aboutissait une ruelle de l’Arbalestre, qui forme actuellement la continuation de la rue des Ravisés jusqu’à la rue Napoléon III.

La rue du Chaudron se terminait, à la gauche du cimetière de Saint-Maclou, par une espèce de cul-de-sac, ce qui fait supposer que telle est l’origine de son nom primitif, auquel a été, plus tard, substitué celui qu’elle porte aujourd’hui.

Le nom de la rue du Sac était d’ailleurs donné à d’autres rues de ce quartier. Des actes de tabellionage de 1509 et de 1522 font mention d’une maison assise ès rues du Sac, bornée des deux bouts par les dites rues du Sac. On lit dans un autre acte de 1526 : La rue du Sac, autrement dite la rue du Barbel. Enfin

un acte de 1531 porte : maison bornée d’un côté la ruelle Neuve, d’autre côté la rue du Sac, autrement dite du Varvot. Ces rues n’existent plus.

Quant au nom actuel de la rue du Chaudron, il pourrait être dû à une enseigne ou à l’existence d’une chaudière dont il est fait mention dans un acte de 1493, pour chauffer l’eau des Étuves du Rouvray. (Voyez rue des Ravisés.)

Chaussetterie (rue de la).

Cette rue était située dans la paroisse Saint-Denis. On écrivait aussi rue de Cauchetterie et de Chauchetterie. Elle est indiquée sous ces divers noms dans plusieurs actes de tabellionnage de 1420 à 1434, et dans une délibération municipale de 1407, f. 132 r.

Nous ne savons si l’on a voulu désigner par-là la rue des Bonnetiers ou celle des Savetiers.

Chemin-de-Fer (rue du). = Rue Percée, rue des Sapins. — 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faub. S.-Hilaire.

Le nom donné provisoirement à cette rue ouverte nouvellement, est dû à sa proximité du chemin de fer de Paris au Havre. On l’appelle aussi vulgairement la rue aux Anglais, à cause des ouvriers de cette nation qui y ont été employés.

À ces dénominations insignifiantes on pourrait substituer le nom de Salomon de Caus, qui se rattache à l’histoire de l’une des plus grandes découvertes des temps modernes. Salomon de Caus est né en Normandie au 16e siècle. Les archives municipales possèdent plusieurs lettres de cet habile architecte, relatives à la construction d’un pont destiné à remplacer celui de Mathilde1.

— La ligne des chemins de fer de l’ouest, qui a été inaugurée à Rouen le 3 mai 1843, possède dans la ville deux gares ; la première, située sur la rive gauche de la Seine (Saint-Sever), édifiée en 1843, est affectée particulièrement au service de la partie de la ligne qui dessert la Basse-Normandie, et embrasse en général tout ce qui concerne le transport des marchandises. Cette vaste gare est située sur le quai d’Elbeuf, et se prolonge depuis la rue de Seine, à travers les prairies qui bordaient le Grand-Cours, jusqu’à l’avenue de Grammont.

La seconde gare, établie en 1846 sur la rive droite (rue Verte), est réservée au parcours entre Paris et les ports de mer de notre département, qui fut inauguré le 20 mars 1847. Elle est placée entre la rue de Larochefoucauld, la rue Verte et celle du Champ-des-Oiseaux. La majeure partie de la voie, qui traverse la ville en la contournant, est souterraine. La gare de la rue Verte communique, par un pont de fer qui traverse le fleuve par-dessus l’île Brouilly, avec la station de Sotteville, où se trouve le centre des ateliers et du matériel de cette importante exploitation, et où se trouve aussi l’embranchement de la gare de Saint-Sever. — Des rails placés sur la rive gauche de la Seine permettent d’effectuer directement le transport, entre le port de Rouen et la gare de S.-Sever, des marchandises qui suivent la navigation maritime.

— La ligne de Rouen à Amiens, qui fait partie de l’exploitation des chemins de fer du Nord, a été ouverte à la circulation en mai 1867. La gare, qui comprend le service des voyageurs et celui du transport des marchandises, est située sur le boulevard de Martinville à Saint-Hilaire, et occupe un vaste emplacement limité par la route de Lyons-la-Forêt jusqu’à la rue Préfontaine et par les dépendances du faubourg Saint-Hilaire. Une voie ferrée, partant de cette gare, longe le boulevard et traverse le Champ-de-Mars, pour rejoindre, en passant sous une voûte pratiquée sous la route de Paris, les quais de Rouen jusqu’au Mont-Riboudet.

— De nouvelles études ont pour but de créer une troisième ligne, qui desservirait les communications directes entre Orléans et Rouen, en passant par Elbeuf.

Chemin-des-Bœufs (rue du). = Rue de la Rampe, la Campagne vers le Boisguillaume. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

C’est l’ancien chemin par lequel on conduisait les bœufs aux pâturages de Bihorel. Cette rue, qui commence au haut de la rue de la Rampe, se dirige, parallèlement à l’avenue du Cimetière monumental, à un nouveau quartier dépendant de la commune du Boisguillaume. On a donné vulgairement à cette rue le nom de rue de la Californie1, en même temps que d’autres l’appelaient la

rue du Veau-qui-tète, à cause d’un cabaret de ce nom qui y a son entrée. Une proposition fut faite en 1857 à l’administration municipale de lui donner celui de Frédéric-Bérat, le chansonnier rouennais, mort à Paris deux ans auparavant. Cette demande ne paraît pas avoir été accueillie.

Chemin-Neuf (rue du). = Place Saint-Paul, rue du Faubourg-Martinville. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Cette rue est indiquée dans un plan de 1724 sous le nom de faubourg Martinville, nom qui a été donné depuis à la rue tendant de la place Martinville au carrefour formé par les rues Préfontaine, du Mont-Gargan et du Chemin-neuf actuelle. Elle a remplacé le chemin qu’il fallait parcourir pour aller prendre à Saint-Paul une des routes de Paris, après avoir passé par la rue du Faubourg-Martinville, appelé alors le chemin du Nid-de-Chien, et plus tard le chemin de Paris, ainsi que l’indique le plan de 1655.

C’est là qu’avaient été commencés, en 1694, suivant le Flambeau astronomique, les travaux de la nouvelle route de Rouen à Paris, et qui fut appelée le chemin de Luxembourg, du nom du gouverneur de la province. Peu après furent entrepris ceux de l’avenue qui va de la porte Guillaume-Lion à l’église Saint-Paul, qu’on nomma d’abord le Chemin-neuf et ensuite le cours Dauphin. C’est alors que la dénomination de rue du Chemin-neuf fut donnée à la rue actuelle.

On a trouvé, de 1838 à 1864, dans cette rue et sur la côte de Sainte-Catherine, des débris romains, des médailles antiques1.

Chevaux (rue aux).

Cette rue, qui existait encore en 1728, était située sur la paroisse Saint-Sauveur, entre le Vieux-Marché et l’ancien hôtel de Fécamp. Elle se trouva supprimée en 1757, pour les travaux de construction d’un hôtel-de-ville dont le projet fut ensuite abandonné. Sur les plans de 1655 et de 1724, cette rue est inscrite à la place qu’occupe actuellement la rue de Crosne. Un acte de tabellionage de 1481 lui donnait le nom de Cours-aux-Chevaux, dénomination qui est encore indiquée dans un autre acte de 1482, por-

tant vente de l’hôtel du Mouton-rouge au lieu nommé le Vieux-Marché, d’un côté une ruelle qui va de Saint-Sauveur vers l’hostel de Fescamp, nommée le cours aux Chevaux, d’autre côté l’hostel Saint-Eustache, d’un bout par devant le pavement de devant l’église Saint-Sauveur. Un autre acte du 22 octobre 1504 concerne le Plat-d’étain, borné d’un côté l’hôtel du Cerf, d’un bout la rue Cauchoise, d’autre bout la rue aux Chevaux.

— Un autre emplacement, appelé aussi le cours aux Chevaux, est mentionné dans un acte de tabellionage de 1476, comme étant situé en la paroisse Saint-Denis. (Voyez Vieille-Tour.) — On trouve également, dans des actes antérieurs à la construction du Vieux-Palais, la mention d’un marché aux chevaux près de la tour Mal-s’y-frotte. (Voyez rue du Vieux-Palais.)

— Nous trouvons encore un indice concernant l’existence d’une autre rue aux Chevaux et d’un établissement appelé l’Estal-aux-Chevaux dans la paroisse Saint-Vivien, du côté de la rue Bourgerue. Un acte du 22 janvier 1480 parle d’une maison avec droit d’aller en un ruissel estant en la rue de l’Estal-aux-Chevaux. Ce ruissel doit être le petit cours d’eau qui traverse la rue Mollien, ancienne rue du Bas, et l’Estal-aux-Chevaux a dû se trouver enclavé dans les dépendances de l’ancien noviciat des Jésuites, actuellement occupé par la caserne Napoléon III.

Chèvre (rue et impasse de la). = Rue de la Grosse-Bouteille, rue Martinville. — 3e section, 4e canton pour les nos pairs ; 6e section, 3e canton pour les nos impairs : Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Ainsi que le constatent des titres de 1524 et de 1586, ce nom provient d’une enseigne qui existait encore en 1788. Lors de l’agrandissement de Rouen, au commencement du 13e siècle, les murs de la ville s’étendaient dans cette rue et tournaient, par derrière le couvent des Augustins, jusqu’à la rivière de Robec. On trouve son nom indiqué dans une charte de 12291.

La rue Vatier-Blondel (voyez ce nom), quelquefois appelée Vathieu ou Gautier-Blondel, fut réunie en 1795 à la rue de la Chèvre ; elle portait depuis le 14e siècle le nom d’une très ancienne famille. Cette rue descendait de la place ou impasse de la Chèvre jusqu’à la rue des Espagnols.

Chicheface (ruelle de la).

Un acte de tabellionage du 27 janvier 1479 indique, dans une ruelle ainsi appelée, une maison bornée d’un bout le jardin et l’hôtel de la Chicheface, paroisse Saint-Vivien. — Chicheface, en vieux langage, indique un monstre dont on fait peur aux enfants. Ce nom provenait sans doute d’une enseigne ou d’une figure sculptée sur la façade de cette maison. Nous ne savons où cette ruelle était située.

Chien-Jaune (rue du).

Cette petite rue, qui était entre la rue de la Tuile et celle du Bac, en longeant le port, fut supprimée vers 1824 pour l’exécution des travaux de redressement du quai de Paris. Son nom venait probablement d’une enseigne.

Chien-qui-rit (rue du), faubourg Cauchoise.

Ce nom, qui venait aussi vraisemblablement d’une enseigne, avait été donné à la rue Dugay-Trouin. Dans un plan de 1724, il est inscrit à la rue Moiteuse.

Chiens (rue aux). = Rue d’Elbeuf, près de l’église Saint-Sever, rue Pavée. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Quelques personnes attribuent cette dénomination à des chiens en faïence qui ornaient les piliers d’une maison voisine, où existait la manufacture de faïence de M. Delamétairie. Dans cette même rue fut établie, en 1829, une école gratuite d’enseignement mutuel, qui a été transférée depuis dans la rue d’Elbeuf.

— Il devait y avoir aussi, comme nous le disons à l’article de la rue des Champs (voyez ce nom), dans le voisinage de cette dernière rue, une rue aux Chiens ou aux Quiens, qui a pu se trouver confondue, par suite d’un vice de prononciation, avec la rue des Champs actuelle.

Choisnard (rue). = Rue Tannery, rue Cauboue. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

Cette rue, nouvellement ouverte, porte, ainsi que celles qui l’avoisinent, le nom d’un propriétaire.

Chouquet (rue et impasse du). = Rue Flaubert, rue du Renard. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue est très ancienne. Elle est indiquée dans un acte de tabellionage de 1423. Un autre acte de 1427 parle d’une ruelle qui meine à la fontaine du Chouquet et d’autre bout à la chaussée Saint-Gervais. Enfin, dans un acte de 1463, il est fait mention d’une rue de la Fontaine-du-Chouquet, qui doit être la même que celle dont nous parlons.

On donnait, au moyen-âge, le nom de Chouquet à une espèce de banc en bois. On appelait également ainsi des bûches qui étaient distribuées, à la veille de Noël, par les échevins de la ville, à un certain nombre d’habitants les plus marquants. Un acte de 1619 fait mention d’une maison où pendait l’enseigne du Chouquet.

Des travaux ont été entrepris en 1868 pour le redressement et l’élargissement de la rue et de l’impasse du Chouquet, et pour prolonger jusqu’à ladite rue celle de Tanger.

— Il y a, dans la rue du Renard, une cour du Chouquet ; elle est placée à l’extrémité de la rue qui porte le même nom.

Cigogne (rue de la). = Rue de l’Hôtel-de-Ville, rue de la Seille. — 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. — Quartier N.-E.

Sur les plans de 1655 et de 1724, cette rue est inscrite sous le nom de la rue des Carneaux, du vieux mot « carnel » qui signifie créneau. C’est le nom que lui donne également un acte de tabellionage du 3 mars 1522 : Maison sise en la rue des Carneaux, près le puits de Gournay. (Voyez ce mot.) Un autre acte de 1461 fait aussi mention d’une rue tendant de la rue de la Seille à ce puits de Gournay. Le nom de rue des Carneaux venait évidemment des créneaux1 des murs de la ville, qui, au 12e siècle, étaient près de la rue de la Seille.

La rue de la Cigogne était aussi appelée, au 15e siècle, la rue des Trois-Mores ou Mors, comme l’indiquent plusieurs actes de tabellionage2. Un autre acte de 1528 cite la rue des Trois-Mors, à présent dicte la rue des Carneaulx, d’un bout par devant la rue

de la Seille. En 1548, il est question d’une maison bornée d’un bout par la rue Beauvoisine et d’autre bout par celle des Trois-Mores. Ce nom provenait sans doute d’une enseigne. Il existe encore un hôtel des Trois-Maures dans la rue Beauvoisine, et il est fait mention dans un titre de 1567 du jeu de paume des Trois-Mores.

La dénomination actuelle de la rue de la Cigogne vient de l’enseigne d’une maison où était autrefois ce jeu de paume ; on y voyait encore, il y a quelques années, une cigogne en plomb au-dessus d’une lucarne. — Taillepied cite une rue du Héron dans le quartier de Beauvoisine ; c’est sans doute la rue de la Cigogne qu’il a entendu désigner ainsi.

Cigogne-du-Mont (rue de la). = Rue des Pénitents, rue Bassesse. — 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Cette rue est située sur l’ancien fief du Mont ; le nom de la Cigogne vient évidemment d’une enseigne.

Il y avait, dans la rue de la Cigogne-du-Mont, une communauté religieuse des filles du Bon-Pasteur1. Elles s’établirent à Rouen en 1698, d’abord dans la rue du Grand-Maulévrier, vis-à-vis du séminaire de Joyeuse, ensuite à Saint-Sever, près de l’église, et vinrent peu de temps après dans la rue susnommée, où elles étaient encore en 1791, époque de leur suppression.

Leur maison fut occupée, pendant quelque temps, par l’Institut des jeunes Orphelines, fondé par Mlle Provost.

L’œuvre du Bon-Pasteur est continuée aujourd’hui par les Dames religieuses de Jésus-Christ, qui occupent dans la rue du Mont l’ancien couvent des Annonciades. (Voyez rue du Mont.)

Cimetière-Saint-Gervais (rue du).

C’est le nom qu’on donnait autrefois au chemin qui conduit de la petite rue Saint-Gervais au cimetière. — Nous croyons à propos de faire remarquer, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur,

que ce cimetière, qui fut établi le 7 août 1780, à l’époque où l’on abolit l’usage d’enterrer dans les villes, avait déjà servi anciennement à cet usage, ce qui est attesté par des pierres tumulaires qu’on y a trouvées à diverses époques, et dont on voit encore des vestiges sous le mur qui donne sur la route du Mont-aux-Malades.

Cimetière-Saint-Laurent (rue du). = Rue de l’École, rue Boutard. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Cette rue a pris son nom de sa position sur l’ancien cimetière de la paroisse Saint-Laurent.

Cimetière Monumental (rue ou avenue du). = Rue de la Rampe, le Cimetière monumental. — 4e section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Beauvoisine.

Ouverte en 1824 sur la partie de la côte des Sapins qui appartient à la ville, au-dessus du cimetière de la Jatte, et entre la rue du Chemin-des-Bœufs et celle des Sapins. (Voyez ci-après, au mot Cimetières.)

Il avait été question de faire descendre cette avenue jusqu’au boulevard de Beauvoisine à Saint-Hilaire, en face de la rue des Capucins, en lui faisant traverser le cimetière de la Jatte. L’administration municipale paraît avoir renoncé à ce projet.

Cimetières.

Antérieurement à 1780, il y avait un grand nombre de cimetières autour des églises de la ville, et beaucoup d’inhumations se faisaient même dans l’intérieur de ces églises. En exécution d’une déclaration du roi, du 19 novembre 1776, un arrêt du Parlement du 7 août 1780 mit un terme à ces usages, qui n’étaient pas sans inconvénient pour la salubrité publique. Par cet arrêt, le Parlement ordonna la création1 de cinq cimetières en dehors de la ville, à l’usage des catholiques, savoir :

Le cimetière Saint-Gervais, près de l’église de ce nom, affecté au service des paroisses de la Cathédrale, de Saint-Gervais, de Saint-Vincent et de la Madeleine. Il occupe une superficie de 2 hect. 20 ar.

Le cimetière de Beauvoisine ou de Lille, appelé aussi quelquefois le cimetière de Saint-Romain, situé route de Neufchâtel, pour les paroisses de Saint-Godard, de Saint-Patrice et de Saint-Romain, et dont la contenance est de 1 hect. 11 ar.

Le cimetière de la Jatte, placé derrière le Boulingrin, au bas du Val-de-la-Jatte, pour les paroisses de Saint-Ouen, de Saint-Vivien, Saint-Nicaise et Saint-Hilaire, ayant une étendue de 2 hect. 72 ar.

Près de ce cimetière est celui qui est affecté à la sépulture des protestants. (Voyez ci-dessous.)

Le cimetière du Mont-Gargan, dans la rue de ce nom, sur le versant de la côte de Sainte-Catherine, pour les paroisses de Saint-Paul1 et de Saint-Maclou, et dont une partie, annexée récemment, est à l’usage de l’Hospice général. Son étendue totale est de 3 hect. 30 ar.

Près de ce cimetière est celui qui est consacré à l’inhumation des israélites.

Le cimetière de Saint-Sever, pour les paroisses de Saint-Sever et de Saint-Clément. Placé d’abord rue Saint-Julien, en face de la chapelle de Saint-Yon, ce cimetière a été récemment transféré dans la rue d’Elbeuf, à l’angle de la rue de Trianon. Il contient 2 hect. 53 ar.

Un autre cimetière est affecté à la sépulture des personnes décédées à l’Hôtel-Dieu. C’est le cimetière de Saint-Maur, situé entre la rue de ce nom et la rue Crevier, et occupant une superficie de 1 hect. 5 ar. À la suite des ravages de la peste pendant les 16e et 17e siècles, il conserva longtemps le nom de cimetière des Pestiférés. Dans un arrêt du Parlement du 9 sept. 1622 il est désigné sous celui de charnier de Saint-Maur ; ordre était donné d’y faire porter de la terre, pour être placée sur les corps des morts de la contagion. (V. rue Saint-Maur.) De nombreuses réclamations se sont élevées depuis quelque temps contre la conservation de ce cimetière au sein d’un quartier devenu populeux.

— Un arrêt du Parlement, du 14 septembre 1568, avait fait défense expresse d’enterrer à l’avenir en terre sainte les corps des huguenots qui jusqu’alors avaient été mis dans les cimetières des catholiques. Le lieu de sépulture des protestants a changé plusieurs fois de place. Ce fut d’abord le cimetière des Huguenots,

qui était situé dans la rue Saint-Hilaire, et auquel fut aussi donné le nom du Prêche1. Cet emplacement fut accordé en 1592 par le duc de Mayenne aux religieux Minimes, pour y établir un monastère de leur ordre. Vers 1570, on avait assigné aux calvinistes un quartier hors de la porte Cauchoise, auprès du cimetière des Pestiférés (Saint-Maur). En 1571, les calvinistes achetèrent au haut de la rue de la Rose, sur le rempart de Saint-Hilaire, un emplacement pour enterrer leurs morts2. Enfin, leur cimetière, qui a été pendant longtemps établi à l’extrémité de la rue du Champ-des-Oiseaux, dans un terrain à eux accordé en 1611 pour inhumer ceux des leurs qui mouraient de la peste, a été transféré près du cimetière de la Jatte.

— En 1823, l’administration municipale, prenant en considération les nombreuses demandes formées par les familles pour obtenir l’autorisation d’élever un monument sur la tombe d’un parent, décida qu’un cimetière monumental serait créé au N.-E. de la ville, sur une portion de la côte des Sapins et au-dessus de celui du Val-de-la-Jatte. Cette délibération fut approuvée par ordonnance royale en 1824.

Ce cimetière comprend une superficie de 5 hect. 53 ar. De même que les autres, il est entouré de murs. Une chapelle a été édifiée en 1825 sur le point culminant de ce cimetière, et un caveau a été établi pour le dépôt provisoire des corps qui ne peuvent être inhumés de suite.

Le 13 novembre 1834, après une cérémonie funèbre qui eut lieu à la Cathédrale de Rouen en mémoire de Boïeldieu, mort à Paris

le 9 octobre précédent, le cœur de l’illustre défunt, enfermé dans une boîte d’argent, fut transporté en grande pompe de l’Hôtel-de-Ville à Notre-Dame, et de là au Cimetière monumental, où un tombeau a été édifié. D’autres monuments, élevés aux frais de souscripteurs ou par les soins de l’autorité municipale, couvrent les restes de plusieurs autres personnages distingués qui se sont fait un nom dans les sciences et dans les arts, ou en rendant d’éminents services à notre cité, dans leurs fonctions administratives.

Cinq-Cerfs (rue des).

Cette ancienne rue, appelée rue des Chinchers dans les Antiquitez de Rouen, a été réunie en 1795 à la rue Saint-Nicolas. On la trouve néanmoins inscrite encore sous le nom de rue des Cinq-Cerfs dans un plan de 1817.

L’auteur de la Description de la Haute-Normandie prétend qu’elle porta pendant longtemps le nom de rue de Saint-Saire, parce qu’elle fut ouverte au 9e siècle sur des terrains appartenant en partie aux moines de Saint-Saire-en-Brai, ou parce que ces religieux s’y réfugièrent après la destruction de leur monastère par les Normands. D’autres pensent, au contraire, que le nom de Cinq-Cerfs ne peut provenir que d’une enseigne, laquelle, à l’imitation de beaucoup d’autres, aurait pu, au reste, être choisie pour faire allusion au nom primitif de Saint-Saire, et que, le peuple s’étant habitué à prononcer « chinché », de là serait venue la dénomination de Chinchers sous laquelle on désigne à Rouen les marchands de vieux meubles et de vieux linge, qui y demeuraient en assez grand nombre.

Il est fait mention, dans un acte de tabellionage de 1477, d’une ruelle Quinquier, près de la rue Martinville : Petite ruelle par où l’on va aux religieux de Cormeilles, prez la maison où pend l’enseigne des Chappelez. Il est question ici de la rue des Cinq-Cerfs et de l’ancien collége du Saint-Esprit, qui était situé entre la rue Saint-Nicolas et la rue Saint-Romain.

Au bas de la rue des Cinq-Cerfs, vers Robec, se trouvait encore, à la fin du dernier siècle, une ruelle qui communiquait avec la rue Damiette (Voyez la rue des Privées-de-Robec.)

Ciseaux (rue des). = Rue Ganterie, rues des Fossés-Louis-VIII et de la Poterne. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Ce nom vient d’une enseigne. Des actes de tabellionage de 1474 et de 1487 mentionnent une maison dans la rue du Fossé-à-Gantiers (rue Ganterie), où pend l’enseigne des « Chisieaulx », sur la paroisse de Saint-Martin-sur-Renelle. — Un titre de 1251 parle d’une rue des Cloutiers1, aboutissant à la rue Ganterie.

Claquedent (hameau de).

C’est l’ancien nom du quai de la Grande-Chaussée, dans le faubourg Saint-Sever.

Un plan de 1655 désigne ce hameau sous la dénomination des maisons de Claquedent, ainsi nommées probablement, dit l’auteur des Lettres sur Rouen, à cause de leur position sur le bord de la Seine. — Si l’on s’en rapporte à l’interprétation donnée par Ménage au mot « Claquedent », ce quartier aurait été autrefois habité par des vauriens et des fainéants, qui souffrent que les dents leur claquent plutôt que de se réchauffer à quelque travail que ce soit2.

Clé (cour de la), dans la rue Martinville, près de la rue Saint-Marc. — 3e section, 4e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Divers actes de tabellionage du 15e siècle et le cartulaire de Saint-Maclou (1421, 1487) citent une ruelle de la Clé, dans laquelle était une des franches-aires3, nom que l’on donnait à des maisons où l’on pouvait tenir boulangerie sans que ceux qui les occupaient fussent passés maîtres.

Des actes de 1476 concernent un hôtel où pendait l’enseigne de la Clé, situé au coin de ladite rue et borné par devant par la rue Martinville. C’est de là qu’est provenu le nom sous lequel cette cour est désignée. — Un autre acte de 1501 parle d’une maison bornée par derrière la ruelle de la Clé et d’autre bout par

devant la rue Saint-Marc. Pareille mention est faite dans les Aff. de Normandie de 1765.

— Taillepied1 cite une rue de Clérissart dans le quartier Martainville ; nous ne savons si c’est la rue de la Clé qu’il a voulu désigner.

Clère (rue de).

Il est probablement question ici du chemin appelé la cavée de Saint-Gervais, ou plutôt la route du Mont-aux-Malades. On lit, dans un acte du 26 oct. 1463 : maison bornée d’un côté par la rue de Clère, d’un bout le chemin qui mène du manoir de Saint-Gervais à la rue Crevière (probablement la rue Tabouret.)

— Une inscription placée à l’encoignure d’un chemin tendant de l’extrémité de la rue du Champ-des-Oiseaux au Mont-Saint-Aignan, porte aussi le nom de chemin de Clères.

Clos-de-Campulley (rue du). = Rue Bouquet, rue Saint-Maur. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

On a classé sous ce nom, en 1865, une route ouverte quelques années auparavant sur un emplacement portant le nom de son ancien propriétaire2, et qui fut acquis par M. Bouquet, ancien négociant.

Les premières constructions faites dans cette rue sur les plans de M. Grimaux, architecte, ont fait donner au quartier le nom de cité Grimaux. (V. rue Bouquet.)

On a trouvé, de 1861 à 1864, dans le clos de Campulley, près de l’endroit appelé la Maladrerie, des cercueils en bois qui annonçaient la présence d’anciennes sépultures3.

Clos-des-Marqueurs (rue du). = Rue des Champs, rue de la Cage. — 2e section ; 2e canton pour les numéros pairs ; 4e canton pour les numéros impairs ; Saint-Nicaise. — Quartier N.-E.

On appelait marqueurs des hommes qui furent chargés, lors de l’invasion de la peste à Rouen, vers 1512, de marquer d’une croix blanche les maisons infectées de cette contagion. Ils se réunissaient dans l’enceinte connue sous le nom du Clos-des-Marqueurs. Là furent établis, en 1616, les bâtiments affectés, non-seulement à la demeure des Marqueurs, mais aussi à celle des médecins et autres personnes chargées de soigner les pestiférés. Un règlement de police, du 22 juin 1622, défendit à toutes personnes d’enlever ou faire enlever aucuns corps décédés de contagion, par autres que ces marqueurs, à peine de la vie.

Dans cette rue était la maison des Arquebusiers, dont le jardin occupait encore, au 18e siècle, un espace situé entre les extrémités des rues de la Cage et Tirelinceul (actuellement la rue Poussin), près des remparts.

Clos-Thirel (rue du). = Rue du Champ-des-Oiseaux, rue Verte. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faub. Bouvreuil.

C’était précédemment une impasse, qui a pris le nom du propriétaire sur le terrain duquel elle a été ouverte. — Cette rue est inscrite, sur un plan de 1817, sous le nom de rulette du Champ-des-Oiseaux.

Closet-de-la-Madeleine (rue du). = Place Impériale, rue du Plâtre. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

C’est une ancienne impasse située dans la rue du Plâtre, et qui néanmoins était désignée au 15e siècle sous le nom de ruelle Laurent-Duval1. Depuis que la place Impériale a été établie, cette impasse a été continuée et arrive sur cette place par-dessous le porche d’une maison appelée l’hôtel d’Espagne.

Le closet de la Madeleine, qui a donné son nom à cette petite rue, était un cimetière dépendant de l’ancien Hôtel-Dieu.

On lit dans un acte de tabellionage du 17 février 1476 : Héritage borné d’un côté vers la porte Jean-Lequeu, d’autre bout

la rue de l’Écu-de-Verre (actuellement supprimée), d’un bout la grande rue des Augustins, d’autre bout les religieuses de la Madeleine.

Cochon-Rôti (rue du).

Cette petite rue, qui a été déclassée au commencement du 19e siècle, et dont les dernières traces ont disparu en 1859, a fait partie d’un passage qui, par un retour d’équerre, tendait de la rue des Carmes à la rue aux Juifs, et qu’on appelait la ruelle d’Ymare ou de Guiart.

Un acte de tabellionage de 1461 fait mention d’un tènement où il y a de présent une plâtrerie, bornée d’un bout une ruelle qui vient de la rue du Grand-Pont (ancien nom de la rue des Carmes) à la rue aux Juifs, et d’autre bout par la rue aux Juifs. Cette ruelle est figurée, d’une manière incomplète, sur les plans de 1655 et de 1724.

Enfin, un acte du 3 août 1529 indique une maison bornée d’un bout la maison du Bec, d’autre bout la rue du Four-qui-danse.

Le Parlement tenait, à l’Ascension, un repas qui était désigné sous la dénomination de festin du cochon, ou seulement sous celle de Cochon, parce qu’on y mangeait un cochon rôti. L’origine du nom que portait cette petite rue pourrait être attribuée à l’enseigne du rôtisseur chez lequel ce cochon était préparé.

— Il existait aussi une cour Cochon, dans le quartier de Robec.

Cœlina (rue). = Rue Saint-Julien, rue des Carrières-Gaillard. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Ce nom a été donné par un propriétaire à l’une des rues qu’il a ouvertes sur son terrain. Une de ces rues, nommée la rue Gaillard, dépend de la commune du Petit-Quevilly.

Coignebert (rue). = Rue Orbe et rue Bourg-l’Abbé, rue de la Roche. — 2e canton ; 2e section et Saint-Nicaise pour les numéros pairs ; 5e section et Saint-Ouen pour les numéros impairs. — Quartier N.-E.

Cette rue portait au 15e siècle le nom de Thomas-Lecomte1 ;

son nom actuel lui fut donné plus tard. Un acte de tabellionage de 1461 cite un héritage situé dans une ruelle tendant de la rue Bourg-l’Abbé aux champs de Saint-Nicaise, et d’autre bout la rue du Cognebert. Un autre acte de 1466 fait mention d’une propriété bornée d’un bout par une ruelle tendant de Bourg-l’Abbé au lieu et place nommés le camp du Régent, d’autre bout la rue Thomas-Lecomte nommée depuis la rue Cognebert. On lit Congnebert dans un acte de 1526. Dans un plan de 1655 on l’appelle la rue Lambert. Enfin elle est inscrite, sur un autre plan de 1724, rue Coquebert.

On pourrait admettre, avec l’auteur du Dictionnaire indicateur1, que le nom de cette rue provient de celui d’un propriétaire ; et comme on écrivait autrefois « coing » pour coin, on aurait pu dire le Coinhébert2, dont on aurait fait Cognebert ou Coignebert. — Les autres dénominations proviennent évidemment de propriétaires.

Une inscription placée sur une maison de la rue Coignebert, à gauche en montant, et presque en face de la rue de la Moëlle, indique que le célèbre publiciste Armand Carrel est né dans cette maison le 8 mai 1800. Il fut tué dans un duel politique, à Saint-Mandé, près Paris, le 24 juillet 1836.

Colombier (rue du). = Rue Saint-Filleul, rue du Renard. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue a pris son nom d’un colombier qui devait dépendre d’un fief de la Motte, dont le château flanqué de deux tourelles, élégant débris de l’architecture du 17e siècle, avec sa chapelle, avec ses fontaines jaillissantes, ses douves remplies d’eau, et défendu naguère par un pont-levis, se voit au milieu des vastes jardins maraîchers de la vallée d’Yonville.

— Un acte de tabellionage du 24 mai 1529 fait mention d’une maison et jardin assis en la paroisse Saint-Vivien, en la rue des Champs, bornés d’un côté la rue du Coullombier3, d’un

bout la rue des Champs et d’autre bout la rue des Chiens. — Cette rue du Colombier, dont nous ne trouvons aucune trace, fut probablement supprimée lors de l’installation des Capucins dans le quartier qui a pris leur nom.

— Une tour du Colombier était située entre la porte Saint-Hilaire et celle de Martinville, et faisait partie des dernières fortifications. Cette ancienne tour dépendait de l’hôtel de Chantereine ou du Joyeux-Repos, où fut fondé depuis le couvent des Célestins. Construite en 1408, cette tour avait été considérablement augmentée de 1514 à 1523, et était devenue une véritable forteresse. On établit sur sa plate-forme, à la fin du 17e siècle, un moulin à vent1. Elle fut détruite en 1748, et l’on acheva sa démolition en 1812. On en voit encore les vestiges dans les jardins de l’Hospice général, ainsi qu’un pan des anciennes fortifications de la ville.

Comédie (rue de la). = Quai de la Bourse (cours Boïeldieu), rue des Charrettes. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Ouverte en 1816, sous la dénomination de rue de la Petite-Boucherie, sur l’emplacement de l’ancienne cour ou place de ce nom2, derrière le Théâtre des Arts, qui y a une issue. On l’avait nommée aussi la rue du Grand-Corneille, mais le nom de l’illustre poète ayant été donné depuis à la petite place sur laquelle est la façade de la salle de spectacle, le nom de rue de la Comédie fut définitivement adopté. Depuis peu, le nom de Pierre-Corneille remplace celui de la rue de la Pie, où naquit ce grand écrivain.

Commerce (rue du), dans l’île de la Croix. — 1re section, 6e canton, Saint-Paul.

Ce nom a été donné à une rue ouverte depuis quelques années3.

Constantine (rue de). = Rue du Pré-de-la-Bataille, rue de Tanger. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue, qui forme le prolongement de la rue du Champ-de-Foire, a reçu son nom en 1846, en mémoire de la conquête de l’Algérie.

Consuls (palais des), limité par la rue des Charrettes, la rue Nationale et le port.

Au 15e siècle, les marchands avaient contracté l’habitude de se réunir jusque dans la nef de la Cathédrale pour traiter de leurs affaires. Le bailli de Rouen fit édifier, en 1493, dans le clos aux Juifs, une vaste salle qui fut appelée la Salle commune de la ville, « le parlouër des Bourgeois1 ; » mais elle se trouva comprise, peu d’années après, dans la construction du Palais-de-Justice, et devint la salle dite des Procureurs ou des Pas-Perdus. (Voyez Palais-de-Justice.)

Suivant un édit de 1566, du roi Henri II, c’était néanmoins dans cette dernière salle que se tenaient encore les réunions des marchands, pour en icelle se pouuoir assembler deux fois par jour et faire leurs trafficques, entreprinses et négoces.En outre, voulons et ordonnons, portait cet édit, que les marchands d’icelle ville facent, tous les ans, assemblée et congrégation de marchands …… en laquelle seront esleuz un prieur et deux consuls, lesquels congnoistront et pourront congnoistre et juger en première instance des procez et differents concernant le faict des marchandises.

Dépossédée de leur lieu ordinaire de réunion, la communauté des marchands acheta, près du quai, un emplacement où fut construit en 1725 le palais des Consuls. Cet édifice, qui a pris son nom de l’ancienne juridiction consulaire remplacée, le 14 nov. 1791, par le Tribunal de Commerce, devint alors le lieu des assemblées des négociants, qui y firent bâtir une chapelle. La Chambre de Commerce2, instituée dès 1703, y tient aussi ses séances.

La salle du rez-de-chaussée est spacieuse et a pris le nom de

Bourse couverte. L’étage supérieur, auquel on monte par un bel escalier placé au centre de la galerie du rez-de-chaussée, est occupé par les salles du Tribunal de Commerce et par une autre salle qui a reçu le nom de salle du Concert1.

On voit, dans ces appartements, deux beaux tableaux, peints par notre compatriote Lemonnier. L’un de ces tableaux, relatif au séjour que fit Louis XVI à Rouen en 1786, fut sauvé six ans après des mains des destructeurs, par les soins de son auteur et par ceux des administrations locales ; il fut restauré depuis 1814, et remis à la place qu’il avait occupée avant 17922.

La principale façade des Consuls est dans la rue Nationale ; elle est défendue par une grille qui y a été placée en 1861. Au-dessus de la barrière d’entrée, on lit cette inscription : Fovendis quotidiano congressu commerciis. Deux autres portes d’entrée sont sur la rue des Charrettes, et sur la promenade appelée la Bourse découverte ou le jardin de la Bourse. On lit, au-dessus de la première, ces mots : Discutiendis compendioso jure commerciis ; et au-dessus de la seconde : Promovendis prudenti consilio commerciis.

Outre ces inscriptions, qui font connaître la destination de l’édifice, une autre inscription latine était placée au pied d’une statue de Louis XV, que l’on voyait avant la révolution dans l’escalier des Consuls. En voici la traduction : Louis XV a érigé ce monument pour l’ornement de la ville, l’honneur du commerce et l’utilité de tout le royaume, l’an du Seigneur 1725. La statue, qui a été abattue et mutilée en 1792, a été remplacée en 1854 par une autre moulée en plâtre d’après Coustou. Sur le cul-de-lampe du piédestal où était placée la précédente statue, on mit en 1817 les paroles mémorables qu’adressa Henri IV aux Échevins de la ville, le 16 octobre 1596 : Mes amis, soyez-moi bons sujets, et je vous serai bon roi, et le meilleur roi que vous aurez jamais eu.

Contagion (rue de la).

Taillepied cite une rue de ce nom dans le quartier de Saint-Hilaire ; cette rue nous est inconnue.

Contrat-Social (rue du). = Boulevard Cauchoise, rue du Pré-de-la-Bataille. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue, ouverte vers 1775 dans le quartier neuf de Cauchoise, avait reçu alors le nom de rue de Bellegarde, qu’on lui retira en 1795 pour lui donner celui de rue du Contrat-Social1, titre de l’un des ouvrages de J.-J. Rousseau.

Le nom de Bellegarde était celui d’un conseiller au Parlement de Normandie, M. de Lannoy de Bellegarde, qui fut maire de Rouen de 1776 à 1779 et mourut vers 1786. Les raisons qui firent choisir d’abord ce nom devraient, nous le pensons, déterminer l’administration à le rétablir, soit pour la rue du Contrat-Social elle-même, soit pour son prolongement entre la place de la Madeleine et la rue du Pré-de-la-Bataille.

Coq (carrefour et rue du).

On appelait ainsi autrefois, à cause d’une enseigne, le carrefour formé par les rues Beauvoisine et du Cordier et par la rue qui conduit à la place de la Rougemare, et qui paraît avoir porté elle-même le nom de rue du Coq. La maison où pendait l’enseigne du Coq était, en effet, au coin de cette rue en descendant, comme le prouve un acte de tabellionage du 29 janvier 1464, portant : l’hostel du Coq et tous les bâtiments à l’entour, sis rue et boucherie Beauvoisine et rue Pinchedoz, appartenant aux religieux de Saint-Ouen. — Mais, dans les nomenclatures du Flambeau astronomique et de Du Souillet, le lieu nommé le Coq, où il y avait boucherie, est indiqué au côté opposé de la rue, entre la rue du Cordier et celle du Beffroy, qu’on appelait alors la grande rue de Saint-Godard. En 1768, il y avait une auberge du Coq vis-à-vis de cette même rue Saint-Godard. Cela ne peut s’expliquer que parce que, suivant un usage qui était alors en vigueur, et dont on pourrait donner des exemples plus récents, le propriétaire de l’enseigne du Coq, ayant changé de domicile, avait emporté son enseigne avec lui.

C’est au carrefour du Coq qu’avait été reportée, vers l’an 1200, la porte de Sainte-Apolline, qui était précédemment près des Carmes. On l’appela, dit T. Duplessis, la porte d’Aubevoie, du

nom de la rue voisine, qui s’étendait le long de la Rougemare et allait rejoindre le nord de la ville.

Coquereaumont (rue).

C’est le nom d’une rue qui fut réunie en 1795 à la rue des Capucins. (Voyez ce nom.)

Coquereaumont est le nom d’une famille ancienne de Rouen. Dans un assaut livré à la ville le 15 octobre 1562, un bourgeois nommé de Civile1 fut blessé en combattant sur un rempart voisin de la porte Saint-Hilaire, et fut enterré au pied de la muraille, parce qu’on le croyait mort. Le domestique de M. de Civile, nommé Nicolas Delabarre, qui désirait s’assurer par lui-même si son maître était mort réellement, obtint la permission de le déterrer sous le prétexte de le transporter dans le tombeau de sa famille ; mais ce fut chez M. de Coquereaumont que le corps de Civile fut porté par son fidèle serviteur, qui par ses soins le rappela à la vie.

La rue de Coquereaumont est citée dans un acte de tabellionage de 1397. Un autre acte de 1489 mentionne la vente d’un héritage sis au haut de la rue de Coquereaumont, borné d’un côté la rue tendant de la Cage à Coquereaumont et d’autre bout la rue aux Chiens. (Voyez ces noms.)

Coques (rue des).

Un registre du tabellionage de 1424 cite une rue de ce nom dans la paroisse de Saint-Étienne-des-Tonneliers.

Coquet (rue du). = Place Saint-Godard, rue Bouvreuil. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Des actes de tabellionage de 1426 font mention d’une maison devant le portail de Saint-Godard, bornée d’un bout le pavé de la rue qui mène de Saint-Godard au Châtel. D’après le Ms. des Fontaines, M. E. De la Quérière pense que cette rue a porté le nom de rue Saint-Godard ; un acte de 1481 cite, en effet, un hôtel borné par-devant la rue Saint-Godard, et d’autre bout par derrière la rue Beffroy. Dans un plan de 1655, la rue du Coquet est inscrite sous le nom de petite rue Saint-Godard. Son nom actuel vient d’une enseigne du Coquet, qui, suivant un acte du 23 septembre 1507, était celle d’une maison bornée d’un côté

par le cimetière de l’église Saint-Godard. Une maison à l’enseigne des Coquets ou des Quoquets est également citée dans des actes de 1476 et de 1481. Il y en avait une aussi près de la rue de la Seille.

Dans un plan de 1724, cette rue est désignée, peut-être par erreur, sous le nom de rue du Cornet.

Corbeau (rue du). = Rue du Ruissel, rue du Barbet. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Ce nom vient évidemment d’une enseigne.

— Une rue du Corbel est citée dans un acte de tabellionage du 21 janvier 1397, au sujet d’un héritage tenant d’un bout au pavement devant l’église Saint-Michel.

Cordelier (impasse), dans la rue Saint-Vivien, entre la rue des Matelas et la Croix-de-Pierre. — 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Cette impasse est citée par Du Souillet, qui ajoute qu’il y avait boucherie des deux côtés. C’était la boucherie Saint-Vivien : on la trouve inscrite sous le nom de ruelle as Bouchiers en la paroisse Saint-Vivien, dans Clerc-de-Ville, à la date du 18 avril 1306. Près de là était le Séminaire archiépiscopal, qui fut réuni en 1707 à celui de la rue Poisson.

Pendant les ravages de la peste, en 1649, un père cordelier s’était dévoué au service des malades ; il avait un procédé spécial pour l’évent des maisons et des personnes ; il éventait plus promptement et à moins de frais, et ceux qu’il avait guéris n’étaient plus repris ; enfin, il donnait des remèdes curatifs et préservatifs. La ville ne pouvant faire les frais d’un troisième hôpital, ce cordelier réunissait ses malades dans plusieurs maisons. De là peut-être est provenu le nom de l’impasse du Cordelier.

Une ancienne inscription, laquelle a disparu avec la maison qui a été récemment démolie, portait : cul-de-sac du Cordier1. Taillepied cite cette impasse sous le nom de rue des Cordes. On en a fait en 1823 le cul-de-sac des Cordeliers, et de nos jours l’impasse Descordes.

C’est ainsi que des noms de rues subissent des altérations qui en changent le sens primitif.

Cordeliers (rue des). = Rue des Charrettes, rue aux Ours. — 9e section, 1er canton ; la Cathédrale pour les nos pairs ; Saint-Vincent pour les nos impairs. — Quartier S.-O.

Le nom de cette rue vient du couvent des Cordeliers qui a été supprimé en 1790, et qui fut vendu peu après pour la somme de 650,000 francs.

Les Frères Mineurs, qui furent appelés plus tard les Cordeliers, vinrent à Rouen en 1228, et occupèrent d’abord le clos et la chapelle Saint-Marc. Odon Rigaud, archevêque de Rouen, leur permit, en 1246, de s’établir dans le lieu appelé le Donjon, qui leur avait été cédé en 1231 par Laurent du Donjon, en la rue du Rivage1, nommée ainsi à cause de sa position près de la Seine. On y voyait encore les ruines du château que Rollon avait fait construire. (Voyez rue Nationale.) Les Cordeliers vinrent occuper cet emplacement en 1254 ; ils furent installés par l’archevêque, et célébrèrent leur office dans la chapelle de Saint-Clément dont ils avaient obtenu le patronage, avec le droit de la démolir pour en augmenter leur couvent : cette chapelle était d’abord un oratoire que saint Mellon avait fait bâtir dans une île2, qui se trouva réunie à la ville lors de l’établissement des terres-neuves. (Voyez rue Saint-Éloi.) — Par suite de la cession de cette chapelle aux Cordeliers, ses paroissiens furent partagés entre Saint-Étienne-des-Tonneliers et Saint-Martin-du-Pont.

L’église rétablie par ces religieux fut dédiée en 1261 sous le même vocable de Saint-Clément, le roi saint Louis étant à Rouen, et fut appelée l’église des Prêcheurs. Elle avait son portail au coin de la rue des Cordeliers, en face de celle des Charrettes, et a été en partie démolie à la suite de la fermeture des couvents, à l’époque de l’ouverture de la rue Nationale et de la construction des maisons de la rue des Charrettes qui font face aux Consuls. En 1580, le clocher de l’église menaçant ruine, fut démonté et rétabli. On voit encore, au bas de la rue Nationale, au-dessus de celle des Charrettes, la partie orientale de cette église, qui était devenue pendant plusieurs siècles la

seconde paroisse de la ville, et qui est actuellement convertie en magasin. On voit aussi, dans la rue des Cordeliers, les restes du couvent dont elle a pris le nom. Le cloître, dont les galeries étaient fort estimées, servit longtemps de lieu de promenade et a été traversé par la rue Nationale. Le Donjon devait être situé vers l’angle formé par la rue des Cordeliers et par celle des Charrettes.

Saint Louis avait concédé aux Frères Mineurs une partie des anciens fossés de la ville, entre la porte du Pont-Honfroy et la rivière d’Aubette, c’est-à-dire entre les rues Saint-Marc et de la Chèvre jusqu’à la tour du Tot, pour leur faciliter les moyens de bâtir leur monastère ; ils cédèrent les mêmes fossés à divers particuliers, à la charge de contribuer pour autant à la construction de leurs bâtiments, qu’ils augmentèrent encore par la suite. De son côté, la ville accorda aux religieux, le 16 octobre 1391, cent sous tournois pour leur aider à faire leur portion de pavement d’entre leur maison et celle de Mgr l’évêque de Bayeux, conformément à une délibération relative au pavage et au nettoyage de la rue des Cordeliers1.

Le plan de Gomboust, de 1655, indique une arcade ou galerie qui traversait la rue des Cordeliers. Les religieux avaient été autorisés à l’établir pour faciliter leur communication avec des jardins qui étaient de l’autre côté de la rue.

La bibliothèque du monastère fut détruite en 1562 par les calvinistes, et rétablie peu de temps après.

Avant 1251, la rue des Cordeliers porta le nom de rue Saint-Clément. Suivant quelques auteurs, elle avait aussi reçu celui de rue du Temple, parce qu’elle conduisait au temple ou à l’église des Templiers qui étaient établis à Rouen en 1160, et dont le couvent était dans la rue de l’Estrade2, qui fut réunie en 1795 à la rue Nationale, et à la place où fut depuis l’hôtel de la Barde royale3. Les Templiers furent supprimés en 1311.

Dans le Ms. des Fontaines de 1525, le nom de rue des Cordeliers est donné à la rue des Charrettes, et la rue des Cordeliers est elle-même désignée sous celui de rue Saint-Pierre, à venir

de Machacre aux Cordeliers, probablement parce que l’église de Saint-Pierre-du-Châtel avait sa principale entrée dans cette rue.

En 1794, elle fut appelée rue du Peuple, et reprit sa précédente dénomination en 1795.

On appelait « la fontaine aux Cordeliers » celle que l’on voit actuellement à l’angle des rues Nationale et des Charrettes, parce qu’elle était située dans la cour de ces religieux, où elle fut établie en 1257. Il en est fait mention dans un acte du 8 mai 1393 ; un autre acte parle du ruissel des Cordeliers, qui n’est autre que celui de la Renelle. Le registre du tabellionage de 1400 à 1403 (fo 392 v.) parle de la construction d’une chapelle pour les Cordeliers sur la fontaine dudit hôtel, à l’endroit ou au bout de la rue du Viel-Pont. Un autre acte concerne les retraictes ou latrines de la ville, en la rue du Viel-Pont. Le registre de l’Échiquier, de 1395, fait mention d’un passage allant des Cordeliers à la rivière. Il est permis de supposer que ces désignations s’appliquaient, à cette époque, à un chemin longeant le cours de la Renelle jusqu’à la Seine.

On voyait, il y a quelques années, dans la rue des Cordeliers, une jolie maison en pierre, du 16e siècle, dont les ornements étaient d’un fort bon goût et bien conservés ; mais on les a fait disparaître en réparant la façade de la maison1.

Corderie (rue de la), au haut de la rue Saint-Maur.

Nous ne faisons que mentionner cette rue, qui est située sur la commune du Mont-Saint-Aignan, en dehors des limites de l’octroi de la ville, dans la rue Saint-Maur. Elle était connue précédemment sous le nom de l’allée des Pommiers, à cause d’une rangée de ces arbres qui bordait la rue et qui se prolonge encore dans celle de Sébastopol, appartenant à la même commune. Dans un plan de 1814, elle est inscrite sous la dénomination de chemin de la Charbonnerie.

Cordier (rue du). = Rue Beauvoisine, place Bouvreuil. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Le nom de cette rue semble venir de corderies qui étaient dans le voisinage. Il y avait, en effet, en 1483, un cordier dans cette

rue, qui confinait au rempart Bouvreuil1. Un acte de tabellionage de 1493 cite une maison bornée d’un bout par la rue Beffroy et d’autre bout par derrière la rue à présent nommée la rue des Cordiers.

Cette rue a été également appelée rue des Petits-Champs. Un acte de 1508 fait mention d’un héritage assis en la rue des Petits-Champs, dite la rue du Cordier. La même indication est donnée dans divers autres documents de 1422, de 1530, de 1539 et 1568.

Cordière (rue).

On trouve, dans un acte du 21 juin 1600, la désignation d’un jardin appelé vulgairement le jardin des Bouriots, borné d’un côté la ruelle appelée la Cordière, ayant issue en la rue des Marquets. Ce nom des Bouriots a quelque analogie avec celui d’une rue Robert-Bourel dont on trouve la mention, à la date de 1327, dans les registres de la fabrique de Saint-Lô, et qui était située en la paroisse Saint-Maclou2.

Serait-il question là du jardin de l’ancienne maison des Saints-Anges, qui fut établie sur une des dépendances de la Marêquerie, et qui a une entrée dans la rue du Pavillon ? La Cordière serait un ancien nom du clos des Parcheminiers ou celui d’une ruelle qui y était attenante, et dans laquelle aurait existé une corderie.

Corets (cour ou passage des).

Cette petite ruelle, qu’on appelait aussi la cour des Cornets3, était entre la rue Écuyère et la rue Sénécaux. Elle a disparu avec cette dernière rue et avec la plus grande partie de la rue Écuyère, pour l’ouverture de la rue de l’Impératrice.

« Coret, » en vieux langage, se disait de l’ouverture d’un cornet à encre. La cour des Corets était habitée par des fabricants d’écritoires en corne, et c’est de là, sans doute, qu’elle avait tiré son nom. — Il y avait une confrérie des Coretiers, dont les statuts furent rédigés en 1399.

qui est au bas de la rue Grand-Pont et sur laquelle s’ouvre le Théâtre des Arts. Cette petite place, appelée vulgairement, à l’époque de son établissement en 1816, le Quart-de-Cercle ou simplement la place du Cercle, avait été faite pour faciliter la circulation aux abords du théâtre, avant qu’on eût fait une issue du côté du port, destinée spécialement pour les personnes qui vont en voiture.

(Voyez aussi les rues de la Comédie, d’Écosse, Morant, de la Petite-Boucherie et Pierre-Corneille.)

Cornet (rue du).

Cette rue a été réunie en 1795 à la rue de la Grosse-Bouteille, dont elle était, d’après un plan de 1784, le prolongement jusqu’au carrefour formé par la rue Mamuchet et par celle des Crottes. La rue du Cornet est citée dans un acte de tabellionage de 1480, mais nous trouvons dans d’autres actes du 15e siècle la mention d’une rue du Sornet (1436, 1460), qui paraît avoir été la dénomination de celle du Cornet et de la rue de la Grosse-Bouteille elle-même. (Voyez ce nom.)

La rue du Sornet commençait à la rue de nouvel faicte pour aller de la rue Notre-Dame à la porte Neuve et à la tour Guillaume-Lion1, et devait se prolonger devant les Chambres-d’Aubette, suivant un acte du 2 juin 1463, qui concerne un héritage situé en la rue de devant les Chambres-d’Aubette, borné d’un bout par devant la rue du Sornet, d’autre bout par derrière le chemin allant au long des murs de la ville. Dans un autre acte du 24 novembre 1478, il est également parlé d’une rue du Sornet passant par-dessous le Porche-Fourré jusqu’aux murs de la ville.

Cottes (chemin des). = Rue Verte, la campagne. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

Ce chemin est vulgairement connu sous le nom de chemin de Saint-Aignan ; il conduit à l’un des hameaux du Mont-Saint-Aignan, commune limitrophe de Rouen.

Couaque (impasse du)

Cette impasse, prolongée en 1867 jusqu’à la rue du Bas (actuellement la rue Mollien), a reçu le nom de Guy-Delabrosse.

On faisait dériver son nom de « cloaque » qui signifie égout,

et qui pouvait indiquer l’existence dans ce quartier de ces sortes de chambres-aisées à l’usage du public, dont un arrêté de police prescrivit l’établissement dans les maisons, à différentes époques.

En 1795, on donna à cette impasse le nom de cul-de-sac des Couaques.

— On appelait chambres et chambres-aisées des cloaques ou lieux d’aisance publics qui étaient établis dans divers quartiers de la ville. Il y avait les chambres notre sire le Roi1, les chambres le roi en la paroisse Saint-Denis, près la place de la Vieu-Tour2, les cambrettes, en la paroisse Saint-Vivien, près la rue d’Orberue3, les privées de Robec (voyez ce mot), les chambres et salles communes d’Aubette4, la ruelle aux Femmes dans la rue aux Certains5 (ancien nom de la rue du Fer-à-Cheval), où se trouvait un ruissel nommé le ruissel commun6. Il y avait enfin les retraictes ou latrines de la ville rue du Viel-Pont. (Voyez rue des Cordeliers.) Ces sortes d’établissements étaient alors d’autant plus utiles, qu’ils étaient à peu près inconnus dans les maisons particulières, et qu’il fallut un règlement de police, du 14 janvier 1551, pour ordonner d’en construire dans l’intérieur de ces maisons, mesures qui furent prescrites de nouveau en 15657, en 1593, en 1611, etc., pendant les ravages de la peste.

Si l’on rencontre encore dans divers quartiers de ces lieux publics dont la propreté et le confortable sont très douteux, les progrès de la civilisation ont donné naissance à des retraites plus

commodes et plus dignes du nom sous lequel on les désigne ordinairement.

Coulon (rue et impasse). = Rue du Renard, rue Chasselièvre. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue porte le nom d’un propriétaire.

Coupe-Gorge (rue).

Autrefois isolée, cette rue, qui vient d’être supprimée pour l’ouverture de la rue de l’Hôtel-de-Ville, était mal famée et habitée, au moins dans ses derniers temps, par des femmes de mauvaise vie. Elle avait pu recevoir son nom de quelque assassinat qui y aurait été commis. Dans plusieurs actes du 15e siècle, on l’appelait : la ruelle de Coupe-Gueule tendant de Beauvoisine au puits de Gournetz (1420, 1422). — Un acte de 1496 fait mention d’une maison et tripot où pend l’enseigne de la Fleur-de-Lys, b. d. c. la ruelle nommée anciennement Coupe-Gueule, etc.

Il y avait, depuis 1669, dans cette rue, une communauté de Sœurs grises, autrement dites des Écoles charitables, et qu’on appelait vulgairement les Sœurs du Demi-Quarteron, à cause de leur nombre de treize. Elles avaient été fondées pour tenir les écoles des pauvres filles de la ville1. Elles avaient une chapelle2, qui fut vendue en 1792, avec la maison qu’elles occupaient.

On donna en 1794, à la rue Coupe-Gorge, le nom de petite rue de Lille.

Courvoiserie (rue de la).

C’est un ancien nom de la partie de la rue de la Grosse-Horloge qui avoisine la Cathédrale. (V. rue de la Grosse-Horloge.) Plusieurs titres et actes de tabellionage font mention d’héritages situés entre la rue de Courvoiserie3 et la rue aux Tailleurs (rue du Petit-Salut). On désignait alors la rue du Bec

sous cette indication : la rue tendant de Courvoiserie à Saint-Lô. Dans un autre acte de 1422, il est question d’une propriété sise devant Notre-Dame-de-la-Ronde, tenant d’un bout au pavé de la rue de Courvoiserie, et d’autre bout au pavé de la rue aux Oues.

La rue de la Courvoiserie fut pendant longtemps le centre du commerce d’orfévrerie et du change, ainsi que le prouve une ordonnance de Charles-le-Bel, de décembre 1325, dans laquelle on lit : Dit que, par l’espace de deux cents ans environ, toutes manières de changes et d’orfévreries demourant en la ville de Rouen ont accoustumé à demourer, et tous leurs ouvreurs de change et d’orfévrerie, en la rue de la Courvoiserie à Rouen et non ailleurs, il n’y aura de change qu’à la rue de la Courvoiserie1.

On donnait aussi les noms de rue de Courvoiserie et de Courvoiseriette2 à une petite rue du quartier Saint-Nicaise, voisine de la rue Coignebert. Un acte du 30 mai 1492 porte rue de Courvoiseriette, et d. b. la rue Cocquebert. Un autre acte du 27 août de la même année mentionne la rue de Courvoiserette allant à l’église Saint-Nicaise, d’autre bout la rue Thomas-Lecomte autrement rue Cognebert. — Ce mot, « Courvoiserette » paraît désigner une petite rue qui est figurée dans les plans de 1655 et de 1724 sous le nom de rue de la Mouche, et qu’on appelle actuellement rue de la Moëlle.

Peut-être faut-il attribuer l’origine de ce nom au vieux mot « courvoisier, » par lequel on désignait en 1350 les cordonniers et les marchands de cuirs. D’un autre côté, l’auteur du Dictionnaire indicateur signale l’existence à Caen d’une rue appelée la Grand’rue, qui a porté anciennement les noms de rue Cervoise, de la Cervoiserie, de la Cervoisière, de la Courvoisière ; ces dénominations viennent, dit-on, des brasseries de bière qui étaient autrefois dans cette rue.

Cousin (rue). = Rue Verte, rue Malatiré. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

C’était précédemment un passage, auquel a été donné le nom d’un propriétaire.

Couture (rue). = Rue d’Elbeuf, rue Saint-Julien. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

C’est aussi le nom d’un propriétaire.

Crèches pour l’enfance indigente.

La fondation des Crèches à Rouen date de 1847. Il existe trois établissements de ce genre :

La Crèche de Saint-Maclou et de Saint-Paul, dans la rue des Arpents, sous la direction des Dames d’Ernemont ; elle y a été installée en 1853, après avoir été d’abord dans la rue du Chaudron.

La Crèche de Saint-Vivien, de Saint-Nicaise et de Saint-Hilaire, dans la rue des Capucins, dirigée par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul.

La Crèche Saint-Jean, rue d’Elbeuf, pour le faubourg Saint-Sever, fondée par la Franc-Maçonnerie rouennaise, et inaugurée le 30 mai 1847.

Crevier (rue). = Rue Saint-Gervais, rue Saint-Maur. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue portait, au 15e siècle, les noms de rue Crevière et de Quevrière, peut-être par corruption. Un acte de tabellionage du 4 mai 1424 cite ce dernier nom, et d’autre bout le pitancier de Fécamp. Un autre acte du 23 octobre 1534 concerne une maison et jardin en la rue Crevière, tendant des faubourgs à Saint-Mor vers Tabouret.

Ce nom pourrait provenir d’une enseigne représentant un chevrier. D’un autre côté, le vieux mot « grevier » qui signifie égout, canal, fossé, pourrait aussi avoir été l’origine du nom de la rue Crevier, qui par sa position reçoit les eaux des quartiers supérieurs.

Dans la rue Crevier, en face de celle du Roi, était la communauté des religieuses du Sang précieux1, sortie du tiers-ordre de Saint-Dominique, et qui s’établit en 1658. Leur chapelle, dédiée la même année, était dans cette rue. Ces religieuses furent réunies en 1764 aux Dames du Saint-Sacrement. Leur couvent occupait alors un espace considérable entre la rue Crevier et la nouvelle rue Lézurier-de-la-Martel.

Cette île, dont le nom actuel est provenu d’une croix qui était placée sur une de ses extrémités vers l’ancien pont de bateaux, a successivement reçu, soit en totalité, soit partiellement, un assez grand nombre de dénominations différentes, dues en partie aux noms de ceux qui l’habitaient ou qui y avaient des propriétés.

On la trouve inscrite dans les ouvrages de Farin et de Rondeaux de Sétry, et dans les plans de 1655, 1724 et 1784, sous le nom d’île de la Mouque1. Cette dénomination, donnée encore à l’île de la Croix au commencement du 19e siècle, venait d’une famille de La Mouque qui possédait, comme l’indique un acte de tabellionage de 1692, l’île nommée Augustine, sise en la rivière de Seine, paroisse de Saint-Maclou, bornée par François Amette et le nommé Leloup2.

Dans un plan du 16e siècle, elle est indiquée sous la désignation d’île Amet ou Amette, nom que nous venons de lire dans l’acte qui précède. On la trouve aussi sous le nom d’île du Valet.

Dans un acte du 17 mars 1527, on lit : Jean Trubert, de la paroisse Saint-Maclou, vend l’île nommée Saint-Igny devant la tour de la porte Guillaume-Lyon, bornée d’un bout par-devant la rivière de Seine, par-derrière un bras de ladite rivière, nommé le bras de Saint-Candre. Cette désignation d’île Saint-Candre se retrouve dans des actes antérieurs3 où on lit : l’île Saint-Candre en l’eaue de Seine, paroisse Saint-Maclou, divisée en deux parties, dont l’une nommée l’île du Colombier et l’autre a puis été nommée l’île Guillemette-Filleul. Il y avait, ajoute-t-on, dans chacune de ces portions des maisons qui furent démolies et abattues par les guerres. On lit encore dans un autre acte : l’île Saint-Candre en Seine avoit été vendue par feu Jehan Lelieur, bourgeois de Rouen, à Ricard Ogier ; joint d’un côté à l’eaue de Seine, d’autre côté au fossé qui sépare ladite île de l’île Bras-de-Fer.

Puis on lit dans le même registre : Jean Bras-de-Fer le jeune, de la paroisse Saint-Maclou, vend à Jean d’Estouteville sieur de Challemesnil, la moitié d’une île nommée l’île Bras-de-Fer séant en l’eau de Seine devant la ville, auprès de la tourelle Guillaume-Lion, d’autre côté l’île Pierre-Lecomte.

Enfin nous voyons dans un acte de 1360 ce qui suit : l’île

du Banc-du-Sablon, devant l’église de Grammont, laquelle île on dit être assise en la paroisse Saint-Maclou, d’un côté tout au long à l’île qui fut Jehan Bras-de-Fer le jeune, et de présent aux chanoines de Chalemesnil, d’un bout à l’île nommée île du Colombier.

Ce nom de Bras-de-Fer était encore donné à l’île, ou plutôt à une partie de l’île, en 1398. C’était celui d’une famille dont il est fait mention dans une charte de 1253. (Voyez rue Bras-de-Fer.) Un acte de partage du 15 décembre 1465 s’exprime ainsi : qui aura le tiers lot il aura une portion d’île nommée Bras-de-Fer, devant la porte Jehan-Lequeu, bornée des deux côtés par la rivière de Seine.

L’île de la Croix deviendra en peu de temps un quartier populeux de la ville, à laquelle elle est réunie par le pont de pierre qui s’appuie obliquement sur l’extrémité ouest de l’île, ce qui lui a fait donner le surnom de pont circonflexe. Cette île, qui, au commencement du 19e siècle, n’était encore parsemée que de quelques jardins et de chétives habitations, auxquels on arrivait par de petites barques semblables à celles qui fonctionnent entre le quai de Saint-Éloi et ceux de Saint-Sever, est actuellement percée de rues et édifiée de maisons. Elle possède des établissements industriels assez importants : on y remarque des chantiers de construction de navires, un établissement de bains, l’usine de la Compagnie Européenne pour l’éclairage au gaz, créée en 1845, et le Tivoli normand, appelé aussi le Château-Baubet, ouvert en 1848 par un ancien régisseur des théâtres de Rouen, pour y tenir des fêtes. Cette île offre enfin des facilités pour l’extension de la navigation de la Haute-Seine.

À l’entrée de l’île, et en face de la statue de Pierre Corneille, la ville a fait construire deux élégants pavillons pour y placer un corps-de-garde et un bureau d’octroi.

Croix-de-Fer (rue de la). = Rue Saint-Romain, rue Saint-Nicolas. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Ce nom vient assurément d’une enseigne. Un acte de tabellionage du 10 janvier 1466 cite un hôtel de la Croix-de-Fer, situé en la rue de la Féronnerie, qui doit être un ancien nom de la rue conduisant à celle des Féronniers, ancien nom de la rue

Saint-Romain. Un autre acte du 5 oct. de la même année parle d’un grand hôtel où pend la croix de fer, sis en la rue qui mène à Saint-Nicolas.

M. E. De la Quérière a donné des détails curieux sur une maison de cette rue qui renferme un appartement et une cheminée du plus haut intérêt1.

En 1794 on donna à la rue de la Croix-de-Fer le nom de rue Gasparin ; elle reprit en 1795 sa précédente dénomination.

Croix-de-Pierre (place de la). = Carrefour formé par les rues Saint-Hilaire, Édouard-Adam, Saint-Vivien, Orbe et des Capucins. — 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Ce nom provient d’une croix de pierre dont l’origine remontait au 13e siècle, époque où l’archevêque Gautier-le-Magnifique en fit élever dans plusieurs quartiers de la ville. Celle-ci était placée à peu de distance2 de l’endroit où fut construite, en 1500, par le cardinal d’Amboise, la fontaine qui commença à couler en 1515 et qui est alimentée par la source de Darnétal. En partie détruite par les protestants en 1562, la croix de pierre fut réédifiée en 1628, comme le constatait une inscription trouvée en 1774, lorsque, par suite de vétusté, on fut obligé de démolir le massif qui la supportait et qui encombrait la voie publique.

La fontaine de la Croix-de-Pierre fut alors surmontée d’une croix, pour rappeler le souvenir de celle qui avait été démolie. Elle fut mutilée en 1792, et la fontaine reçut le buste de Marat, qu’en 1795 on jeta dans la rivière après l’avoir traîné dans la boue ; puis elle fut restaurée aux dépens volontaires des propriétaires voisins. La bénédiction en fut faite solennellement le 23 août 1816, par le cardinal Cambacérès, et l’on y rétablit la croix qui avait été renversée pendant la révolution ; mais on ne put remplacer que par des statuettes courtes et d’un style lourd les élégantes figures qui décoraient précédemment ce joli monument3. Au moment où nous écrivons, cette fontaine a été démontée et transportée chez un entrepreneur, où elle doit être l’objet d’une restauration complète4.

En 1794, on avait donné à la place de la Croix-de-Pierre le nom de place Marat, qui lui fut retiré en 1795.

Parmi les événements historiques dont la place de la Croix-de-Pierre fut le théâtre, l’auteur de l’Histoire du Parlement de Normandie1 rapporte qu’un hérétique, après avoir eu la langue percée, fut conduit de cette place au parvis de Notre-Dame avec une torche au poing, pour crier mercy à la belle dame et illec aussi avoir la langue coupée et brûlée devant lui. Une vive mêlée entre les papistes et les huguenots, en 1560, est signalée par le même auteur.

Cette place fut aussi, à diverses époques, le lieu de rassemblement des nombreux ouvriers de la draperie, classe remuante et indisciplinée, qui porta plus d’une fois le trouble dans la ville. (Voyez au mot Penteurs.)

Croix-d’Yonville (rue de la). = Rue du Renard, rue Binet. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue a pris son nom d’une croix en pierre qui y existait avant la révolution de 1789. Yonville est le nom de la vallée où cette rue est située.

Croix-Saint-Leufroy (rue de la).

Supprimée depuis 1820 pour l’élargissement du quai de Paris, cette petite rue régnait au-dessous de la Basse-Vieille-Tour, à partir de l’ancienne porte d’Elbeuf, et se prolongeait jusqu’à la rue du Plâtre2, où elle arrivait dans la direction de celle du Porche-Fourré, dont une partie existe encore.

Son nom dérivait probablement d’une enseigne représentant une croix érigée par saint Leufroy, qui vint à Rouen au 7e siècle.

On avait donné à cette rue, en 1794, le nom de rue du Démagogue.

Cette rue, à laquelle furent donnés vers 1793 les noms de rue de la Dordogne et de rue Gasparin, a repris en 1795 celui qu’elle porte actuellement. Ce nom vient évidemment d’une enseigne. Un acte de tabellionage du 3 janv. 1481 fait mention d’une maison où pendait l’enseigne de la Croix-de-Dieu1, bornée d’un bout par l’hôtel des Étuves de femmes (v. au mot Étuves), d’autre côté la rue de l’Aumône et d’un bout la rue qui mène de Saint-Ouen à Saint-Amand. Dans un acte du parlement de 1587, il est parlé d’une maison où pendait pour enseigne la Croix verte ; cette maison était, en 1769, à usage de boulangerie et l’une des franches-aires2.

On a pensé que le célèbre peintre Jean Jouvenet est né dans cette rue, ou qu’il y a demeuré. Une inscription placée dans la rue aux Juifs indique, néanmoins, que là naquit notre illustre compatriote.

Sur l’emplacement où furent établis les jardins de l’abbaye de Saint-Amand, dont on remarquait encore les murs de clôture, il y a peu d’années, dans la rue du Loup, alors attenant à celle de la Croix-Verte, se trouvait la porte de Saint-Léonard3, qui fit partie de la première enceinte de la ville. De la rivière de Robec, cette enceinte allait rejoindre la porte de Sainte-Appoline, située dans la rue des Carmes, près de celle de l’Aumône.

La porte de Saint-Léonard avait reçu son nom d’une chapelle existant dès les premiers siècles, et qui, après la destruction de l’église de Saint-Amand, devint elle-même l’église paroissiale. Des chartes des abbayes de Saint-Amand et de Saint-Ouen, datées de la première moitié du 13e siècle, font mention d’une ruelle conduisant de l’aître Saint-Ouen à une porte anciennement nommée la porte Saint-Linard et allant droit à Saint-Amand, en laquelle rue il y avoit des franches-aires (voyez ci-dessus), puis d’une rue allant de Saint-Amand à la porte Saint-Léonard. C’était probablement la rue qui fut appelée depuis la rue de la Croix-Verte, et qui, à l’époque dont nous parlons, devait se prolonger jusqu’à la porte de Saint-Léonard.

Crosne (rue de). = Place du Vieux-Marché, rue de Lecat. — 10e section et 1er canton jusqu’au boul. Cauchoise ; 12e section et 5e canton pour le reste ; la Madeleine. — Quartier S.-O. et faub. Cauchoise.

Vers 1775, on perça des rues dans les jardins et places vides qui se trouvaient entre les murs de la ville, l’Hôtel-Dieu et la rivière ; l’on donna vulgairement à ce nouveau quartier le nom de quartier neuf de Cauchoise. On ouvrit une grande et belle rue, qui fut d’abord désignée sous le nom de nouvelle route du Lieu-de-Santé1. Partant de la grille de l’Hôtel-Dieu, elle s’étendait jusqu’à l’emplacement où devait être bâti, entre le Vieux-Marché et la rue des Jacobins (rue de Fontenelle), un nouvel hôtel-de-ville dont la première pierre avait été posée le 8 juillet 1758, travail qui fut ensuite abandonné. On a regardé l’excessive dépense des fondations comme une des principales causes de la suspension de ces travaux2.

La nouvelle rue reçut, en 1780, la dénomination de grande rue de l’Hôtel-Dieu, puis celle de rue de Crosne, du nom de M. Thiroux de Crosne, qui fut intendant de la Généralité de Rouen depuis 1769 jusqu’en 1785, et auquel notre ville est redevable des beaux boulevards qui occupent l’emplacement des fossés de la dernière enceinte3.

Quelques années après, on déboucha la rue de Crosne à travers l’emplacement de l’hôtel-de-ville projeté, afin de la faire correspondre avec la rue de la Grosse-Horloge, que l’on avait l’intention de redresser par la suite, pour avoir une rue directe ayant pour limites extrêmes la Cathédrale et l’Hôtel-Dieu. Mais on fut forcé d’y renoncer. La rue de Crosne arrive aujourd’hui au centre des nouveaux marchés, et, en obliquant un peu à gauche, prend sa direction, par la rue Rollon, sur la place Verdrel et la rue aux Juifs.

La rue de Crosne était précédemment divisée en deux parties :

la rue de Crosne-en-Ville et la rue de Crosne-hors-Ville ; elles ne font actuellement, depuis 1864, qu’une seule et même rue.

Dans les dernières années du 18e siècle, la rue de Crosne était encore fermée par une grille en fer qui séparait le faubourg de la ville ; on lui avait donné le nom de porte ou de barrière de Crosne ; cette grille fut retirée vers 1796.

Dans cette rue est l’hôtel de la Division militaire, qui est devenu, en 1860, propriété de l’État.

La fontaine du Lieu-de-Santé, dite du Prud’homme (v. Hôtel-Dieu), a commencé à couler en 1629.

En 1794, le nom de rue Pelletier-Fargeau fut donné à la rue de Crosne depuis le Vieux-Marché jusqu’à l’hôpital ; peu de temps après, elle reçut le nom de rue de l’Hospice, à cause de la dénomination d’hospice d’humanité que l’on donna à l’Hôtel-Dieu. En 1795, les deux rues reprirent leurs anciennes dénominations, mais le nom de rue de l’Hospice resta jusqu’en 1801 à la rue de Crosne-hors-Ville, ou plutôt elle conserva longtemps cette double désignation.

Crottes (rue des). = Rue de la Grosse-Bouteille, rue Tuvache. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Le quartier où cette rue est située était autrefois marécageux ; l’origine de son nom paraîtrait donc n’avoir pas besoin d’explication ; on trouve, dans des chartes du 13e siècle, ces mots : usque ad crottas, apud crutas1 ; mais, d’un autre côté, on fait dériver crottes de l’anglo-saxon « croft » qui signifie petit clos ou espace de terre placé derrière la maison. Ce mot est employé en Basse-Normandie2. — Enfin, un plan de 1655 porte le nom de rue des Grottes.

La rue des Crottes, dans la paroisse Saint-Maclou, est citée dans divers actes du 14e et du 15e siècle3. On lit dans un acte de tabellionage de 1487 la mention d’une vente d’immeubles qui se rapporte aux dépendances de l’ancien couvent des Augustins, situé

en la rue de ce nom : Un hostel et tennement nommé le Cloistre ; en ce compris deux petits louages ou maisons qui sont joignants et enclavés audit hostel et cloistre, avec les jardins et estables, la chapelle et la galerie de haut, le tout assis en la rue des Crottes.

Sur les plans de 1655 et de 1724 on trouve l’indication, au haut de la rue des Crottes, d’un passage qui conduisait de cette rue à celle des Filles-Notre-Dame, actuellement la rue des Arpents. Ce passage, cité dans le Flambeau astronomique de 1716, est encore connu sous le nom de la Cour-Rouge.

Farin fait mention d’un hôtel de Sainte-Catherine qui fut donné à cette abbaye en 1274. Il est cité, dans les Beautez de la Normandie, au rang des hôtels les plus remarquables, et indiqué comme se trouvant dans la rue des Crottes. Néanmoins, un acte du 21 déc. 1478 cite, dans la paroisse Saint-Maclou, une maison rue des Crottes, bornée d’un côté l’hôtel du haut-doyen1, d’un bout Pierre Tuvache, d’autre bout, Mrs de Ste-Catherine-du-Mont, à cause du don fait par Jacques Tuvache. L’hôtel de Sainte-Catherine est d’ailleurs indiqué comme ayant existé dans une rue portant ce nom, près des moulins situés sur la rivière de Robec, et comme ayant appartenu à ces religieux. (V. rue Sainte-Catherine.)

Par un autre acte du 26 juillet 1478, Jean Lenoble donne deux maisons sises rue des Crottes à l’hôpital du Saint-Esprit, naguère commencé en Martinville, sous Ste-Catherine-lès-Rouen, fondé par noble homme M. Jehan de Laigle, chevalier, seigneur de Clyny. (Voyez au mot Hôpitaux.)

Crucifix (rue du)

Cette rue a été réunie en 1795 à la rue des Iroquois, qui a reçu récemment le nom de Jacques-Lelieur. (Voyez ce nom.)

Du Souillet2 donne le nom de rue Saint-Étienne à la rue des Iroquois, depuis l’ancienne porte du Crucifix où il y a boucherie jusqu’à la rue du Fardeau. Il y avait, en effet, au bas de la rue du Crucifix, une porte de la ville qui avait reçu ce nom d’un grand crucifix qu’on y avait placé. Voici à quelle occasion : on fit, le 22 novembre 1537, une procession à Rouen pour de-

mander la paix ; on y porta le Saint-Sacrement, et les rues furent tendues comme au jour de la Fête-Dieu. Lorsque la procession de la paroisse Saint-Étienne s’approcha du quai, un tourbillon de vent fit tomber le Saint-Sacrement à l’endroit où a été bâtie depuis la porte dite du Crucifix, laquelle prit son nom du crucifix qui y fut placé en mémoire de cet accident.

À la porte du Crucifix étaient, suivant Taillepied, les boettes des subsides pour le roy et pour la ville.

Cette porte a été démolie vers 1803.

En 1794, la rue du Crucifix jusqu’à la rue du Fardeau fut appelée rue Scévola, et, en 1795, la dénomination de rue des Iroquois fut donnée aux deux rues demeurées réunies.

Curandiers (quai des). = Le quai de la Grande-Chaussée, la commune du Petit-Quevilly. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Ce nom a été donné en août 1837 à cette partie du quai, sans doute parce qu’elle était habitée par des curandiers ou blanchisseurs de toiles sur le pré. Il y a, dans la commune du Petit-Quevilly, un quartier appelé le hameau des Curanderies.

On voit aujourd’hui, sur le quai des Curandiers, plusieurs établissements industriels assez importants.

Daliphard (rue). = Rue des Capucins, rue des Champs. — 2e section, 4e canton, Saint-Nicaise. — Quartier N.-E.

Cette rue a reçu, en 1833, le nom d’un propriétaire qui en a bâti les premières maisons. Elle a été ouverte dans les dépendances de l’ancien couvent des Capucins.

Dame-Jeanne (rue). = Rue du Paradis, rue Ambroise-Fleury. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Si ce nom ne vient pas d’une enseigne, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur1, il doit être celui d’une dame Jeanne qui aurait eu une propriété dans cette petite rue. Quelques personnes écrivent, et l’on voit sur un plan de 1724, rue Dame-Jam.

Cette rue est désignée dans un acte de 1425 sous le nom de rue de la Jennette, voisine de la rue Bougerue. Dans un autre

acte de 1524 on lit : rue Jennecte, ce qui semble confirmer l’origine indiquée ci-dessus.

On lui donna en 1794 le nom du Pont-Amarck, qui était celui d’un poste important situé près de Lille, et que défendirent en 1793 des volontaires républicains, contre une force considérable. Son ancienne dénomination lui fut rendue en 1795.

Dame-Regnaulde (ruelle).

Dans un acte de tabellionage du 27 janvier 1421, une ruelle de ce nom est citée dans la paroisse Saint-Laurent, près de la rue Beauvoisine. Ce pourrait être un nom de l’ancienne petite rue Saint-Laurent. (Voyez aussi la rue du Pont-à-Dame-Renaude.)

Damiette (rue). = Rue Martinville, place du Pont-de-Robec. — 6e section pour les nos pairs ; 7e section pour les nos impairs ; 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Cette rue a été longtemps désignée et est encore connue vulgairement sous le nom de rue de la Miette, dénomination sous laquelle elle est également mentionnée dans plusieurs actes de tabellionage du 15e siècle et par divers auteurs. Ce serait là son vrai nom, s’il était, comme plusieurs écrivains l’ont supposé, celui de quelque femme distinguée qui y aurait demeuré1. De là on aurait dit rue de la Miette ; de même on aurait dit aussi rue de Dame-Miette, comme on a dit Dame-Renaulde, Dame-Jeanne, et de Dame-Miette on aurait fait Damiette.

Cependant, plusieurs autres actes de la même époque écrivent Damiette : Maison à Saint-Maclou, en Damiette2,l’hôtel et l’estal de Pierre rue Damiette3,Damiecte ou Damyecte4. On lit dans un acte de 1479 : le jeu de paulme où pend pour enseigne l’image de Saint-Jacques, en la rue de

Damyecte. Le manuscrit des Fontaines de 1525 mentionne aussi la rue Damiette. Ces différentes indications permettent de supposer également que la rue aurait été appelée ainsi en mémoire de la prise de Damiette par saint Louis, ou bien que ce nom aurait été, à cette époque, substitué à la dénomination primitive1. Mais, alors, la rue aurait été connue en 1422 sous cette dénomination, et l’on n’aurait pas eu besoin d’écrire dans un acte du 17 octobre de la même année : la ruelle qui mène de la rue Malpalu à l’Eau-de-Robec. Il est vrai, au reste, que des actes antérieurs, ainsi qu’un autre en date du 29 décembre 1425, portent rue de Damiette, paroisse Saint-Maclou, comme nous le disons plus haut.

Comme on le voit, l’origine du nom de la rue Damiette laisse le champ libre aux étymologistes, qui pourraient y trouver encore une analogie avec le vieux mot « mecte » qui signifie borne ou limite, du latin « meta », origine qui était aussi bien applicable au nom de la rue Damiette, lorsque celle-ci formait de ce côté une des limites de la ville, qu’elle l’est à celui de la rue d’Écosse. (Voy. ce nom.)

Quoi qu’il en soit, le nom de rue Damiette a été conservé : on le trouve gravé sur le mur d’une maison déjà ancienne, à l’encoignure de l’impasse des Hauts-Mariages.

M. E. De la Quérière2 signale, entre autres maisons remarquables qui existent dans cette rue, la maison connue sous le nom d’hôtel de Senneville, qui offre dans son architecture et ses sculptures un grand luxe de décoration. Cet hôtel est figuré sur un plan de 1655 sous le nom de maison de M. Dambray, qui, à cette époque, était conseiller au Parlement. Plus haut est indiquée, sur le même plan, la maison de M. Galman.

Damy-Hocquet (impasse), dans la rue du Plâtre.

Cette impasse existe encore ; c’est la troisième ruelle à gauche en montant la rue du Plâtre. Elle est figurée sur les plans de 1655 et de 1724. — On lit dans un journal de 1833 : Lamy-Hocquet.

Danguy (rue). = Rue Lafayette, rue Saint-Sever. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

C’est le nom d’un propriétaire sur le terrain duquel cette rue a été ouverte.

Dargent (rue). = Route de Darnétal, le chemin des Vignes. — 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

Cette rue est située sur les limites de la ville, au nord de la route de Darnétal. On la trouve désignée dans des anciens titres sous les divers noms d’Argant, de l’Argan ou d’Ergène ; cette dernière dénomination lui est donnée par Taillepied. Elle est indiquée sur un plan de 1814 sous le nom de rue de la Grande-Mare, parce qu’elle conduit à la ferme de ce nom.

Elle est devenue actuellement la rue Dargent sous le pinceau fantaisiste qui a tracé son inscription ; c’est au reste un hommage (probablement involontaire) rendu à la mémoire d’un agriculteur distingué, Charles-Joseph Dargent, ancien membre de l’Assemblée constituante en 1848, lauréat de la prime d’honneur du concours régional de 1861, décédé en 1863 à Saint-Léonard.

Darnétal (route de). = Place Saint-Hilaire, la ville de Darnétal. — 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

On écrivait souvent Dernétal. Le Ms. des Fontaines l’appelle la rue qui vient de Dernestal à la ville1.

C’est le nom que porte actuellement la rue du Faubourg-Saint-Hilaire, qui est connue aussi sous le nom de pavé Saint-Hilaire. On la désigne également sous celui de route de Beauvais2. Peut-

être serait-il préférable de lui donner cette dernière dénomination, pour éviter toute confusion avec la rue appelée déjà rue de Darnétal.

L’église Saint-Hilaire actuelle a été reconstruite, avec la plus grande simplicité, vers 1605, au moyen d’impôts prélevés sur les habitants. Elle remplace une ancienne église que détruisit, en 1562, le canon de Charles IX contre les protestants. On la mit, en 1791, au nombre des églises succursales de Rouen ; fermée en 1793, elle fut rendue au culte catholique en 1802, avec le même titre de succursale. Près de là est une école primaire libre, dirigée par les Sœurs de la Providence.

À peu de distance est un établissement de bienfaisance créé en 1849, par M. l’abbé Podevin, dans les dépendances de l’ancien monastère des Chartreux, sous les auspices d’une Société pour le patronage et le placement des jeunes filles libérées et détenues. Cette maison recommandable, qui, lors de sa fondation, n’en pouvait recevoir qu’un très petit nombre, réunit aujourd’hui un atelier-refuge, une maison d’éducation correctionnelle, une exploitation rurale et de vastes jardins ; elle peut donner asile à trois cents personnes. Cette maison est sous la direction des Dames du Sacré-Cœur de Saint-Aubin. Une première chapelle avait été faite en 1850, mais une autre chapelle plus vaste a été édifiée en 1868, sous le vocable de Notre-Dame-du-Refuge.

La communauté des Dames Blanches, ainsi désignée à cause de leur costume, qui était précédemment établie sur la route de Darnétal, a été transférée, depuis quelques années, dans la rue des Carmélites. (Voyez ce nom.)

On donna en 1794, à la rue du Faubourg-Saint-Hilaire, le nom de quartier de la Convention, qu’il conserva jusqu’en 1795. C’est depuis peu d’années qu’on lui a donné le nom de route de Darnétal.

Darnétal (rue de). = Rue des Sapins, rue du Trou-d’Enfer. — 1re section, 5e canton, Saint Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

Ouverte à la fin du 18e siècle, cette rue a pris son nom de sa position vers la ville de Darnétal. Elle était appelée aupara-

vant la sente des Jardins, à cause des jardins qui y avaient leur entrée.

Pour éviter qu’elle ne soit confondue avec la route de Darnétal, on devrait donner à cette rue un autre nom, par exemple celui de rue de Longpaon, nom sous lequel est inscrit, dans un plan de 1814, un chemin qui lui fait suite, entre la rue Raboteuse et celle du Trou-d’Enfer.

Longpaon est un hameau dépendant de la ville de Darnétal. M. Bouquet, dans ses notes sur les Fastes de Rouen, d’Hercule Grisel, rapporte que, lors de la translation à Rouen des reliques de saint Ouen, qui en avaient été momentanément enlevées, la châsse qui les renfermait devint si lourde à son passage à Darnétal, qu’il fallut faire vœu de bâtir une église à l’endroit où elle avait été déposée, pour pouvoir l’enlever1. De là serait venu le nom du hameau de Longpaon, « longue route faite à pied2. »

Defontenay (rue). = Place du Champ-de-Mars, place Saint-Marc. — 3e section, 4e canton, Saint-Paul. — Quartier S.-E.

Cette rue, ouverte en 1805 en vertu d’une décision du conseil municipal, a reçu le nom de M. Pierre-Nicolas Defontenay3, qui fut maire de Rouen pendant les années les plus difficiles de la révolution et membre de l’Assemblée constituante. On réunit plus tard à la rue Defontenay celles des Degrés-Rompus et du Pont-de-Bois-d’Aubette. La première devait sa dénomination à des marches en pierres par lesquelles on montait sur le rempart, et dont les dernières furent retirées vers 1808. Le nom de la rue du Pont-de-bois-d’Aubette provenait d’un pont placé sur cette petite rivière.

Dans la rue Defontenay est le lieu de réunion de la Société lyrique rouennaise (ancien Caveau normand), fondée en 1867, et du Cercle rouennais de la Ligue de l’enseignement, formé à la même époque, et qui y tint sa première assemblée générale le 13 août 1868.

C’est le nom d’un propriétaire, qu’on a donné à un passage nouvellement ouvert et faisant suite à la rue du Nouveau-Monde.

Derrière (rue de).

On lit ce nom dans des actes de tabellionage du 6 mai 1421 et du 2 mai 1478, avec l’indication de la paroisse de Saint-Martin-sur-Renelle : Maison bornée d’un bout par devant la rue nommée la rue de Derrière. — C’est probablement une défiguration du nom de la rue Percière.

Descroizilles (impasse), sur le boulevard Martinville. — 1re section, 5e canton ; Saint-Paul pour le côté sud, Saint-Hilaire pour le côté nord. — Faubourg Martinville.

La rue Descroizilles, qui avait été percée vers 1835 pour mettre le boulevard Saint-Hilaire en communication avec la rue Préfontaine, a été en majeure partie expropriée pour l’installation de la gare du chemin de fer du Nord ; le déclassement de cette rue a été effectué en 1866 ; il ne reste plus, vers le boulevard, que la courte impasse ci-dessus indiquée.

La rue Descroizilles avait reçu le nom d’un savant chimiste auquel l’industrie rouennaise est redevable du perfectionnement de l’art du blanchiment des toiles par le procédé berthollien.

Deseveaux (impasse), dans la rue du Champ-des-Oiseaux. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

Cette impasse, qui porte le nom d’un propriétaire, est indiquée dans un plan de 1817 sous le nom d’impasse du Champ-des-Oiseaux, nom que l’on donne actuellement à une autre impasse située au-dessus de la rue du Clos-Thirel.

Deux-Anges (rue des). = Rue de la Roche, rue de Joyeuse. — 2e section et Saint-Nicaise pour les numéros pairs ; 5e section et Saint-Ouen pour les numéros impairs ; 2e canton. — Quartier N.-E.

Le nom de cette rue provenait d’une enseigne des Deux-Anges ; on trouva plaisant, en 1794, de l’appeler la rue des Deux-Patriotes, puis elle fut réunie à la rue de Flandres en 1795. Elle a repris actuellement son ancien nom, et la rue de Flandres n’est plus qu’une impasse.

Il y avait eu aussi une enseigne des Deux-Anges dans la rue Malpalu, près des Augustins1. — À Paris, une rue des Deux-Anges était ainsi nommée, à cause de deux statues d’anges qui étaient placées à chacune de ses extrémités.

Devant-la-Cohue (rue de).

On appelait probablement ainsi une portion de la rue du Bailliage qui est actuellement supprimée, et qui, depuis l’ancienne rue de la Truie jusqu’à l’entrée de celle de Saint-Patrice, régnait le long des bâtiments du bailliage que l’on nommait vulgairement la Cohue2. — Un acte du 12 août 1682 fait mention d’une maison assise au coin de la rue aux Truyes, bornée d’un côté un jardin, d’autre côté la rue de Devant-la-Cohue, en la paroisse Saint-Patrice.

Dinanderie (rue). = Rue des Bons-Enfants, rue de l’Hôtel-de-Ville. — 8e section, 2e canton, Saint-Patrice. — Quartier N.-O.

On appelle dinanderie, du nom de la ville de Dinan (ou Dinant en Belgique) où on les fabrique, toutes sortes d’ustensiles de cuisine en cuivre jaune. C’est dans la rue Dinanderie qu’étaient réunis les chaudronniers3 et les marchands ou fabricants de batterie de cuisine, lesquels sont eux-mêmes désignés quelquefois sous la dénomination de dinants. (Voy. aussi l’art. de la rue des Maillots.)

Telle paraît être l’origine du nom de la rue Dinanderie, dénomination sous laquelle elle est indiquée dans divers actes du tabellionage du 15e siècle. On lui donnait aussi, vers la même époque, le nom de Neuve-Rue. Un acte de 1423 mentionne une maison sur la paroisse de Saint-Pierre-Lhonoré, bornée d’un côté par la rue Étoupée, d’autre bout la rue de Neuve-Rue. Un autre acte de 1477 indique aussi la rue de Neuve-Rue, de présent nommée la rue de Dynanderie.

Un acte de 1582 fait mention d’un jeu de paume de la Cornière qui était dans la rue Dinanderie. C’était précédemment, ainsi que l’indique un autre acte du 28 novembre 1509, l’hôtel du Petit-Muche, où pendait pour enseigne la Cornière, borné

par derrière les Étuves du Grédil. (Voy. au mot Étuves.) Là était, en 1770, le magasin du ci-devant jeu de paume de la Cornière, qui, l’année suivante, sous le nom de salle Dinanderie, et plus tard sous celui de salle Valery, servit de lieu de réunions et de fêtes. On y joua même la comédie vers la fin du 17e siècle et dans le courant du siècle suivant. La salle Dinanderie, qui, depuis peu de temps, avait été mise aussi à usage de synagogue, a été démolie vers 1865 pour le passage de la rue de l’Hôtel-de-Ville.

Domrémy (rue). = Avenue Jeanne-d’Arc, la Campagne vers le Boisguillaume. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

On a donné ce nom à une route ouverte depuis quelques années dans l’ancien fief de Bihorel, et faisant partie d’un quartier projeté sous le nom de cité Jeanne-d’Arc.

Dorival (rue), dans la cité Landrieu. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Nom donné par un propriétaire à une rue ouverte récemment.

Douanes (hôtel des), sur le quai du Havre.

Cet hôtel est contigu aux magasins de l’Entrepôt réel des marchandises venues de l’étranger, qui avaient été construits par une société de commerçants, et qui furent cédés à la ville en 1824. Ses entrées principales sont sur le quai du Havre et dans la cour des Entrepôts. (Voy. ce mot.)

L’hôtel de la Douane a été édifié en 18361 et inauguré l’année suivante, en remplacement de l’ancien bâtiment qui avait été construit en 1723 et qu’on appelait la Romaine, du nom de l’instrument qui servait à peser les marchandises assujetties aux droits. Ce bâtiment, qui était placé entre les rues Haranguerie et de la Vicomté, disparut pour le nouvel alignement des quais. Le fronton qui le décorait, et qui avait été sculpté par Coustou, statuaire du 18e siècle, fut rétabli dans l’enceinte de la nouvelle Douane, au-dessus de la porte d’entrée de l’Entrepôt, avec cette

inscription : Bas-relief de N. Coustou, exécuté en 1726, enlevé de l’ancienne Douane, située entre les rues Harenguerie et de la Vicomté, en 1836. — M. Henri Barbet, maire de Rouen. — Isabelle, architecte

— Les magasins des Docks-Entrepôts, dont la construction avait été projetée en 1843, sont situés sur la rive gauche de la Seine. Ils ont été créés de 1860 à 1862, pour servir à l’emmagasinage des marchandises sujettes aux droits de douane ou d’octroi, ainsi qu’aux opérations sur warrants1.

Les Docks occupent les terrains compris entre la rue Montméry et celle de la Petite-Chaussée ; ils s’étendent en arrière jusqu’à la rue des Emmurées. La création de ces vastes magasins a donné lieu à une dépense excédant trois millions, et a occasionné la suppression de la petite rue des Roulettes et l’expropriation de nombreuses propriétés particulières. Cet établissement, qui comporte une superficie de 25,000 mètres, doit être encore agrandi par l’adjonction de nouveaux corps de bâtiments construits par un propriétaire, lesquels seront loués à la ville jusqu’à ce qu’elle s’en rende propriétaire, soit par acquisition, soit par voie d’échange. La façade de ces docks, dans la construction desquels entrent pour une grande part la brique et le fer, fait suite à la caserne Saint-Sever.

— À l’aspect de ce vaste établissement, à la vue de ces nombreuses usines qui se sont multipliées dans le faubourg Saint-Sever et dans les communes limitrophes, en considérant l’état actuel de notre navigation maritime et les transformations qu’elle a subies depuis un certain nombre d’années, en se rendant compte des avantages que devront apporter au trafic commercial l’extension et l’amélioration de nos quais de débarquement, en songeant enfin aux relations nouvelles que doit faire naître la création d’une troisième voie ferrée, on reconnaît de plus en plus la nécessité d’établir, le plus tôt possible, un trait-d’union

devenu indispensable entre les deux rives, et d’ouvrir une vaste artère de circulation entre le comptoir et le magasinage, entre l’industrie et le commerce, non pas à travers des rues resserrées et populeuses, mais au milieu d’une ligne dégagée de tout obstacle et de tout danger ; l’on déplore enfin les entraves qui ont été apportées jusqu’à présent à l’accomplissement de cet immense progrès.

Dourdonne (grande et petite rue).

De toutes les rues qui ont disparu du vieux Rouen, il en est peu qui aient eu autant d’importance que la rue Dourdonne, si l’on en juge par le nombre des actes de tabellionage où elle est citée. Cette rue était très ancienne, puisqu’elle se trouvait, sous le nom de rue « Dordonne1 », en dehors des fossés de la ville lors de l’existence de la porte Massacre, et qu’elle devait se prolonger jusqu’à l’emplacement où fut ouverte depuis la rue des Belles-Femmes. (Voy. ce nom.)

Farin dit, en effet, que lors du premier agrandissement de la ville, le fossé tournait par la porte Massacre jusqu’au bas de la rue Dordonne, où était la porte aux Fèvres.

Cette rue Dourdonne formait, au 15e siècle, à partir de la rue Saint-Lô, la continuation du lieu appelé la Poterne2 jusqu’à la rue Massacre, et elle se trouva supprimée lors des travaux de construction du Palais-de-Justice3 et de l’établissement de la place du Marché-Neuf dans une portion de l’ancien clos aux Juifs, qui était limitée à l’est par la rue Dourdonne et à l’ouest par une autre rue appelée rue de l’Escauderie. (Voy. ce nom.)

Les comptes de la ville (1449, 53 r.) font mention de la grande et de la petite rue Dourdonne, en la paroisse Saint-Jean.

Par un acte du 30 octobre 1499, Mathieu Morisse vend à la ville de Rouen la maison où pend l’enseigne du Signot, en la paroisse de Notre-Dame-de-la-Ronde, bornée d’un côté la grande rue de Dourdonne, d’autre côté une ruelle nommée la petite rue de Dourdonne, d’un bout par-devant la rue aux Juifs, et d’autre

bout la maison où pend l’enseigne de la Pelotte1, puis naguère vendue à la ville ; lesquels maison et héritage ont été acquis par elle pour appliquer à faire un palais ordonné par le roi à ses officiers être fait au Neuf-Marché2, pour tenir en temps à venir l’Échiquier de Normandie. — Déjà le 18 mars 1493 avait eu lieu la vente d’un emplacement borné par un hôtel à la ville et la place du Neuf-Marché, et d’autre bout la rue nommée la petite rue Dourdonne.

Le 6 août 1521, pour l’établissement de la place du Neuf-Marché (voyez place Verdrel), destinée à la vente des poulailleries, fruictages et aultres, il est vendu, pour être démolies, certaines maisons et édifices estant en l’église Saint-Jean et la conciergerie du parlement. Parmi ces maisons, s’en trouve une sise en la rue Dourdonne, où pendait l’enseigne des Coquilles, appartenant à Pierre de Coullonges, puis une autre appartenant à Griffon, boulanger, etc.

On lit dans un acte du 15 mars 1539 : Maison en la rue Dourdonne, à présent appelée rue Machacre. Puis, un autre acte du 22 novembre 1548 concerne une maison en la rue du Bras, autrement la rue Dordonne, et où est ordinairement tenue la boucherie de Machacre. Cette désignation de rue du Bras semblerait indiquer que la rue Dourdonne se dirigeait autrefois en obliquant vers la rue des Belles-Femmes, comme nous l’avons déjà dit. Les plans de 1655 et de 1724 font connaître que la boucherie Massacre était alors située sur la partie sud de la place du Marché-Neuf, entre la rue Massacre et celle du Tambour.

— Les comptes de Saint-Ouen font mention du ruissel de Dourdonne, dans le quartier de la boucherie Saint-Ouen3, ce qui peut avoir motivé le choix du nom de rue de la Dordogne, qui fut donné à la rue de la Croix-Verte en 1794. Le canal couvert, qui se dirige par la rue du Petit-Mouton vers l’Eau-de-Robec, pourrait être l’ancien ruissel de Dourdonne. (Voy. rue du Petit-Mouton.)

Duboc (passage ou rue), dans la rue du Champ-des-Oiseaux. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

Une inscription placée sur une des encoignures de ce passage, du côté de la petite rue de l’Avalasse, porte le nom de petite rue du Champ-des-Oiseaux ; mais le nom de passage Duboc, dû à celui d’un propriétaire, lui est communément resté.

Duclos (rue), dans la cité Landrieu. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Rue récemment ouverte et à laquelle un propriétaire a donné son nom.

Dugay-Trouin (rue). = Boulevard Cauchoise, avenue de la Madeleine. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Cette rue, à laquelle a été donné le nom de l’illustre navigateur, avait primitivement porté celui de rue du Chien-qui-rit, provenant sans doute d’une enseigne. Ce singulier nom fut donné ensuite à une autre rue du même quartier, qui a été appelée plus tard la rue Moiteuse.

Dulong (rue). = Rue Beauvoisine, rue du Maulévrier. — 5e section, 2e canton, Saint-Ouen. — Quartier N.-E.

Ouverte dans les dernières premières années du 19e siècle, sous le nom de rue Neuve-des-Carmélites, sur l’emplacement de l’ancien monastère de ce nom, dont on voit encore quelques vestiges au haut de la rue du Vert-Buisson, cette rue a porté plus tard les noms de rue du Duc-de-Bordeaux et du Duc-de-Chartres. On lui donna, le 2 mars 1848, celui d’un illustre chimiste qui naquit à Rouen le 12 février 1785, et qui mourut le 14 juillet 1838. — En 1794, on avait remplacé le nom de la rue Neuve-des-Carmélites par celui de rue des Préjugés-vaincus.

Dans la rue Dulong, à l’encoignure de la rue Impériale, a été construit, en 1861, l’hôtel où sont établis les bureaux de la Caisse d’Épargne. Cet utile établissement, fondé en 1820 par une société de souscripteurs, a acquis une importance considérable. L’hôtel de la Caisse d’Épargne a sa façade sur la rue Impériale. Une inscription, placée sur le fronton de la porte d’en-

trée par la rue Dulong, porte ces mots : La Caisse d’Épargne, fondée à Rouen en 1820, a fait édifier cet hôtel en 1861.

Il fut question, en 1855, de prolonger la rue Dulong jusqu’au boulevard Beauvoisine, vers le haut de la rue de la Glacière, mais ce projet fut abandonné.

Dunet (ruelle).

On trouve, dans des actes de tabellionage de 1421 et de 1478, l’indication d’une ruelle Dunet, en la paroisse Saint-Godard. Le premier de ces actes parle d’un jardin contenant un siége de pentheur, borné par la ruelle Dunet et par une ruelle pour aller de la Rougemare au champ des Barres. Un autre mentionne un héritage borné d’un bout la rue tendant de la Rougemare aux murs de la ville, et d’autre bout la ruelle Dunet. Il est probable que cette petite rue faisait partie de l’emplacement où fut établi plus tard le couvent des Carmélites, et qu’occupe la rue Dulong.

Duquesne (rue). = Quai Napoléon, place de la Basse-Vieille-Tour. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Cette rue, ouverte en 1831, à l’époque où les travaux d’élargissement et de redressement du quai de Paris ont amené la suppression des petites rues Sainte-Geneviève et de la Croix-Saint-Leufroy, est située près de l’endroit qu’occupait la porte d’Elbeuf.

Nous ne savons si le nom que porte cette rue lui a été donné pour honorer la mémoire d’Abraham Duquesne, l’un des plus grands hommes de mer que la France ait produits, et auquel la ville de Dieppe a élevé une statue en 1844 ; s’il en était ainsi, on pourrait regretter que le choix ne fût pas tombé sur une rue plus étendue, car celle-ci a à peine vingt mètres de longueur.

Dutronché (rue). = Place Saint-Sever, rue de Seine. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Le nom du savant jurisconsulte, mort à Rouen en 1826, avait été choisi, le 18 novembre 1833, pour une rue du faubourg Cauchoise qui reçut ensuite celui de rue Roulland ; il fut donné, par un autre arrêté du 1er septembre de l’année suivante, à la rue actuelle, récemment ouverte alors sur un terrain appartenant à M. Lemire. M. Leboucher-Dutronché avait rempli, pendant la révolution, les difficiles fonctions de maire de Rouen.

Cette rue, achevée en 1838, est devenue l’artère de communication entre les quais de Saint-Sever et la gare des marchandises du chemin de fer de l’Ouest. Un rail, incrusté dans le pavage, permet aux locomotives de remorquer à travers la place St.-Sever les wagons servant à l’embarquement ou au débarquement des navires et bateaux amarrés le long des quais de la rive gauche.

Duval (rue). = Rue de la Pucelle, rue des Pépinières. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue, ouverte en 1847, a reçu le nom d’un propriétaire.

Eau-de-Robec (place de l’). = Les rues Napoléon III, du Rosier, Damiette, du Père-Adam, de la Chaîne, de la Boucherie-Saint-Ouen et de l’Eau-de-Robec. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Cette place était appelée précédemment place des Ponts-de-Robec, ou plutôt du Pont-de-Robec, à cause d’un pont que les religieux de Saint-Ouen construisirent en 1385 entre la boucherie et la place qui précède la rue Damiette. Ce pont est indiqué dans les plans de 1655 et de 1724. Ce n’est que depuis peu de temps que cette désignation a été changée, sans que ce changement ait un motif plausible.

Il y avait près de là une porte de la ville appelée la porte Saint-Léonard (voy. rue de la Croix-verte et rue Saint-Amand), et qui, dans le plan de Rondeaux de Sétry, est indiquée sous le nom de porte de Abet1, peut-être par corruption du mot Robec. Mais cette porte de Robec, qu’on appelait aussi la porte de l’Orient et qui devint plus tard la porte Martinville, était au bas de la rue Saint-Romain.

On voit sur la place de l’Eau-de-Robec une maison gothique en bois du 16e siècle, qui est revêtue extérieurement, et dans la cour de derrière, de sculptures et de bas-reliefs assez curieux.

l’Arquet ; 3e section et Saint-Vivien pour le reste ; 3e canton du pont de Robec à la rue Ambroise-Fleury, 4e canton pour le reste. — Quartier S.-E.

La rivière de Robec1, qui a donné son nom à cette rue, prend sa source dans la cour d’une petite ferme située en la commune de Fontaine-sous-Préaux, passe à Saint-Martin-du-Vivier, est grossie par de nombreuses sources qui s’échappent le long de la côte, traverse Darnétal, entre dans la ville de Rouen par le faubourg Saint-Hilaire, fait mouvoir sur son parcours un grand nombre de moulins et d’usines, et, après avoir longé de l’est à l’ouest la rue qui porte son nom, passe par derrière les rues Damiette et Malpalu, et va se jeter dans la Seine, auprès du pont de Pierre-Corneille2.

La rue Eau-de-Robec était autrefois habitée presque exclusivement par des teinturiers, ce qui faisait dire à Bourgueville, au 16e siècle : Aucunes fois iaulne, aultres fois rouge, verte, bleuë, violée et aultres couleurs, selon qu’un grand nombre de teinturiers qui sont dessus la diversifient par intervalles, en faisant leurs maneuvres3. C’est ce qui a fait dire aussi à un auteur chinois qu’il y avait en Europe une rue sur laquelle on comptait plus de cinq cents ponts4, et dont l’eau changeait de couleur plusieurs fois par jour.

Cette rue était encore, au commencement du 19e siècle, le centre de la fabrique, qui depuis s’est transportée dans le quartier de Saint-Gervais.

Telle était l’importance du cours d’eau de Robec pour la teinture et la fabrication des draps, qu’un procès s’éleva en 1513, entre les teinturiers de Darnétal et ceux de Rouen, pour l’usage de ses eaux.

Dans cette rue était autrefois l’hôtel des Libraires, où pendait l’enseigne du Pot-d’étain5. Dans la grande salle de cette maison

se tenaient en outre les « plès de Robec1 » pour le règlement de toutes les affaires qui concernaient les droits que la ville avait reçus, en 1262, du roi saint Louis, sur la propriété des rivières de Robec et d’Aubette. On lit, dans un acte de tabellionage du 10 juillet 1507, que les maîtres du boujon de la draperie, reconnoissant qu’à nul appartient le droit de mettre planche sur ces rivières en la ville de Rouen, demandèrent et obtinrent des conseillers de la dite ville, permission d’en placer quatre sur Robec et trois sur Aubette, à des endroits indiqués, mais à condition que cette permission n’engage pas l’avenir et que la ville demeure maîtresse de les faire enlever à sa volonté. — Un autre acte du 19 mai 1554 porte ce qui suit : Comme, en faisant la visitation qui se fait chaque année sur la rivière de Robec, pour voir s’il y avoit aucune entreprinse sur ladite rivière, les conseillers échevins de la ville ont trouvé que Jehan Balleu avoit commencé à faire construire deux corps de maison sur ladite rivière avec quatre siéges de cloaques tombant sur ladite rivière, à l’endroit du grand moulin de la ville… Il y eut transaction, au moyen de laquelle Jehan Balleu fut autorisé à continuer sa construction en payant une rente à la ville.

À l’extrémité de la rue Eau-de-Robec, vis-à-vis de la rue des Célestins, était le couvent de ce nom qui fut supprimé vers 1778 ; il avait été fondé en 1440, dans un château qu’avait fait construire le duc de Bedfort, vice-roi pour les Anglais, au lieu appelé Chantereine ou du Joyeux-Repos2, près de l’endroit nommé la Lavanderie de Saint-Ouen, qui lui avait été cédé par les religieux de cette abbaye. Le duc, mort au château de Rouen en 1435, avait fait cette donation aux Célestins, qui en prirent possession en 1445 et donnèrent à leur monastère le titre du Val de la Sainte-Vierge. Elle fut confirmée en 1449 par le roi Charles VII. Leur église, qui était grande et remarquable, fut édifiée en 1450 à la place d’une autre chapelle qui était en bois, et consacrée en 1502. Pillée d’abord par les calvinistes (voy. rue des Célestins), elle a été détruite en 1780, et l’emplacement du monastère est occupé aujourd’hui par les dépendances de l’Hospice-général.

Entre la même rue et celle de Saint-Hilaire était le cimetière

des Huguenots, qui est figuré sous ce nom dans les plans de 1655 et de 1724. (Voy. rue Saint-Hilaire.)

C’est dans la rue de l’Eau-de-Robec que naquit Édouard Adam, physicien distingué, décédé à Montpellier en 1810. On lit sur une maison portant le no 245 l’inscription suivante : Dans cette maison est né, le 11 octobre 1768, Édouard-Jean Adam, qui, par l’invention d’une méthode distillatoire propre à retirer immédiatement des vins toutes les parties spiritueuses, a ouvert, en 1800, une source inépuisable de richesses pour le midi de la France. Le conseil municipal de Rouen a décidé, dans sa séance du 8 mai 1837, que ce marbre serait érigé en son honneur.

Une rue voisine de l’Hospice-général a reçu le nom du célèbre inventeur. Il semble qu’il eût été préférable de voir donner le nom d’Édouard Adam à la partie de la rue où il est né, pour réserver à celle qui le porte actuellement une dénomination destinée à rappeler la mémoire de l’un des fondateurs de l’hospice, de Claude Groulart, par exemple, qui fut aussi premier président de notre Parlement. Quant au nom de l’Eau-de-Robec, on aurait pu le conserver à la partie de la rue qui est parallèle à celle de Saint-Hilaire, depuis la place de la Croix-de-Pierre jusqu’au boulevard. L’on devrait alors restituer à la place du Pont-de-Robec sa véritable désignation.

L’usage de curer la rivière de Robec, pendant la semaine de la Pentecôte, est encore en vigueur. Il a été plusieurs fois question de couvrir cette rivière sur tout son parcours, ce qui aurait pour résultat de rendre cette voie de circulation moins dangereuse, en l’élargissant et en supprimant (au moins jusqu’à la hauteur de la place de la Croix-de-Pierre) les nombreux ponts qui lui donnent un caractère particulier. Cette question, d’un haut intérêt pour la rue elle-même et pour tout le quartier, ne paraît pas encore avoir été décidée.

Parmi les maisons que signale, dans la rue de l’Eau-de-Robec, l’auteur de la Description historique des Maisons de Rouen1, on remarque celle qui porte le no 186 ; elle est décorée d’un bas-relief assez curieux, et porte la date de 1588.

Eaux minérales.

Il a existé dans Rouen plusieurs établissements d’eaux miné-

rales. Celles dites de Saint-Paul jouissaient d’une réputation méritée. L’auteur de la Description de la Haute-Normandie dit qu’elles ne le cédaient pas, pour la qualité, à celles de Forges. En parlant de cette fontaine, dont l’eau était salutaire aux malades, Farin ajoute : Comme celle de la fontaine voisine où vont tous les infirmes. Ce qui indique qu’il y a près de là plusieurs autres sources minérales qui, de même que celles de Saint-Paul, sortent du versant méridional de la côte de Sainte-Catherine. Il s’en trouve, en effet, dans des jardins situés dans la rue d’Eauplet.

Les sources ferrugineuses de Saint-Paul sont au nombre de quatre1 : la Saint-Paul, connue aussi sous le nom de la Fontaine-de-Fer ; la Céleste, qui a beaucoup de rapport avec la Reinette de Forge ; l’Argentée et la Dorée, dont les qualités sont, comme celles de Saint-Paul, à peu près analogues à celles de la Royale et de la Cardinale. Elles ne sont plus l’objet d’une exploitation publique. Un privilége exclusif, en vertu de lettres patentes, avait été donné en 1765 à un sieur Gilbert, architecte, d’y construire des bains. L’emplacement des eaux minérales de Saint-Paul, qui avait appartenu à l’abbesse de Montivilliers, et qui paraissait encore fréquenté dans les dernières années du 18e siècle, a été vendu en 1791, par adjudication.

— L’établissement de la Marêquerie, dans la rue Martinville, était encore, il y a peu d’années, un lieu de réunion pour les buveurs d’eau minérale, mais il était assez peu fréquenté, tant il est vrai que les choses les plus utiles subissent l’influence de la vogue et de l’engouement. Les dépendances de cet établissement sont transformées en de vastes ateliers de chaudronnerie, et c’est à peine si quelques vestiges révèlent encore la place des sources, qui vont se perdre dans un bras de la rivière d’Aubette2. Les eaux de la Marêquerie, réunies autrefois dans un marais formé par les épanchements des eaux de la Seine, de Robec et d’Aubette, marais desséché par la suite des temps et couvert actuellement de constructions, prennent naissance dans la vallée

de Darnétal. Trois sources différentes coulaient dans les jardins, et on leur avait donné, probablement par imitation de celles de Forges, les noms de la Cardinale, de la Reinette et de la Royale. C’est à M. de la Bourdonnaye, ancien intendant de la généralité de Rouen, mort en 1779 dans un âge très avancé, que la ville avait dû, en 1750, la conservation de l’établissement des eaux minérales de la Marêquerie, qui, comme celles de Saint-Paul, ont fini par changer de mains et de destination.

— Les Affiches de Normandie de 1778 ont signalé l’existence, au Mont-Riboudet, d’une ancienne fontaine minérale autrefois fréquentée, et qui devait se trouver dans le voisinage du pont de Bapeaume, comme le constatent les vers suivants, d’un poète latin du 17e siècle1 :

Ante tamen fusam brumâ Bapalmius undam
Pons tegit ; hic quondam lympha salubris erat.

— Une autre fontaine, vulgairement appelée la fontaine de Jouvence, était en grande vogue au 17e siècle dans le village de Déville. Elle avait reçu également le nom de fontaine du Parlement, à cause des travaux que des membres de cette cour souveraine y avaient fait faire. Ces eaux minérales étaient encore recommandées au siècle dernier par Lepecq de la Clôture2.

Échange (rue de l’). = Rue de l’Industrie, rue de l’École-de-Natation. — 1re section, 6e cantonsection, Saint-Paul. — Île de la Croix.

Cette petite rue, ouverte vers 1863 dans l’île de la Croix, doit son nom à un échange de terrains qui lui a donné naissance.

École (rue de l’). = Rue Ganterie, rue Beffroy. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Cette rue, dont il est fait mention dans plusieurs titres sous le nom de rue de l’École de Grantmaire, a pris ce nom de l’une des écoles du chapitre de la Cathédrale, dite l’École de grammaire1, qui avait été instituée de toute ancienneté dans la paroisse de Saint-Laurent, derrière le chœur de cette église. On y apprenait aux enfants les principes de la langue latine ; après quoi ils allaient au collége des Bons-Enfants. Il y avait aussi une école de chant2. L’école de grammaire existait encore au commencement du 16e siècle ; mais elle fut supprimée peu après, comme le constate un acte de tabellionage du 5 mai 1509, qui mentionne la vente faite par Guillaume Leconte, chanoine de Notre-Dame de Rouen, d’un héritage assis en la paroisse de Saint-Laurent, en quel y a un grand corps de maison neuf sur rue, et un autre corps de maison et un appentis derrière joignant ledit héritage, auxquels héritages l’on souloit tenir l’escolle de grammaire, et que ledit Leconte avoit acquis des doyen et chapitre de Notre-Dame de Rouen.

— D’après un plan de 1655 il y avait, dans la rue de l’École, à gauche en entrant par la rue Ganterie, un hôtel appelé le bureau des Cuirs3, et à droite, un peu plus haut, un hôtel de Saint-Arnoult.

On trouva, en 1831, dans un terrain situé à l’angle de la rue de l’École et de la petite rue Saint-Laurent, et près duquel avait existé l’école de grammaire, un mur de construction romaine, ainsi que des médailles et d’autres objets antiques.

On a placé, en 1867, sur la façade d’une maison de la rue de l’École, une inscription exécutée en lettres d’or sur un marbre blanc, laquelle est ainsi conçue : Ici naquit, le 29 juillet 1802, Jules de Blosseville, navigateur et naturaliste, perdu dans les mers

du Groënland, en août 1833, avec le brick Lillois qu’il commandait.

— Il y avait eu aussi une rue de l’École, près de la rue de l’Épicerie. C’était peut-être la rue de la Salamandre, qui tend de la rue de l’Épicerie à la rue du Bac, dans laquelle a existé une école dite de Saint-Cande-le-Vieux ; cette école portait le titre de collége et était sous la conduite immédiate des chanoines de cette église. Un acte du 1er août 15511 concerne un ténement de maisons borné d’un bout par devant la rue du Petit-Muche (ancienne ruelle, aujourd’hui fermée, allant de la place du Marché-aux-balais à la rue des Fourchettes), d’autre bout la rue de l’Escole ; et une autre maison bornée d’un côté la rue du Marché-aux-balais, d’autre côté l’héritage du collége, d’un bout par devant la rue de l’Épicerie, et d’autre bout ladite rue de l’Escolle.

— Comme on l’a vu plus haut, il exista à Rouen, depuis un temps reculé, des Écoles publiques. Les plus importantes étaient, outre l’école de Grammaire, celles de Saint-Ouen, de Saint-Cande-le-Vieux et des Bons-Enfants. Il y avait aussi l’escolle as Juis2 dans la paroisse Saint-Lô.

En 1592 fut institué le collége des Jésuites, que remplaça en 1762 une école dont les maîtres furent choisis par les officiers municipaux du bureau de l’hôtel commun. Un arrêt du parlement, du 28 juin de cette même année, enjoignit aux parents, curateurs, maîtres de pension, supérieurs de séminaires et autres ayant charge de l’éducation de la jeunesse, d’envoyer leurs enfants aux écoles publiques de ce nouveau collége.

Un autre collége avait été établi à l’archevêché en 1641, par ordre de François de Harlay, archevêque de Rouen.

Le principal établissement affecté à l’instruction publique est le Lycée impérial (Voy. rue du Maulévrier), comprenant aussi le collége de Joyeuse et le collége d’enseignement secondaire spécial ; il y a aussi le Séminaire archiépiscopal de la rue Poisson, ayant pour annexes le petit séminaire du Mont-aux-Malades et plusieurs institutions ecclésiastiques dans le département.

Rouen est également le siége d’une inspection académique, d’une faculté de théologie, dont les cours se tiennent dans la cour des Libraires, rue Saint-Romain ; d’une École préparatoire de mé-

decine et de pharmacie instituée en 18411 ; d’une École préparatoire à l’enseignement supérieur des sciences et des lettres, instituée en 1855, situées l’une et l’autre dans l’ancienne enclave de Sainte-Marie, rue Impériale ; d’une École normale d’instituteurs primaires, établie dans l’ancien prieuré de Saint-Lô, et enfin d’un certain nombre d’établissements d’instruction secondaire libres, d’écoles chrétiennes et d’écoles primaires subventionnées par la ville2. Des maisons d’éducation et des écoles primaires pour les jeunes filles sont dirigées par des communautés religieuses et par des institutrices séculières3. Il y a encore dans notre ville plusieurs écoles spéciales, savoir : l’École départementale d’agriculture et d’économie rurale, instituée en 1838, et dont les cours se tiennent dans l’enclave de Sainte-Marie ; l’Académie de peinture et de dessin, dans le même local, dont la fondation remonte à 1741 : elle fut alors établie dans des salles de la Haute-Vieille-Tour (voy. ce mot) ; une École d’arboriculture, dans le jardin botanique de Trianon ; des cours publics et gratuits de chimie, d’histoire naturelle, de mathématiques appliquées aux arts et à la mécanique, une École professionnelle entretenue par la ville et créée en 1850 ; un cours supérieur et des cours particuliers de musique, fondés en 1843, etc., etc.

Il y a enfin une École gratuite de sourds-muets fondée en 1835 par l’abbé Lefebvre4, et entretenue par une société de souscripteurs. Il avait été créé avant la Révolution, à l’Hospice-général,

une institution gratuite pour les sourds et muets ; cette école, établie par Mad. de Mahiel en 1788, assistée de l’abbé Huby, chapelain de cet hôpital, ne put être maintenue. Un arrêté municipal avait été pris en 1832 pour l’institution d’une nouvelle école des sourds-muets à Rouen, mais elle n’eut également qu’une courte durée. Celle qui a été fondée en 1835 par l’abbé Lefebvre a continué d’exister depuis le décès de son fondateur. Elle est située sur la rampe Saint-Gervais.

École-de-Natation (rue de l’). = Rue de l’Échange, la Seine. — 1re section, 6e canton, Saint-Paul. — Île de la Croix.

C’est, ainsi que son nom l’indique, une rue qui, dans l’île de la Croix, longe l’établissement des bains froids, situé en face de la porte Guillaume-Lion.

D’autres personnes lui donnent le nom de rue des Bains.

Écosse (rue d’). = Rue Beauvoisine, rue de la Glacière. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

L’auteur du Dictionnaire indicateur1 a cru pouvoir attribuer l’origine de ce nom à la circonstance suivante, en faisant remarquer toutefois que ce n’était qu’une conjecture : Un gentilhomme normand, appelé Jean Bailleul, devint roi d’Écosse, en 1292, sous le nom de John Balliol. Il revint en Normandie et mourut au commencement du 14e siècle dans le pays de Caux, d’où la famille de Bailleul tire son extraction. Il serait possible qu’en mémoire de Bailleul, roi d’Écosse, on ait donné à cette rue le nom de rue d’Écosse.

Mais nous pensons que cette origine est moins ancienne, car, dans les registres du tabellionage, nous ne trouvons ce nom mentionné que dans des actes de 1528 et de 15302, tandis que, dans beaucoup d’actes du 14e et du 15e siècle, et même dans des titres antérieurs, on trouve la rue inscrite sous les diverses dénominations de rue de Maiete, Maette, Mecte, Mette, Miecte, Myecte et Meaite3, tous mots qui, s’ils ne dérivent pas d’un nom propre, de

même qu’on l’a supposé pour la rue Damiette, pourraient provenir du mot latin « meta1 », qui signifie borne, limite, pour indiquer que cette rue était sur les limites de la ville. — Nous lisons, dans les actes de 1423 et de 1479 : Maison bornée d’un bout la rue de Mette, d’autre bout, au clos des Arbalétriers, et d’un côté au chemin de dessous les murs de la ville. Dans d’autres actes de 1502 et de 1525 il est encore question de la rue de Mecte2 et du clos des Arbalétriers de la Cinquantaine. Or, dans ce clos des Arbalétriers était, au 16e siècle, un manége où l’on entrait par une longue allée que l’on voit encore dans la rue Beauvoisine. On pourrait admettre que ce manége était dirigé par des Écossais3 domiciliés dans la rue qui en aurait conservé le nom de rue d’Écosse. Il est possible enfin que cette rue ait été habitée par des Écossais de distinction, chez l’un desquels serait descendu en 1535 Jacques V, roi d’Écosse, qui vint en France pour épouser la princesse Madeleine, fille de François Ier, et qui logea dans un hôtel de la rue d’Écosse4.

Nous avons vu que la rue d’Écosse était, au 15e siècle, sous les murs de la ville. En 1667 il intervint, sur la réclamation des habitants des rues d’Écosse et du Cordier, une délibération de l’Hôtel-de-Ville portant : Il convient faire, sur le rempart allant de la porte Bouvreuil à celle de Beauvoisine, pour rendre accessible au charroi la rue d’Écosse, aplanir le terrain commençant par la rue du Cordier jusqu’à la rue d’Écosse, au niveau du pavé et des deux rues, et adoucir en montant depuis la rue d’Écosse jusqu’au hault dudit rempart, pour faciliter le roulage du canon dans la nécessité.

Cette rue, qui aboutissait, avant les premières années du 19e siècle, à la rue du Rempart-Bouvreuil, a été prolongée jusqu’à la rue de la Glacière, au moyen de la démolition d’un bout

du mur du rempart, et du remblai d’une portion des anciens fossés.

Les Dames de la Compassion, qui s’étaient d’abord établies dans la rue des Bonnetiers, puis sur la place de la Rougemare, sous la dénomination des Religieuses garde-malades, et qui avaient transféré leur domicile, en 1853, dans un hôtel de la rue Sainte-Croix-des-Pelletiers, connu alors sous le nom de l’ancien bureau des Aides, ont, par suite de l’expropriation de leur demeure pour l’ouverture de la rue Guillaume-le-Conquérant, formé un nouvel établissement dans la rue d’Écosse, où elles ont acquis, en 1863, l’hôtel d’Héricy avec toutes ses dépendances jusqu’à la rue de la Glacière et jusqu’au boulevard Beauvoisine. Ce vaste emplacement contenait, autrefois, le manége des Arbalétriers et les derniers vestiges de l’ancien rempart, qu’on a fait disparaître entièrement en 1869. Cette communauté y fait construire des bâtiments, et se propose d’y édifier une chapelle.

En 1794, on a donné à la rue d’Écosse le nom de rue de Corneille ; elle a repris son ancienne dénomination en 1795, et le nom de Corneille a été donné à la rue Morant, qui, également, ne l’a conservé que pendant quelque temps.

Écu-de-Verre (rue de l’).

Il y avait la grande et la petite rue de l’Écu-de-Verre ; elles ont été supprimées pour l’établissement de la place Impériale, en 1839. On donnait quelquefois à ces rues le nom du Cul-de-Verre1.

Au moyen-âge, la rue de l’Écu-de-Verre portait le nom de rue d’Espaigne ou d’Espagne, ainsi qu’on le voit dans un titre de 13992 : rue d’Espaigne, par. Saint-Maclou, près du bout de la rue Malpalu vers la Seine. Un acte de 1476 fait mention de la rue de l’Écu-de-Verre, appelée aussi la rue d’Espaigne. Ce nom est dû à la résidence dans ce quartier des marchands de cette nation, qui faisaient à Rouen un grand commerce de laine, et qui même se livraient à la fabrication3. — Il existe encore dans la place Impériale un hôtel appelé hôtel d’Espagne.

Il y avait, entre la rue d’Espagne et celle du Petit-Quai (actuellement la rue du Plâtre), plusieurs voies de communication ; l’une d’elles est la rue du Closet-de-la-Madeleine, précédemment la ruelle Laurent-Duval. Une autre portait le nom de ruelle de Trigorie ou de Trihory, et même de Tricherie ; on voit encore, dans la rue du Plâtre, au-dessus de la rue du Closet, une portion de cette petite rue qui se trouve actuellement enclavée dans une propriété particulière ; elle est désignée sous le nom de ruelle de la Trésorerie.

— Taillepied cite une rue au Voerre, qu’il place dans le quartier Martinville ; nous ne savons si ce nom se rapporte à l’ancienne rue de l’Écu-de-Verre ou à celle des Verriers.

Écureuil (rue de l’). = Rue Ganterie, rue de l’Hôtel-de-Ville. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Cette rue est inscrite dans Taillepied et dans d’autres nomenclatures sous le nom de rue de l’Escureur ; mais un arrêt du Parlement, de 1590, fait connaître qu’il y avait, tout près de la rue Ganterie, en la paroisse Saint-Laurent, une hôtellerie où pendait l’enseigne de l’Écureuil, et que rendit célèbre un assassinat dont nous parlerons à l’article de la rue de Socrate. C’est de l’enseigne de cette hôtellerie que la rue a reçu son nom.

Un acte de tabellionage du 3 mai 1476 mentionne ce même hôtel de l’Écureuil, au coin de la rue Boutchard, à présent nommée la rue Saint-Laurent, bornée d’un côté la rue Boutchard, d’un bout la rue du Fossé-aux-Gantiers ; ce qui indique qu’avant de s’appeler rue de l’Écureuil, cette rue avait porté le nom de rue Boutchard (Boutard) et celui de rue Saint-Laurent, à cause de l’ancienne paroisse qui y est située.

Cette dernière dénomination est portée dans divers actes de tabellionage : l’un, du 7 septembre 1472, parle d’une maison joignant l’hostel de l’Écureuil et la rue Saint-Laurent. Un autre, du 20 juillet 1496, concerne une maison assise en la rue Bouchard, autrement dite Saint-Laurent. Enfin, dans un acte de 1526, il est question de la rue Saint-Laurent ou de l’Écureuil.

Le savant historien du Parlement de Normandie indique également que le nom de Boutihard était donné, en 1480, à la rue de l’Écureuil ; ce qui est confirmé par des actes de 1487 et de 1530, qui font mention d’une maison où pend l’enseigne de l’Escre-

viche, bornée d’un bout par la rue Boutilhart, à présent nommée rue de l’Écureuil.

Nous avons fait connaître, à l’article de la rue Boutard, les différentes variantes sous lesquelles ce nom est inscrit dans les actes du 15e siècle, en ajoutant que les rues Boutard et de l’Écureuil nous paraissaient n’avoir fait qu’une seule et même rue. Dans les plans de 1655 et de 1724, ces deux rues ne figurent que sous le seul nom de rue de l’Écureuil, et celui de la rue Boutard n’est inscrit que sur le plan de 1784.

L’ancienne église de Saint-Laurent, qui faisait partie de la rue de l’Écureuil, s’en trouve séparée actuellement par la rue de l’Hôtel-de-Ville, pour l’ouverture de laquelle le haut de la rue de l’Écureuil et la partie sud de celle de Saint-Laurent ont été détruits. Cette église était autrefois dans les faubourgs de la ville1 ; c’était la chapelle Saint-Antoine, où les abbés de Saint-Wandrille disaient la messe lorsqu’ils venaient à Rouen pour les séances de l’Échiquier. Elle fut érigée en paroisse en l’an 1024. Détruite par un incendie, le jour de Pâques de 1248, on fut longtemps à la rétablir. Le corps actuel de l’église, qui était d’une rare élégance, est du 15e siècle. La tour, qui avait été commencée en 1490 et achevée en 1501, fut renversée en 1520 par la violence des vents. Rétablie en 1638, elle eut encore à souffrir d’un ouragan en 1683. L’église elle-même, qui avait été ravagée par les calvinistes en 1562, fut fort endommagée par ce dernier ouragan. Dévastée en 1702 par un nouvel incendie qui éclata pendant l’office et causa la mort de plusieurs personnes, elle fut réparée l’année suivante. Ce que l’on voit encore de la tour est d’une architecture remarquable et mériterait d’être conservé. Elle était surmontée d’une aiguille en pierre, haute de trente pieds, qui a été démolie en 1810. Il existait dans l’église de Saint-Laurent des sépultures ayant appartenu à de grandes familles de Rouen et de la Normandie. On remarque, près du grand portail en entrant dans la rue Boutard, les restes d’une balustrade en pierre, taillée à jour et découpée de manière à former ces mots : Post tenebras spero lucem. — Cette église a été supprimée en 1791. C’est actuellement un magasin de voitures. (Voy. rue de l’Hôtel-de-Ville.)

Dans la rue de l’Écureuil naquirent, au 17e siècle, les Bas-

nage, célèbres jurisconsultes, dont le nom a été donné à l’une des rues de Rouen nouvellement ouvertes. L’administration municipale a fait placer, en 1844, sur la façade d’une maison qui occupe l’emplacement de l’ancien hôtel où ils sont nés, cette inscription commémorative : Ici était la maison des Basnage.

Le manuscrit des Fontaines dit, à l’occasion des fontaines de Rouen, qu’il y avait une cuve devant l’Écureuil.

M. E. De la Quérière a cité une maison remarquable qu’on voyait, en 1841, dans la rue de l’Écureuil, à gauche en montant, et qui renfermait des morceaux de sculptures, des bustes d’empereurs romains, des vestiges de fresques indiquant que là dut être une habitation importante. Cet hôtel a été démoli, et des fragments de sculptures qu’il contenait ont été transportés, en 1867, au Musée d’antiquités. De l’autre côté de la rue était une maison indiquée dans le plan de Gomboust comme étant, en 1655, la demeure de M. Bigot1.

Écuyère (rue). = Rue de la Grosse-Horloge, rue des Bons-Enfants. — 9e section et la Cathédrale pour les nos pairs ; 10e section et Saint-Patrice pour les nos impairs ; 1er canton. — Quartier S.-O.

Cette rue est mentionnée sous ce nom dans divers titres et actes du 13e siècle2. Un acte de tabellionage du 17 août 1491 parle d’un jardin avec les vignes et arbres dessus croissants, d’un bout la rue Escuyère, d’autre bout la rue des Séneschaux. Nous ne savons s’il faut attribuer l’origine du nom de cette rue à des fabricants de boucliers appelés « écus », scutarii ; ou au vieux mot « esquierre » qui signifie escadron, corps de troupe, ou enfin à des écuyers3 qui prenaient soin des chevaux. Il y avait dans cette rue une cour à l’enseigne de l’Étrille-d’or4, dont il

est fait mention dans les Affiches de la Normandie de 1764, ce qui permettrait d’adopter cette dernière étymologie1.

On donna, en 1794, à la rue Écuyère, le nom de rue de la Société, et on lui rendit en 1795 son ancienne dénomination.

Cette rue, qui était étroite et insalubre, est actuellement complétement transfigurée ; il n’en reste plus que quelques maisons du côté gauche qui n’ont pas été atteintes par l’expropriation prononcée en 1860 pour l’ouverture des nouveaux quartiers.

Dans le haut de la rue Écuyère, à gauche, à l’encoignure de celle des Bons-Enfants, était l’église de Saint-Pierre-l’Honoré, qui a été démolie vers 1840, après avoir été convertie à l’usage d’une fonderie de métaux. L’auteur des Lettres sur Rouen rapporte, suivant l’opinion du chanoine Deudemare2, que cette église aurait été construite sur les ruines d’un ancien temple consacré à Mercure, motif pour lequel, ajoute le même historien, la rue aurait porté longtemps le nom de rue Mercurière.

Un acte du 10 juin 1421 fait connaître qu’une maison de la rue Écuyère fut ruinée par haut durant le siége (précédent), par les bombardes qui l’atteignirent.

Édouard-Adam (rue). = Place Martinville, place de la Croix-de-Pierre. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien, excepté la partie gauche de la rue, depuis la place Martinville jusqu’à la rue Napoléon III, qui est sur Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Cette rue, qui a été ouverte en 1838, a été rétablie en 1866 sur un nouveau tracé, et a été prolongée jusqu’en face de la Croix-de-Pierre, au moyen de la construction d’un pont sur la rivière de Robec. Elle fait communiquer la place Martinville avec la rue Saint-Hilaire ; elle occupe, après avoir croisé la rue Napoléon III, l’emplacement des anciennes rues Picchine, des Verriers et Godard, et contribue à l’assainissement de quartiers populeux et autrefois misérables.

Elle a reçu le nom d’un célèbre chimiste qui naquit à Rouen

en 1768, dans une maison de la rue Eau-de-Robec (voy. cette rue), et mort à Montpellier en 1810.

Une borne-fontaine, qui a été établie dans cette rue, remplace celle qui, dans l’ancienne rue Picchine, était adossée contre le mur de l’Hospice-général.

Édouard-Landrieu (rue), dans le quartier appelé cité Landrieu. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Nom donné par un propriétaire à une rue récemment ouverte.

Églises et Établissements religieux.

Avant 1790, il y avait à Rouen, outre l’église Cathédrale, trente-sept églises paroissiales, et à peu près autant de chapelles pour les établissements publics et pour les communautés religieuses des deux sexes. Le nombre des édifices consacrés au culte fut considérablement réduit, en mai 1791, par un décret qui fixa ce nombre à treize églises paroissiales et à cinq succursales, et qui ordonna la suppression de toutes les corporations religieuses. Les églises elles-mêmes ne tardèrent pas à être fermées et ne furent rouvertes, en partie, qu’en 17951 ; puis, en vertu d’un concordat avec le Pape, en date du 15 juillet 1801, le service du culte fut réorganisé par le rétablissement de six églises paroissiales et de huit succursales2. On rétablit, en outre, les maisons religieuses de l’Hôpital-général et de l’Hôtel-Dieu, et six pensionnats ou maisons particulières considérées comme maisons religieuses. Les autres églises et monastères demeurèrent supprimés.

Depuis cette époque, le nombre des églises paroissiales a été successivement porté à douze, et celui des succursales fixé à trois par la création récente de la succursale de Saint-Clément, dans le faubourg Saint-Sever. Il existe, en outre, neuf chapelles d’établissements publics pourvues d’aumôniers, et dix-huit monastères à chacun desquels est attaché un chapelain.

Nous nous bornerons à citer ici les noms de ces églises et de ces chapelles ; nous renvoyons, pour les détails qui les concernent, ainsi que pour les autres anciens monuments et établissements religieux de la ville de Rouen, aux articles spéciaux qui leur sont consacrés dans leur ordre alphabétique, ou à ceux relatifs aux rues et places où ils sont situés, suivant l’indication donnée aux lecteurs par la table qui termine le volume.

Églises paroissiales.

Églises succursales.

Chapelles des Établissements publics.

  • Chapelle de l’Hospice-général, boulevard Martinville à Saint-Hilaire.
  • de l’Hôtel-Dieu, dans l’intérieur de cet hospice.
  • de l’Asile de Saint-Yon, rue Saint-Julien.
  • de Quatre-Mares, à Sotteville.
  • Chapelle du Lycée impérial, rue Bourg-l’Abbé.
  • de Bicêtre, dans l’intérieur de cet établissement.
  • de la Maison de justice, dans l’intérieur du Palais.
  • de l’École normale, rue Saint-Lô.
  • du Patronage des jeunes filles libérées, route de Darnétal.

Chapelles des Monastères.

Il y a, en outre, quelques autres chapelles particulières dont nous ne saurions donner le détail.

Indépendamment des églises et chapelles consacrées au culte catholique, l’ancienne église de Saint-Éloi, située sur la place de ce nom, est affectée au Consistoire protestant, et l’ancienne église de Sainte-Marie-la-Petite, dans la rue de la Prison, est occupée par la Synagogue israélite.

Elbeuf (rue d’). = Rue Saint-Sever, les bruyères Saint-Julien. — 11e section, 6e canton ; Saint-Sever jusqu’à la rue aux Bœufs à droite et jusqu’à la rue Méridienne à gauche ; ensuite Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue a pris son nom de sa situation entre Elbeuf et Rouen ou d’une ancienne maison appelée le château d’Elbeuf. On désigne sous la dénomination d’avenue ou d’ancienne route d’Elbeuf, un chemin qui, depuis la rue de ce nom, se prolonge jusqu’à travers la forêt des Essarts.

L’ancien parc de Trianon, situé vers l’extrémité de la rue d’Elbeuf, fut acquis par la ville en 1831 et est actuellement occupé par le Jardin botanique, qui y a été transféré en 1839. Créé d’abord dès 1735, dans une propriété particulière du faubourg Bouvreuil, puis dans une rue qui en a conservé le nom de rue du Jardin-des-Plantes, ce jardin avait été établi par une société de savants qui s’étaient réunis pour cultiver la botanique, société au sein de laquelle prit naissance l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. Il avait été transféré, en 1757, par les soins de cette compagnie, au lieu appelé alors le cours Dauphin, dans un terrain assez vaste qui avait été enclos de murs, et qui d’abord avait été destiné à servir de lieu de dépôt des cidres, avant qu’il fût question de le transférer dans l’avenue de la Madeleine. Une vaste serre chaude et deux orangeries y furent édifiées à cette époque. Cette translation et le but de l’institution sont constatés par une inscription latine conservée dans les fondations de la serre, et dont voici la traduction : Sous le règne de Louis XV, sous le protectorat et les auspices de D. D. Frédéric Montmorency, duc de Luxembourg, pair de France, gouverneur, ce jardin, destiné à la culture et à la démonstration de toutes les plantes, de tous les arbres que produit la nature dans toutes les parties du monde, et concédé par la munificence du maire et des adjoints, a été orné et consacré par l’Académie royale des sciences, des lettres et des arts, à la santé, à l’étude, et à l’embellissement de cette bonne ville, l’an 1757. — Elle posa la première pierre de ce monument, sous les auspices et au nom de son protecteur, le 12 juillet 17581.

Ce bel établissement, l’un des plus riches de France en plantes

exotiques, a été transféré, en 18391, dans l’ancien parc de Trianon, nommé autrefois le jardin de Madame Planterose2 ou le jardin de la Mare-du-Parc. Des écoles de botanique et d’arboriculture, entretenues par la ville, ont été fondées depuis quelques années dans le domaine de Trianon et ont succédé aux cours qui avaient été institués par l’Académie des sciences dans l’ancien jardin des plantes.

Au-dessus du Jardin botanique est le nouveau cimetière de Saint-Sever, qui a été inauguré en 1856. (Voy. rue Saint-Julien.)

— Une communauté de dames de l’ordre de Saint-Benoist, appelées les Crépines, du nom de leur supérieure, qui avait été fondée précédemment au hameau de la Panneverre, dans le faubourg Saint-Hilaire, vint s’établir dans la rue d’Elbeuf, où fut édifiée, en 1684, une chapelle qui fut dédiée sous le vocable de Saint-Hilaire. Cette communauté paraît avoir été supprimée en 1770, époque où l’on fit la vente de son mobilier. On a démoli, en 1867, la porte cochère de la maison que ces religieuses avaient occupée ; elle était surmontée d’un cintre en pierre, sur lequel était gravée cette inscription : Prieuré de Saint-Hilaire, 1732.

Il existe, aux bruyères Saint-Julien, où aboutit l’avenue qui fait suite à la rue d’Elbeuf, un magnifique hippodrome qui a été établi pour les courses de chevaux. Là est aussi un champ de manœuvre pour les exercices de la cavalerie. (Voy. rue Saint-Julien.)

Emmurées (rue et place des). = Rue Saint-Sever, rue Geuffroy. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg du même nom.

Le nom de la rue des Emmurées vient d’une ancienne communauté de religieuses de l’ordre de Saint-Dominique, établie en 12633, dans le manoir archiépiscopal de Saint-Mathieu, qui avait été occupé en 1222 par des religieux du même ordre, appelés les frères Prêcheurs ou les Jacobins. (Voy. rue de Fontenelle.) L’é-

glise que ces derniers avaient fait bâtir fut démolie en 1412 ; elle était contiguë à celle qui fut édifiée alors par les Emmurées.

Cette dénomination venait de ce qu’elles donnèrent, les premières à Rouen, l’exemple d’une exacte clôture. Leur couvent était entouré de hautes murailles. Ce monastère a été supprimé en 1792 ; une partie de son emplacement fut converti en une école gratuite pour les filles, qui y fut établie vers 1810 par les Dames d’Ernemont1.

L’église des Emmurées, qui avait été construite pour la première fois par le roi saint Louis, fut dédiée de nouveau en 1479. Elle fut ruinée au 16e siècle, démolie et restaurée à plusieurs époques, puis réédifiée à neuf en 1666. Après la suppression de la communauté, cette église fut mise pendant quelques années à usage de magasin de fourrages, et sert actuellement d’écurie pour la cavalerie ; le cloître a été converti en caserne.

L’auteur de la Description de la Haute-Normandie rapporte qu’à la suite du désastre arrivé en 1591 et dans lequel se trouva enveloppé le monastère des Emmurées2, les religieuses, qui s’étaient réfugiées à l’hôtel de Saint-Wandrille, dans la rue Ganterie, eurent le courage d’aller se placer sur le grand chemin, près des ruines de leur maison, et de demander l’aumône aux passants pour la réédification de leur demeure.

Ce monastère avait reçu en 1510 les restes de Georges d’Amboise Ier, mort à Lyon ; en 1550, le corps du cardinal d’Amboise II, décédé en son château de Vigny, y fut également déposé. En 1531 on y transporta aussi Louis de Brézé, grand-sénéchal et gouverneur de la Normandie ; c’est de là qu’il fut porté en grande pompe à l’église métropolitaine3.

La rue des Emmurées, qui n’était d’abord qu’une impasse, a été continuée avant 1830 jusqu’à la Petite-Chaussée, puis ensuite jusqu’à la rue Geuffroy. Le premier établissement pour l’éclairage par le gaz courant y a été créé en 18344, époque vers laquelle on

a commencé à le substituer à l’éclairage à l’huile dans quelques quartiers de la ville.

En 1853, l’administration municipale décida que l’emplacement de l’ancien monastère serait affecté à l’installation d’un marché aux bestiaux qui a été inauguré le 20 mars 1856.

Ce marché est devenu très important. Un rapport fait à la Société d’agriculture de la Seine-Inférieure constate que, depuis le 23 mars 1869 jusqu’au 12 avril 1870, il s’y est vendu 125,863 têtes de bétail.

C’est là qu’est actuellement la place des Emmurées, destinée peut-être à mettre en rapport le faubourg Saint-Sever avec une nouvelle voie ferrée, et avec le prolongement de la rue de l’Impératrice par un troisième pont sur la Seine, si, d’une autre part, la Ville se décide un jour à retirer de là le marché aux bestiaux pour le rapprocher des Abattoirs.

Enfer (rue d’). = Rue Saint-Nicaise, rue Coignebert. — 2e section, 2e canton, Saint-Nicaise. — Quartier N.-E.

En 1794, la rue d’Enfer reçut le nom de rue de la Vertu !... Elle reprit en 1795 son ancienne dénomination.

Le mot « enfer » pris au figuré, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur, signifie bruit, vacarme. Le nom de cette rue ne viendrait-il pas de quelque maison ou d’un lieu de rassemblement où l’on faisait ordinairement du bruit, et auquel on aurait donné pour cette raison le nom d’Enfer ?

Ce mot est aussi employé pour désigner une maison clandestine de jeu, « un jeu d’enfer. » La police fit à Paris, en 1857, un rapport contre une femme surnommée la Marquise, qui avait établi son enfer dans le voisinage de l’hôtel du Louvre.

À Paris, la porte d’Enfer était ainsi nommée à cause de l’opinion populaire que les esprits infernaux venaient dans le château de Vauvert qui était voisin.

— Un hameau du faubourg Saint-Hilaire, appelé le Trou-d’Enfer, est situé au pied de la montagne des Sapins. Un ancien chemin d’Enfer conduisant à ce hameau porte actuellement le nom de rue du Trou-d’Enfer. (Voy. cette rue.)

Enfin, un acte de tabellionage de 1461 fait mention de l’eau nommée le doigt d’Enfer, près de l’Eau-de-Robec. Serait-il question du lieu appelé le Choc, où existe, à l’aide d’une écluse, un point de jonction entre la rivière d’Aubette et celle de Robec ?

On désigne en Basse-Normandie les petits cours d’eau par le mot « doigt » ou plutôt douet, du latin « ductus. »

Entrepôts (rue ou cour des). = Quai du Havre, rue des Charrettes. — 10e section, 1er canton, Saint-Vincent. — Quartier S.-O.

Cette voie de communication entre la rue des Charrettes et le port a été ouverte pour le service des magasins de l’Entrepôt réel du commerce et de l’hôtel des Douanes qui fut construit en 1836. — On lui avait d’abord donné le nom de rue de l’Octroi.

Au commencement du 19e siècle, l’entrepôt réel des marchandises était dans un local appartenant à un négociant de Rouen1.

Épée (rue de l’). = Rues des Faulx et Saint-Vivien, rues Orbe et Bourg-l’Abbé. — 2e section et Saint-Vivien pour les nos pairs ; 5e section et Saint-Ouen pour les nos impairs ; 2e canton. — Quartier N.-E.

Le nom de cette rue est cité dans des actes de tabellionage de 1462 et de 1476. Dans un autre acte, du 13 avril 1494, la rue de l’Épée est indiquée comme bornant un héritage joignant par derrière aux murs qui faisaient anciennement cloison de la ville. Elle a dû porter aussi le nom de rue Michel-Lemercier. Un acte de 1421 cite une ruelle ainsi appelée dans le voisinage des camps de Saint-Nicaise. (Voy. rue des Champs.) Cette dénomination, devenue par vice de prononciation « rue au Mercher2, » est indiquée dans un acte de 1423 pour une rue sise derrière les murs Saint-Ouen, donnant d’un côté dans la ruelle du Bourg-l’Abbé. Enfin un acte de 1427 mentionne une ruelle qui mayne de Saint-Ouen à la porte Beauvoisine, nommée d’ancienneté la rue Michel-Lemerchier, rue dans laquelle il y avait un siége de penteur. (Voy. ce mot.)

On a pensé que le nom de la rue de l’Épée était venu d’une enseigne, qui est indiquée dans un acte du 3 août 1423. Il y avait aussi, dans une autre partie de la ville, une maison de la Petite-Épée. Mais peut-être cette rue tirerait-elle plutôt son nom d’une ancienne assemblée de justice, appelée le Plaid de l’épée, dont il

est fait mention dans les Actes normands de la Chambre des Comptes1, et qui aurait dépendu de la puissante abbaye de Saint-Ouen.

Dans la rue de l’Épée s’était établie, en 1666, une communauté des Filles de la Providence, qui fut supprimée en 1792. Cette maison s’est rétablie plus tard dans la rue du Champ-des-Oiseaux.

Au bas de la même rue, près du lieu appelé le Pont-de-l’Arquet, était la fausse porte de Saint-Ouen, qui dépendait du deuxième agrandissement de la ville, et qui fut démolie en 1539.

Un peu au-dessus est une fontaine qui fut construite en 1613, et qui est alimentée par la source de Darnétal. L’établissement de cette fontaine fut l’occasion de longs débats entre les religieux de Saint-Ouen et les échevins de la ville.

Épicerie (rue de l’). = Place de la Haute-Vieille-Tour, place de la Calende. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Cette rue, qui a dû prendre son nom du genre de commerce qu’on y exerçait, est souvent citée dans les actes de tabellionage du 14e et du 15e siècle. Un acte de 1422 fait mention d’une rue qui descend de la maison de la Hache2 au manoir de la ville de Rouen, en la Vieu-Tour.

Épine (rue de l’). = Rue Saint-Julien, rue des Brouettes. — 10e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue, qu’on trouve désignée dans les Affiches de Normandie, de 1786, sous le nom de rue du Bec, a dû prendre celui d’un propriétaire, M. de l’Épine, un des échevins de la ville, de 1787 à 1791.

Ernemont (rue et impasse d’). = Place Beauvoisine, route de Neufchâtel. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

Le nom d’Ernemont est celui d’un village situé à 18 kilomètres de Rouen, où s’établit, en 1700, après avoir été préalable-

ment fondée vers 1680, à Darnétal, la communauté des Dames du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie, dans une propriété qui leur fut donnée par M. Barthélemy de Saint-Ouen d’Ernemont. Plus tard, cette communauté vint à Rouen. Leur couvent fut construit sur un terrain faisant partie de l’ancien Champ-du-Pardon, et les Dames du Sacré-Cœur, connues aussi sous le nom des Capotes, et sous celui des Sœurs des Écoles chrétiennes, prirent, ainsi que la rue où elles s’installèrent, le nom de leur fondateur1.

Cette maison fut supprimée en 1792. L’année suivante, les bâtiments qu’elles avaient occupés furent convertis en un hôpital militaire ; mais la communauté fut rétablie en 1803, et les Dames d’Ernemont se livrèrent, comme auparavant, à l’enseignement et au service des hôpitaux, tant dans leur établissement que dans les campagnes2.

La rue d’Ernemont a porté aussi le nom de rue des Dames-d’Ernemont, qui fut également donné quelquefois à la rue du Champ-du-Pardon. Elle reçut, en 1794, celui de rue de la Somme, et reprit, en 1795, son ancienne dénomination.

Ce couvent possède une grande et belle chapelle, construite en remplacement d’une autre qui avait été édifiée en 1729, en même temps que les autres bâtiments qui sont dans la rue d’Ernemont3. Le portail de cette nouvelle chapelle, dont la première pierre a été posée le 1er juin 1842, est sur la route de Neufchâtel. Une autre petite chapelle a été bâtie dans les jardins de la communauté, sous le vocable de Notre-Dame-de-Bonsecours, en commémoration de son rétablissement en 1803.

Le haut de la rue d’Ernemont, joignant la route de Neufchâtel, a reçu vulgairement le nom de la « Côte-Blanche » à cause de la nature du terrain qui la compose. C’est aussi l’origine du nom d’Aubevoie (Alba via), qui a été donné à la partie supérieure de la rue Beauvoisine.

— On donnait le nom d’impasse d’Ernemont à la portion de la rue qu’on appelle actuellement la rue Lafosse. — Une seconde impasse d’Ernemont communique de la rue de ce nom à une rue nouvelle, appelée rue Mallet.

Ernest-Leroy (rue). = Boulevard Jeanne-d’Arc, rue Verte. (Débarcadère du chemin de fer.) — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

C’est la rue précédemment appelée rue du Petit-Bouvreuil, à laquelle, en vertu d’un décret du 11 décembre 1867, approuvant une délibération du conseil municipal de Rouen, on a donné le nom de l’honorable fonctionnaire (M. le baron Ernest Leroy, sénateur), qui administre le département de la Seine-Inférieure depuis 1849.

Cette rue fut désignée sous le nom de petite rue de Bouvreuil, à l’époque où les faubourgs, séparés de la ville par des remparts, n’étaient desservis que par quelques chemins de peu d’importance. Outre que les mots de petite rue ont servi à distinguer l’une de l’autre des rues portant le même nom, on les employait aussi pour celles qui étaient courtes ou étroites ; et l’on aura, par la suite, réuni l’adjectif au nom de la rue, d’où l’on aura fait la rue du Petit-Bouvreuil, comme on disait rue du Petit-Musc, du Petit-Gril, etc.

La rue Ernest-Leroy est devenue très fréquentée à cause de sa proximité de la gare du chemin de fer de Paris à la mer. Un bureau de télégraphie privée, qui avait été ouvert en 1856, à la gare de la rue Verte, est actuellement placé à la jonction de la rue Ernest-Leroy avec le boulevard de Jeanne-d’Arc.

— À l’une des encoignures de l’ancienne rue du Petit-Bouvreuil, sur le boulevard vers celui de Cauchoise, était le clos où se réunissait la compagnie des Archers pour s’exercer à tirer de l’arc. On l’appelait le clos des Archers1 ; il est désigné, sur un plan de 1784, sous le nom de jardin de l’Arc. Nous ne savons si c’est là le jardin de l’Arquenci, que vinrent occuper les Pénitents en 1609, avant de se fixer dans la rue Saint-Hilaire.

Escauderie (rue de l’)

Cette rue, à laquelle on donnait le nom de Dessus-la-Renelle,

est citée dans plusieurs actes de tabellionage des 15e et 16e siècles. Avant la création de la place du Marché-Neuf (aujourd’hui la place Verdrel), la rue d’Escauderie devait faire partie de la rue de la Renelle-des-Maroquiniers ou en former la continuation le long du cours de ce ruisseau jusques et y compris la rue du Tambour ; elle était parallèle à la rue Dourdonne (voy. ce mot), ainsi que le prouvent un acte du 11 juin 1479 concernant une maison bornée d’un bout la rue Dourdonne et d’autre bout la rue Descauderie, et un autre acte du 10 septembre 1480 qui mentionne la vente faite par les religieux de l’Hôtel-Dieu, de l’hôtel de la Cloche, paroisse Saint-Jean, borné d’un côté un hôtel yssant sur la rue d’Escauderie, et d’un bout une vide-place joignant la rue Dordonne. Cet hôtel « de la Cloque » est encore cité dans un acte de 1489 qui indique pour ses abornements, d’un bout le pavé du roi sur l’eau de Renelle, et d’autre bout le pavé de la rue Dourdonne.

L’origine de ce nom est due, nous le croyons, à l’une des préparations que l’on faisait subir aux peaux servant à la confection des parchemins, « l’échaudage », opération que l’on faisait à l’aide du cours d’eau de la Renelle. Ce qui semble confirmer notre opinion, c’est qu’il existait, au 16e siècle, dans la paroisse Saint-Maclou, une autre rue appelée rue de l’Escauderie, probablement près du clos des Parcheminiers, où s’exerçait la même industrie.

— Dans un acte du 6 avril 1424, on trouve la mention d’une rue de Leschaud, nom qui a la même signification que celui de la rue de l’Escauderie.

Espagnols (rue des). = Porte Guillaume-Lion, rue de la Grosse-Bouteille. — 3e section et 4e canton pour les nos pairs ; 6e section et 3e canton pour les nos impairs ; Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

L’origine du nom de cette rue paraît être la même que celle de l’ancienne rue d’Espagne1, dite aussi la rue de l’Écu-de-Verre (voyez ce dernier nom). Il pourrait provenir néanmoins

comme on l’a cru communément, de prisonniers espagnols qui auraient été détenus dans les bâtiments dont nous allons parler.

La rue des Espagnols fut appelée en 1794 rue du Père-Duchesne, et reprit sa dénomination précédente en 1795, époque où on lui réunit une ancienne rue du Lion et une autre rue nommée Mont-Cornet.

Dans la rue des Espagnols, est un bâtiment considérable appelé la tour aux Normands, du nom d’une ancienne tour qui faisait partie, ainsi que ce bâtiment, des fortifications de la ville. On y établit, en 1607, une tuerie pour les menus animaux de boucherie. Il renferme aujourd’hui, outre les archives de l’école de Pharmacie, la salle de réunion de la Société des pharmaciens et un dispensaire pour la surveillance médicale des femmes de mauvaise vie.

Il y avait, à la suite de ce bâtiment, une ancienne prison civile appelée les Galiots, probablement parce qu’elle remplaça les galères de la chiourme qui stationnaient dans le port de Rouen au 16e siècle1. C’était une tour carrée, appelée aussi la tour d’Aubette ou la tour à Yart, nom sous lequel elle était encore désignée dans les derniers temps par les habitants du quartier, parce que, au 17e siècle, un gardien portant ce nom y avait résidé2. Commencée en 1394, elle fut achevée en 1405 et a été récemment démolie pour l’établissement d’une usine. Cette même tour avait reçu successivement les dénominations de tour aux Folles, de tour Gobelin, des Galiots ou de tournelle des Galériens3.

L’ancienne tour aux Normands, appelée aussi la tour des Insensés, parce que avant le 18e siècle on y avait logé des aliénés, et la tour des Libertins, parce qu’elle fut affectée également au logement des libertins et des vagabonds, devenue maison de force pendant la révolution, fut démolie vers 1826.

On voit encore, à l’entrée de la rue des Espagnols, près de la porte Guillaume-Lion, sur la façade de derrière d’une maison contiguë, la figure sculptée d’un lion colossal qui était placée

précédemment sur une tourelle contenant l’escalier de la tour Guillaume-Lion, nommée aussi la tour du Kay-Lion, laquelle, construite à la fin du 14e siècle, avait fait partie des fortifications dont les vestiges ont disparu en 1843. Ce lion, majestueusement assis, la queue roulée autour du corps et regardant en pitié la rage impuissante d’un roquet qui s’élance contre lui, était, dit M. Ch. Richard, l’expression poétique et vraie de la force de cette tour imprenable1.

À l’extrémité de la rue des Espagnols et à l’entrée de celle du Rempart-Martinville, est un pont de pierre qui était autrefois garni d’une herse destinée à fermer l’entrée de la ville par la rivière d’Aubette2. Là aussi était l’ancien hôtel du Tot, qui a été entièrement démoli en 1835 ou 1836 pour le percement de la rue Neuve-Saint-Marc. Dans la cour, était un colombier qui a porté le nom de grosse tour du Tot, et qui depuis longtemps déjà était lié à des constructions modernes. (Voy. rue de la Grosse-Bouteille.)

Le bâtiment qui a conservé le nom de la tour aux Normands renferme encore des cellules ou cachots, dont les fermetures massives et bardées de fer témoignent des précautions que l’on prenait pour y tenir renfermés les prisonniers, qui n’avaient pour respirer l’air qu’une étroite allée régnant le long de ces cachots, et close sur la rivière d’Aubette de murs percés de meurtrières. La portion de ce bâtiment la plus rapprochée de la porte Guillaume-Lion renfermait une chapelle qui est actuellement convertie en magasin.

Estal-aux-Chevaux (rue et place de l’).

On ne saurait préciser le lieu où était située la place nommée l’Estal-aux-Chevaux3, nom provenant peut-être d’un dépôt de chevaux du roi4, qui avait dû exister dans le quartier que cou-

vrent actuellement en partie les constructions de la caserne Napoléon III et qui s’étend jusqu’aux abords de L’Hospice-général. Il est supposable que cet Estal-aux-Chevaux était dans le voisinage des propriétés de l’aumônier de Sainte-Catherine, qu’avaient possédées antérieurement les religieuses de Fontaine-Guerard et où fut établi au 17e siècle le Noviciat des Jésuites. (Voy. rue du Fer-à-Cheval et rue des Marquets.) On trouve, en effet, dans un registre du tabellionage1 la mention d’une maison faisant le coin de l’estal aux chevaulx, paroisse Saint-Vivien, bornée d’un côté et d’un bout le chemin du roi, d’autre côté des religieuses de Fontaine-Guerard.

D’autres actes du 15e et du 16e siècle concernent des héritages situés en la rue de l’Estal-aux-Chevaux, autrement dite la rue aux Telliers2 (1536, 1553), qui conduisait de la place de l’Estal à la rue Bougerue appelée aussi la Fontaine-Saint-Ouen3. On y trouve également la mention d’un hôtel aux Chevaux borné d’un côté la rue Bougerue et d’un bout la rue nommée l’Estal-aux-Chevaux (1476) ; d’une rue des Pepins4 tenant à la rue de l’Estal-aux-Chevaulx (1517) ; d’un droit d’aller en un ruissel étant derrière l’Estal-aux-Chevaux (1480) ; enfin, d’une maison sise en la rue aux Telliers et anciennement la rue aux Chevaux, bornée d’un côté et d’un bout le chemin du roi et d’autre bout la ruelle du Petit-Kay par où l’on va au petit Ruissel5, ruisseau qui ne devait être autre que celui de la fontaine Saint-Ouen que l’on désigne quelquefois sous le nom de ruisseau des Baillettes (voy. rue Mollien).

On trouve aussi, dans les registres du tabellionage de 1472 à 1499, la mention d’une rue de Grenetelle ou de la Genestelle, appelée plus tard rue de la Geneste, laquelle probablement

n’existe plus, et dont la dénomination avait quelque rapport avec le nom de la rue de l’Estal.

Ce quartier a subi, au reste, à différentes époques, beaucoup de changements, surtout lors de la conversion du Noviciat des Jésuites en maison de détention ; ces changements ont eu pour effet de faire disparaître différentes ruelles dont on voit encore les traces, et qui disparaîtront à leur tour dans les travaux d’assainissement dont on poursuit l’exécution.

Estrade (rue de l’).

C’était le nom d’une rue qui fut réunie en 1795 à la rue Nationale. Dans un acte de tabellionage du 9 décembre 1421, elle est appelée la rue descendant de la fontaine des Cordeliers à la Seine.

La porte qui était au bas de cette rue, et qui fut démolie en 1791, était appelée porte de l’Estrade, de la Bourse ou des Consuls, à cause de sa proximité de la bourse des marchands ou du bâtiment des Consuls, titre que l’on donnait, avant 1790, aux juges des affaires commerciales, qui étaient présidés par un prieur. (Voy. aux mots Bourse, Consuls.) — On la nommait aussi la porte des Cordeliers, à cause du voisinage de ce monastère.

Farin1 a écrit Estarde, en ajoutant que l’Estarde de Londres signifie bourse. D’autres auteurs ont écrit Extrade ; le plan de 1655 porte Extraite.

Les Templiers, qui vinrent à Rouen en 1160, avaient leur résidence dans la rue de l’Estrade, à l’endroit où fut ensuite l’hôtel de la Barde royale2. Leur maison était en face de la salle des Marchands, nommée depuis le palais des Consuls. T. Duplessis dit qu’ils occupèrent aussi toute la place sur laquelle ce palais fut construit, et que c’est pour cette raison que la rue de la Bourse fut appelée pendant longtemps la rue du Temple, nom que l’on donnait à leur église, qui était en face de la rue des Cordeliers. — L’ordre des Templiers fut aboli en 1311 par le roi Philippe-le-Bel.

En 1794, la rue de l’Estrade reçut le nom de rue de Voltaire.

depuis le port jusqu’à la rue aux Ours, puis celui de rue Nationale, qui lui est resté.

Étancourt (passage d’). = Rue de la Grosse-Horloge, rue aux Ours. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Ce passage est une propriété particulière qui porte le nom de M. Pain d’Étancourt, issu d’une ancienne famille de négociants de Rouen. M. De la Quérière en a donné la description et a fait mention des statues qui ornent la cour de ce passage1.

Il fut question en 1857, au moment où l’on reconstruisait une façade qui donne sur la rue de la Grosse-Horloge, de prolonger la rue Thouret jusqu’à la rue aux Ours, en traversant ce passage. Cet immeuble a été mis en vente en 1862, et rien n’annonce qu’on ait songé à donner suite à ce projet.

Dans un acte du 24 juillet 1471, on trouve l’indication d’un hôtel et tennement de la Morissière, dans les paroisses de Notre-Dame-de-la-Ronde et de Saint-Pierre-du-Châtel ; c’est probablement un ancien nom de ce passage.

Étoupée (rue). = Rue des Bons-Enfants, rue Saint-Patrice. — 18e section, 2e canton, Saint-Patrice. — Quartier N.-O.

L’auteur du Dictionnaire indicateur dit que cette rue a dû, ainsi que la porte à laquelle elle communiquait anciennement, porter le nom de rue et de porte d’Arras. On la trouve aussi désignée, dès le 13e siècle, sous le nom de rue Étoupée2, nom qui lui fut donné alors, parce que la fausse porte de la ville qui se trouvait au haut de la rue et allait rendre à la rue Saint-Maur, avait été fermée ou bouchée. Cette expression « étouper » est encore fréquemment employée en Basse-Normandie, pour dire fermer, clore ; de même que le mot étoupe signifie clôture.

Beaucoup d’autres actes du tabellionage font mention de la rue Étoupée. On trouve néanmoins, à la date du 6 novembre 1553, l’indication d’une maison assise en la rue près de la porte d’Arras, touchant les murs de la ville, ce qui indique que la rue

était connue à ces diverses époques sous les deux dénominations.

La porte dont il est question fut fermée définitivement en 1527 ; toutefois, une délibération de la même date décida qu’elle serait donnée à fieffe, et qu’elle seroit ouverte pour passer et repasser quand il en sera mestier ; c’est ce que rapporte Farin, en ajoutant que la populace mal instruite disant souvent que cette porte avoit été étoupée mal à propos, a donné le même nom à la rue. Cette assertion de l’auteur de l’Histoire de la ville de Rouen n’est pas en rapport avec ce que nous disons plus haut, au sujet de l’origine du nom donné à cette rue, au 13e siècle.

Il y avait, avant 1792, dans la rue Étoupée, une communauté religieuse dite des Nouvelles-Catholiques, qui avait été fondée en 1675, dans le but de retirer chez elles les personnes de leur sexe engagées dans l’hérésie. Leur chapelle, dédiée en 1724 sous l’invocation de Jésus dans le Temple au milieu des docteurs, fut vendue, ainsi que les dépendances de l’établissement, en 1792, et fut démolie en 1824.

On remarque, dans cette rue, une petite maison en pierre à deux étages, dite la cité de Jérusalem, et portant la date de 1580. On y voit un bas-relief représentant la vue d’une ville où arrivent deux voyageurs. Nous renvoyons à la description qu’en fait M. De la Quérière1 et à la légende publiée à ce sujet dans la Revue de Rouen, de 1847. Il y avait aussi, dans la même rue, une maison dite de la Poterne, et dont parle un acte du 15 mars 1611 : sur cette maison, qui était la demeure d’un tavernier, était figurée une poterne avec la date de 1585.

Dans la même rue, près de celle de Saint-Patrice, on voit aussi des armoiries que l’on dit être celles des familles Toustain et de Croixmare. À cette occasion on proposa, dit-on, de donner à la rue Étoupée le nom de Toustain-de-Croixmare. La dénomination de rue Étoupée rappelant un souvenir historique, nous semble devoir être conservée, sauf à rendre à la rue de l’Amitié le nom de Croixmare, qu’elle a porté longtemps.

La rue Étoupée est actuellement traversée par celle de l’Hôtel-de-Ville. Dans sa partie supérieure, à droite en montant, on voit encore une courte impasse formée par l’extrémité de l’ancienne rue du Petit-Musc, dont le nom est encore incrusté dans le mur de la maison qui en fait l’encoignure.

— Taillepied fait mention d’une autre rue Étoupée, située dans le quartier Martinville ; nous pensons que ce pourrait être la rue Tuvache. Un acte de tabellionage du 22 avril 1474, parle d’une petite ruelle étoupée par un bout, près de la rue des Crottes.

Étroite (rue). = Rue des Sapins, rue Longue. — 4e section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

Cette rue, percée depuis le commencement du 19e siècle, a pris son nom de sa forme et par opposition à la rue Longue, à laquelle elle aboutit, mais, à coup sûr, des désignations de ce genre ne devraient pas être conservées : cette rue Étroite, qui a actuellement à peu près six mètres de largeur, mériterait une autre dénomination. On devrait lui donner celle de rue du Franc-Aleu, du nom d’un hameau voisin.

Étuves.

On donnait ce nom, au moyen-âge, à des établissements de bains. Le privilége de tenir des bains-étuves était accordé aux barbiers, qui prenaient le titre de barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes, sans préjudice du droit que les chirurgiens avaient eux-mêmes de faire le poil, les cheveux, et de tenir bains et étuves pour leurs malades seulement1.

Les barbiers avaient de plus le droit de saigner et de purger. Ils étaient régis par des statuts résultant d’une ordonnance de 1407, qui furent confirmés ou modifiés à plusieurs époques jusqu’en 1719, où parurent les nouveaux statuts qui sont conservés à la Bibliothèque publique.

Postérieurement à ces statuts, le nombre des charges de barbiers, qui, avant 1658, ne s’élevait qu’à sept, et avait été plusieurs fois augmenté et diminué, fut accru en 1722 et en 1725. Ces charges étaient d’abord héréditaires ; mais en 1736 l’hérédité fut supprimée ; les possesseurs avaient toutefois la jouissance de la charge jusqu’à leur mort, ou la liberté de s’en faire rembourser le prix, qui en 1770 était encore de 3,500 livres.

Les barbiers-étuvistes étaient soumis depuis 1407 à l’inspection du premier chirurgien du roi. En 1461, Louis XI établit

son valet de chambre premier barbier et inspecteur général de la barberie du royaume.

Les barbiers-étuvistes devaient suspendre pour enseignes des bassins blancs ; les bassins jaunes étaient réservés aux chirurgiens. Leur boutique devait être peinte en bleu, avec châssis de verre, et porter cette inscription : Barbier-perruquier-baigneur-étuviste : Céans on fait le poil proprement, et on tient bains et étuves1.

Comme on le voit, les barbiers-étuvistes jouissaient de belles prérogatives, et leurs établissements occupaient, outre leurs boutiques, des emplacements assez étendus, dont quelques-uns donnèrent leur nom aux rues dans lesquelles ils étaient situés.

Voici quels étaient les établissements de ce genre au 15e siècle.

Les Étuves du Grédil2, ou de la « Neufve-Rue3 », appelées aussi les Étuves de Dinanderie4. Elles occupaient l’emplacement limité par les rues Dinanderie, du Petit-Musc, Étoupée et du Petit-Gril, qui portait aussi le nom de ruelle des Étuves5 ou des Étuves-du-Grédil. Là se trouvait l’hôtel du Petit-Muche, dont il est fait mention dans un acte du 28 novembre 1509, où pendait pour enseigne la Cornière, et où fut établi plus tard un jeu de paume qui devint ensuite la salle Dinanderie. (Voy. ce nom.)

Les Étuves de la rue de la Prison6, ou du Lion-d’argent, nom provenant d’une enseigne, comme le constatent des actes de 1489 et de 1492, concernant un hôtel, jardin et étuves assis en la rue de la Prison, à l’enseigne du Lion-d’argent.

Les Étuves de la paroisse Saint-Michel, ou du Petit-Puits, dans cette dernière rue, appelée aussi rue des Étuves et rue Ancelin ou Lancelin. Des actes de 1478 et de 1482 font mention de maisons en la rue Écuyère, bornées d’un côté et d’un bout les Étuves du Petit-Puits.

Les Étuves du Mouton, dans la rue de la Renelle et celle des Hermites, citées dans des actes de 1477, 1485 et 1487. On lit dans ce dernier acte, du 28 mars, maison bornée d’un bout par derrière la rue passant devant les Étuves du Mouton, tendant vers le chastel, d’un bout par devant la rue de dessus l’eau de Renelle. Cet établissement s’étendait jusqu’à la petite place dite des Trois-Images, appelée aussi le carrefour Rainier1. — Les Étuves du Mouton semblent avoir été établies d’abord dans la rue qui en a conservé le nom de rue du Petit-Mouton. L’enseigne du Mouton aura peut-être été transférée ensuite dans la rue des Hermites, où nous la trouvons à la fin du 15e siècle2.

Les Étuves de Gournetz ou de la Seille, dans la rue de ce nom. On les appelait aussi les Étuves d’Allemagne3. Un acte du 20 mai 1423 fait mention d’une maison tenant d’un côté aux Étuves de la Seille, bornée d’un bout par devant au pavement de la rue nommée la rue de l’Éperon4, que l’on dit la rue des Étuves-de-Gournetz. Un autre acte du 30 juin 1491 parle d’un héritage borné par la rue Pinchedos, par les étuves de la Seille et par les religieux de Saint-Ouen.

Les Étuves de Rouvray, dites aussi les Étuves des Ponchons (ou des Penteurs), sur le Ruissel, entre la rue de ce nom et celle des Ravisés qui portait alors les noms de rue de Rouvray et de rue des Étuves-de-Rouvray5. Elles étaient limitées par la rue du Chaudron, nommée aussi la rue du Sac, et par la petite rue des Marettes ou du Matré. Dans un acte de 1492 on les appelle les Étuves de Saint-Maclou, en la rue du Petit-Ruissel.

Les Étuves de la Planquette, dites aussi les Étuves de Saint-Maclou, sises entre la rue de la Planquette (appelée ainsi à cause d’un pont en bois jeté sur Robec) et un camp (champ) de Notre-Dame-de-Rouen1. Elles appartenaient aux religieux de Saint-Ouen ; elles étaient limitées par le pavement de la rue Damiette, par l’Eau-de-Robec, derrière le moulin de Saint-Ouen (dans la rue du Père-Adam) et par une ruelle jouxte Raoul Langlois.

Il y avait enfin des Étuves à femmes. Un acte du 3 janvier 1481 fait mention d’une maison où pend l’enseigne de la Croix-de-Dieu, bornée d’un bout l’hôtel des Étuves à femmes, d’autre côté la rue de l’Aumône et d’un bout la rue qui mène de Saint-Ouen à Saint-Amand. Un autre acte de 1498 parle d’une ruelle aux Étuves aux femmes.

Nous trouvons encore, à la date du 17 mars 1522, les Étuves de la Croix-de-Pardon (probablement rue de la Croix-Verte), bornant la grande maison des enfants Dubosc.

Un acte du 17 mars 1527 cite aussi une vide place où étaient les élèves des Moulins ; ladite baignerie bornée d’un côté le presbytère de Saint-Denis et d’un bout l’Eau-de-Robec.

Fardeau (rue du). = Rue Grand-Pont, rue Nationale. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Il se trouvait dans cette rue, près de la rue Grand-Pont, un hôtel du Fardel, où pendait une enseigne consistant en un cheval de plomb en relief pesamment chargé2 ; c’est de là sans doute que la rue a pris son nom. Raulin Gaultier, célèbre imprimeur du 16e siècle, demeurait près de l’enseigne du Fardel3.

La rue du Fardeau portait au 15e siècle la rue de Barbastre. Des actes de tabellionage mentionnent des héritages bornés d’un bout par la rue Barbastre et d’autre bout par la rue aux Tonneliers. Un autre acte concerne une maison tenant à l’hôtel du Barbet, aboutant à la rue aux Ours et à la rue Barbastre. Un autre enfin cite la rue Barbastre, au coin de la rue Cabot.

Un acte de 1433 parle d’une rue du Fardel dans laquelle descendait la rue de Balbastre, ce qui pourrait faire supposer que la rue était divisée en deux parties ; mais un autre acte du 28 septembre 1498 cite la rue du Fardel, anciennement nommée la rue de Barbastre. Néanmoins, on trouve ce dernier nom complétement défiguré dans un contrat de 1724 qui fait mention de la rue Barbotière, vers l’église de Saint-Pierre. Il se pourrait que le nom de rue Barbastre (écrit Barbotière en 1724) ait été conservé à la partie de la rue du Fardeau qui, avant l’ouverture de la rue Nationale, se prolongeait jusque derrière l’église de Saint-Pierre-du-Châtel, et venait aboutir en serpentant à la rue aux Ours, par une petite fraction qu’on voit encore à la gauche de la rue Nationale, et qui a été plusieurs fois indiquée, notamment sur un plan de 1784, sous le nom de rue Saint-Pierre-du-Châtel.

Quant à l’origine du mot Barbastre, nous ne savons si on la trouverait dans son nom latin : in vico Waltariorum1, ou dans le vieux mot « Barbistral », qui signifie barbier. — Un acte du 4 octobre 1423 parle d’une autre rue de Barbastre dans la paroisse Saint-Denis ; ce pourrait être un ancien nom de la rue des Barbiers.

— En 1509 il se tenait, depuis une trentaine d’années, dans la rue du Fardeau, des montres ou ventes de chevaux. Sur la réclamation de l’un des habitants, conseiller au Parlement, qui trouvait fort incommode que cette rue fût continuellement encombrée de chevaux qu’on faisait courir pour les vendre, la cour du Parlement arrêta que ces opérations ne pourraient avoir lieu qu’à la Rougemare ou hors de la ville2.

Farin (rue). = Rue d’Anvers, petite rue Saint-Maur. — 12e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Bouvreuil.

Cette petite rue, nouvellement ouverte, a reçu en août 1867 le nom de l’historien de la ville de Rouen. Il semble qu’il eût été

plus à propos de donner le nom de Farin à la petite rue Saint-Maur, qui est actuellement une longue et large voie, qu’à la rue insignifiante qui le porte aujourd’hui, et à laquelle on aurait pu donner une autre dénomination, telle que celle de rue de la Chapelle-Saint-Maur ou du Clos-de-la-Carte, qui était un ancien nom de ce quartier.

Faubourg (rue du).

On appelait ainsi la partie de la rue Bouvreuil qui était au delà de l’ancienne porte1. — (Voy. aux mots Bouvreuil, Martinville, Saint-Hilaire ; voy. aussi rue du Champ-des-Oiseaux et route de Darnétal.)

Faucon (rue). = Rue du Bailliage, rue Morant. — 8e section, 2e canton, Saint-Godard. — Quartier N.-O.

Cette rue, percée en 1610, porte le nom de M. Faucon de Ris, premier président au Parlement de Normandie, qui avait acheté en 1590 une portion de la place du Vieux-Château donnant sur la rue Morant, alors appelée rue de Mathan, du nom de l’acquéreur de la totalité de cet emplacement.

On la trouve inscrite, dans les plans de 1655 et de 1724, sous le nom de rue d’Hocqueville, à cause d’un hôtel ainsi appelé, qui y était situé.

On communique de la rue Faucon à celle du Bailliage par les degrés qui ont été construits lors de l’ouverture de la rue, l’emplacement de l’ancien château étant trop élevé et la rue Faucon trop courte pour la faire arriver en pente douce jusqu’au Bailliage, ce que, d’ailleurs, l’existence de quelque souterrain a pu empêcher2. Sous cet escalier était placée, au 17e siècle, la Morgue, pour le dépôt des cadavres non reconnus3.

On donna, en 1794, à la rue Faucon le nom de rue de Calais, elle reprit en 1795 sa dénomination actuelle.

— Une cour Faucon, qui était située dans la rue Martinville, est mentionnée dans les Affiches de Normandie de 1767.

Ce nom provient d’une enseigne représentant deux faulx, enseigne qui existait encore dans le siècle dernier. L’auteur de l’Histoire de Rouen, en parlant de la translation des PP. de l’Oratoire à l’hôpital du Roi (voy. rue de l’Hôpital), dit qu’ils avaient occupé une maison auprès des Faulx1.

Dans cette rue était située la fausse porte de Saint-Ouen2, à un carrefour formé par les rues de l’Épée, des Faulx et de Saint-Vivien. Elle existait au 13e siècle, et fut démolie en 1539. De là venait le nom de rue de la Porte-Saint-Ouen3, donné quelquefois à la rue des Faulx, qui, dans le plan de 1655, est confondue avec la rue Saint-Vivien. (Voy. ce nom.)

Un acte du 4 février 1422 concerne un héritage borné d’un bout la rivière de Robec, et d’autre bout le pavé de la porte Saint-Ouen. Dans un autre acte de 1456, il est fait mention d’une maison faisant le coin de la rue de l’Arquet, en la rue qui vient de la porte Saint-Ouen à la boucherie dudit Saint-Ouen.

On trouve, dans les Archives municipales, l’indication de la maison des Lépreux, située près de la porte Saint-Ouen4, et transférée depuis au Mont-aux-Malades, ainsi que d’une autre maison près de laquelle on déposait la terre à foulon que les bourgeois de Rouen avaient été autorisés, par le roi Louis VIII, à prendre dans les forêts royales, et notamment dans celle de Roumare. Cette maison est appelée la Terrière aux foulons, dans un acte de 1420.

Toute la partie nord de la rue des Faulx a été supprimée, il y a quelques années, pour l’agrandissement et l’isolement du jardin de l’hôtel-de-ville. On a démoli, en 1869, une fontaine de médiocre apparence, qui était placée en face de la rue des Boucheries-Saint-Ouen et près du lieu qu’avait occupé l’ancienne église paroissiale de Sainte-Croix-Saint-Ouen, et qui est actuellement réuni au Jardin public. Cette fontaine avait remplacé, au commencement du 18e siècle, une pyramide de style gothique semblable à celle de la Croix-de-Pierre, et qui avait commencé à prendre son cours en 1500.

Un nouvel alignement a été donné, en 1867, à la partie sud de la rue des Faulx ; les propriétaires ont été invités à acquérir le terrain disponible devant leurs maisons, faute de quoi l’administration se serait réservé la faculté de vendre pour bâtir les parcelles restées libres. Plusieurs de ces propriétaires ont répondu à l’appel qui leur a été fait, et l’on verra bientôt, sans doute, des constructions s’élever sur le nouvel alignement.

Fer-à-Cheval (rue du).

D’après les plans de 1655 et de 1724, les anciennes rues du Gril, du Fer-à-Cheval et des Marquets, dont se compose actuellement la rue Ambroise-Fleury, ne formaient alors, depuis l’Eau-de-Robec jusqu’à la rue Martinville, qu’une seule rue désignée sous les noms de rue du Grédil ou du Gril. Dans d’autres plans, on donnait le nom de rue du Fer-à-Cheval à la partie intermédiaire située entre la rue du Gril proprement dite, partant de l’Eau-de-Robec, et la rue des Marquets qui aboutissait à la rue Martinville.

Cette rue du Fer-à-Cheval a porté, au 15e siècle, le nom de rue aux Certains ou aux Chartains. Elle est citée dans les comptes de 1488 sous cette dénomination. Un acte de tabellionage du 14 octobre 1491 mentionne la rue aux Certains, à présent nommée la rue du Fer-à-Cheval. Un autre acte du 15 février 1478 concernait l’hôtel de la Croix-blanche en la rue du Fer-à-Cheval, avec droit d’isser en la rue aux Chartains. Nous ne savons si ce nom a pour origine la désignation de « Cisterciennes » que l’on donnait aux religieuses de Fontaine-Guerard, appartenant à l’ordre de Cîteaux, lesquelles, ainsi que l’indique un acte de tabellionage1, avaient dû résider dans le voisinage du lieu appelé alors l’Estal aux chevaux (Voy. ce nom), emplacement devenu par la suite le fief de l’aumônerie de l’abbaye du mont Sainte-Catherine, et dans les dépendances duquel fut institué, en 1605, le Noviciat des Jésuites. Il paraît certain, au reste, qu’avant l’établissement de ce noviciat il y avait eu, dans cet emplacement, un autre institut religieux, comme l’indique la mention d’une rue des Novices ou du Noviciat, qu’on trouve dans un acte du 6 août 1482. Cette rue du Noviciat existait encore en 1781, auprès de la rue du Paradis ; elle fut remplacée, plus tard, par la

rue de la Ronde. Quant au nom de la rue du Fer-à-Cheval, il peut provenir d’une enseigne motivée par la proximité de l’Estal aux chevaux, dont nous avons parlé, ou encore de la forme sous laquelle sont figurés, dans les plans de 1655 et de 1724, les vastes bâtiments occupés aujourd’hui en partie par la caserne Napoléon III, dont il est question ci-après.

La communauté des Chartreux ayant été obligée de quitter, en 1597, l’abbaye de Sainte-Catherine, les propriétés de l’aumônier furent occupées, en 1605, par le Noviciat des Jésuites. L’église fut bâtie en 1622, sous le nom de la Sainte-Trinité. Par un arrêt du 2 mars 1621, le Parlement permit aux Jésuites de fermer une rue qui les incommodait, et dont le nom est resté inconnu.

Les Jésuites furent supprimés en 1762 ; leur maison ayant été donnée aux administrateurs du Collége royal, ceux-ci la cédèrent à M. de Crosne pour y établir un Dépôt de mendicité, en exécution d’une déclaration du roi, du 3 août de la même année ; puis, comme elle se trouvait insuffisante, on y suppléa par des acquisitions particulières, et on y fit, à diverses époques, notamment en 1770, 1772 et 1774, des agrandissements considérables, afin de mettre l’établissement en état de contenir six cents individus. En mai et juin 1772, on y réunit les dépôts de Caudebec et d’Évreux, qui avaient été provisoirement organisés en 1766. Le Dépôt de mendicité fut supprimé en avril 1776, puis rétabli dans la même année sous le titre de Maison de détention ou de Bicêtre ; cette maison a été transférée, en 1860, dans de vastes bâtiments construits à cet effet dans le faubourg Saint-Sever, au hameau de la Motte. Une partie de l’ancienne maison de détention a été utilisée pour la création de la caserne Napoléon III, qui a l’une de ses entrées sur la rue actuellement nommée Ambroise-Fleury, en face de la place Napoléon III, laquelle a été ouverte sur l’emplacement occupé précédemment par une partie de la rue du Fer-à-Cheval et par la petite rue des Arpenteurs.

Ferme (rue de la). = Rue Lafayette, les prairies de Grammont. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Nom donné, par un propriétaire, à une rue ouverte depuis quelques années dans un quartier appelé la cité Saint-Yves, situé

dans les prairies de Grammont, derrière les dépendances de la gare du chemin de fer de l’Ouest.

Feydeau (quai).

On avait appelé ainsi, du nom de M. Feydeau de Brou, ancien intendant de la Généralité, la partie du quai de Rouen qui avoisinait le quai de la Bataille, dans la paroisse Saint-Éloi.

Suivant un procès-verbal concernant les quais, dressé en 1763, le quai Feydeau, appelé aussi le quai aux Plâtres, était situé entre celui d’Harcourt et le boulevard Cauchoise. Ce terrain avait été acquis, par la ville, de différents particuliers, comme l’indique le procès-verbal précité, pour faciliter le transport des malades de la ville au Lieu-de-Santé, et pour être planté et embelli afin de servir de promenade publique. Il était limité à l’ouest par un large fossé servant à l’écoulement des eaux qui se déchargeaient du faubourg Cauchoise dans la Seine.

Ce procès-verbal avait été dressé à l’occasion de débats qui s’étaient élevés entre la vicomté de l’Eau et la ville de Rouen, au sujet de leurs droits respectifs concernant l’usage et la police des quais. La ville prétendait que le vicomte de l’Eau, dont la compétence se bornait à la charge et décharge des bateaux et au chemin de halage, n’avait des droits que sur la partie des quais qui bordait la Seine pour le service des navires, et que le reste des terrains demeurait à sa disposition. De son côté, le vicomte de l’Eau répondait que la police des quais lui appartenait d’une manière essentielle et indivisible, et que la ville n’avait d’autres droits de juridiction que pour le recouvrement des deniers patrimoniaux ; qu’enfin toute l’étendue des quais était nécessaire à la navigation, et qu’on ne pouvait les utiliser autrement. Les enquêteurs constatèrent (leur procès-verbal ayant été fait en temps de foire), qu’ils ont trouvé les quais embarrassés par les marchandises qui y séjournaient et par les berceaux des marchands forains, ce qui formait une telle confusion qu’il paraîtrait utile de placer des bornes pour conserver en tout temps, à la voirie, la largeur convenable, ou plutôt de trouver un autre terrain pour les marchands de cidre, forains et autres ; qu’en ce qui concernait le quai Feydeau et une partie du quai d’Harcourt, qui avaient été acquis pour faire une promenade publique, il serait utile de n’y laisser déposer aucune marchandise, que ce terrain fût planté d’arbres et fermé par des barrières, en laissant le long

du canal de Seine un marchepied et un passage ouvert vis-à-vis de la voirie. Ce procès-verbal concluait, enfin, à ce qu’il fût réservé le long des autres quais un emplacement de 10 à 12 toises pour la décharge des navires, etc.

Quant à la querelle qui s’était élevée entre la ville et la vicomté de l’Eau, elle n’eut jamais de solution définitive ; elle durait encore en 1789, et les effets de la révolution purent seuls mettre fin aux débats.

Figuier (rue du). = Place Saint-Marc, rue Martinville. — 3e section, 4e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Le nom actuel de cette rue peut avoir eu pour origine une enseigne, comme l’indiquerait un acte de tabellionage du 25 février 1500, qui concerne une maison faisant l’un des coins de la maison du Fils-Guy, en laquelle pend pour enseigne le Figuier. Mais ce même acte fait connaître, ainsi que beaucoup d’autres de la même époque, que cette rue portait alors les divers noms de Robert-le-Fils-Guy1, de Robert-le-Fils-Guier (acte de 1421), de rue au Fils ou aux Fils-Guy2 et de rue au Fils-Guier (acte de 1466), tandis que d’autres titres du même temps lui donnaient le nom de rue du Figuier3 et même celui de O’figuier ; ce qui prouve, au reste, que les scribes qui rédigeaient les actes des notaires ou qui les transcrivaient sur les registres, ne se piquaient pas d’une grande régularité et qu’ils inscrivaient les noms comme on les leur prononçait, ou comme ils les prononçaient eux-mêmes.

L’ordonnance du 12 novembre 1832, qui approuvait les plans d’établissement de la place Saint-Marc, portait que la rue du Figuier serait redressée jusqu’à la rue du Rempart-Martinville.

Flahaut (rue). = Rue de Buffon, rue de Lecat. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Le nom de cette rue vient du propriétaire qui y fit bâtir les premières maisons, vers la fin du siècle dernier.

Flandre (impasse de). = Rue de Joyeuse et rue des Deux-Anges. — 2e section, 2e canton ; Saint-Nicaise pour les nos pairs ; Saint-Ouen pour les nos impairs. — Quartier N.-E.

Cette impasse, indiquée comme rue dans une déclaration de Saint-Ouen du 14e siècle et dans des actes de tabellionage de la même époque, a probablement pris son nom d’un chemin qui se dirigeait vers la Flandre1. Dans son voisinage était le lieu appelé le camp du Régent. — On lui donnait quelquefois le nom de rue des Mathurins, à cause d’un couvent dont l’église était placée à l’angle de cette impasse. (Voy. rue de Joyeuse.)

Un acte de tabellionage du 17 janvier 1419 fait mention d’une rue des Fraudies, en la paroisse de Saint-Nicaise, près de la rue Tirelinceul. Ce doit être un nom défiguré de la rue de Flandre.

On avait projeté en 1829 de prolonger l’impasse de Flandre jusqu’au boulevard, comme on l’a fait depuis pour plusieurs rues voisines. Ce projet paraît avoir été abandonné.

Flaubert (rue). = Rue du Contrat-Social, rue du Renard. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

C’est l’ancienne rue des Grosses-Pierres2, à laquelle on a donné en 1867 le nom de l’ancien chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, Achille-Cléophas Flaubert, né en 1784, mort en 1846. Le nom primitif de cette rue venait de grosses pierres qui soutenaient les terres et formaient des espèces de degrés.

Fleur-de-Lys (rue de la).

Une rue de ce nom est indiquée dans un acte de tabellionage du 26 décembre 1476, en la paroisse de Saint-Maclou et dans le voisinage de la rue Eau-de-Robec. Il y avait près de la rue du Barbel un hôtel ayant pour enseigne la Fleur-de-Lys. Un autre acte du 12 décembre 1482 fait mention de la Fleur-de-Lys au pont de Robec, bornée d’un côté la rue du Sac venant au pont de Robec.

Fleuriguet (rue). = Rue Saint-Vivien, rues de l’Amitié et Pomme-d’Or. — 2e section ; 4e canton pour les nos pairs, 2e canton pour les nos impairs ; Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Le nom de cette rue est inscrit dans divers actes de tabellionage de 1463, 1474 et 1480. Son origine nous est inconnue, à moins qu’on ne la trouve dans le vieux mot « fleurie1 » qui signifie confrérie, d’où serait venu Fleuriguet, confrérie du guet2. On lit dans un autre acte de 1461 Fleurguet, et en 1625 Fleuriget.

Suivant d’autres titres de 1478 et de 1487, la rue Fleuriguet s’est trouvée confondue avec la rue Pomme-d’Or depuis la rue Saint-Vivien jusqu’à la rue Orbe, sous le nom de rue Touzée, qui est également cité dans des actes de 1420 et de 1422. En 1529 et en 1547 on trouve la mention de la rue Touzée ou de la Pomme-d’Or. En 1551 se retrouve le nom de la rue Fleuriguet, à présent dite rue de la Pomme-d’Or. Enfin les deux rues sont encore inscrites dans les plans de 1655 et de 1724, sous la dénomination de rue de Fleurigant. Ce n’est que plus tard que le nom de Fleuriguet a été restitué à la rue tendant de la rue Saint-Vivien à l’ancienne rue de Croixmare (rue de l’Amitié), et celui de Pomme-d’Or à la portion de la rue qui conduit à la rue Orbe.

1860 pour dégager le côté nord de l’église Saint-Vincent, a été achevée en 1867. Elle a reçu le nom d’un général né à Rouen dans la rue des Arpents en 1794, mort à Paris en 1848, des suites d’une blessure reçue dans une émeute.

Fleury (passage). = Rue de la Pucelle, rue Gessard. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

C’est le nom du propriétaire sur le terrain duquel ce passage est situé.

Florence (rue de). = Rue de Crosne, rue Cauchoise. — 10e section, 1er canton, la Madeleine. — Quartier S.-O.

Cette rue occupe une partie de l’emplacement où l’on avait commencé en 1757 la construction d’un nouvel hôtel-de-ville.

En 1596, le cardinal de Florence, légat, accompagné de plusieurs autres grands personnages, étant venu à Rouen, alla droit à son logis, préparé en la maison d’un sieur Desenamy, marchand au Marché-aux-Veaux. C’était l’hôtel du Bourgtheroulde, où avait précédemment logé l’ambassadeur de la reine d’Angleterre. Nous ne savons à quelle époque fut ouverte la rue de Florence, mais on pourrait supposer qu’elle reçut son nom en mémoire du passage du cardinal dont nous venons de parler.

Foires et marchés.

L’origine des foires date de 630 à 635. Dagobert Ier créa, pour les marchands, des lieux de franchise où ils s’assemblaient, pour vendre, pendant un temps fixé, les objets de leur commerce sans avoir à payer des droits qui en augmentaient le prix1. Les foires avaient, au moyen-âge, une importance qu’elles n’ont pu conserver dans les temps modernes2.

Voici, par ordre de date, l’indication des foires qui se tiennent à Rouen, sur les boulevards3, et qui s’étendent, suivant leur importance, depuis la place Cauchoise jusqu’au Boulingrin. Avant la fin du 18e siècle, ces foires se tenaient sur le port ; elles furent ensuite transférées sur le boulevard Cauchoise. (Voy. à l’article quai Feydeau.)

La foire de la Chandeleur, qui ouvre le 20 février et dure quinze jours, fut instituée par saint Louis en 1269, en l’honneur de la fête de la Purification de la Vierge, et confirmée par Louis XI en 1477. En vertu de lettres de Louis XII, données à Blois le 12 janvier 1512, cette foire peut être remise et différée, quand la rivière de Seine est glacée.

La foire de l’Ascension, qui ne dure qu’un jour, est affectée spécialement à la vente des chevaux. Elle se tient sur la place de Bonne-Nouvelle. (Voy. la rue de ce nom.)

La foire de Saint-Gervais, qui existait en 1020, époque où elle fut donnée par Richard II, duc de Normandie, aux religieux de Fécamp, a lieu le 20 juin sur la place de Saint-Gervais. En 1441, le bailli de Rouen permit à ces religieux de la tenir dans le marché de la Vieille-Tour, à cause des guerres. — Le même jour se tient, sur le boulevard Cauchoise, la foire appelée autrefois foire de la Pentecôte, qui fut établie à Rouen, en 1474, par Louis XI, et qui était fixée au mardi de la Pentecôte. Sa durée est de quinze jours.

La foire de Saint-Romain, ou du Pardon, qui est la plus importante, paraît avoir été établie avant 1080 par Guillaume-le-Conquérant1. (Voy. rue du Champ-de-Pardon.) Les priviléges de cette foire furent confirmés plusieurs fois, notamment en 1450, par le roi Charles VII qui la déclara franche de toutes aides, impositions, etc., et par Louis XI, le 12 septembre 1466 ; puis deux ans après, où le même souverain en fixa la durée à toujours. Elle ouvre le 23 octobre et dure un mois. Quelques jours avant son ouverture a lieu la vente des chevaux, qui est devenue assez importante.

Il y avait aussi, anciennement, trois foires au cidre, qui se tenaient le 1er avril, le 1er juillet et le jour de la Saint-Martin. Ces foires n’existent plus.

— À l’époque néfaste de 1793, les foires eurent à subir aussi les dérisoires transformations de noms qui furent imposées à un grand nombre de rues de la ville. La foire de Saint-Romain fut appelée la foire de la Montagne ; celle de la Chandeleur devint la foire de la République ; celle de la Pentecôte reçut le nom de foire de la Liberté, et le nom de la Fraternité fut donné à la foire de Saint-Gervais.

— Les marchés et les halles sont des lieux publics où l’on vend chaque semaine les choses nécessaires à la vie, ou spécialement un seul genre de marchandises. Nous en parlons à leur ordre alphabétique. (Voy. aux mots : Boulingrin, Emmurées, Halles, Rougemare, Verdrel, Vieille-Tour et Vieux-Marché.)

Folie (impasse de la), dans la rue des Capucins. — 2e section, 4e canton, Saint-Nicaise. — Quartier N.-E.

C’est évidemment le nom d’un propriétaire. Un nommé Jacquet de la Follye existait, en 1407, dans la paroisse Saint-Vivien1. On lit, dans un acte de tabellionage de 1477, la mention d’une portion de jardin depuis l’héritage du dit De la Folie, jusqu’au chemin du roi, joignant l’hostel et tennement de la Cage. Un autre acte de 1471 indique une propriété bornée par la rue des Champs et par messire de la Follie, prêtre.

Folie (rue de la). = Rue de la Pucelle, rue Saint-Julien. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue fut ouverte vers 1847. Nous ne savons à quelle circonstance est dû le nom de cette rue, qui est voisine de l’Asile des aliénés. Mais il devrait être changé, pour ne pas établir de confusion avec l’impasse de la Folie, dont il est question ci-dessus.

Fond-de-la-Jatte (rue du). = Rue des Marronniers, rue de Bellevue. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

Cette rue, située entre la rue Jouvenet et une autre rue appelée rue Nouvelle, tire son nom de sa position dans le bas du Val-de-la-Jatte. (Voy. ce nom.)

Fontaines publiques.

La plupart des fontaines étaient originairement placées dans le voisinage des églises, la coutume étant de se laver la bouche et les mains avant d’y pénétrer2. Beaucoup d’églises ont disparu,

mais les fontaines sont restées et marquent la place qu’elles avaient occupée. Nous citerons pour exemples les fontaines de Saint-Lô, des Cordeliers, des Carmes, des Pénitents, des Jacobins, de Saint-Amand, des Augustins, etc. Plus tard, et à différentes époques, le nombre des fontaines s’est multiplié dans l’intérêt des quartiers populeux.

Il existait à Rouen, avant 1820, quarante-cinq fontaines publiques. Depuis cette époque, ce nombre s’est presque doublé1. Le mode de distribution des eaux, dont l’autorité municipale s’occupe avec la sollicitude que commande l’importance de cette branche de l’alimentation et de la salubrité, a reçu, depuis un certain nombre d’années, d’utiles perfectionnements qui ont permis de ménager l’écoulement et de prévenir la déperdition des eaux, et de les employer dans les différents quartiers, à des heures déterminées, pour l’arrosage des rues, ou pour porter des secours en cas d’incendie.

Depuis 1859, au moyen de l’addition d’un appareil à piston, l’eau ne coule plus, au plus grand nombre des fontaines, que lorsqu’on pousse un bouton qui en fait mouvoir le ressort. Des réservoirs ont été pratiqués, et des mesures ont été prises pour l’écoulement souterrain des eaux superflues, qui à certaines époques, pourraient nuire à la circulation.

Des projets mis à l’étude depuis 1860 et dont la mise à exécution paraît devoir être prochaine, ont pour but d’augmenter le volume des eaux potables et de les distribuer dans tous les quartiers de la ville et dans les maisons particulières, concurremment avec les eaux des fontaines déjà existantes2.

Nous ne pouvons donner une nomenclature et une description détaillée de toutes les fontaines de Rouen. Nous consignons, dans les articles concernant les rues et les places où elles sont situées, les renseignements que nous avons pu recueillir sur celles qui méritent une mention particulière. Telles sont par exemple, pour ne citer que les plus remarquables par leur caractère monumental, les fontaines de la Croix-de-Pierre, sur la place de ce nom ; de la Crosse, dans la rue de l’Hôpital ; de Lisieux, dans la rue de la Savonnerie ; de Massacre, dans celle de la Grosse-Horloge, etc.

Les fontaines de la ville sont alimentées par cinq sources principales, savoir : la source Gaalor, celle d’Yonville ou de Saint-Filleul, les sources de Notre-Dame ou de Saint-Amand, de Saint-Nicaise ou du Plat, et de Darnétal ou de Carville.

La source de Gaalor, dont on voit le réservoir dans la rue Pouchet, sort de terre au pied de la côte du Mont-aux-Malades. Cette source, qui au 15e siècle s’appelait la fontaine du Château, est à la fois la plus ancienne et la plus considérable de celles qui alimentent les fontaines de la ville. Elle est reçue, dit Farin, sous une voûte entaillée en la roche, qui peut avoir dix ou douze pieds de largeur et environ dix pieds de hauteur1. Là-dedans est une petite image de la Vierge, et on y voit descendre les eaux de plusieurs endroits, qui se ramassent sous cette voûte pour les porter par après dans la ville par un grand canal de pierre2.

La source de Gaalor fut conduite à Rouen en 1250, mais, si l’on en croit les anciens chroniqueurs, elle coulait longtemps auparavant, et dès la première période de l’époque gallo-romaine, près du fameux temple de Roth, et entretenait la fontaine de Saint-Lô, qui était appelée Fons meretricum. Elle passe à travers la tour du donjon du Vieux-Château3, et elle se rendait dans une cuve qui existait, il y a peu d’années encore, dans la rue Bouvreuil (voy. ce nom), et qui était connue sous la dénomination de la « Source des fontaines. » De là elle se répand dans les canaux qui entretiennent un assez grand nombre des fontaines de la ville, celles de Saint-Lô et de Massacre, de la place des Carmes, de la Crosse, des rues Cauchoise, Sainte-Croix, du Fardeau, etc. La qualité de ces eaux est bonne.

Le ruisseau qui part de cette source, dit l’auteur de la Description de la Haute-Normandie4, était appelé anciennement le Roignon, ou plutôt le Reneau, et plus communément la Renelle. Dans un titre de 1414, il est désigné ainsi : Sourcin de la fon-

taine Guallor qui passe par le chalet (châtel) de Rouen et va jusqu’à Sayne1.

Ce cours d’eau n’est que le trop-plein des fontaines, qui s’écoule actuellement sous terre et forme l’étang du jardin de Solférino. Il a été longtemps utilisé pour les nombreuses tanneries réunies, il y a peu de temps encore, dans la rue qui portait son nom et qui a entièrement disparu pour l’établissement du nouveau quartier de l’Impératrice ; il s’écoule vers la Seine par des canaux dont on reconnaît le passage, à de rares intervalles, indiqué par de larges dalles qui le recouvrent.

— On donne le nom de fontaine Saint-Filleul2 au réservoir des eaux de la source d’Yonville, qui est située dans la rue Saint-Filleul3, au pied d’une montagne appelée Pestel, proche le Mont-aux-Malades, et qui fut conduite à Rouen en 1510. L’entrée de ce réservoir, qui est bâti et voûté en pierre, était surmontée d’une petite chambre qui servit autrefois de chapelle ; elle s’ouvre sur un escalier aboutissant à une cuve, où les sources qui découlent du Mont-aux-Malades sont conduites par deux aqueducs, au fond de l’un desquels on trouve une plaque de marbre scellée dans le mur et portant, sous la date de 1768, une inscription latine dont voici la traduction :

Sous le règne de Louis XV, les canaux d’argile qui recevaient l’eau filtrante furent tout-à-coup obstrués par la vase et refusèrent à la ville de Rouen les avantages d’une source pure. Nos aïeux, à différentes époques, parvinrent avec beaucoup de peine à rétablir le cours de l’eau dans les canaux. Aujourd’hui encore, un amas de boue les encombre. Pour assurer, jusqu’à la dernière postérité, un chemin souterrain plus facile à la source, la construction d’un aqueduc de vingt toises, à partir du bas de l’escalier, a été arrêtée en conseil, etc.4

La source de Saint-Filleul, dont les eaux sont excellentes, avait été conduite de 1510 à 1515 jusqu’à la rue du Chouquet1 seulement ; elle fut dirigée vers 1518 dans la ville jusqu’à la fontaine Lisieux. Un acte du 25 mai 1521 contient une transaction entre les habitants de Rouen et les propriétaires d’un jardin où furent mis des ouvriers pour trouver une source qui porte ses eaux en quatre lieux, et pour creuser et construire le réservoir sus-indiqué. Il fut accordé à ces propriétaires une indemnité de 100 livres.

De la cuve dont nous avons parlé, les eaux se rendent dans un autre réservoir qui est au pied du bâtiment où est placée la mécanique des eaux de l’Hôtel-Dieu. On lit sur la porte de ce derier réservoir l’inscription suivante :

Hic dispensat aquas œgris sanisque salubres
Nympha latens ; lateant sic dona tua dona monet.

Il fournit d’abord à l’Hôtel-Dieu deux pouces d’eau qui lui ont été concédés ; ensuite, un tuyau de plomb conduit les eaux par la rue du Lieu-de-Santé, alimente par embranchement la fontaine de la rue de Crosne, traverse le boulevard, fournit aux fontaines de la rue de Fontenelle, va alimenter celles du Vieux-Marché et de la place de la Pucelle, puis celle de la place Henri IV, tandis que la branche principale se dirige aux fontaines des rues Saint-Vincent et des Charrettes, de la Savonnerie, etc.

— La source de Notre-Dame, ou de Saint-Amand, prenait naissance à peu de distance de l’ancienne porte Bouvreuil, dans un terrain situé derrière le Vieux-Château (voy. rue Morant), et près d’une tour que l’on appelait alors Barfol. (Voy. au mot Barfort.) Ce fond fut acheté en 1252 par les religieuses de l’abbaye de Saint-Amand, lesquelles firent des dépenses considérables pour conduire ces eaux dans leur monastère. La source passe au dessous des conduites de la fontaine Gaalor, se dirige par dessous les jardins de la rue Beffroy, et arrive par la rue du Petit-Porche à l’entrée de la rue de la Seille, où elle se divise pour alimenter, d’une part, les fontaines de la place de la Cathédrale, de la rue des Bonnetiers, etc., et, d’une autre part la fontaine de la rue Impériale, placée autrefois dans l’enclave de l’abbaye de Saint-

Amand. Le trop-plein de cette source entretenait aussi autrefois un étang qui était placé dans les dépendances de l’abbaye de Saint-Ouen, à l’angle de la rue des Murs-Saint-Ouen, en face de la rue de la Seille. Un acte du 22 octobre 1503 fait mention d’un héritage borné d’un côté les murs de Saint-Ouen, d’autre côté la rue du Petit-Pinchedos, d’un bout la rue où sont les éventaulx de la fontaine Saint-Amand, et d’autre bout les maisons de l’œuvre de Saint-Ouen.

L’eau de la fontaine Notre-Dame n’est pas d’une qualité supérieure.

— La source de Darnétal, ou de Carville, appelée aussi la source du Roule ou la fontaine Saint-Jacques1, sort de terre sous la montagne du Roule, près de Saint-Léger. Ses eaux furent conduites à Rouen en 1500 par le cardinal Georges d’Amboise, et fournissent aux fontaines de la rue Saint-Hilaire, où se trouve un réservoir placé près de l’ancien couvent des Pénitents, à celles des rues Saint-Vivien et de l’Épée, de la caserne Napoléon III, de Saint-Maclou, des Augustins, etc. L’eau de cette source est réputée la meilleure. Il fut question, en 1859, de remplacer la fontaine dite de Sainte-Croix-Saint-Ouen, actuellement détruite pour la construction d’une maison sur le nouvel alignement de la rue des Faulx, par une autre fontaine qui aurait été placée au coin de la place de l’Hôtel-de-Ville et de la rue Impériale : les habitants du quartier réclamèrent contre ce projet, à cause de la qualité des eaux, par le motif que les eaux de la source Saint-Amand étaient d’une qualité inférieure à celle de Darnétal, qui fournissait la fontaine supprimée, laquelle est suppléée aujourd’hui par une borne-fontaine dans la rue Napoléon III.

— La source de Saint-Nicaise ou du Plat, prend naissance derrière le chœur de l’église Saint-Nicaise, à peu de distance d’un puits2 que l’on voyait encore au commencement du 19e siècle dans le haut de la rue Poisson. Elle avait été achetée en 1248 par les religieux de Saint-Ouen. Elle alimente la fontaine du carrefour du Plat, au coin de la rue des Maîtresses, qui commença à couler en 1656 ; celles du jardin et de l’intérieur de

l’hôtel-de-ville. Ses eaux, dit-on, ne sont bonnes ni à boire, ni à savonner, ni à faire cuire les légumes.

— Il existait autrefois, dans le bas de la rue des Champs, sous une voûte mal assurée, une autre source appelée la fontaine Caillot, dont il est fait mention dans des actes de tabellionage de 1420 et de 1483 ; elle se trouva renfermée dans les dépendances du Séminaire de la rue Poisson. (Voy. ruelle Caillot.) Cette source, qui n’alimentait que le bassin du jardin de l’abbaye, était aussi appelée la fontaine de Saint-Ouen. Elle ne donne plus d’eau.

Fontaine-Tiercelin (impasse de la).

Cette impasse, qui était située dans le quartier Saint-Marc, portait le nom d’une ancienne fontaine ou d’un lavoir qui avait reçu lui-même le nom d’un propriétaire.

Fontenelle (rue de). = Quai du Havre, rue de l’Hôtel-de-Ville. — 10e section ; 1er canton depuis le port jusqu’à la rue des Bons-Enfants ; 2e canton pour le reste ; paroisses : la Madeleine, depuis le port jusqu’à la rue Cauchoise ; Saint-Patrice pour le reste de la rue. — Quartiers S.-O. et N.-O.

Cette rue se compose des anciennes rues des Jacobins et de Saint-Pierre-le-Portier, lesquelles furent réunies, en 1794, sous la désignation de rue du Département, parce que l’administration départementale occupait l’ancien hôtel de l’Intendance, actuellement l’hôtel de la Préfecture, qui fut construit vers 1780.

Le nom de rue de Fontenelle avait été donné, en 1794, à la rue des Bons-Enfants, à laquelle on rendit l’année suivante sa précédente dénomination. C’est alors que la rue du Département reçut le nom de rue de Fontenelle, qu’on aurait mieux fait néanmoins de conserver à la rue des Bons-Enfants, où naquit l’illustre écrivain. (Voy. rue des Bons-Enfants.)

La rue de Fontenelle, qui s’arrêtait d’abord à la rue Cauchoise, a été prolongée en 1860 jusqu’à la rue de l’Hôtel-de-Ville, nouvellement ouverte, et où elle aboutit en face de la rue de Lémery.

— L’ancienne rue des Jacobins tirait son nom des religieux dominicains, connus aussi sous les dénominations des Frères Prêcheurs ou des Jacobins, à cause de la principale maison de leur ordre, dédiée à saint Jacques, qui fut édifiée à Paris dans la rue de ce nom. Ces religieux, dont l’ordre fut institué à Toulouse en

1216 par saint Dominique de Guzman, vinrent s’établir à Rouen en 1222, d’abord dans le manoir de Saint-Mathieu, appartenant alors à l’archevêque Thibaud, au faubourg d’Émendreville (Saint-Sever), qui fut habité depuis par les dames Emmurées. De là ils furent transférés, en vertu d’une charte de 1246, au lieu qu’avaient alors les Filles-Dieu et qui leur fut accordé par saint Louis. Ils y furent installés par Eude Rigaud, le 21 décembre 1257. C’est le lieu qu’ils occupaient encore lors de leur suppression en 1792. Les Jacobins s’étaient servis, pour leurs exercices religieux, d’une ancienne chapelle de Saint-Jacques-le-Majeur (voy. rue Saint-Jacques) ; ils bâtirent leur église, qui fut consacrée le 5 juin 1261 et dédiée en 1269 sous le vocable de Saint-Jacques. En 1619, ils allongèrent la nef de cette église. Leur monastère s’étendait, avant la construction du Vieux-Palais, depuis la porte de Cauchoise, près de l’église de Saint-Pierre-le-Portier, jusqu’à la Seine, et comprenait l’emplacement de l’hôtel de Fécamp et de l’église Saint-Pierre. La jouissance des remparts et des fossés, depuis la porte Cauchoise jusqu’à la Seine, leur avait été accordée par saint Louis ; elle leur fut confirmée en 1294 par Philippe-le-Bel, et en 1346 par Philippe de Valois, en considération, disaient les lettres patentes, de leur pauvreté, et pour l’affection et dévocion que nous avons à eux et à leurs prières.

L’hôtel de l’Intendance, devenu depuis l’hôtel de la Préfecture, fut bâti par les Jacobins sur leur terrain et à la place où était précédemment leur cloître. Leur ancienne église, dont les murs du midi étaient contigus à la partie nord de l’hôtel, où l’on en voyait encore des vestiges qui ont disparu en 1869, avait été transformée en galeries, qui furent appelées les galeries du Commerce1, pour recevoir les dépôts des fabriques des environs de la ville. Ces galeries étaient surmontées d’une salle nommée la grande salle du Gymnase de Rouen. Tout a été démoli pour l’agrandissement des dépendances de la Préfecture, dont les travaux sont encore maintenant en cours d’exécution. Les Jacobins avaient, vers 1780, remplacé cette église par une autre plus petite, dont le portail faisait face à la rue de Racine, nommée alors la rue Neuve-des-Jacobins. C’est sur l’emplacement de cette église

qu’a été élevé, en 1856, le vaste bâtiment où sont déposées les archives départementales.

L’ancienne rue des Jacobins a porté, au 13e siècle, le nom de rue des Frères-Prêcheurs1, et antérieurement celui de rue Brazière ou Brassière2. La rue Brazière, dit l’Historien de la ville de Rouen, est celle qui descend de Saint-Pierre-le-Portier jusques au Vieux-Palais, et en ce temps les Jacobins avoient un porche traversant sur cette rue pour aller dans leur grand jardin, qui estoit dans toute la place qui est maintenant bâtie, et qui aboutit à la grande rue du Vieux-Palais3. Les religieux fieffèrent par la suite ce jardin à divers particuliers pour y bâtir, ce qui donna naissance à la rue Neuve-des-Jacobins, maintenant la rue de Racine. — En parlant de la rue Brazière, Rondeaux de Sétry4 dit que cette rue s’étendait en longueur depuis la rue des Cordiers jusqu’à la porte par où l’on allait au pré de la Bataille5. Peut-être désignait-il par là un chemin qui tendait à la Corderie de Cauchoise.

— L’ancienne rue de Saint-Pierre-le-Portier avait pris son nom d’une église qui y était située. Cette église n’était, en 1006, qu’une chapelle faisant partie d’un manoir appartenant aux abbés de Fécamp, et était anciennement appelée Saint-Paterne ou Saint-Paër. Devenue paroissiale, elle fut agrandie en 1531, puis reconstruite en 1655. La dénomination de Portier venait de ce qu’elle était bornée par les murailles de la seconde enceinte de la ville, et voisine de la porte de Cauchoise, qui fut plus tard remontée au haut de la rue de ce nom. L’église de Saint-Pierre-le-Portier, supprimée en 1793, fut vendue et démolie peu après. Entre cette ancienne église et celle des Jacobins, on avait commencé, en 1590, la reconstruction de l’hôtel de Fécamp, mais les travaux furent entravés par le gouverneur du Vieux-Palais, qu’inquiétait l’élévation où l’on allait pousser ce bâtiment. C’est

sur cet emplacement que fut ouverte plus tard la rue de Crosne.

Les fontaines que l’on voit dans la rue de Fontenelle, au dessus de la Préfecture et au coin de la rue de Racine, ont été établies : la première en 1511 ; la seconde en 1520. Elles sont alimentées par la source d’Yonville.

Forget (rue), dans la cité Landrieu. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Cette rue, nouvellement ouverte, a reçu le nom d’un propriétaire.

Forgettes (rue des). = Rue du Renard, grande rue Saint-Gervais. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

On lit, sur une des encoignures de cette rue, gravés sur une pierre, les mots : Rue de Forget, qui sembleraient annoncer le nom d’un propriétaire. Il est supposable, néanmoins, que le nom de la rue des Forgettes vient de quelques forges ayant existé dans le voisinage ; il y avait aussi à l’extrémité de la rue Chasselièvre la terre des Fourneaux.

Dans cette rue est l’asile Dumanoir, qui a été établi en faveur des vieillards convalescents, dans une propriété dont M. Juste-Isidore Dumanoir, ancien fabricant, a fait la donation aux hospices en 1860.

Fortin (mont).

Cette montagne, située à l’extrémité de la rue du Champ-des-Oiseaux, forme la limite entre la ville et la commune du Boisguillaume. Le lieu que nous appelons le mont Fortin, dit Farin1, a esté premièrement appelé le mont Robert, puis la terre Baril, ensuite les bruyères des Lépreux et enfin le mont Fortin depuis cent ans ou environ que cette montagne fut aliénée à un nommé Fortin, conseiller au Parlement de Rouen.

Fosse (rue de la).

C’est un ancien nom de la rue de la Seille. (Voy. cette rue.) On donnait aussi ce nom à une courte impasse qui conduisait

au moulin de la Fosse, lequel, d’après les plans de 1655 et de 1724, était placé sur la rivière de Robec, entre la rue Damiette et l’ancienne rue des Savetiers. C’était vraisemblablement l’un des moulins qui sont situés au côté nord de la rue Caquerel.

Cette ruelle était aussi appelée l’impasse des Petits-Moulins, nom sous lequel elle fut expropriée en mars 1857 pour l’élargissement de la rue Caquerel ; mais cette impasse des Petits-Moulins, qui a été également supprimée antérieurement pour le passage de la rue Impériale, était plus bas et à proximité d’un autre moulin situé au milieu du parcours de la rue Malpalu, et que quelques auteurs ont aussi désigné sous le nom de moulin de la Fosse.

Fossé-Saint-Yves (rue du). = Quai Saint-Sever, rue de Lessart. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg du même nom.

Cette rue, ainsi appelée en 1834, tire son nom de la clôture qui entourait autrefois le clos des Galées et d’une ancienne chapelle qui était située à l’entrée du faubourg Saint-Sever. (Voy. rue de ce nom.)

Elle a été prolongée, il y a peu d’années, jusqu’à une rue nouvelle appelée rue de Lessart, sous le nom de rue des Fossés-S.-Yves prolongée.

Fossés-Louis-VIII (rue des). = Rue des Carmes, rue de la Poterne. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Ce nom fut donné en 1817 à la grande rue de l’Aumône. À l’occasion de ce changement de dénomination, voici la note qui fut insérée dans le Journal de Rouen, le 15 décembre de ladite année :

L’an 1200 environ, les faubourgs de Rouen se trouvant déjà grands et bien peuplés, l’enceinte de la ville fut agrandie. Les fossés, à cette époque, occupaient la ligne décrite par la rue dite de l’Aumône dans toute sa longueur ; ils furent portés à la hauteur de la rue Pincedos, qui en fit elle-même partie.

L’an 1224, Louis VIII, surnommé le Lion, roi de France, donna à la ville, par lettres patentes datées de Saint-Germain-en-Laie, l’emplacement de ces fossés, où ont été bâties par la suite

des maisons pour le logement des pauvres. De là le nom de rue de l’Aumône.

Les habitants de la grande rue de l’Aumône, par des motifs que tout le monde peut apprécier1, adressèrent à l’administration une demande tendant à obtenir que la portion de rue qu’ils habitent fût distinguée de l’autre partie, qui en est la prolongation, et qui conserve son nom primitif de rue de l’Aumône. (Voy. ce nom.)

L’administration, faisant droit à la réclamation des pétitionnaires, et persuadée aussi qu’il convient, sous tous les rapports, d’attacher au nom de chaque rue un souvenir spécialement historique, a décidé que la grande rue de l’Aumône s’appellerait à l’avenir rue des Fossés-Louis-VIII, en mémoire de la générosité de ce prince, qui en fit la propriété de la ville.

Mais il est probable que les terrains qui firent l’objet de la concession de 1224 restèrent vains et vagues jusqu’au moment où cette concession fut confirmée cinquante ans après à Guillaume de Saâne, par la reine Blanche, mère de saint Louis et régente du royaume pendant la minorité et les voyages de son fils ; il est probable aussi que le fondateur de l’hôpital du Roi (voy. Hôpitaux) obtint alors l’autorisation d’y faire construire des maisons pour les pauvres, ce qu’il fit avec honneur, dit l’histoire, c’est-à-dire en 1278 lorsque l’on combla les fossés qui restaient de la première enceinte, et ce qui fut pratiqué depuis par les administrateurs de l’hôpital du Roi. Ainsi, l’aumône daterait véritablement du règne de saint Louis2.

Ce qui semble confirmer cette dernière conjecture, c’est que, par la suite, les maisons de la rue de l’Aumône furent mises au nombre des revenus de l’hôpital du Roi, et que beaucoup de ces maisons font encore partie des propriétés des hôpitaux de cette ville.

Quoi qu’il en soit, le nom de rue des Fossés-Louis-VIII rappelle la cession des arrière-fossés de la ville, faite par Louis VIII en 1224 ; mais la dénomination de rue des Fossés-Saint-Louis eût mieux constaté l’époque véritable de cette aumône.

On a découvert, en 1851 et en 1863, dans la rue des Fossés-Louis-VIII, des restes de l’enceinte militaire de la ville, qui sui-

vait la rue dans toute sa longueur, des fragments de colonne, des murs d’habitation et des vases antiques1.

Foulerie-Martinville (rue de la). = Rue Martinville, rue de la Vigne. — 3e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

L’origine du nom de cette rue, qui doit avoir porté aussi, au 15e siècle, avec plusieurs autres, le nom de rue Foureuse (voy. ce mot), est évidemment la même que pour la rue dont il est parlé ci-dessous. Celle-ci est la ruelle de la Foulerie, sur la paroisse Saint-Maclou, dont il est fait mention dans divers actes de tabellionage des 14e et 15e siècles. Un acte de 1420 cite : la ruelle de la Foulerie à la rue de la Vigne. Un autre acte du 7 janvier 1424, la désigne sous le nom de la ruelle des Penteurs. (Voy. ce mot.)

Nous avons cru devoir distinguer cette rue de la suivante, en indiquant, à la suite de leur nom, leur position, l’une près de la rue Martinville, l’autre près de Robec.

Foulerie-Robec (rue de la). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Vivien. — 3e section, 3e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Cette rue portait aussi, au 15e siècle, le nom de ruelle des Foulons, comme l’indique un acte de tabellionage de 1479, dans lequel on lit : Maison assise en la grande rue de Saint-Vivien, bornée d’un côté la ruelle des Foulons, d’autre côté, etc. Cette désignation semblait remonter au 12e siècle et devoir son origine au grand nombre de fabriques de draperie qui existaient à Rouen au moyen-âge, et particulièrement aux foulons et aux teinturiers qui avaient leurs établissements sur l’Eau-de-Robec2. Dans un acte de 1420, il est parlé de la terrière aux foullons allant

à la ruelle de l’Arquet. Un acte de 1540 fait mention de la ferme à fouler, située dans ce quartier. (Voy. aussi rue des Faulx.)

On voit ailleurs cette rue désignée sous les dénominations de foulerie à Saint-Vivien, appelée Espaigne, de foullerie aux Meschines, de foulerie de l’Hôpital à Rouen, du côté de l’Eau-de-Robec1. Dans un compte de 1448 il est parlé de la maison de la foulerie, sur la paroisse Saint-Vivien. Un registre des Rapports civils2 cite aussi la maison appelée la foulerie d’Espagne3 sur l’Eau-de-Robec. Enfin un acte de 1492 concerne une maison, jardin, tripot et jeu de paume, en la rue de la Foulerie de la Magdeleine, d’un côté Patin, d’autre côté le jardin de l’Escuelle-d’étain, d’un bout la rue des Foullons.

Fourchettes (rue des). = Rue du Bac, rue de l’Épicerie. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Nous ignorons l’origine du nom de cette rue, que Farin appelle la rue des Forcettes4. Il pourrait être provenu d’une enseigne représentant un instrument servant à tondre les draps. On prolongea jusque-là, en 1654, la salle des pauvres de l’Hôtel-Dieu de la Madeleine, au moyen de la construction d’une voûte qui traversait la partie de la rue du Bac nommée alors rue des Pannetiers.

Dans un acte de tabellionage du 29 novembre 1487, on lit la rue de Fourquette. Un autre acte de 1420 mentionne la rue qui va de Saint-Denis à la Madeleine. Un autre, enfin, de 1526, parle de la rue Basse tendant de Saint-Denis au derrière de la Madeleine.

Foureuse (rue).

Ce nom, qui n’a pas besoin d’être interprété, est donné dans divers actes de tabellionage à une ruelle située dans la paroisse Saint-Maclou5 et avoisinant la rue de la Glos et la rue Martinville.

Un acte du 11 juin 1465 cite un héritage borné d’un côté la ruelle Foureuse et d’un bout la ruelle Robert-de-la-Rivière, autrement appelée rue de la Glos. Un autre acte du 21 décembre 1479 concerne l’hôtel de l’Aigle-d’argent, borné d’un côté l’hôtel de la Cloche, d’autre côté la rue Foureuse, d’un bout la rue Martinville. On trouve encore dans un acte du 22 novembre 1548 l’indication d’une maison bornée d’un côté la rue de la Gloe, d’autre côté une ruelle commune nommée la rue Foureuse, ou autrement bran, d’un bout par devant la rue Martinville.

Il semblerait résulter des actes ci-dessus que ce nom aurait appartenu à la rue de la Vigne, qui est la ruelle la plus voisine de celle de la Glos ; mais, si l’on considère que, dans les plans de 1655 et de 1724, les noms des rues de la Glos et de la Vigne ont été intervertis comme ils ont pu l’être lors de la rédaction des actes que nous citons, et que ce n’est qu’à partir du plan de 1784 que la rue de la Vigne figure, comme aujourd’hui, à la gauche de la rue de la Glos, entre cette dernière rue et la ruelle de la Foulerie, on est porté à reconnaître que la dénomination de rue Foureuse appartient à cette dernière rue, qui, par sa forme irrégulière, semble déjà avoir mérité le nom de rue de la Serpente que cite Taillepied sans indiquer sa position. (Voy. ce mot.)

— D’après les nomenclatures de l’Histoire de Rouen, édition de Du Souillet, et du Flambeau astronomique de 1716, le nom de rue Foureuse aurait été donné aussi à l’ancienne rue Sarrasin. (Voy. rue des Maillots-Sarrasins.)

Framboisier (rue du). = Rue de Bas, rue du Renard. — 12e section, 5e canton, la Madeleine. — Faubourg Cauchoise.

Le nom donné à cette rue est celui d’un ancien fief qui était voisin de la fontaine Saint-Filleul1. — On remarque dans cette rue de nombreuses sources, dont une porte le nom de fontaine du Framboisier2.

Franc-Aleu (le).

On nomme ainsi un hameau du faubourg Saint-Hilaire, au-

trefois pour ainsi dire inhabité, actuellement percé de rues. Cette dénomination est due probablement à un fief ainsi désigné parce qu’il était libre de tout service. Les terres de franc-aleu, dit la Coutume de Normandie, sont celles qui ne reconnaissent aucun supérieur en féodalité et ne sont sujettes à faire ou payer aucuns droits seigneuriaux1. Pour l’exercice de certains marchés ou de certaines conventions, les parties se retiraient, au moyen-âge, sur un terrain de franc-aleu, pour se soustraire aux conséquences onéreuses et arbitraires de la mouvance ou censive du seigneur local2. Cela explique la passation des actes, par les anciens tabellions, à la limite d’une paroisse, usage que pratiquent encore quelques notaires de campagne pour des actes rédigés en dehors des limites de leur résidence cantonale. Les aleux se réalisaient sous un arbre ou dans un lieu abrité : de là peut-être les désignations de Chêne-Aleu ou au Leu, de la rue aux Leux, du val des Leux, etc.

Franc-Manoir (rue du). = Rue des Petites-Eaux, route de Darnétal. — 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

Cette petite rue est figurée, dans un plan de 1817 et sur ceux du cadastre, sous les noms de rue Saint-André-Saint-Hilaire ou du Gravier. Son nom actuel, qui lui fut donné en 1833, vient du voisinage d’un manoir qui aurait été exempt d’impôts ou de charges quelconques.

Français (rue des).

Elle a été supprimée pour le prolongement de la rue Harenguerie jusqu’à celle de Saint-Vincent. Dans le ms. des Fontaines elle est appelée rue Francesse. Les Aff. de Normandie de 1775 et le Flambeau astronomique lui donnent le nom de petite rue Saint-Vincent.

C’était une de ces ruelles étroites traversées par des porches, comme on en voit encore dans certains quartiers, tels que les rues du Halage, des Chanoines, etc. On lit dans un acte du 6 mai 1507 la mention d’une maison compteur ou porchet, lequel por-

chet traverse la rue aux Français, borné d’un côté la rue qui mène de la vieille Harenguerie à la rue Saint-Vincent. Cette ruelle était encore fermée par les deux bouts jusqu’au moment de sa suppression. On croit que la Compagnie française y avait des magasins1, et que telle serait l’origine du nom qui lui avait été donné.

Frigory (rue). = Rue des Charrettes, rue Grand-Pont. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

La rue Frigory paraît avoir porté au 15e siècle le nom de rue du Cornet-d’argent, qui provenait de l’enseigne d’une maison sise rue Saint-Martin (rue Grand-Pont), devant l’église de Saint-Martin-du-Bout-du-Pont, citée dans un acte de tabellionage du 23 octobre 1426. Elle est également connue sous le nom de rue et cour des Pigeons2 ; c’était encore, en 1770, une enseigne de cabaret.

La dénomination de la rue Frigory, qui ne se lit que dans les nomenclatures modernes, doit venir d’un propriétaire.

On ne trouve dans différents actes que le nom de Trigorie. C’est ainsi qu’on lit dans un acte de 1423 la rue Trigorie qui descend vers la Seine ; dans un acte de 1460, la rue de Trigorie, menant à l’abreuvoir de Seine et à la rue Saint-Martin ; dans un autre acte du 8 juillet 1503 on lit encore la rue de Trigorie, et la rue Grand-Pont est toujours appelée la rue Saint-Martin.

Nous trouvons, dans un acte de tabellionage du 10 septembre 1474 le nom d’une rue Grigoire. C’est sans aucun doute le nom défiguré de la rue appelée actuellement Frigory. Il en est de même d’une rue de la Tricherie qui est mentionnée dans un acte du 23 novembre 1521, concernant une maison en la paroisse de Saint-Martin-du-Pont, bornée d’un côté le commencement de la rue par où l’on va de la paroisse Saint-Martin à celle de Saint-Étienne-des-Tonneliers, d’autre côté la rue de Tricherie, d’un bout le pavé de devant le cimetière de Saint-Martin.

— Il y avait aussi une autre ruelle Trigory, nommée aussi Trigorye ou Trihory, dans la paroisse Saint-Maclou. Elle est citée, dans un acte du 6 mai 1482, comme voisine de la rue du Plâtre, et le registre de tabellionage de 1369 à 1373 (f. 65 v.)

près de la rue du Petit-Quai. Elle est comprise actuellement dans une propriété particulière située entre la rue du Plâtre et la place Impériale, sous le nom probablement défiguré aussi de rue de la Trésorerie ; c’est celle que l’on voit immédiatement au-dessus de la rue du Closet-de-la-Madeleine.

Froissies (ruelle des).

Un acte du 23 novembre 1501 cite une rue des Froisis en la paroisse Saint-Vivien. Un autre acte du 12 mars 1474 concerne Jean des Froissies. Nous ne savons à quelle rue ces noms se rapportent.

Gaillardbois (place du), dans la rue du Bac ; — (rue du). = Place du Gaillardbois, rue de la Savonnerie. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Ce nom provient de l’ancien hôtel du Gaillardbois1, appelé aussi l’hôtel Lisieux, qu’habitaient, lorsqu’ils venaient à Rouen, les évêques de Lisieux, doyens de Saint-Cande-le-Vieux. La place du Gaillardbois a été établie sur l’emplacement du cimetière et de l’ancienne église de Saint-Cande. (V. rue du Bac.)

Il existait au 14e siècle un personnage nommé Robert du Gaillardbois. — Il y avait une enseigne du Gaillardbois dans la rue des Fossoyeurs, à Paris.

Galées ou Galères (rue et clos des).

Au moyen-âge, on appelait le clos des Galées un arsenal maritime qui renfermait des chantiers de construction pour les navires, des magasins d’artillerie2 et autres engins de guerre, et d’approvisionnement des galères du roi. Établi vers la fin du 13e siècle, il occupait, dans le quartier connu encore aujourd’hui sous la dénomination de Richebourg, par la rue qui porte ce nom, un

vaste espace limité par la Seine, par le fossé et la chapelle de Saint-Yves, par le faubourg Saint-Sever, et par les biens appartenant alors aux Emmurées. Il était enceint de fossés, qui, partant de la Seine au-dessus du pont, y revenaient au hameau de Claquedent (nommé actuellement la Grande-Chaussée), après avoir traversé la chaussée de Saint-Sever au lieu appelé la Chapelle-Saint-Yves.

En 1386, Charles VI fit construire dans le clos des Galées une navie ou flotte avec des bois pris dans les forêts de Roumare et de Saint-Étienne-du-Rouvray. Cet arsenal fut détruit par les Rouennais eux-mêmes peu avant le siége mémorable que la ville eut à soutenir contre les Anglais en 1418 ; mais le nom du clos des Galées survécut longtemps. Un acte de tabellionage du 15 mars 1461 fait mention d’une maison et jardin sis en la paroisse de Saint-Martin-du-Pont, au hameau de Richebourg, bornés d’un bout le fossé du clos des Gallées. En 1473, il y avait encore en cet endroit un logis où pendait l’enseigne de la Galère, et un acte du 16 mars 1542 concerne la vente du clos Richebourg, nommé le clos aux Galères, sis hors le pont.

L’emplacement de l’ancien clos des Galées est actuellement occupé en partie par la caserne de Saint-Sever (construite de 1713 à 1729 à la place de l’hôtel des Gabelles, connu également sous la désignation de Grenier-à-sel), et par les docks et magasins d’entrepôt, qui ont été érigés en 1862.

Le savant archiviste du département, M. Ch. de Beaurepaire, a publié sur l’ancien clos des Galées un mémoire très intéressant, auquel nous avons emprunté une partie de ces détails. On pourrait conserver le souvenir de cet ancien établissement, en donnant le nom de rue du Clos-des-Galées à la rue de la Petite-Chaussée, qui en formait une des limites.

— Suivant quelques historiens1, il aurait existé un autre clos des Galées. M. de Fréville, auteur d’un Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, dit que la ville acquit, en 1283, l’ancien clos aux Galées, qui était compris entre les rues du Vieux-Palais et de Fontenelle. Nous lisons dans la Revue de Rouen (1845, p. 125) que des engins de guerre avaient été déposés, en 1338, dans l’arsenal maritime appelé le clos aux Galées, dont l’emplacement était celui

qu’occupa plus tard la citadelle de Henri V, appelée en ces derniers temps le Vieux-Palais. Il serait vraisemblable aussi qu’un nouvel arsenal maritime eut été établi dans les environs du Mont-Riboudet après la construction du Vieux-Palais, et qu’il eût porté également le nom de clos des Galères. Cette opinion fut émise dans le Journal de Rouen, en septembre 1858, à l’occasion de la découverte faite, à l’encoignure du quai et du boulevard du Mont-Riboudet, d’une barque bien conservée et des restes d’une ancienne berge près de laquelle était coulée cette embarcation.

Les galères du roi continuèrent, au 16e siècle, de fréquenter le port de Rouen, car un arrêt du Parlement du 22 mai 1549, pour éviter les dangers pouvant résulter des querelles d’entre les soldats et gens des galères et aucuns habitants, fit défense à tous habitants, soldats et gens des galères de sortir avec armes ou bâtons, ni de faire amas et assemblées. Des galères avaient, en effet, stationné devant la ville ; des scènes sanglantes avaient eu lieu avec les habitants, et les galères tirèrent à boulet sur la ville. On rapporte aussi que, en 1690, arrivèrent à Rouen, le 30 août, quinze galères équipées et armées ; elles firent plusieurs décharges de canons. On les plaça au quai d’amont, proche les marchands de cidre, et les forçats bâtirent des loges pour débiter leurs marchandises. Ils restèrent l’espace de six mois1.

Ganterie (rue). = Rues des Carmes et Beauvoisine, rue de l’Impératrice. — Pour les numéros pairs 8e section, 2e canton, Saint-Godard ; pour les numéros impairs 9e section, 1er canton, la Cathédrale.

Dès le 13e siècle, on trouve cette rue désignée sous les noms de rue aux Gantiers, de rue Wanterie, aux Vantiers ou Wantiers2. Dans d’autres titres de la même époque on l’appelle la rue du Fossé-aux-Gantiers3. Dans de nombreux actes de tabellionage

du 14e et du 15e siècle, on l’appelle, quelquefois indifféremment dans les mêmes actes, la rue de Ganterie ou des Gantiers, et la rue du Fossé-aux-Gantiers, Vantiers ou Wantiers.

Ces diverses dénominations indiquent que les gantiers, qui, depuis de longues années, étaient établis dans ce quartier, habitaient des maisons construites sur les arrière-fossés de la ville, qui furent cédés aux bourgeois de Rouen en 1224 par le roi Louis VIII.

Dans la rue Ganterie, à proximité de la rue de l’Écureuil, est l’hôtel de Saint-Wandrille, qui avait appartenu à l’abbaye de ce nom, et où était le bureau des Finances avant d’avoir été réuni, en 1707, à la cour des Aides, sur la place de la Cathédrale. M. E. De la Quérière signale, dans la même rue, une maison d’un extérieur remarquable et renfermant des décors, des détails intéressants, des boiseries sculptées. etc.1 Presque en face est une autre maison en bois, sur une traverse de laquelle, au milieu d’ornements sculptés qui rappellent le 17e siècle, on lit : Aime ton Diev par dessvs tovte chose et ton prochain comme toi-même2.

Il y avait dans la rue Ganterie, au 17e siècle, une auberge ayant pour enseigne la Maison-royale, où logea la reine douairière d’Angleterre ; une délibération de l’hôtel-de-ville, du 7 juin 1698, accorda au maître de cet hôtel 60 livres pour l’indemniser des frais de ce logement.

Il existe dans la même rue, à droite, près de la rue des Basnage, une cour appelée communément, sans motifs sérieux, la cour du Fer-à-Cheval

Garde-Monsieur (rue). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Vivien. — 3e section, 3e canton, Saint-Vivien — Quartier S.-E.

L’inscription actuelle porte Garde-Monsieur, mais cette rue se nommait primitivement rue Gardin-Monsieur et Cardin-Monsieur3. Nous ne connaissons pas l’origine de ce nom. En vieux langage on disait « gardin » pour jardin.

Gaudre (rue de).

Une rue de ce nom est indiquée dans un acte de tabellionage du 13 août 1426, en la paroisse Saint-Michel, près de la rue Ancelin. Nous ne savons à quelle rue ce nom s’applique.

Gay-Marry (rue du), dans la paroisse Saint-Vincent.

Ce nom est cité dans un compte de 1569, sans autre indication.

Gerbe-d’Orge (rue de la). = Rue Eau-de-Robec, rue Saint-Vivien. — 3e section ; 3e canton pour les numéros impairs, 4e canton pour les numéros pairs ; Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Ce nom vient évidemment d’une enseigne représentant une gerbe d’orge (ou d’or), qui était sculptée sur une maison du 17e siècle.

Géricault (rue de). = Rue du Loup, rue des Carmes. — 7e section, 3e canton, Saint-Ouen. — Quartier S.-E.

C’est la rue connue autrefois sous le nom de petite rue de l’Aumône. Purgée en 1842 des établissements de débauche dont elle était peuplée, elle reçut le nom du célèbre peintre du Naufrage de la Méduse ; mais nous pensons, ainsi que nous l’avons dit au sujet de la rue de l’Aumône (voy. ce nom), qu’on eût fait un meilleur choix en donnant le nom de l’artiste rouennais à la rue de l’Avalasse, dans laquelle il est né.

On voit, au rez-de-chaussée de l’hôtel-de-ville, au pied de l’escalier qui conduit au Musée, la statue en marbre blanc du peintre de la Méduse. Ce magnifique morceau de sculpture, qui ornait précédemment le tombeau de Géricault dans l’un des cimetières de Paris, a été offert, en 1845, par son auteur, à la ville de Rouen.

Germont (rue de). = Rue Lamauve, rue Édouard-Adam. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Ce nom de l’un des bienfaiteurs de l’Hospice-général, l’abbé de Germont, né à Rouen en 1684, membre du Parlement, mort en février 1763, a été donné en août 1867 à la rue Bourgerue (voy. ce nom), dans laquelle est situé l’ancien bureau des Pauvres-valides. Sur un côté de cette rue est un grand bâtiment qui forme

équerre sur l’ancienne rue Picchine, laquelle fait aujourd’hui partie de la rue Édouard-Adam, ce bâtiment fut construit en 1768 à l’aide des fonds donnés par l’abbé de Germont1 et par Mme la présidente de Germont sa belle-sœur, pour la fondation d’un hospice en faveur des enfants trouvés. Une double inscription, placée à l’angle de ce bâtiment, à l’intérieur et à l’extérieur, porte ces mots : De la bienfaisance de M. et de Mme de Germont. Une autre inscription, placée dans l’église de l’Hospice-général, est ainsi conçue : Pour perpétuelle mémoire des bienfaits répétés de messire Jacques-Christophe de Germont, conseiller-clerc en la grande chambre du Parlement de Normandie, au profit de cet hôpital, et singulièrement en faveur des enfants trouvés.

Le tardif hommage qui a été rendu à la mémoire de deux bienfaiteurs de l’Hospice-général, fait espérer qu’un jour verra se perpétuer de la même manière le souvenir de Claude Groulart et de Pierre Damiens, qui furent aussi les premiers bienfaiteurs de ce bel établissement, dont ils étaient en même temps les fondateurs. Le nom de Claude Groulart, de ce premier président du Parlement, qui avait reçu la sépulture dans l’ancien couvent des Célestins, sur l’emplacement duquel s’étendent les dépendances de l’Hospice-général, serait mieux approprié sans doute à la rue qui a reçu celui d’un chimiste distingué, de même que le nom d’Édouard Adam conviendrait mieux aussi à la rue dans laquelle il est né. (Voy. rue Eau-de-Robec.) Quant au nom de Pierre Damiens, de cet honorable magistrat qui abandonna ses fonctions pour se vouer à l’administration de l’hôpital naissant, il devrait trouver sa place non loin de cet important établissement. (Voy. à l’art. Hospice-général.)

Gessard (rue). = Rue Saint-Julien, rue des Limites. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue a reçu, de même que la rue Bocquet, en vertu d’une ordonnance du 18 novembre 1833, le nom du propriétaire sur les terrains duquel elle avait été ouverte. Restée longtemps inachevée, elle a été admise en 1866 au nombre des voies publiques, sur une longueur totale de 471 mètres.

Geuffroy (rue). = Rue Bonne-Nouvelle, rue de la Mare-aux-Planches. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue fut percée vers 1803 sur le terrain d’un propriétaire nommé Benoît, qui lui donna le nom de son épouse. (Voy. rue Benoît.)

Gibert (rue de). = Rue Bihorel, la campagne vers le Boisguillaume. — 4e section, 5e canton, Saint-Romain. — Faubourg Beauvoisine.

Une partie de cette rue est sur le territoire de la commune du Boisguillaume. Elle a pris le nom d’un propriétaire.

Giffard (impasse), dans la rue Crevier. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Cauchoise.

C’est encore le nom d’un propriétaire.

Il a été question, en 1859, de prolonger cette impasse jusqu’à la place Saint-Gervais. Ce projet fut ajourné, faute de ressources suffisantes.

Glacière (rue de la). = Place Bouvreuil, boulevard Beauvoisine. — 8e section, 2e canton, Saint-Romain. — Quartier N.-O.

Cette rue a été percée sur les remblais des anciens fossés de la ville, pour ouvrir une communication entre la rue Bouvreuil et la rue de l’Avalasse. On l’appela d’abord rue de l’Avalasse-prolongée, et on lui donnait encore ce nom en 1823. Mais elle est inscrite sur un plan de 1817 sous la dénomination de rue de l’Avalasse-en-Ville. Elle reçut ensuite le nom de rue de la Glacière, à cause d’une glacière qui était dans son voisinage.

On a trouvé, en 1868, au fond d’une cour située à l’angle de cette rue et du boulevard Beauvoisine, un vieux reste des fortifications de la ville, contre lequel était flanquée une petite tour parfaitement conservée.

Glos (rue de la). = Rue Martinville, rue Napoléon III. — 3e section, 4e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Ce nom est écrit de différentes manières dans les anciens ouvrages : rue de la Glos, de la Glaure et de la Gloe ; c’est cette

dernière orthographe qui était le plus fréquemment employée au 15e siècle1.

Dans les plans de 1655 et de 1724, qui lui donnent le nom de rue de la Glaure, l’inscription de cette rue est intervertie avec celle de la rue de la Vigne ; des plans plus modernes ont rectifié cette transposition, en indiquant la première comme faisant suite à la rue du Figuier, et en faisant aboutir, d’accord avec des actes de 1420 et de 1468, dans la rue de la Vigne, la petite rue de la Foulerie.

La rue de la Glos est désignée dans plusieurs actes de tabellionage sous le nom de Robert-de-la-Rivière, à présent la rue de la Gloe. (Actes de 1420 et 1424). Un acte de 1433 ajoute au nom de Robert-de-la-Rivière ces mots : De présent la rue de la Gloe, en laquelle souloit demourer dame Larousse, dite de la Gloe. Il est fait mention dans un autre acte du 15 juillet 1529 d’une maison en la rue Martinville où pend pour enseigne la Gloe. Il semblerait résulter de là que la rue précédemment appelée Robert-de-la-Rivière aurait reçu le nom de la dame de la Gloe qui était venue y demeurer, et que cette dénomination serait aussi restée à la maison où pendait encore, un siècle plus tard, l’enseigne de la Gloe.

L’étymologie de ce nom paraît, au reste, assez incertaine. On appelait « gloe » en Normandie, une sorte de bois de chauffage assez analogue à nos cotrets actuels, et « gloerie » le lieu où on le préparait2. L’auteur de la Description de la Haute-Normandie fait dériver « glos » de « cleuz », qui veut dire fosse, fossé, haie. On en pourrait, ajoute cet historien, tirer assez naturellement le nom du village de Glos. La proximité entre la rue de la Glos et les anciens fossés de la ville, semblerait aussi justifier cette origine. Il y avait, dans la rue Saint-Patrice (probablement près du château), un hôtel de la Glos3. Enfin, « glous » est également un vieux mot qui signifie égoût, canal, fossé.

Godard (rue).

Cette petite rue, appelée aussi la rue du Porche-Godard, con-

duisait de la Croix-de-Pierre à l’Eau-de-Robec. Elle a fait place au prolongement de la rue Édouard-Adam, qui occupe aussi l’emplacement des anciennes rues des Verriers et Picchine.

Elle était inscrite sur un plan de 1817 sous le nom de rue Saint-Godard-la-Croix-de-Pierre. Le Flambeau astronomique de 1716 la désigne par le nom de rue du Loup.

Godet (cour), dans la rue du Ruissel. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Ce nom, que l’on trouve écrit de différentes manières : Gaudet et Godin, est donné non-seulement à une cour de la rue du Ruissel, mais encore à une autre cour située dans la rue du Plâtre et dont il est fait mention dans les Aff. de Normandie de 1766. Un acte de tabellionage de 1525 parle aussi d’une ruelle Godet près de la Rougemare.

Nous ne savons si cette dénomination provient du nom d’un propriétaire ou d’une enseigne représentant un godet, sorte de verre à boire. On trouve dans un acte de tabellionage du 15e siècle l’indication d’une rue du Grand-Godet, en la paroisse Saint-Patrice, aux environs du Bailliage et de la rue des Balences. Cet acte concerne une maison où pendait l’enseigne du Grand-Godet, bornée d’un bout par devant ladite rue des Balences, etc. (Voy. rue Saint-Patrice.)

Gournay, Gourneest ou Gournetz (rue de), ou rue du Puits-de-Gournay.

Il y avait encore, au commencement du 19e siècle, dans un carrefour formé par les rues des Arsins, de la Perle, de la Cigogne et Coupe-Gorge, et dans l’encoignure de ces deux dernières rues, un puits auquel étaient données les dénominations ci-dessus. L’existence de ce puits, dès le 13e siècle, est constatée par différents titres. Une charte de 1266 indique un ténement situé dans la paroisse de Saint-Godard en Gournets entre la terre de Thomas Naquet et celle de J. Bancelin, tel qu’il se comporte depuis la rue jusqu’au mur de la ville1. Un rôle de Saint-Ouen du 14e siècle porte ce qui suit : Item la rue de Gourneest du costé

deverz les murs d’icelle abbaye, compris en ce toute la rue de Boudin (l’ancienne rue de la Perle) d’un costé et d’autre jusques aux dits murs d’icelle abbaye. Item et depuis le pis de Gourneest toutes les maisons et tenements de la rue des Arsins. Un acte du 3 août 1423 fait mention d’une vide place en laquelle est un puits, icelle vide place joignant la maison où pend l’enseigne de l’Épée, d’autre côté la maison de la Petite-Épée, d’un bout par derrière aux murs de la ville, d’autre bout par devant le pavé de la rue Beauvoisine. Un titre de 14491 parle de la maison du Puis-de-Gourneetz. Enfin beaucoup d’autres actes de tabellionage citent les noms de la rue de Gournay et du Puits-de-Gournay, qui semblent s’appliquer, tantôt à la rue de la Cigogne, tantôt à l’ancienne rue de la Perle, appelée précédemment la rue de Boudin. Ainsi, nous lisons dans des actes de 1422 et de 1426 l’indication d’un héritage borné d’un bout par la rue Beauvoisine et d’autre bout par la rue du Puits-de-Gournay ; et, dans un autre acte de 1504, la mention d’une maison à l’enseigne du Colimaçon, assise en la rue du Puits-de-Gournay autrement dite la rue de Boudin2. Il est possible qu’à une époque où les dénominations des rues n’étaient pas régulièrement arrêtées, les noms ci-dessus aient été donnés aux deux rues dans des actes différents. Néanmoins, il paraît résulter de divers autres actes qu’ils s’appliquaient plutôt à la rue de la Cigogne. Un acte du 19 juin 1462 porte ce qui suit : Le chapelain de la chapelle de Sainte-Colombe fondée en l’église de Notre-Dame de Rouen, demeurant en la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen, en l’hostel où pend l’image de Notre-Dame, auprès du puits de Gournay, achète pour lui et ses successeurs chapelains la moitié du puits joignant ledit hostel sur lequel sera faite une cloison en charpenterie, etc. Dans un autre acte il est fait mention d’une maison assise dite rue du Puits-de-Gournay, avec un puits mitoyen entre la chapelle Sainte-Colombe et ladite maison, b. d’un côté l’héritage de ladite chapelle, d’autre côté par bas une allée ou issue appartenant à l’hostel du sieur de Coquereaumont, sis rue Beauvoisine, d’un

bout par derrière ledit sieur de Coquereaumont et d’autre bout la rue du Puits-de-Gournay. Il doit être question ici d’un ténement qui fut occupé en 1669, ainsi que nous le disons à l’article de la rue Coupe-Gorge, par la communauté des Sœurs-grises.

Grammont (avenue de). = La demi-lune du Grand-Cours, la rue de Sotteville. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Le hameau de Grammont, qu’on devrait écrire Grand-Mont1, tire son origine d’un ancien prieuré2 fondé en 1156, par Henri II, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Ce prince donna aux religieux de Grand-Mont les prairies appelées le Parc, qui s’étendaient jusqu’à la Seine, en face de l’île de la Croix, en échange d’un emplacement où ils s’étaient d’abord établis dans la forêt de Rouvray. L’église du prieuré prit alors le nom de Notre-Dame-du-Parc3. Ce prieuré avait des prérogatives considérables ; il avait haute, moyenne et basse justice, qui s’étendait jusque sur une partie du faubourg Saint-Sever.

Ce monastère, qui, après avoir passé successivement dans les mains de personnages illustres, fut cédé aux pères Jésuites de Rouen en 1633, et qui avait été pillé par les Calvinistes en 1562, fut entièrement ruiné pendant les guerres de la Ligue, puis réédifié en 1652. Il eut aussi beaucoup à souffrir des inondations de la Seine, notamment en 1496, en 1571, en 1658 et en 1740. Il fut supprimé en 1762, en même temps que la corporation des jésuites dont cet ancien prieuré formait une des dépendances ; mais il paraît que plusieurs membres de cette corporation avaient continué d’y résider : des mesures furent prises en 1764 et en 1770 pour les expulser définitivement et pour vendre leur mobilier. Cette vente fut annoncée dans les Affiches de Normandie d’octobre 1770.

L’église de cet ancien monastère a été convertie en un magasin à poudre, pour l’isolement duquel on fit, en 1792, l’acquisition de bâtiments voisins et d’un espace de terrain suffisant pour le

passage des rondes extérieures1. Ce dangereux dépôt avait été renfermé jusque-là dans une des tours du Vieux-Palais.

L’avenue de Grammont a été prolongée en 1827 jusqu’à la rue de Sotteville. On lui avait donné en 1794 le nom d’avenue du Magasin-à-poudre ; on lui rendit son ancienne dénomination en 1795.

Grammont (enclave de).

C’est le chemin qui conduit de l’avenue de Grammont à la Poudrière.

Grammont (rue de). = Avenue de Grammont, rues Pavée et de Sotteville. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Elle reçut en 1794 le nom de rue de Metz, qu’elle ne conserva que jusqu’en 1795.

Grand-Cours (quai du). = Rue de Seine, la promenade du Grand-Cours. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

C’est une partie de l’ancien quai d’Elbeuf, qui a pris son nom de la promenade du Grand-Cours à laquelle il conduit. On le désigne aussi quelquefois sous le nom de quai de la Gare, parce que là est situé l’embarcadère de la rive gauche du chemin de fer de l’Ouest, lequel fut inauguré à Rouen le 3 mai 1843. La gare d’expédition des marchandises y a été installée plusieurs années après.

— Le terrain sur lequel a été formée la promenade du Grand-Cours faisait anciennement partie du parc qui avait été donné aux religieux de Grammont (voy. ce nom), et qu’ils cédèrent aux échevins en 1650. Une délibération de l’hôtel-de-ville, de 1672-1673, fait connaître qu’on leur donna en échange des maisons de la rue Saint-Éloi2.

Le Grand-Cours était appelé précédemment le Cours-de-la-Reine, nom qui fut remplacé en 1794 par celui de cours de l’Égalité, et en 1795 par celui de Grand-Cours. En 1814 on lui avait rendu sa première dénomination, qui fut changée après 1848.

Les arbres de l’ancien Cours, qui avaient été plantés vers 1650, furent abattus en 1784 dans le but de procurer aux habitants de Rouen du bois de chauffage. En 1787, ce cours fut élargi aux dépens d’une partie des prairies qui le bordent et replanté de jeunes ormes et de peupliers ; puis ces derniers furent abattus quelques années après pour faciliter l’accroissement des autres arbres qui forment actuellement des ombrages agréables. Le Grand-Cours fut remblayé et achevé en 1807.

Le 14 juillet 1794, on célébra la fête de la prise de la Bastille sur cette promenade, au milieu de laquelle on avait élevé une espèce de monument et une statue colossale de la Liberté. Le 15 août 1813, on y célébra pour la dernière fois la Saint-Napoléon, fête qui avait été instituée par un décret du 19 février 1806 ; l’avenue entière fut illuminée et fut le lieu consacré aux divertissements publics. En 1855 et en 1861, eurent lieu sur le même emplacement les concours régionaux pour les animaux reproducteurs, pour les instruments et les produits de l’agriculture. L’ensemble de ces expositions fut très remarquable. Pareille exposition fut organisée en 1868 ; il y eut en même temps à Rouen courses de chevaux et régates, réunions de l’Association normande et de la Société française d’archéologie, exposition horticole, exposition des Beaux-Arts, concerts, bal, etc.

Grand-Pont (rue). = Quai Napoléon et cours Boïeldieu, place de la Cathédrale. — 7e section et 3e canton pour les nos pairs ; 9e section et 1er canton pour les nos impairs ; la Cathédrale. — Quartiers S.-E. et S.-O.

Ce nom vient de l’ancien pont de pierre qui avait été édifié par l’impératrice Mathilde, dans le 12e siècle. Il fut donné primitivement à la rue des Carmes (voy. ce nom), qu’on appelait encore au 15e siècle la rue du Pont ou de Grand-Pont1, à cause de la porte Grand-Pont2 qui d’abord était située à la hauteur de la rue du Petit-Salut, lieu qu’elle occupait dès le temps de la première enceinte de la ville aux 10e et 11e siècles, et qui fut rétablie plus tard au bas de la rue Grand-Pont actuelle, dans le voisinage de l’église de Saint-Martin-de-la-Roquette, telle qu’elle

est figurée dans un plan de la fin du 14e siècle1. Cette dernière porte, qui était directement placée en face du vieux pont de pierre, et même, dit-on, construite sur la première arche de ce pont, resta fermée depuis 1502 jusqu’en 1659. (Voy. au mot Portes.) — On lit dans une délibération de l’hôtel-de-ville de mai 1539 : Savoir si, pour l’honneur et bien de la ville, il est bon d’acquérir la porte de Grand-Pont offerte à vendre afin d’être abattue pour élargir la rue. Il est probable qu’il était alors question d’élargir la porte qui faisait partie des fortifications de la ville, et même de la reconstruire, ce qui eut lieu en effet en 1650, et donna lieu de la désigner sous le nom de la porte Neuve. — La porte Grand-Pont fut démolie en 1810.

On donnait anciennement à la rue Grand-Pont les noms de rue Saint-Martin et de grande rue Saint-Martin2. Dans des actes de tabellionage du 28 janvier et du 18 décembre 1421, elle est désignée par ceux de rue du Bout-du-Pont et de Saint-Martin-du-Bout-du-Pont. Elle portait encore la première dénomination en 1685, à cause de l’église paroissiale de Saint-Martin-du-Pont qui occupait l’emplacement de la cour Martin. (Voy. ce nom.)

Dans cette rue était l’hôpital Saint-Martin, qui existait au 15e siècle. (Voy. à l’article Hôpitaux.)

— Au bas de la rue Grand-Pont et à l’intersection des rues des Charrettes et de la Savonnerie, est une petite place circulaire appelée d’abord le Quart-de-Cercle, et qui reçut ensuite le nom de place Corneille. Là est la façade de la salle de spectacle à laquelle fut donné, en 1795, le nom de théâtre des Arts, en remplacement de celui de théâtre de la Montagne qu’elle avait porté pendant deux ans. Cette salle, bâtie par Gueroult, architecte, sur l’emplacement d’une ancienne hôtellerie appelée le Croissant, et dont la première pierre fut posée le 18 juin 1774, fut inaugurée le 29 juin 1776, jour de Saint-Pierre. Elle fut allongée, en 1809, aux dépens de l’ancienne place de la Petite-Boucherie, et reçut depuis diverses améliorations, mais elle est loin de se trouver en rapport avec la richesse monumentale de notre ville.

Un projet avait été fait, par l’architecte Gueroult, pour établir au lieu et place de la porte Grand-Pont et dans la direction de la rue Saint-Sever et de l’ancien pont de pierre, une place à laquelle aurait été donné le nom de place Louis XVI, et au centre de laquelle aurait été élevée une statue de ce souverain. Ce projet fut complétement abandonné.

Les rues Grand-Pont, des Carmes et de Beauvoisine traversent la ville du sud au nord. L’établissement des trottoirs dans ces deux premières rues et sur la place Notre-Dame date de 1856.

M. E. De la Quérière a signalé l’existence, dans la rue Grand-Pont, de quelques maisons remarquables. En 1819 on a trouvé, en creusant la terre pour établir les fondements d’une maison voisine de la rue du Petit-Salut, à plus de six mètres de profondeur, un mur de parapet couronné d’une tablette, portant de gros anneaux pour y amarrer des barques1.

Grande-Chaussée (quai de la). = Quai de la Petite-Chaussée, quai des Curandiers. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Ce nom a été donné, par un arrêté du 17 août 1837, à la partie de l’ancien hameau de Claquedent (voy. ce mot) située entre la rue Benoît et celle de la Grande-Chaussée.

Grande-Chaussée (rue de la). = Quai de la Grande-Chaussée et quai des Curandiers, rue Hyacinthe-Langlois, au hameau de la Motte. — 11e section, 6e canton, Saint-Sever. — Faubourg Saint-Sever.

Cette rue, qui n’était primitivement qu’un chemin conduisant de la Seine au hameau de Bonne-Nouvelle, et dont le parcours avait été longtemps négligé, a été restaurée dans le courant de 1854 ; mais on voit encore, au milieu de cette rue, un fossé profond qui n’est pas sans danger pour la circulation. On remarque dans son voisinage l’établissement appelé les Forges et les Laminoirs rouennais, créé par feu M. Laubenière, et qui avait été inauguré solennellement le 25 août 1859.

On donnait vulgairement la dénomination des Trois-Planches à une espèce de pont qui réunissait la Grande-Chaussée avec le

chemin du hameau de la Motte, lequel a reçu depuis le nom d’Hyacinthe-Langlois.

Grande-Mare (ferme de la), sur la côte des Sapins. — 1re section, 5e canton, Saint-Hilaire. — Faubourg Saint-Hilaire.

Cette ferme est située sur les limites de la ville vers la commune de Saint-Martin-du-Vivier. Une petite rue partant de la route de Darnétal et conduisant à cette ferme, est portée sur un plan de 1817 sous le nom de rue de la Grande-Mare. Elle est inscrite actuellement sous celui de rue Dargent. (Voy. ce nom.)

Grande-Mesure (rue de la). = Rue du Chaudron, rue Eau-de-Robec. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Cette rue, dont le nom est venu évidemment d’une enseigne, a été élargie depuis l’ouverture de la rue Napoléon III.

Gravier (ruelle du). = Rue du Petit-Salut, rue de la Grosse-Horloge. — 9e section, 1er canton, la Cathédrale. — Quartier S.-O.

Cette ruelle est très ancienne. Elle est désignée dans un acte de tabellionage du 5 mars 1422 comme conduisant de la rue de Courvoiserie (ancien nom de la rue de la Grosse-Horloge) à la rue aux Tailleurs (actuellement la rue du Petit-Salut). Elle avoisinait les murs de la ville lorsque la porte Grand-Pont était près de la rue du Petit-Salut, et a pu prendre son nom des cailloux ou graviers qui y étaient alors. Il y avait aussi une famille du Gravier, dont cette rue a pu recevoir le nom. — On la trouve désignée dans des actes du 16e siècle sous la dénomination de la ruelle à Ronsard ou Roussart. Un acte du 9 mai 1555 concerne des maisons bornées d’un côté la ruelle vulgairement appelée la ruelle à Ronsard et d’un bout par devant la grande rue de Courvoiserie. Un autre acte du 20 octobre 1565 indique un grand corps de maison borné d’un côté la ruelle Roussart, d’un bout les représentants Roussart, d’autre bout le pavement du roi à la rue du Salut-d’or (ancien nom de la rue du Petit-Salut).

— La rue du Gravier est elle-même appelée par Du Souillet rue du Petit-Salut, et est ainsi désignée dans un plan de 1655.

Le Flambeau astronomique de 1716 l’appelle la petite rue du Petit-Salut.

— On trouvait aussi, dans le faubourg Saint-Hilaire, une rue du Gravier, appelée aussi rue Saint-André-Saint-Hilaire ; c’est la rue du Franc-Manoir (voy. ce nom).

Gril (rue du).

Plusieurs rues de Rouen ont porté les noms de rue du Grédil, du Gril ou du Petit-Gril.

Près de la rue de l’Eau-de-Robec se trouvait, il y a peu d’années encore, une rue du Gril appelée aussi rue du Grédil1, laquelle comprenait autrefois dans son parcours les anciennes rues du Fer-à-Cheval et des Marquets, remplacées actuellement, ainsi que la rue du Gril, par la rue Ambroise-Fleury, ouverte en 1867 pour communiquer directement de l’Eau-de-Robec à la rue Martainville. Cette rue paraissait tirer son nom d’une espèce de grille en fer, anciennement nommée gril ou grédil, qui servait à l’écoulement des eaux.

— On donnait également, au 15e siècle, le nom de rue du Grédil à une ruelle descendant de Beauvoisine à la Rougemare. Un acte de tabellionage de 1489 fait mention d’une maison en la rue du Gredil tendant de la Rougemare en amont à une ruelle tendant à la rue Beauvoisine et à la rue du Maulévrier. Dans le Ms des Fontaines, de 1525, il est parlé d’un gredil estant au mur d’un des fossés de la ville à Bouvreuil.

— Il existait enfin, entre la rue Étoupée et la rue Dinanderie, une rue du Petit-Gril, appelée aussi rue du Gril, qui a été supprimée pour l’ouverture de la rue de l’Hôtel-de-Ville. Un acte de tabellionage du 14 janvier 1480 donne aussi à cette petite rue le nom de rue du Grédil, nom sous lequel sont désignées les étuves qui étaient situées dans ce quartier. (Voy. au mot Étuves.) L’origine du nom de la rue du Petit-Gril pourrait donc être la même que celle des autres rues dont nous venons de parler, à moins qu’on ne dût l’attribuer à une enseigne représentant un des ustensiles de cuisine qu’on fabriquait dans le voisinage. (Voy. rue Dinanderie.) Mais un autre acte de 1487 mentionne la vente d’une vide-

place sur la paroisse Saint-Patrice, bornée d’un bout et par derrière par madame Agnès du Gril ; ce qui peut faire supposer encore que cette dernière dénomination aurait prévalu pour la désignation de cette petite rue.

Grosse-Bouteille (rue de la). = Rue Neuve-Saint-Marc, rues des Crottes et Mamuchet. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Ce nom vient d’une enseigne. Un arrêt du parlement de Normandie, du 23 décembre 1532, fait mention d’une auberge où pendait pour enseigne la Grosse-Bouteille, qui était située près de la porte Guillaume-Lion. Cette rue est aussi désignée dans les anciens plans sous le nom de rue de la Grosse-Tour-du-Tot, tour qui dépendait du fief de ce nom, lequel avait droit de colombier dans l’intérieur de la ville. La tour du Tot était placée entre les rues des Espagnols et de la Chèvre, et faisait partie, au 13e siècle, de la ligne des fortifications tracée aujourd’hui par les rues de la Chèvre et du Ruissel, lorsque la porte de Robec fut reportée au carrefour du Poncel, dans la rue Martinville, sous la désignation de porte du Pont-Honfroy ou de Sainte-Catherine.

Une ancienne rue du Cornet (voy. ce nom) fait actuellement partie de la rue de la Grosse-Bouteille, dans laquelle est aussi une cour appelée la cour du Puits-d’or.

Il y avait dans cette rue une maison ayant pour enseigne le Coq. On voit encore ce coq, de grandeur naturelle, sculpté sur pierre, entre le rez-de-chaussée et le premier étage d’une maison qui paraît dater du 16e siècle. C’est actuellement l’enseigne d’un grainetier.

Grosse-Horloge (rue de la). = Place de la Cathédrale, place du Vieux-Marché. — 9e section, depuis la Cathédrale jusqu’à la rue de la Vicomté ; 10e section, le reste de la rue ; 1er canton ; paroisses : la Cathédrale, depuis la place jusqu’à la rue Écuyère pour les deux côtés ; ensuite Saint-Patrice pour le côté droit, et Saint-Vincent pour le côté gauche. — Quartier S.-O.

Cette rue est connue vulgairement sous la dénomination de

Grande-Rue ; celle de rue du Gros-Horloge, qui lui était également donnée par plusieurs auteurs et qui se trouvait inscrite sur d’anciens écriteaux, est remplacée actuellement par le nom de rue de la Grosse-Horloge, qui lui vient de l’horloge de la ville placée dans la tour du Beffroi.

La rue de la Grosse-Horloge, dont la longueur est assez considérable, eu égard à la division que subissaient au moyen-âge les quartiers de la ville, a porté plusieurs noms distincts. Entre la place de la Cathédrale et la rue Massacre, on l’appelait la rue de la Courvoiserie ou de Courvoyserie (voy. ce mot). Depuis la rue Massacre jusqu’au Vieux-Marché, on la trouve indiquée sous les noms de Machacre, de Vanterie ou Wanterie1. (Voy. ces mots.) Dans beaucoup d’actes on l’appelle la rue tendant du Gros-Horloge au Vieux-Marché.

Lorsque la porte Massacre faisait la clôture de la ville, au 11e siècle, la rue actuelle de la Grosse-Horloge, à partir de cette porte, c’est-à-dire hors de l’enceinte, se nommait la rue du Marché2. Au 15e siècle nous trouvons la même portion de rue indiquée sous le nom de grande rue Saint-Michel, dans des actes de 1402 et de 1491. Elle est enfin désignée dans un acte sans date sous celui de rue Boutterie, paroisse de Saint-Jean, où pend l’enseigne des Trois-Hannetons. C’est sans doute une défiguration de Vanterie.

À l’entrée de la rue de la Grosse-Horloge, près de la Cathédrale, on voyait encore avant 1824 les murs de l’église Saint-Herbland ou Erblanc, qui était l’une des plus anciennes paroisses de la ville. On croit qu’elle servait originairement de temple aux prêtres gaulois, qui y adoraient Vénus. Cette église, qui existait au 12e siècle, et qui avait été rebâtie en 1483, reçut en 1641 les reliques du saint auquel elle était dédiée. Elle fut supprimée comme paroisse en 1791. Ses élégants vitraux furent enlevés en 1802 et transportés en Angleterre. C’est sur l’emplacement et

avec une partie des matériaux de cette église, qui servit longtemps, depuis sa suppression, de remise à un établissement de messagerie, que furent construits en 1825 le grand hôtel et le passage Saint-Herbland. — En 1856, en opérant des travaux de terrassement pour l’établissement d’un aqueduc, on a rencontré des fondations assez considérables de l’ancienne église ; antérieurement, en 1828, on y avait découvert une belle construction romaine, à une profondeur de plus de six mètres. En 1861, dans une maison voisine, on trouva aussi des débris d’architecture romaine, des briques et des tuiles, des monnaies frustes, etc.

La communauté des Orfèvres avait, près du cimetière de Saint-Herbland, son hôtel, qui lui avait été donné, en 1441, par Guillaume Lallemand. En 1493, elle achetait de P. Courel une allée pour isser en cet hôtel1. C’est la maison qui porte le no 2 sur la rue de la Grosse-Horloge, dont la façade a été reconstruite au siècle dernier, à la suite d’un violent incendie2.

L’église royale, collégiale et paroissiale de Notre-Dame-de-la-Ronde3, était ainsi nommée tant à cause de la forme circulaire de l’édifice, que de celle de son clocher qui était en cône ou en pain de sucre, et aussi pour la distinguer de l’église métropolitaine. Elle était d’une haute antiquité, dont il ne reste d’autre preuve qu’une charte d’Odon Rigaud, de 1255. Elle occupait, entre la rue du Bec et l’ancien hôtel-de-ville, l’emplacement sur lequel a été ouverte la rue Thouret après la démolition de cette église en 1798. Cet édifice, qui fut rebâti en entier au 15e siècle, passait pour avoir été, dans son origine, un temple des faux dieux suivant les uns, une synagogue des Juifs4, suivant d’autres ; puis, selon Farin, elle aurait servi de chapelle à l’ancien hôtel-de-ville avant qu’il eût été reculé à la place des anciens remparts, près de la porte Massacre. Enfin elle devint paroisse, puis elle fut supprimée en 1791.

L’autel principal de Notre-Dame-de-la-Ronde, qui avait été

placé en 1688, n’était pas sans mérite. Son portail, qui était de style gothique, avait été commencé en 1532 et fut achevé en 1537.

Entre la rue Thouret et la tour du Beffroi, sont les bâtiments de l’ancien hôtel-de-ville, qui furent édifiés en 1608, près de la porte Massacre, sur les murailles de la ville1, pour remplacer celui qui avait été construit en 1440, plus près de l’église de Notre-Dame-de-la-Ronde, et dans lequel restèrent néanmoins, dit-on, malgré sa vétusté, les bureaux de la mairie2, jusqu’au moment où on les installa, en 1791, dans l’hôtel de la première Présidence de la rue Saint-Lô, d’où ils furent transférés, en 1800, à l’hôtel-de-ville actuel.

La tour dite du Beffroi3, où l’on monte par un escalier de deux cents marches, fut commencée en 1389, en remplacement d’une autre tour qui avait été rasée à la suite de l’émeute de 1382 ; elle fut achevée en 1398, ce qui est indiqué par une inscription gothique placée au pied de l’escalier, et dont voici la teneur : En lan de lincarnacion Nre Segnour mil ccc iiiixx et neuf fu comencé cest Berfroy : et ès ans ensuiuas iusques en lan mil ccc iiiixx et xviii fut fait et parfait. Ou quel temps noble home mess. Guill. de Belleygues cheuallier chambellen du Roy nostre Sire estoit cappitaine de ceste ville, etc.

L’arcade en pierre qui traverse la rue et dans laquelle sont les cadrans de l’horloge, a été construite en 1527, à l’endroit où était précédemment la porte Massacre. On y voit représentés un berger avec ses moutons4, qu’on regarde comme les emblêmes des armes de la ville ; on y voit aussi la figure d’une espèce de monstre rappelant la Gargouille, qui a joué un grand rôle dans les premiers temps de l’histoire de Rouen5. Sous cette arcade étaient des étaux de boucherie, comme l’indique un acte de tabel-

lionage qui fait mention de deux estaux à bouchers sous le beffroi de la ville baillés à ferme1.

Dans la tour du Beffroi est la cloche dite d’argent, que l’on sonne tous les soirs à neuf heures pour la retraite2 et dans les réjouissances ou cérémonies publiques. C’est aussi la cloche d’alarme pour les incendies ou pour les émeutes. Cette cloche, appelée Rouvel, est très ancienne, à en juger par les caractères gothiques qu’on y lit. Plusieurs écrivains l’assimilent à celle qu’on appelait Rembol3 et qui fut confisquée par le roi Charles VI pour avoir sonné dans une émeute populaire en 13824. L’auteur des Lettres sur Rouen suppose que la cloche ne fut pas livrée, et que, par arrangement, la valeur en fut payée aux représentants du roi ; il ajoute qu’il ne faut pas, dès lors, aller loin pour chercher l’origine du nom de « cloche d’argent » qui était donné à la cloche du Beffroi. Au reste, c’est à ses particularités de construction que cette cloche doit sa sonorité5, et à la cloche du beffroi le nom de cloche d’argent restera désormais, a dit l’auteur des Explorations en Normandie6, car le peuple et l’habitude l’ont appelée ainsi, et l’habitude et le peuple sont de bons parrains. — Au-dessus de la cloche sont l’horloge de la ville et un très fort timbre qui est également fort ancien ; il paraît être contemporain de la Rouvel, et porte le nom significatif de la Cache-Ribaud. Il sonnait, dit M. Ch. Richard7, pour rappeler la ville au calme et au silence, pour chasser et faire rentrer dans leurs repaires les ribauds, les mauvais sujets. La Rouvel était la cloche du tocsin ; la Cache-Ribaud était la cloche du couvre-feu. Les tinterelles qui accompagnent ce timbre furent données par un sieur De Moy en 1713, époque où l’ancien pavillon qui surmontait la tour du Beffroi fut remplacé par

une nouvelle lanterne. On lit dans l’Histoire de Rouen que l’entrée de Henri IV en cette ville fut proclamée deux jours avant par les carrefours et au haut de la tour du Beffroy où est la Grosse-Horloge, lieu d’où l’on a la coutume de faire ces sortes de proclamations.

La fontaine dite de la Grosse-Horloge ou de Massacre, qui est placée à l’angle de la rue des Vergetiers, a été construite en 1732. La maison contre laquelle elle est adossée est décorée dans le même goût que la fontaine et paraît avoir été bâtie pour faire partie de ce monument. Cette fontaine représente un rocher sur lequel on voit les figures d’Alphée et d’Aréthuse qui semblent confondre leurs eaux. Une inscription qui y était placée, a été effacée en 1792 ou 1794, par les destructeurs de monuments publics1. À l’intérieur de la maçonnerie, est un gros tuyau de plomb par lequel l’eau arrive et se déverse dans un petit bassin semi-circulaire, divisé en compartiments pour l’entretien de plusieurs autres fontaines. Une ancienne fontaine Massacre, que ce monument a remplacée, avait été construite en 1456 sur les ruines d’une autre plus ancienne qui avait commencé à couler en 1250. Une délibération de l’hôtel-de-ville, que M. Ch. de Beaurepaire a bien voulu nous communiquer, porte que par lesdits conseillers fu marchandé avec Pol Maussellemant ymaginier pour sa paine de tailler cinq ymages en pierre en cinq pièces environ de hault de iii p. iii p. pour la fontaine prez Machacre. Ce furent l’ymage de N. D. et son enfant et quatre autres ymages en fourme d’évesques comme S. Mellon, S. Romain, S. Nigaize et S. Ouen, par la somme de vingt l. t.

À l’extrémité de la rue de la Grosse-Horloge, appelée autrefois la rue de Vanterie, vers le Vieux-Marché, était l’ancienne église paroissiale de Saint-Michel, dont les derniers vestiges ont disparu en 1833. C’était autrefois la chapelle particulière où les abbés du Mont-Saint-Michel célébraient la messe lorsqu’ils venaient siéger à l’Échiquier. On ne voit rien, avant le 16e siècle,

concernant cette église, qui doit avoir été reconstruite vers 1515. Cependant on trouve, dès 1217, sur un acte concernant l’abbaye de Saint-Amand, le seing de Richard, curé de Saint-Michel-du-Marché1.

L’église de Saint-Michel fut dévastée en 1562 par les calvinistes, qui détruisirent une image du saint, couverte en plomb, dont était orné le grand portail. En 1596, la princesse de Condé y fit abjuration en présence d’Alexandre de Médicis, cardinal de Florence, légat du pape. L’église fut fort maltraitée, en 1683, par un ouragan, pendant lequel la flèche en bois de son clocher, d’une exécution remarquable, fut renversée et emportée de l’autre côté de la rue jusque sur une maison voisine, qu’elle écrasa. Ce clocher ne fut rétabli qu’en 1706. L’église de Saint-Michel fut supprimée en 1791 ; elle fut dégagée en 1829 des échoppes qui flanquaient son mur latéral sur la rue de la Grosse-Horloge, et a été démolie en 1834 pour élargir le passage, alors fort étroit, qui joint le Vieux-Marché à la place de la Pucelle. Sur ses ruines s’éleva l’hôtel Saint-Michel, qui fait face aux deux places. — En 1858, on découvrit dans les fondations de l’ancienne église une grande quantité de débris de squelettes humains.

On rencontre souvent, dans les actes de tabellionage du 15e siècle, la mention d’un hôtel du Dieu-d’Amour, qui s’étendait entre la rue de la Grosse-Horloge et celle du Petit-Puits. (Voy. cette rue.)

M. E. De la Quérière, dans sa Description historique des Maisons de Rouen, a donné des détails très intéressants sur plusieurs maisons anciennes de la rue de la Grosse-Horloge, notamment sur celle qui est connue sous le nom de passage d’Étancourt (voy. ce nom), sur l’ancien hôtel-de-ville, et sur des maisons à façades en bois et en terre cuite, du 15e et du 16e siècle, qui ont été démolies en 1861 pour le passage de la rue de l’Impératrice. La première de ces façades a été rétablie avec succès dans le square de Saint-André. Une façade en pierre, de la fin du 16e siècle, qu’on voyait au fond de la cour de l’une de ces maisons, et qui était ornée d’une statue de Diane chasseresse, a été transportée au Musée d’Antiquités.

Guifart ou Guiffart (rue).

Nous ne trouvons sur aucun plan l’indication de cette rue,

qui devait être, au 13e siècle, dans le voisinage de l’abbaye de Saint-Amand et de l’ancienne rue des Prêtresses, où l’évêque de Séez avait sa demeure. Elle est citée dans un titre de 1248 : In vico Guifart ante manerium episcopi Sagiencis. Un autre titre de 1285 porte : Vicus Guiffart per ante usque ad domos de vico Elemosine1. Ce qui fait supposer qu’il s’agit ici de la rue du Père-Adam, qui allait de la rue des Prêtresses à la rue du Petit-Mouton ; cette dernière rue fait suite à la rue de l’Aumône, avec laquelle elle se trouvait quelquefois confondue.

Guignet (ruelle).

Une ruelle de ce nom est citée dans un acte de tabellionage de 1479, comme étant située dans la paroisse de Saint-Maclou.

Guillaume-Hardy (rue), sur la paroisse Saint-Maclou.

Nous devons à M. Ch. de Beaurepaire la communication suivante, au sujet d’une rue ainsi nommée, dont nous ne pouvons préciser la situation :

Lettre de Jehan Cabot, maire de Rouen. — Comme Jehan Hardi, en temps qu’il vivoit, eust laissé en sa derrenière volenté 20 l. d’annuel rente sur son héritage pour chanter pour l’ame de lui en la paroisse Saint-Martin jouxte le pont de Roan. — Par devant nous fut presente Emmeline de Louvechiennes, seur et hoir du dit Jehan ... en temps de sa weuvée.... reconnut avoir baillé et assis en droite assiette pour cause de la dite chapellerie2, toutes les maisons assises en la rue Saint-Maclou de Roan, en une rue qui est appelée la rue Guillaume Hardi, père jadis du dit Johan.... aboutant à la ruelle Guillaume-Hardi d’un bout et d’autre bout à Robec. — Seel de la commune de Roan, fragm. du S. Lion, samedi après la Toussaint 1313.

Guillaume-le-Conquérant (rue). = Rue de l’Impératrice, place du Vieux-Marché. — 9e section jusqu’à la rue Écuyère ; 10e section jusqu’au Vieux-Marché ; 1er canton ; paroisses : la Cathédrale, de la rue de l’Impératrice à la rue Écuyère ; Saint-Patrice pour le reste de la rue. — Quartier S.-O.

Ouverte en vertu d’un arrêté municipal du 31 décembre 1860, pour former le prolongement de la rue Saint-Lô, cette rue, à laquelle a été donné le nom du septième duc de Normandie, unit, conjointement avec la nouvelle rue Rollon, les deux grands marchés de la ville. L’établissement de ces deux voies nouvelles a fait disparaître les rues Saint-Antoine, Saint-Jean et du Petit-Puits.

Guillaume-Lion (porte).

C’est la seule qui subsiste encore aujourd’hui des anciennes portes de la ville. Elle fut reconstruite en 1749, au bas de la rue des Arpents, à la place d’une ancienne porte qui avait été bâtie pour la première fois en 1454, et réédifiée en 1580. Elle avait pris le nom d’une tour voisine qui fut construite à la fin du 14e siècle par un nommé Guillaume Lion, et qui, aliénée par la ville au milieu du 18e siècle, fut démolie et remplacée par des constructions particulières.

Cette porte est appelée vulgairement « Gamelion » par contraction de son nom primitif. Les sculptures dont elle est ornée sont dues à Claude Leprince, notre compatriote, mort en 1758.

On trouve, dans divers actes de tabellionage, l’ancienne porte Guillaume-Lion mentionnée sous les divers noms de porte du Kai-Guillaume-Lyon ou du Kay-Lion1, de Lettre (l’aître) de la porte du Kay2. — En 1794, le nom de Guillaume-Tell fut donné à la porte Guillaume-Lion et à la rue des Arpents.

Il fut question en 1846 de supprimer cette porte ; le conseil municipal décida, en effet, qu’elle serait démolie sur les instantes réclamations des propriétaires voisins, et contrairement aux conclusions d’une commission qui avait été chargée d’examiner la question.

— Il existait, en 1463, près de la tour Guillaume-Lion dont nous avons parlé, une fonderie bornée d’un côté par la rue Maumuset (Mamuchet), d’autre côté le chemin de dessous les murs et d’autre bout le chemin de la tour Guillaume-Lion, probablement la rue des Espagnols. (Voy. ce nom.) — En 1587, pendant les ravages de la peste, les prisonniers de la conciergerie furent, par l’ordre du Parlement, transférés à la tour Guillaume-

Lion, préparée à cet effet par les échevins : On fera fermer sûrement, portait un arrêt du 18 mars 1583, d’huys et de serrures la tour, pour y renfermer les contrevenants aux mesures de police ; il y sera pourvu de siéges et de paillasses ; un homme capable en aura la clé, etc. Taillepied, en parlant de la porte Guillaume-Lion, ajoute ces mots : où on met ceux qui délinquent en gardant ceux de la contagion quand il y en a. Plus tard, en 1598, cette tour servit de logement aux marqueurs chargés de signaler les maisons atteintes de la peste, et fut assignée en 1620 aux administrateurs des Pauvres-valides, pour y tenir provisoirement leurs séances.

Guisier (rue).

On appelait ainsi, du nom d’un propriétaire, un chemin qui tend de l’avenue du Mont-Riboudet à une habitation particulière et de là à la rue de la Croix-d’Yonville, où il aboutit en face de la rue de la Carue, par une ancienne impasse de ce nom.

Guy-Delabrosse (rue). = Rue Édouard-Adam, rue Mollien. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Cette rue, ouverte sur l’emplacement de l’ancienne impasse du Couaque (voy. ce mot), a reçu en 1867 le nom d’un célèbre médecin né à Rouen vers 1550 et décédé en 1641. — Il fut médecin particulier de Louis XIII, et le fondateur du Jardin-des-Plantes de Paris.

Hache (impasse de la), dans la rue du Mont. — 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Nous ignorons l’origine de ce nom, qui est indiqué sans doute par erreur sous le nom de rue de la Cage dans la nomenclature de Du Souillet de 1731.

Hallage (rue du). = Rue des Tapissiers, rue de la Salamandre et place du Marché-aux-Balais. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

Cette rue tire son nom de la maison dite du Haulage, où l’on percevait les droits sur les marchandises exposées en vente dans les halles et marchés, ainsi que l’impôt auquel étaient assujéties les différentes corporations.

Gomboust, dans les Antiquitez et singularitez de la ville de Rouen, dont nous devons la reproduction à M. Éd. Frère1, cite l’enclos des Halles vulgairement dit le Hallage.

On voit dans un acte de tabellionage de 1491 l’indication d’une ruelle tendant de la Basse-Vieille-Tour à l’huis de derrière la maison du Haulage. Un autre acte parle d’une maison ayant le même abornement et portant l’enseigne de la Chassemarée2. Enfin un acte du 23 juin 1492 concerne l’hôtel et tennement du hallage, appartenant à la ville, bornés d’un bout le chemin de dessous l’avant-sollier dudit hallage par lequel on va de la rue Saint-Cande à la Vieu-Tour (voy. rue du Bac) ; une rente de vingt sous était créée au profit de Jean Vaillant ancien quartenier et tenant l’hostel du Haulage des bourgeois de Rouen. On voit encore, dans la rue du Hallage, la trace de la ruelle ci-dessus mentionnée, qui est figurée dans les plans de 1655 et de 1724, et qui communiquait du corps de bâtiment sud de la Basse-Vieille-Tour à l’église de Saint-Cande-du-Sollier.

La maison du Haulage faisait autrefois partie du palais des ducs de Normandie. C’est dans cette maison que l’on ôtait les fers du prisonnier admis chaque année à lever la fierte. (Voy. à l’art. Vieille-Tour.)

— Nous trouvons dans des actes du 1er juin 1422 et du 16 octobre 1513 la mention d’une rue de la Herche. Le premier de ces actes indique la rue descendant de la maison de la Herche au manoir de la halle de la ville de Rouen en la Vieu-Tour. On remarque, sous le porche de l’entrée de la rue du Hallage par la place du Marché-aux-Balais, et sous la voûte d’une autre maison qui traverse la même rue, de forts gonds en fer qui ont dû servir à la suspension de barrières ou d’une sorte de fermeture appelée herche3. D’un autre côté, le registre du tabellionage des années 1369 à 1373, fo 105 vo, fait aussi mention du clos où l’on meict gloe dedens l’enclos du haulage de la ville. D’après l’interpré-

tation donnée par les dictionnaires du vieux langage, le mot « gloe » comprendrait aussi, dans sa signification, les sortes de bois servant à la confection des barrières, ce qui permet de supposer que la désignation de rue de la Herche pourrait se rapporter à la partie de la rue qui renfermait la maison dite du Haulage.

Halle-au-Blé (place de la), dans la rue Impériale, en face de la rue des Augustins. — 7e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-E.

Sur cette place est actuellement la principale entrée de la halle au blé dont la fondation remonte au milieu du 13e siècle. La place de la Halle-au-blé occupe l’emplacement d’une ancienne tuerie qui avait été établie en 1607 près de la Basse-Vieille-Tour, et qui fut plus tard transférée au bout de la rue Martinville, près de la porte de ce nom, où elle subsista jusqu’à la création des abattoirs. On appelait rue de la Tuerie une petite rue aboutissant à celle des Halles, qui fut supprimée lors de l’ouverture de la rue Impériale et de l’établissement de la place de la Halle-au-blé.

Cette halle, qui a une troisième entrée sur la place de la Basse-Vieille-Tour, est peut-être un vaisseau unique en son espèce et a plus de cent mètres de longueur. (Voy. aussi rue des Halles.)

Halles (rue des). = Rue Impériale, rue de l’Épicerie. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

En 1784, cette rue portait le nom de rue Neuve-des-Halles. Elle était fermée dès le 15e siècle, du côté de la rue de l’Épicerie, par une maison formant porche qui fut acquise vers 1835 pour élargir l’entrée de la rue, et dont on voit encore la trace près de la porte de la halle aux Merciers. Un acte de tabellionage du 28 novembre 1478 fait mention d’un hôtel par dessous lequel on passait pour aller droit à l’église des Augustins, joignant d’un côté la porte de la halle aux merciers, d’autre côté la halle aux draps et aux laines, d’un bout la rue de l’Épicerie et la porte de la Vieu-Tour, et d’autre bout par derrière la dite halle aux Merciers et le pavé de la rue tendant aux Augustins.

— À l’extrémité est de cette rue est une porte d’entrée de la halle aux grains, ce qui lui a fait donner le nom de rue de la Halle-au-blé1 dans le Flambeau astronomique de 1710.

— Les halles de Rouen passaient pour être les plus belles de l’Empire, surtout à cause de leur étendue ; elles occupaient anciennement1 un espace de neuf cents pieds en carré, dont les quatre côtés étaient bordés de boutiques à double étage. Les parties les plus remarquables de ce grand édifice étaient la halle aux merciers, les halles aux drapiers et aux laines, la halle au blé. Elles furent bâties pour la première fois vers le milieu du 13e siècle, à peu près à l’époque où Louis IX détermina la 5e enceinte de la ville ; elles appartenaient primitivement à l’archevêque de Rouen, qui, en juillet 1262, les échangea contre le château de Gaillon et la ville de Dieppe appartenant à saint Louis. Quelques mois après la ville en devint propriétaire, par la cession qui lui fut faite par le même roi, moyennant une rente de 3,000 livres2.

Un acte de tabellionage du 18 juillet 1471 nous apprend qu’à cette époque la halle aux toiles était alors en grande ruine, et que, pour la réédifier, la ville vendit à plusieurs marchands des parcelles de terrain. L’ancienne halle fut démolie en 1540, et la ville reconstruisit deux ans après la partie de la halle aux drapiers3 qui avait été coupée en 1508 pour des fêtes qui furent données à l’occasion de l’entrée du roi Louis XII4. La ville rebâtit en 1621 la grande halle du côté du hallage, qui dut remplacer la halle aux drapiers réédifiée en 1542, et dont il ne reste plus qu’une partie occupée actuellement par un faïencier ; en 1651 la halle aux merciers, en 1652 la halle aux rubanniers, et en 1744 la halle neuve5.

La halle du sud, qui est affectée actuellement à la vente des rouenneries et cotonnades de couleurs, longue de 90 mètres environ, est sur la voûte qui conduit de la Haute à la Basse-Vieille-Tour et sur d’immenses magasins où se tenaient autrefois les halles, et qui sont employés, depuis 1857, au service de l’emmagasinage des huiles et au dépôt des marchandises sur warrants. (Voy. Douanes.) On monte à cette salle par deux beaux escaliers placés en face l’un de l’autre, lesquels donnent aussi accès au monument de Saint-Romain. (Voy. Haute-Vieille-Tour.) Les vastes greniers qui surmontent cette magnifique salle sont soutenus par des charpentes appuyées de distance en distance sur des piliers en bois ; son plancher repose sur de fortes colonnes en pierre placées au rez-de-chaussée. On communique de cette halle dans celle aux toiles blanches, qui est longue d’environ soixante mètres et est située à l’est de la place ; celle du nord, qui était affectée précédemment à la vente des cotons filés1, a son entrée par la rue des Halles. Elle est de la même forme et à peu près de la même dimension que la salle du sud ; on y fait depuis 1842 la vente des toiles écrues, des futaines, etc. C’est là qu’était l’ancienne halle aux merciers-drapiers, si l’on s’en rapporte à l’acte de tabellionage du 28 novembre 1478, dont nous parlons à l’art. de la rue des Halles.

La corporation des merciers-drapiers avait son lieu d’assemblée dans de vastes salles qui sont situées sous cette dernière halle. On y remarque encore des portions de lambris décorés de riches sculptures. Elles ont servi longtemps de magasin à un faïencier2.

La halle aux cordonniers, qui, au 15e siècle, était sur la paroisse de Saint-Jean-sur-Renelle près de la rue Percière, comme le constatent des actes du 28 janvier 1419 et du 12 septembre 1421, fut installée plus tard au rez-de-chaussée du bâtiment ci-dessus désigné, au nord de la place de la Haute-Vieille-Tour, près d’un passage qui aboutissait à la rue des Halles et qu’on appelait le passage de l’industrie ; plus loin était la halle aux cailloux3, qui

s’accédait par un autre passage conduisant à une cour placée à l’ouest de la halle au blé.

Il y avait encore, dans le voisinage des halles, la halle aux bralliers ou aux vieilles lingeries1, et la halle aux badestamiers, au Mont-Saint-Denis.

Jusqu’en 1493 les halles étaient ouvertes. À cette époque on y fit placer des portes pour en éloigner les fainéants qui venaient y passer leur temps à jouer, principalement les dimanches et fêtes ; mais on négligeait souvent de les fermer. En 1616, des futaillers avaient, en laissant leur chandelle allumée, mis le feu aux copeaux amassés dans leur atelier, ce qui menaça d’embraser toutes les halles. Ils en rejetèrent la faute sur les vagabonds, qui, disaient-ils, avaient mis le feu dans les loges des halles.

En 1842, d’importantes restaurations ont été faites dans les salles de la halle. Des travaux d’agrandissement furent, en outre, projetés, et l’on eut l’intention de convertir en salles les magasins du rez-de-chaussée, pour la vente en gros des articles de draperie ou de lainage, et pour les cuirs2.

De nouvelles études tendent à dégager et à embellir les abords des halles et à les rendre plus accessibles au commerce. Au nombre des projets qui ont été soumis récemment à l’examen du conseil municipal, nous nous bornerons à mentionner celui d’ouvrir de larges voies de communication rayonnant autour de cet édifice, et dont l’une aurait en outre pour effet de découvrir la perspective de la Cathédrale, par l’établissement d’un boulevard qui aboutirait du port à la place de la Calende, en supprimant les maisons placées entre la rue du Bac et la rue de l’Épicerie, celles de la rue du Hallage, etc.

(Voy. aussi l’article de la place de la Haute-Vieille-Tour.)

Hallettes (cour des).

On appelait ainsi une cour qui avait son entrée sur la place

du Vieux-Marché, et qui a été supprimée lors du dernier agrandissement de cette place.

Hameau-des-Brouettes (rue et impasses du). = Rue Méridienne, rue des Brouettes. — 11e section, 6e canton, Saint-Clément. — Faubourg Saint-Sever.

Le hameau des Brouettes comprend l’espace limité par la rue de ce nom et par la rue d’Elbeuf. La rue du Hameau-des-Brouettes aboutit dans celle des Brouettes, presqu’en face de celle de l’Épine, par un retour d’équerre qui était connu quelques années auparavant sous le nom de rue de la Corderie. (Voy. rue des Brouettes.)

Harcourt (rue d’). = Quai du Havre, place Henri IV. — 10e section, 1er canton ; Saint-Vincent pour les nos pairs ; la Madeleine pour les nos impairs. — Quartier S.-O.

Cette rue, qui est inscrite dans un plan de 1782 sous le nom du dernier gouverneur de la ville, fut agrandie après la démolition du Vieux-Palais. Elle fut appelée, en 1794, rue de la Loi. — Depuis lors elle avait été considérée comme faisant partie de la rue du Vieux-Palais, qui se trouvait ainsi prolongée jusqu’au quai ; mais, dans les premières années du 19e siècle, elle a repris son nom de rue d’Harcourt, nom sous lequel elle figure sur les plans depuis 1814.

— On appelait quai d’Harcourt la partie du port qui longeait les murs du Vieux-Palais, et qui avait été acquise par la ville de M. d’Harcourt, gouverneur du Vieux-Palais, moyennant une rente de 1200 liv. ; à la suite de ce quai, du côté du boulevard, était le quai Feydeau, ainsi désigné dans un procès-verbal des quais de Rouen, dressé en juillet 1763. (Voy. quai Feydeau.)

Harenguerie (rue). = Quai de la Bourse, rue Saint-Vincent. — 9e section, 1er canton, Saint-Vincent. — Quartier S.-O.

Il existait, en 13541, sur les quais, à l’extrémité du pont, un emplacement où se faisait la vente des poissons apportés par les navires. Cet emplacement s’étendait jusqu’à la rue Harenguerie, dont le nom rappelle l’espèce de poisson qu’on y vendait plus

particulièrement, et au bas de laquelle fut bâtie une porte de la ville. Cette rue reçut alors le nom de la Vieille-Harenguerie, nom sous lequel elle est citée dans des titres de 1408 (époque où elle fut pavée à neuf), de 14091, de 1422. Un acte du 10 mars 1427 fait mention d’une maison faisant le coing vers Seine des louages et tennements que a ledit bailleur en la Vieille-Harenguerie, etc. Un autre acte de 1481 parle de l’hôtel de la Vieille-Harenguerie, borné d’un côté Alorge, d’autre côté la rue de la Vieille-Harenguerie, d’un bout la rue des Cordeliers (nom que l’on donnait alors à une portion de la rue des Charrettes), d’autre bout à la rivière de Seine. Comme on le voit, cet hôtel comportait dans ses dépendances une étendue assez considérable.

Vers la fin du 15e siècle, on établit la nouvelle poissonnerie dans un emplacement qui fut désigné plus tard sous le nom de la Petite-Boucherie (voy. ce mot), et que l’auteur des Beautez de la Normandie appelle la petite harenguerie du pont, où il y a boucherie, poissonnerie, etc. Un acte de tabellionage du 23 septembre 1482 concerne en effet la vente faite à la ville d’un ténement de maisons, masures et héritages près les kays, auprès de la porte aux Charretiers en la rue qui va du bout du pont vers l’église des Cordeliers (la rue des Charrettes), bornés d’un côté une vide place estant sur les kays où souloit estre l’abreuvoir aux chevaulx, et où l’on a l’intention de faire la poissonnerie de la ville. Puis, un autre acte du 16 septembre 1487 indique la vente d’un héritage borné d’un côté par le lieu où l’on a de présent édifié les maisons et estaulx de la poissonnerie du bout du pont, d’autre côté le pavé du roi où souloit être la porte aux Charrettes, et d’un bout la rue tendant à la dite poissonnerie.

L’ancienne porte Harenguerie ayant été démolie en 1723, on la reconstruisit en 1725, puis elle fut supprimée définitivement en 1827. On avait, en 1792, mutilé les écussons et armoiries qui étaient sur cette porte, comme ceux des autres monuments publics ; des chiffres, composés de deux L, sculptés au dessus des colonnes, échappèrent à la hache des destructeurs qui, sans doute, n’en avaient pas connu la signification.

La rue Harenguerie, qui n’avait été d’abord ouverte que jusqu’à la rue des Charrettes, a été prolongée, en 1864, jusqu’à la rue Saint-Vincent, aux dépens d’une ancienne ruelle fermée par

ses deux extrémités, et que l’on nommait la rue aux Français. (Voy. ce nom.)

Harpe (rue de la). = Rue Eau-de-Robec, petite rue Saint-Vivien. — 3e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier S.-E.

Il y a deux ou trois maisons au plus dans cette petite rue, qui doit son nom à une enseigne. On voit, en effet, la figure d’une harpe sculptée sur l’imposte d’une maison en pierre de la fin du 16e siècle, qui fait l’encoignure de cette rue sur celle de l’Eau-de-Robec.

Haut-Mariage (rue du). = Rue Préfontaine, rue du Mont-Gargan. — 1re section, 5e canton, Saint-Paul. — Faubourg Martinville.

Nous n’avons aucun renseignement précis sur le nom de cette petite rue, qui est très ancienne. Ce nom de Haut-Mariage, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur, ne serait-il pas dérivé de for-mariage, qui se disait d’une union contractée contre la loi ou la coutume ? Une charte de 12571 fait mention d’un personnage nommé Gilbertus Haut-mariage, qui aurait bien pu donner son nom à la rue.

Au moyen-âge, la route de Paris passait dans la rue du Mont-Gargan, au bout de la rue du Haut-Mariage. La croix de Sainte-Catherine était placée auprès des degrés dont on voit encore des vestiges dans cette dernière rue. Ces degrés, par lesquels on descendait à l’Aubette, furent construits en 1310 par Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe-le-Bel2. (Voy. aussi l’impasse des Hauts-Mariages.)

Haute-Vieille-Tour (place de la). = Place de la Basse-Vieille-Tour, rue de l’Épicerie. — 7e section, 3e canton, la Cathédrale. — Quartier S.-E.

On donne ce nom à l’une des deux places qui font partie du lieu appelé la Vieille-Tour, et qui sont séparées l’une de l’autre par un des bâtiments des Halles.

Cette place est désignée ainsi dans le Flambeau astronomique

de 1716 : La Vieille-Tour, et marché les vendredis, où sont les halles aux laines, aux draps, cordonniers, lingères en vieil linge, rubannières, fripiers, halles aux toiles, au fil, des chaudronniers où se tient les namps (meubles et ustensiles de ménage), des savetiers, et le Bel1, où étalent les revendeuses et les potières de terre ; les boullengers dehors la ville y vendent du pain le lundi et le vendredi. Il y a fontaine au milieu.

La place ou le Bel de la Haute-Vieille-Tour est toujours consacrée à la vente de vieux linge et d’ustensiles de toute espèce, de comestibles, etc. Une halle pour la vente à la criée de la viande de boucherie, y a été construite en 1856. Au centre de la place était autrefois une très belle fontaine qui s’élevait en pyramide triangulaire, décorée de sculptures et surmontée d’une figure d’Alexandre-le-Grand, avec ses ornements. Cette fontaine commença à couler en 1602. Il ne reste actuellement qu’un corps de fontaine très ordinaire, qui est alimentée par la source de Gaalor.

On voit, au haut de l’escalier qui conduit à la halle aux toiles (voy. Halles), une ancienne chapelle ouverte de tous côtés, où l’on conduisait processionnellement, le jour de l’Ascension, un criminel, pour lever la châsse de Saint-Romain. Cette chapelle, appelée le Bel de la Vieille-Tour2, ou l’édicule de la Fierte, ou encore le monument de Saint-Romain3, fut construite en 1542 en remplacement d’une autre qui menaçait ruine4. Le prisonnier admis à lever la fierte était absous, lui et ses complices. Pour jouir de cette faveur, il fallait que le crime de meurtre eût été commis sans préméditation. Les détails sur l’origine de ce beau privilége qui fut aboli en 1791, après une existence de plus de mille ans, sont donnés par tous les auteurs qui ont écrit sur

l’histoire de Rouen, et ont été consignés surtout dans le bel ouvrage de M. A. Floquet1.

Au-dessus de la halle aux toiles étaient les salles de l’Académie des arts, de dessin et de peinture, avant leur translation dans les dépendances de l’ancien monastère de Sainte-Marie, situé dans la rue Beauvoisine et la rue Impériale. Le peintre Descamps vint à Rouen en 1740, reçut gratuitement des élèves en 1741, et établit ainsi une école qui fut fondée par arrêts du Conseil de 1750 et 1755, avec le titre d’École gratuite de dessin. On lui donna, par la suite, celui d’Académie des arts, de dessin et de peinture. Après la mort de Descamps, cette école fut dirigée par J.-B. Descamps, son fils, qui reçut en 1791 le titre de directeur général de l’École de peinture et de dessin de Rouen et du département de la Seine-Inférieure. Cette école fut supprimée en 1793. Rétablie vers 1805, l’Académie des arts, de dessin et de peinture de Rouen a été transférée, en 1828, dans le local qu’elle occupe actuellement.

Hauts-Mariages (impasse des), dans la rue Damiette. — 6e section, 3e canton, Saint-Maclou. — Quartier S.-O.

Cette impasse est désignée dans des actes de tabellionage du 31 juillet 1425 et du 26 novembre 1538, sous les noms de rue du Hault-Mariage ou des Hauts-Mariages. L’origine de son nom pourrait être la même que pour la rue du Haut-Mariage, dont nous avons parlé. (Voy. p. 281.)

En face de cette impasse était autrefois une petite rue allant de la rue Damiette à celle des Cinq-Cerfs, actuellement réunie à la rue Saint-Nicolas. (Voy. rue des Privées-de-Robec.)

Havre (quai du). = Rue de la Vicomté, boulevard Cauchoise. — 10e section, 1er canton ; Saint-Vincent, de la rue de la Vicomté à la rue d’Harcourt ; ensuite la Madeleine. — Quartier S.-O.

On appelle ainsi, en vertu d’un arrêté du 17 août 1837, la partie du port qui fait suite au quai de la Bourse, et qui s’étend jusqu’au boulevard Cauchoise, le quai d’Harcourt compris. (Voy. Port de Rouen.)

— On donne le nom de route neuve du Havre ou de Saint-

Romain à la route départementale no 4, qui part de l’avenue du Mont-Riboudet, en face de la rue Binet, et se dirige sur Bapeaume. Cette route a été livrée à la circulation vers 1850.

Henri-Quatre (place). = Rues du Vieux-Palais, Saint-Jacques, des Charrettes et d’Harcourt. — 10e section, 1er canton ; Saint-Vincent, pour le côté droit ; la Madeleine, pour le côté gauche. — Quartier S.-O.

Cette place avait reçu, en 1794, le nom de place du Vieux-Palais ; elle reprit sa dénomination actuelle en 1814. On l’appelait quelquefois, au 15e siècle, la place du Palais-du-Roi. Un acte de tabellionage de 1422 cite un héritage devant la dite place, d’un bout l’hôtel des Béguines (Voy. rue du Vieux-Palais.)

La fontaine que l’on voit au centre de la place Henri-Quatre a été établie en 1559 ; elle est alimentée par les eaux de la source d’Yonville. Elle était surmontée d’une grande figure d’Hercule armé d’une massue et ceint d’une peau de lion, par laquelle on avait eu la prétention de représenter le souverain. Le 4 juin 1782, cette figure fut remplacée par une autre statue du même prince, en habit royal et appuyé sur un bouclier. L’œuvre du sculpteur rouennais Jadoulle fut abattue et mutilée le 5 octobre 1792. L’auteur des Lettres sur Rouen dit que cette statue orne actuellement le bosquet d’une belle propriété des environs de Rouen.

Herbière (rue). = Rue des Charrettes, place de la Pucelle. — 10e section, 1er canton, Saint-Vincent. — Quartier S.-O.

Cette rue, citée dans des chartes anciennes1, est mentionnée dans divers actes de tabellionage du 15e siècle2. Dans un plan de 1597 on l’appelle rue de l’Herberie. Il est vraisemblable que son nom vient des herbes qui croissaient en abondance sur les terres neuves qui, vers le 10e siècle, furent rapportées pour réunir l’île de Saint-Éloi à la terre ferme.

Nous ne savons si c’est la même rue qui se trouve désignée dans un acte de tabellionage du 13 mai 1463, sous le nom de

rue Maline. Cet acte fait mention de l’hôtel du Heaume, à trois pignons sur rue, en la rue de la Vicomté, d’un bout à la rue Maline.

Dans la rue Herbière était l’hôtel des Monnaies. M. l’abbé Cochet fait remonter l’atelier monétaire de Rouen aux époques gauloise et romaine1. Le Flambeau astronomique de 1728 dit que la cour des Monnaies fut érigée le 17 mai 8532, par Charles-le-Chauve, qui, dans un capitulaire de 864, comprit Rouen dans la liste des dix endroits où il ordonna de continuer de battre monnaie. Sans qu’on puisse dire que l’atelier monétaire a toujours été dans la rue Herbière, on sait que la confrérie des monnayeurs était établie à l’église de Saint-Georges qui en est voisine, et que Nicolas du Val-Richer, leur prévôt, y fut inhumé en 1462.

On ne peut donc indiquer l’origine de l’hôtel des Monnaies de Rouen ; seulement, les armes de France en relief, avec des F couronnés, qui sont sculptées au-dessus de la porte du bâtiment, où était la fonderie, ainsi que l’architecture de ce bâtiment, le plus ancien de tous ceux de l’hôtel, attestent qu’il a été réédifié sous François Ier3. En 1592, la monnaie de Rouen fut transférée à Dieppe en vertu de lettres patentes, mais elle y resta peu de temps. Sur les anciens plans, l’hôtel des Monnaies est indiqué comme formant une rue qui allait de la rue Herbière à la rue Saint-Éloi, et qui fut supprimée vers la fin du siècle dernier.

Fermé en 1793 et rétabli en 1803, cet établissement a été de nouveau supprimé en 1848 ; il fut toutefois utilisé en 1852 pour contribuer à la refonte de la vieille monnaie de cuivre, après quoi eut lieu sa suppression définitive, et l’hôtel qu’il occupait a été plus tard converti en caserne pour les préposés des douanes.

Il y eut anciennement, dans la rue Herbière, une communauté religieuse de la congrégation de Notre-Dame, qui fut transférée, en 1648, dans la rue Notre-Dame, appelée depuis la rue des Arpents.

On voyait, au pied d’une des premières maisons de la rue Herbière, à gauche en montant, une plaque en faïence portant une inscription qui indiquait la hauteur qu’avaient atteinte,

en 1740, les eaux de la Seine. Cette plaque a disparu dans le courant de 1841.

Herbouville (rue d’). = Rue Saint-Maur, rue Crevier. — 12e section, 5e canton, Saint-Gervais. — Faubourg Bouvreuil.

Ce nom a été donné en juin 1867 à la rue Fessardière, en mémoire du marquis d’Herbouville, né à Rouen en 1756, lequel fut nommé, en 1787, membre de l’assemblée provinciale de Rouen, devint ensuite commandant de la garde nationale de cette ville, et remplit, en 1790, les fonctions de président de l’administration départementale de la Seine-Inférieure.

La rue Fessardière était désignée, dans différents actes de tabellionage du 14e et du 15e siècle, sous les noms de la Haute1 et de la Basse-Fessardière. Dans un rôle du 14e siècle on l’appelle la rue de la Grand’Fessardière. Il y avait, vers la même époque, les jardins de la Fessardière dans la rue qui mène de la rue Saint-Nicolas (actuellement la rue Saint-Maur) à la rue Quevrière (Crevier). C’était probablement le nom d’un fief.

En 1794, on donna à la rue Fessardière le nom de rue de Saare-Libre, qui était celui d’une place forte du département de la Moselle ; et elle avait repris, en 1795, son ancienne dénomination.

Hérisson (impasse), dans la rue du Mont. — 2e section, 4e canton, Saint-Vivien. — Quartier N.-E.

Cette impasse portait aussi le nom du camp ou du champ Hérisson. Elle est située derrière le couvent des dames de Sainte-Marie. C’est le nom d’un fief sur lequel furent construites, au 14e siècle, les maisons du quartier de la rue du Mont.

Sur les plans de 1655 et de 1724, l’impasse Hérisson est figurée comme formant le prolongement de la rue Bassesse jusqu’aux remparts ; mais rien n’indique que ce prolongement ait été fait.

Hermites (rue des).

Cette rue, qui a été supprimée en 1861 pour l’ouverture de la rue des Basnage et pour l’établissement du square de Solférino, avait reçu, en 1794, le nom de rue du Juré, qu’elle ne conserva que jusqu’en 1795.

La rue des Hermites, qui existait au 13e siècle, dut recevoir son nom du second couvent qui y fut établi, de 1250 à 1260, par les Templiers1, dont la principale maison était dans la rue de l’Estrade en face de la rue des Cordeliers, ou bien d’une enseigne ou image représentant des hermites. Un acte de tabell. de 1384 parle du prieur et des frères de Notre-Dame-des-Hermites en la paroisse de Saint-Jean-sur-Renelle. Une vide place nommée les Ermites, en la paroisse Saint-Godard, est mentionnée dans un autre acte du 21 mars 1481. Dans la liste des rues de Rouen insérée au Flambeau astronomique de 1716, on lit la rue des Hermites jusqu’aux Trois-Images. Enfin une place dite des Trois-Images, située sur la Renelle, est citée dans un journal de Rouen, à la date du 19 décembre 1782.

On voyait encore, au bas de cette rue, à l’époque de sa suppression, une importante construction en pierre qu’on supposait avoir appartenu au couvent des Templiers.

Dans la rue des Hermites étaient autrefois les étuves du Mouton, lesquelles occupaient l’emplacement situé entre cette rue et celle de la Renelle, et borné par une petite place qui était appelée le carrefour des Trois-Images. Dans un acte du 27 décembre 1554, il est parlé de la vente d’une maison, sise en la rue des Hermites, autrement dite la rue des Étuves. (Voyez ce mot.)

— Le nom de carrefour Rinier ou Raynier, qu’on pourrait croire dérivé de celui de la Renelle, était aussi donné, dans des actes de tabellionage de 1423, de 1460, 1462 et 1465, à cette petite place des Trois-Images, borné d’un côté par le cours d’eau de la Renelle et de l’autre par le pavé qui conduisait à la rue Percière. D’après un titre du prieuré de Saint-Lô, ce nom de Rainier aurait eu pour origine celui d’un hermite2.

Hôpital (rue de l’). = Place de l’Hôtel-de-Ville, rues des Carmes et Beauvoisine. — 5e section et 2e canton pour les nos pairs ; 7e section et 3e canton pour les nos impairs. — Quartiers N.-E. et S.-E.

Cette rue, qui est indiquée dans un acte de tabellionage de

1424, comme étant la rue qui deschent de l’Hospital du Roy à Sainct-Ouen, est appelée dans d’autres actes rue Saint-Ouen1 et grande rue Saint-Ouen. En 1646, dans une transaction rapportée par Farin, elle est appelée rue Sainte-Croix-Saint-Ouen. Les plans de 1655 et de 1724 l’inscrivent sous le nom de rue de la Crosse ; mais, en 1712, elle était aussi désignée sous ceux de rue de l’Oratoire et des Pères ou Prêtres-de-l’Oratoire. Enfin, un plan de 1784 lui donne le nom de rue de l’Hôpital. En 1794, elle reçut ceux de rue Nationale et de rue de Voltaire, et conserva cette dernière dénomination jusqu’en 1817, pour reprendre celle qu’elle porte aujourd’hui.

Ces différents noms provenaient : 1o de la position de cette rue entre le carrefour de la Crosse et l’église abbatiale de Saint-Ouen, près de laquelle était aussi la petite église de Sainte-Croix-Saint-Ouen, à l’entrée de la rue des Faulx ; 2o de l’hôpital du Roi, qui fut créé au 13e siècle et dans lequel vinrent s’établir en 1635 les pères de l’Oratoire.

Cet hôpital fut fondé en 1277, pour y loger les pauvres pélerins, par Guillaume de Saâne, trésorier de l’église de Rouen. On l’avait d’abord nommé l’hôpital ou collége du Trésorier, mais le roi Philippe-le-Bel ayant augmenté ses revenus, on l’appela l’hôpital du Roi. En 1566, il avait été donné à la ville par Charles IX, à la condition d’y fonder un collége, mais ce dessein, qui devint l’occasion de longs débats, ne fut pas accompli. En 1618, les prêtres de l’Oratoire quittèrent la maison qu’ils occupaient depuis deux ans dans la rue des Faulx, pour s’établir dans des maisons voisines de l’hôpital du Roi. Ils se servirent de la chapelle de Sainte-Barbe, dite la chapelle des Pauvres-Pélerins, qui en faisait partie, pour y célébrer le service divin. Cette chapelle était située dans la rue Beauvoisine, ainsi que le prouve un acte de tabellionage du 25 août 14922. En 1635 ces religieux restèrent possesseurs des bâtiments de l’hôpital et en cédèrent les revenus aux administrateurs du bureau des Pauvres-valides, qui songeaient à transférer cet établissement à la Marêquerie.

C’est ainsi que passèrent en la possession du bureau des Pauvres valides, par une transaction du 14 juin 1646, entr’autres revenus, les maisons sises en la rue de l’Aumône (voy. page 241), pour en faire et disposer comme du bien appartenant aux pauvres, et pour aider à la nourriture et entretien qu’ils recevoient audit hôpital du Roi.

Les pères de l’Oratoire firent construire, en 1658, une église à l’encoignure de la rue de l’Hôpital et de celle des Arsins. Elle fut dédiée en 1670. Après la suppression des Oratoriens, cette église fut vendue en 1792, cet a été démolie en 1802. C’est sur l’emplacement de l’hôpital du Roi qu’est aujourd’hui l’École professionnelle entretenue par la ville, et qui y a été établie vers 1860.

Dans la rue de l’Hôpital, près de la place Saint-Ouen, était l’hôtel où fut tué, le 23 juillet 1417, pendant une émeute, le bailli de Rouen Raoul de Gaucourt. Son assassin Gillot Leclerc fut exécuté plus tard par ordre du Dauphin, devenu depuis Charles VII1.

À l’une des extrémités de la rue de l’Hôpital est le carrefour de la Crosse, qui est formé par les rues Beauvoisine, des Carmes, Ganterie et de l’Hôpital, et qui sert de limites aux quatre quartiers de la ville. Le nom donné à ce carrefour, dit l’auteur du Dictionnaire indicateur2, vient d’un grand écusson composé d’une crosse et de diverses armoiries, qui était adossé à des maisons appartenant en 1524 à l’abbaye de Lille-Dieu. Cet écusson disparut en 1791. Nous trouvons néanmoins que ce nom pourrait être provenu antérieurement d’une enseigne : un acte de tabellionage du 6 décembre 1472 cite une maison en la grande rue de Saint-Ouen (la rue de l’Hôpital), bornée d’un côté la cour de l’hostel où pend l’enseigne de la Croche. On lit aussi le nom de la « Choche » dans un Ms. d’un bourgeois de Rouen, qui a fait partie de la bibliothèque du savant abbé De la Rue.

L’hôtellerie de la Crosse était, en 1591, au carrefour de ce nom ; elle était construite en travers, faisant arcade sur la rue. De là les membres de l’Échiquier avaient assisté, en 1508, à l’entrée de Louis XII, et cette cour, devenue le Parlement depuis deux ans, y vit aussi l’entrée de François Ier.

Un jour de décembre 1617, un sieur Charles de Pommereul,

qui était logé à l’hôtellerie de l’Écureuil, sortait, sur les six heures du soir, accompagné de laquais portant des flambeaux, pour se rendre au logis du roi Louis XIII qui était alors à Rouen, lorsqu’il fut assailli par six ou sept individus qui s’étaient embusqués sous des portes, au carrefour de la Crosse.

— L’élégante fontaine qui est adossée à la maison formant l’encoignure des rues de l’Hôpital et des Carmes, est la fontaine de la Crosse. Elle fut édifiée vers la fin du 15e siècle1. Voici dans quelles circonstances eut lieu sa construction. Le 18 mai 1476, Loys de Harcourt, patriarche de Jérusalem, évêque de Bayeux, avait fait un prêt de 2,250 liv. à la ville de Rouen, qui s’était obligée à lui servir une rente de 150 l. t. Depuis ce temps, le patriarche avait manifesté l’intention d’abandonner les arrérages de cette rente, et même une partie du capital s’il était nécessaire, pour qu’une fontaine fût faite et amenée à ses propres coûts et dépens, en la ville, auprès du carrouge (carrefour) de la Chroche, au lieu où il y a de présent un puits commun, en la rue qui va droit à Saint-Ouen. Le patriarche étant décédé, le capital et les arrérages de la rente furent réclamés par le mari de la sœur de Loys d’Harcourt ; mais, ayant appris quelles avaient été les intentions de celui-ci, ce personnage nommé De la Rozière, était disposé à consentir à leur exécution lorsqu’il mourut à son tour, laissant des enfants mineurs. À la suite d’assez longs débats qui furent portés devant l’Échiquier, le tuteur des mineurs finit par abandonner les arrérages de la rente, et, de leur côté, les conseillers de la ville, reconnaissant la courtoisie que leur fit le patriarche, et que sa dicte volonté estoit de faire faire ladicte fontaine... pour et au bien et utilité et décoration de ladicte ville, s’obligèrent à la construire à bref délai, et, pour l’honneur du dit seigneur trespassé et en reconnoissance de ce qu’elle aura été faicte de ses biens, et pour que le peuple de la ville soit plus enclin à prier pour lui, décidèrent que les armes de Loys d’Harcourt seraient placées sur la fontaine, en lieu émynent2.

La fontaine de la Crosse a été complétement restaurée il y a

quelques années, mais les armes du patriarche ont disparu ; elles ont été remplacées par un écusson aux armes de France. Ne serait-il pas plus conforme à l’histoire et à l’équité, de rétablir l’ancien écusson aux armes de Loys d’Harcourt ?

— On voit, au Musée d’antiquités, un bas-relief représentant une Vénus marine qui ornait une des maisons de la rue de l’Hôpital, et qui fut retiré en 1834. Des travaux de fondation, exécutés en 1856 et en 1866, dans la même rue, ont amené la découverte de beaucoup de débris appartenant à l’époque romaine.

Hôpitaux.

L’origine de ces établissements de bienfaisance remonte à une haute antiquité. Les anciens conciles ordonnèrent aux évêques de procurer aux pauvres les secours dont ils avaient besoin, et de donner l’hospitalité aux voyageurs indigents. Ils furent reçus d’abord dans les presbytères, qui bientôt devinrent insuffisants ; les hôpitaux prirent alors naissance : de là leurs noms d’hôpital, d’hospice, du mot latin « hospes. »

Il y avait, dès les premiers siècles de notre ère, l’hôpital de Notre-Dame, dans le cloître des Chanoines, appelé plus tard le collége de l’Albane. Cet hôpital devint l’hôpital de Sainte-Marie-Madeleine, aujourd’hui l’Hôtel-Dieu. (Voyez ce nom.)

L’auteur des Lettres sur Rouen fait mention d’un hôpital des Chaussetiers, qui fut fondé en 514, si l’on en croit les vieilles chroniques, à l’endroit où exista depuis le couvent des Jacobins, actuellement remplacé par l’hôtel de la Préfecture. Il était destiné à recevoir les pauvres pélerins, et les chaussetiers en étaient les administrateurs. C’était certainement le plus ancien, ajoute-t-il, de tous ceux qui ont existé à Rouen, à l’exception de l’Hôtel-Dieu. Il est probable que cet hôpital aura été plus tard réuni à la Madeleine.

— L’hôpital Saint-Martin, qui existait au 15e siècle1, désigné aussi sous les noms de Saint-Fiacre et de Sainte-Véronique,

était situé dans la rue Grand-Pont, entre les rues aux Ours et du Fardeau, dans une maison sur laquelle était représentée une image de saint Martin à cheval. Il n’en restait plus, en 1668, qu’une chapelle et la maison du chapelain1. Cette chapelle est figurée, dans un plan de 1724, à l’angle de la rue du Fardeau et de la rue actuellement nommée Jacques-Lelieur. La nomenclature des rues donnée par le Flambeau astronomique de 1716 cite, en effet, une chapelle de Saint-Martin entre les rues ci-dessus désignées.

— L’hôpital de Jéricho, ou de Martinville, pour les aveugles, fondé en 1050 par Guillaume-le-Conquérant, était situé à proximité de la fontaine Jacob et du hameau du Nid-de-Chien, au pied du mont Sainte-Catherine. Il fut remplacé en 1478 par l’hôpital du Saint-Esprit, membre dépendant des Quinze-Vingts de Paris, comme le fait connaître un acte de tabellionage du 7 janvier 1489.

Voici ce que nous révèle, à l’occasion de cet hôpital, un autre acte du 18 novembre 1482 : Jean de Laigle ou de Lègle, chevalier seigneur de Cluny2, avait fait commencer à cette époque un monastère et hôpital près de la ville de Rouen, sur une vide-place de la paroisse Saint-Pol, tenue de la seigneurie de Saint-Michel en Mont-Gargan, appartenant au prieuré de Saint-Michel qui dépendait de Sainte-Catherine ; icelle place bornée, d’un côté, le chemin tendant de Rouen à Sainte-Marguerite3, d’autre côté les religieux de Sainte-Catherine, d’un bout le chemin de la fontaine Jacob descendant vers bas. Il avait obtenu, dès 1447, le consentement du pape, ceux du roi et du cardinal d’Estouteville, et voulut faire bénir et dédier cet hôpital sous le nom du Saint-Esprit ; mais il n’était pas plus facile en ce temps-là de faire un peu de bien qu’il ne le serait aujourd’hui : les religieux de Saint-Michel et ceux de Saint-Ouen s’opposèrent, en vertu de leurs droits seigneuriaux, à l’achèvement de l’œuvre de Jean de Laigle ; à son tour, le prieuré de Saint-Paul mit des

entraves. Il fallut transiger et s’engager au paiement de plusieurs rentes, pour la sûreté desquelles hypothèque fut donnée sur l’hôpital1 et sur les autres biens du fondateur. Les religieux de Saint-Ouen, se réservant le droit de toujours présenter à l’une des places de chapelain de l’hôpital, ne s’opposèrent plus à sa dédicace et à sa bénédiction2.

Dans un registre des rapports civils du parlement, à la date du 2 mars 1582, il est encore fait mention de l’hôpital de Jéricho ou du Saint-Esprit3, situé au-dessous de l’abbaye de Sainte-Catherine, et dont Michel de Ronnet était jouissant comme prieur de Saint-Michel près de ladite abbaye ; le cardinal de Bourbon y installa, en la même année, après y avoir fait des réparations, les Capucins qui arrivaient à Rouen ; mais ils n’y restèrent que jusqu’au temps où Henri IV vint mettre le siége devant la ville en 1591, époque où ils se retirèrent dans l’intérieur, par suite des travaux de défense que fit faire l’amiral de Villars, gouverneur pour la Ligue, travaux qui amenèrent la démolition du couvent et de l’église des Capucins.

— L’hôpital du Roi, fondé en 1277 par Guillaume de Saâne, était situé dans la rue appelée jusqu’alors rue de Saint-Ouen. (Voyez rue de l’Hôpital.) C’est ce que nous indique une charte de 1279, concernant une donation par devant le vicomte de Rouen, faite par Guillaume Fauvel à Guillaume de Saâne, trésorier de l’église de Notre-Dame et fondateur de l’ospital que ledict trésorier a esdifié en la rue St Oien de Roam4. C’est ce même Guillaume de Saâne qui obtint de la reine Blanche la confirmation de la donation qui avait été faite à la ville de Rouen, par Louis VIII, de la place des anciens fossés de la ville en la rue de l’Aumône, à la condition d’y faire construire des maisons pour loger gratuitement des familles indigentes. (Voyez rue des Fossés-Louis-VIII.)

Une délibération de l’Hôtel-de-Ville, du 2 décembre 1534, réglementa l’admi